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Itinera Electronica Du texte à l'hypertexte Virgile Aeneis, Livre III |
1. Première escale : la Thrace (13-72)
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Commentaireterre de Mars (3, 13). La Thrace, qui se situe à l'extrémité nord-est de la Grèce, est d'emblée présentée sous un jour inquiétant. Terre de guerriers, elle est liée à Mars, le dieu de la guerre (cfr 3, 35 avec le mot Gradivus)
Lycurgue (3, 14). Seconde notation inquiétante, après celle de Mars, pour caractériser la terre où abordent les Troyens. Lycurgue était ce roi légendaire qui avait été puni pour s'être violemment opposé à l'introduction du culte de Dionysos en Thrace. Il en est déjà question chez Homère (Iliade, 6, 130-141), où c'est Jupiter qui le punit. Chez les Tragiques, c'est Dionysos qui se charge lui-même de la vengeance (cfr en particulier Les Bacchantes d'Euripide).
liens d'hospitalité (3, 15). La Thrace et Troie étaient liées depuis longtemps : l'épouse de Priam, Hécube, était la fille de Cissée, roi de Thrace, et Ilioné, la fille aînée de Priam et Hécube, avait épousé Polymestor, le roi de Thrace, à qui Priam avait envoyé Polydore (3, 49-52).
Énéades (3, 18). Il existait dans la région du nord de la Grèce deux cités dont la légende expliquait le nom en supposant que les Troyens d'Énée y avaient fait escale. La première est en Thrace même; c'est Ainos (Homère, Iliade, 4, 520; Hérodote, 1, 90; Thucydide, IV, 28) qui se dresse à l'embouchure de l'Hèbre, en face de Samothrace. L'autre est plus à l'ouest, en Macédoine; c'est Aineia, située sur la côte de Chalcidique, au fond du golfe de Thermé (Herodote, 7, 123). Si, au cours de leur histoire, les habitants de ces deux cités ont bien fait remonter leurs origines à Énée, ils ne s'appelèrent jamais Énéades. On est ici en présence d'un jeu de Virgile sur les noms, et le poète ne fournit d'ailleurs aucune précision géographique qui permettrait de savoir à laquelle des deux cités il songeait.On aura toutefois tendance à penser (malgré la carte de J. Perret) qu'il avait à l'esprit Ainos, indiscutablement en territoire thrace.
Dionéenne (3, 19). Vénus, la mère d'Énée, était fille de Zeus et de Dioné, fille d'Océan et de Téthys.
dieux protecteurs (3, 19). Ils ne sont pas autrement nommés. D'après Servius, il s'agirait de Jupiter, d'Apollon et de Bacchus.
le roi des dieux célestes (3, 19). Jupiter.
cornouiller et d'un myrte (3, 23). Le cornouiller est un arbuste commun des bois et des haies, au bois dur, dont on se servait pour faire des épées; le myrte au feuillage toujours vert, servait pour les guirlandes et couronnes des sacrifices. Comme le montrera la suite du passage, ces arbustes ont été choisis pour leur valeur symbolique.
Nymphes champêtres (3, 34). Les Dryades et les Hamadryades, nymphes des bois et des arbres, qu'Énée craint d'avoir offensées.
Gradivus (3, 35). Un autre nom de Mars. À l'origine, c'était un adjectif appliqué au dieu (cfr 10, 542 avec la note). Rappelons que la Thrace a été présentée en 3, 13, comme une "terre de Mars". Il n'est donc pas étonnant qu'Énée s'adresse à ce dieu.
Gètes (3, 35). Au sens propre, les Gètes étaient une tribu thrace, qui s'était installée au IVe siècle a.C.n. sur le cours inférieur du Danube au sud et à l'est des Carpathes. Le mot est ici utilisé comme un synonyme de Thraces.
enseveli (3, 41).Polydore n'a pas reçu une sépulture selon les rites, mais son corps avait été recouvert, peut-être naturellement, d'une sorte de tertre (tumulus) de terre ou de sable.
tes mains pieuses (3, 42). L'adjectif "pieux", spécifique d'Énée, est bien en situation ici, puisque le héros est en train d'accomplir des cérémonies religieuses. Mais la remarque de Polydore illustre une caractéristique romaine : le contact avec la mort provoque une souillure,qu'il importe d'éviter.
Polydore (3, 45). C'est le plus jeune des fils de Priam et d'Hécube, dont l'histoire sera racontée dans les vers suivants. En fait, plusieurs versions circulaient dans l'antiquité sur le personnage et les circonstances de sa mort. Virgile se rattacherait plutôt à la version d'Euripide (Hécube, 1-30; cfr aussi 716-720; 781-782). Chez Homère par contre (Iliade, