Itinera Electronica
Du texte à l'hypertexte

Virgile Aeneis, Livre I

I. Junon pousse les Troyens en Libye [12-222]

 1. Junon écarte les Troyens d'Italie (12-80)

Jadis il y avait une ville (ancienne colonie tyrienne),
Carthage : elle faisait face à l'Italie et aux lointaines bouches du Tibre;
elle était riche et passionnément âpre à la guerre.

1, 15 Junon, dit-on, la chérissait plus que toute autre cité,
plus même que Samos. Là étaient ses armes, et là son char.
Cette ville régnerait sur les nations, si les destins y consentaient :
tel était déjà alors le but, l'objet des soins de la déesse.
Mais elle avait appris que naissait du sang troyen une race,

1, 20 qui un jour renverserait les forteresses tyriennes;
qu'un peuple, roi d'un vaste empire et superbe à la guerre,
en sortirait pour la perte de la Libye : ainsi le déroulaient les Parques.
La Saturnienne, redoutant ce désastre, se rappelait l'ancienne guerre
menée au premier rang, devant Troie, pour ses chers Argiens.

1, 25 Ni les raisons de sa colère ni ses cruels ressentiments
n'avaient encore quitté son coeur; restaient ancrés en son esprit
l'inique jugement de Pâris et l'injurieux mépris de sa beauté,
et la race abhorrée, et les honneurs de Ganymède, après son rapt.
Ces souvenirs la brûlaient et, les Troyens, malmenés sur l'immensité,

1, 30 restes échappés aux Danaens et à l'impitoyable Achille;
elle les tenait loin du Latium, eux qui, depuis tant d'années,
erraient à travers les mers, conduits par les destins.
Tant était lourde la tâche de fonder la nation romaine !
 Les Troyens, à peine hors de vue de la Sicile, faisaient voile,

1, 35 tout joyeux, vers le large, fendant de leur proue l'écume salée,
quand Junon, qui gardait en son cœur son éternelle blessure,
se dit en elle-même : "Moi, vaincue, renoncer à mon projet !
Ne pas pouvoir détourner de l'Italie le roi des Teucères !
Et même plus ! Les destins me l'interdisent ! Pallas, elle,

1, 40 a pu incendier la flotte des Argiens et les engloutir dans la mer,
à cause de la faute et de la folie du seul Ajax, le fils d'Oïlée !
Du haut des nues elle a même lancé la foudre rapide de Jupiter,
disloqué leurs navires et bouleversé les flots en déchaînant les vents;
et tandis que, poitrine transpercée, Ajax crachait des flammes,

1, 45 elle le saisit dans un tourbillon et le cloua sur l'arête d'un rocher.
Et moi, majestueuse reine des dieux, soeur et épouse de Jupiter,
je suis en guerre contre une seule nation, et depuis tant d'années !
Existe-t-il encore quelqu'un pour adorer la puissance de Junon,
ou déposer en suppliant des offrandes sur ses autels ?"

1, 50 La déesse, retournant ces pensées en son coeur embrasé,
part pour la patrie des vents, ces lieux gros d'ouragans déchaînés.
Elle arrive en Éolie. Là, dans une immense caverne, le roi Éole
fait peser son pouvoir sur les bruyantes tempêtes
et les vents rebelles, les retenant enchaînés dans leur prison.

1, 55 Eux s'indignent et, tandis que gronde sourdement la montagne,
ils tournent en rugissant dans leur enclos; au sommet, Éole est assis,
le sceptre à la main, apaisant leurs coeurs et tempérant leurs colères.
Sans lui, sûrement les vents impétueux entraîneraient avec eux
mers et terres et ciel immense, qu'ils disperseraient dans les airs.

1, 60 Mais le dieu tout puissant, qui craignait ce risque, les avait cachés
dans de sombres cavernes, posant sur eux la masse de hauts rochers;
il leur avait donné un roi qui, sur son ordre, savait,
selon des règles fixées, les contenir ou leur lâcher la bride.
C'est lui que Junon vint alors supplier en ces termes :

1, 65 "Éole, puisque le père des dieux et le roi des hommes t'accorda
d'apaiser les flots ou de les soulever à l'aide du vent, --
une race qui m'est odieuse vogue sur la mer Tyrrhénienne,
transportant vers l'Italie Ilion et ses Pénates vaincus.
Déchaîne la violence des vents, submerge et engloutis leurs bateaux,

1, 70 ou disperse-les et parsème leurs cadavres sur la mer.
Je dispose de quatorze nymphes au corps superbe;
la plus belle de toutes c'est Déiopée. Je l'unirai à toi
en un mariage stable et je te l'attribuerai en propre,
pour que, en échange de tes services, elle passe avec toi

1, 75 toute sa vie et te rende père d'une belle progéniture".
à cela Éole répond : "C'est à toi, ô reine, de savoir
ce que tu souhaites; mon droit à moi est de recevoir des ordres.
C'est toi qui me vaux ce que j'ai de pouvoir, et mon sceptre,
et la faveur de Jupiter; c'est toi qui me donnes le droit de m'asseoir

1, 80 aux festins des dieux et ma puissance sur les nuages et les tempêtes".

Urbs antiqua fuit, Tyrii tenuere coloni,
Karthago, Italiam contra Tiberinaque longe
ostia, diues opum studiisque asperrima belli;

15 quam Iuno fertur terris magis omnibus unam
posthabita coluisse Samo; hic illius arma,
hic currus fuit; hoc regnum dea gentibus esse,
si qua fata sinant, iam tum tenditque fouetque.
Progeniem sed enim Troiano a sanguine duci

20 audierat, Tyrias olim quae uerteret arces;
hinc populum late regem belloque superbum
uenturum excidio Libyae: sic uoluere Parcas.
Id metuens, ueterisque memor Saturnia belli,
prima quod ad Troiam pro caris gesserat Argis --

25 necdum etiam causae irarum saeuique dolores
exciderant animo: manet alta mente repostum
iudicium Paridis spretaeque iniuria formae,
et genus inuisum, et rapti Ganymedis honores.
His accensa super, iactatos aequore toto

30 Troas, reliquias Danaum atque immitis Achilli,
arcebat longe Latio, multosque per annos
errabant, acti fatis, maria omnia circum.
Tantae molis erat Romanam condere gentem!
Vix e conspectu Siculae telluris in altum

35 uela dabant laeti, et spumas salis aere ruebant,
cum Iuno, aeternum seruans sub pectore uolnus,
haec secum: 'Mene incepto desistere uictam,
nec posse Italia Teucrorum auertere regem?
Quippe uetor fatis. Pallasne exurere classem

40 Argiuom atque ipsos potuit submergere ponto,
unius ob noxam et furias Aiacis Oilei?
Ipsa, Iouis rapidum iaculata e nubibus ignem,
disiecitque rates euertitque aequora uentis,
illum expirantem transfixo pectore flammas

45 turbine corripuit scopuloque infixit acuto.
Ast ego, quae diuom incedo regina, Iouisque
et soror et coniunx, una cum gente tot annos
bella gero! Et quisquam numen Iunonis adoret
praeterea, aut supplex aris imponet honorem?'

50 Talia flammato secum dea corde uolutans
nimborum in patriam, loca feta furentibus austris,
Aeoliam uenit. Hic uasto rex Aeolus antro
luctantes uentos tempestatesque sonoras
imperio premit ac uinclis et carcere frenat.

55 Illi indignantes magno cum murmure montis
circum claustra fremunt; celsa sedet Aeolus arce
sceptra tenens, mollitque animos et temperat iras.
Ni faciat, maria ac terras caelumque profundum
quippe ferant rapidi secum uerrantque per auras.

60 Sed pater omnipotens speluncis abdidit atris,
hoc metuens, molemque et montis insuper altos
imposuit, regemque dedit, qui foedere certo
et premere et laxas sciret dare iussus habenas.
Ad quem tum Iuno supplex his uocibus usa est:

65 'Aeole, namque tibi diuom pater atque hominum rex
et mulcere dedit fluctus et tollere uento,
gens inimica mihi Tyrrhenum nauigat aequor,
Ilium in Italiam portans uictosque Penates:
incute uim uentis submersasque obrue puppes,

70 aut age diuersos et disiice corpora ponto.
Sunt mihi bis septem praestanti corpore nymphae,
quarum quae forma pulcherrima Deiopea,
conubio iungam stabili propriamque dicabo,
omnis ut tecum meritis pro talibus annos

75 exigat, et pulchra faciat te prole parentem.'
Aeolus haec contra: 'Tuus, O regina, quid optes
explorare labor; mihi iussa capessere fas est.
Tu mihi, quodcumque hoc regni, tu sceptra Iouemque
concilias, tu das epulis accumbere diuom,

80 nimborumque facis tempestatumque potentem.'


Commentaire

colonie tyrienne, Carthage... (1, 12-14). Ville d'Afrique du Nord, située dans une presqu'île proche de Tunis et fondée selon une tradition en 814 avant J.-C. par des colons venus de Tyr et de Sidon, en Phénicie, Carthage devint au fil des siècles, en Méditerranée occidentale, une métropole maritime très puissante dont l'expansion finit par se heurter de front à l'impérialisme romain. Le choc entre les deux puissances fut long et violent : les trois guerres puniques durèrent en effet de 264 à 146 av. J.-C., date de la destruction de Carthage par les Romains. Relevée de ses ruines et érigée en colonie romaine au cours du premier siècle av. J.-C., elle subsista comme capitale de l'Afrique romaine jusqu'à sa prise par les Vandales en 439 après J.-C. et à sa destruction par les Arabes à la fin du VIIe siècle. On visite aujourd'hui ses ruines placées sous la sauvegarde de l'Unesco. En évoquant la position géographique de Carthage, "face à l'Italie et aux lointaines bouches du Tibre", le texte virgilien renvoie à l'affrontement entre les deux cités à l'époque des guerres puniques.

Junon, dit-on, la chérissait (1, 15). Sur le plan historique, on se gardera de prendre Junon pour une divinité carthaginoise. Les choses sont plus complexes. En réalité, dans la religion punique, et cela depuis le Ve siècle av. J.-C., le grand couple divin protecteur de Carthage était formé par Baal Hammon et la déesse Tanit (ou Tinnit), une des formes d'Ashtar, la grande déesse phénicienne de la fécondité. Ce sont les Romains qui assimilèrent Tanit à Junon, sous le nom de Iuno Caelestis. On entre dans le jeu complexe des identifications et des interprétations mythologico-religieuses, où la Junon latine devenait aussi l'Héra grecque et le Jupiter latin le Zeus grec. Ainsi donc, c'est dans l'imaginaire poétique seulement que Junon est la grande déesse de Carthage et (cfr le vers suivant) la grande déesse de Samos.

Samos (1, 16). Une des îles Sporades dans la mer Égée, liée au culte d'Héra, qui y était honorée dans un temple célèbre. C'est à Samos que la déesse serait née, aurait grandi et aurait épousé Zeus-Jupiter.

une race naissait du sang troyen (1, 19). Romulus, fondateur de Rome, était un descendant direct d'Énée. Les Romains, appelés parfois Énéades, descendaient donc des Troyens.

forteresses tyriennes (1, 20). Virgile a dit plus haut (vers 12) que Carthage était une colonie de Tyr.

Libye (1, 22). Le terme Libye n'a pas dans l'antiquité la valeur géographique qu'il a aujourd'hui. Par Libye, les Grecs désignaient ce que nous appelons l'Afrique. La perte de la Libye, c'est donc ici la destruction de Carthage. Cfr aussi 1, 158; 1, 226, et bien d'autres passages de l'Énéide.

les Parques (1, 22). Les Parques sont les divinités romaines du Destin, identifiées aux Moires grecques (Clotho, Lachesis et Atropos), représentées comme des fileuses, mesurant à leur gré la vie des humains, qu'elles réglaient à l'aide d'un fil; l'une le filait, l'autre le dévidait, la troisième le coupait. Elles sont censées ici présider aussi à la destinée des peuples.

la Saturnienne (1, 23). Junon était la fille du dieu Saturne.

ses chers Argiens (1, 24). Outre Samos, une autre ville de prédilection de Héra -- car il s'agit ici d'Héra -- était Argos, ville du Péloponnèse, où la déesse, qui y possédait un temple célèbre, était particulièrement vénérée. On retrouve donc le syncrétisme évoqué plus haut entre Héra, Junon et Tanit, dont on trouve aussi une brillante illustration chez Apulée, Métamorphoses, 6, 4, 1-3, dans la prière que Psyché adresse à Junon. En fait, ici, et sur le modèle homérique, le terme "Argiens" désigne moins les habitants de la ville d'Argos que les Grecs en général. Chez Homère, nombreuses sont les interventions d'Héra contre les Troyens, en faveur des Achéens (= Grecs), par exemple Iliade, 2, 155-165; 4, 5-68; 5, 710-909, etc.

jugement de Pâris (1, 27). L'histoire est célèbre et bien connue. Éris, la Discorde, vexée de n'avoir pas été invitée aux noces de Thétis et Pélée, avait lancé une pomme dans la salle où banquetaient les dieux, en la destinant "à la plus belle". Il s'ensuivit un concours de beauté entre Héra (= Junon), Pallas Athéna (= Minerve) et Aphrodite (= Vénus), que le jeune Troyen Pâris fut chargé d'arbitrer. Chacune avait tenté d'influencer Pâris, en lui promettant, si elle était choisie, Héra la souveraineté, Pallas Athéna le succès à la guerre, Aphrodite l'amour. Pâris couronna Aphrodite, la déesse de l'amour. On connaît la suite : il enleva Hélène, la plus belle des femmes, ce qui provoqua la guerre de Troie. Quant à Héra, vexée d'avoir été délaissée, elle en conçut une haine féroce contre les Troyens.

la race abhorrée (1, 28). Ce sont les Troyens auxquels Héra-Junon avait plusieurs raisons d'en vouloir. Virgile vient de rappeler le jugement de Pâris et va évoquer dans un instant l'histoire de Ganymède, mais au-delà de ces deux cas particuliers, c'est la race troyenne elle-même qu'elle a détestée, dès le départ. C'est que Dardanus, le fondateur de Troie, était le fils de Zeus (Jupiter) et d'Électre, une de ses rivales.

Ganymède (1, 28). Cette histoire aussi est célèbre et bien connue. C'était un jeune prince/berger troyen, fils de Tros, que Jupiter, épris de sa beauté, avait fait enlever et emmener dans l'Olympe, où il lui servit d'échanson et (c'est explicite dans des versions plus récentes du récit) d'amant. Sa légende est brodée sur la chlamyde d'or qui sera remise comme prix au capitaine du bateau vainqueur dans les régates du livre 5 (5, 249-257).

Danaens... Achille (1, 30). Les Grecs, appelés Argiens au vers 24, sont ici désignés par le terme Danaens, un nom qu'ils doivent à Danaos (le père des Danaïdes), qui, ayant dû fuir l'Égypte, vint se réfugier en Grèce, où il fonda Argos. Quant à Achille, fils de Thétis et de Pélée, c'est un des principaux héros grecs de la guerre de Troie.

depuis tant d'années (1, 31). Pendant quelque sept années après la chute de Troie (cfr 1, 755), Junon a poursuivi de sa hargne le groupe des fugitifs troyens. Mais comme Virgile l'a expliqué plus haut, son hostilité à l'égard de Troie est plus ancienne.

Sicile (1, 34-35). Le présent livre 1 (l'arrivée d'Énée à Carthage) rapporte des événements postérieurs à ceux relatés dans les livres 2 et 3, qui racontent la prise de Troie (livre 2) et le voyage en Méditerranée (livre 3). Les errances des Troyens s'étaient achevées en Sicile (3, 714-715) : ils en étaient repartis joyeux car ils se croyaient alors proches de l'Italie, terme de leur périple.

Teucères (1, 38). Les Troyens sont régulièrement désignés dans l'Énéide par le terme Teucères (Teucri), qu'ils doivent à Teucer, l'ancêtre lointain de la famille royale de Troie. Toujours selon la légende, ce Teucer, généralement considéré comme le fils du dieu-fleuve Scamandre et d'une nymphe du mont Ida, Idaea, aurait accueilli Dardanos (dont on aura l'occasion de reparler à plusieurs reprises), lui aurait donné en mariage sa fille Batéia et lui aurait abandonné une partie de son royaume. Sur cette terre, Dardanus aurait notamment bâti la citadelle de Troie ; d'où le nom de Dardaniens donné aux Troyens. Du mariage de Dardanos et de Batéia seraient issus plusieurs enfants, dont Ilos I et Erichthonios, ce dernier donnant naissance à Tros. C'est de ce Tros, petit-fils de Dardanos que vient la dénomination de Troyens. On voit ainsi pourquoi les termes Teucères, Dardaniens et Troyens sont équivalents. Sur ce Teucer on verra aussi 3, 104-110. Il ne faut pas confondre l'ancêtre lointain de la famille royale de Troie avec son homonyme, dont il sera question en 1, 619 et 1, 625.

Pallas (1, 39). Pallas est, au sens propre, une épithète cultuelle d'Athéna, la grande divinité protectrice d'Athènes, souvent appelée Pallas Athéna. C'est une personnalité complexe qu'il ne peut être question de présenter en détail. Disons simplement que cette fille de Jupiter et de Métis, à la naissance merveilleuse (elle serait sortie tout armée de la tête de Jupiter), apparaît comme une divinité guerrière (armée de la lance et de l'égide), qu'elle préside aux arts et à la littérature, qu'elle patronne les métiers (par exemple ceux des fileuses, des tisserands, des brodeuses; cfr 8, 408-413 : "les délicats travaux de Minerve") et que, dans le monde grec, elle est généralement considérée comme la déesse de la raison. Elle fut à Rome identifiée à Minerve.

Ajax, le fils d'Oïlée (1, 39-45). La légende évoquée ici par Junon concerne le châtiment infligé par Pallas (Minerve) à Ajax, fils d'Oïlée (à ne pas confondre avec le grand Ajax, fils de Télamon). Roi des Locriens, héros de la guerre de Troie, Ajax, fils d'Oïlée, aurait offensé Pallas en outrageant sa prêtresse Cassandre, une fille de Priam. La légende raconte en effet que, lors de la prise de Troie, Cassandre s'était réfugiée sur l'autel de la déesse pour y trouver protection et qu'Ajax avait commis le sacrilège de l'en arracher. Selon la version suivie ici (cfr aussi 11, 260), la déesse se serait vengée en déchaînant la tempête sur la flotte des Grecs qui rentraient chez eux. Virgile ne dit rien dans l'Énéide du rôle actif qu'aurait également joué dans le naufrage Nauplios, père de Palamède, qui voulait venger la mort de son fils (cfr par exemple Quintus de Smyrne, La Suite d'Homère, 14, 611-626). Pour en venir aux circonstances précises de la mort d'Ajax, elles varient selon les versions. Ajax, sauvé de la noyade par Poséidon, se serait alors vanté d'avoir échappé à la colère de la déesse. Celle-ci, furieuse, aurait alors demandé l'aide de Poséidon : le dieu, d'un coup de trident, aurait brisé le rocher sur lequel Ajax avait trouvé refuge et le héros se serait alors noyé. Dans la version suivie ici par Virgile, c'est Athéna elle-même qui aurait foudroyé Ajax, utilisant ainsi l'arme de Zeus, son père. On retrouvera les Locriens en 3, 399, comme fondateurs de Locres Épizéphyrienne.

depuis tant d'années (1, 47). Cfr le vers 1, 31.

Éolie (1, 52). Éolie (Aeolia) n'est pas un terme de géographie, le mot propre étant (Pline, Histoire Naturelle, 3, 93) Aeoliae (insulae) : "les îles éoliennes". Forgée sur le nom du dieu Éole et reprise probablement à Homère, l'expression désigne globalement une série d'îles volcaniques au nord de la Sicile, au nombre desquelles on trouve notamment Lipara/Lipari et Strongyle/ Stromboli. On retrouvera cette région en 8, 416-453 : Virgile y installera l'antre de Vulcain et des Cyclopes.

Éole (1, 52). La figure du dieu des vents chez Virgile est à rapprocher de celle d'Homère (Odyssée, 10, 1-76), qui fait du maître des vents le souverain d'une île escarpée, vivant au milieu des festins, et accueillant Ulysse avec bonté. Éole garda Ulysse "un mois auprès de lui et, à son départ, lui remit une outre où étaient enfermés tous les vents à l'exception d'un seul, celui qui devait le ramener directement à Ithaque. Mais, pendant le sommeil d'Ulysse, ses compagnons ouvrirent l'outre, pensant qu'elle était pleine de vin. Les vents s'échappèrent, déchaînant une tempête, au cours de laquelle le navire fut rejeté sur la côte d'Éolia. Éole, devinant alors que le héros est victime de la colère divine, ne veut plus rien avoir à faire avec lui, et le renvoie" (cfr P. Grimal, Dictionnaire de la mythologie, Paris, 1969, p. 140). Virgile transforme le personnage en un parfait subalterne, consciencieux et soumis à l'autorité de ses supérieurs.

le dieu tout puissant (1, 60). Il s'agit de Jupiter, dont Éole est le subalterne.

la mer Tyrrhénienne (1, 67). Les Troyens sont donc bien proches de leur but, puisque la mer Tyrrhénienne se trouve entre la Sicile, la Sardaigne, la Corse et l'Italie.

Ilion (1, 67). Troie est aussi nommée Ilion, du nom d'Ilos I, le fils de Tros, lui-même fils de Dardanos (cfr 1, 38, à propos de Teucères).

ses Pénates (1, 67). La ville était en quelque sorte incarnée par les objets sacrés et les Pénates, c'est-à-dire, les dieux protecteurs du foyer et aussi de l'état (Cfr 1, 6n).

nymphes (1, 71). "Les nymphes sont des divinités secondaires qui peuplent la campagne, les bois et les eaux. Elles sont les esprits des champs et de la nature, dont elles personnifient la fécondité et la grâce. Souvent, elles sont les suivantes d'une grande divinité (Artémis; Diane en 1, 500 et en 11, 532; ici Junon), ou de l'une d'entre elles, d'un rang plus élevé (chez Homère, les nymphes servantes de Calypso ou de Circé)" (d'après P. Grimal, Dictionnaire, 1969, p. 320). Au livre 9, 77-122, les bateaux d'Énée seront transformés en nymphes marines, "déesses de la grande mer" (9, 101-102; cfr 10, 219-231), dont l'une s'appelait Cymodocée (10, 225).

Déiopée (1, 72). En Virgile, Géorgiques, 4, 343, Virgile donne aussi le nom de Déiopée à une nymphe.

mariage stable... (1, 73-75). Cette insistance sur le mariage stable et sur la progéniture se comprend mieux quand on sait que Junon était à Rome la protectrice attitrée des femmes et plus particulièrement des femmes légitimement mariées. Une de ses attributions était d'ailleurs de présider aux mariages, sous l'appellation de Iuno Pronuba. Le vers 1, 73, sera repris en 4, 126,dans la bouche de Junon projetant l'union d'Énée et de Didon.

mon droit... (1, 76-80). Sans doute Éole, dépendant de Jupiter (1, 65-66) se considère-t-il obligé d'obéir tout autant à son épouse, à qui il se dit redevable de son privilège de participer aux festins des dieux.

 



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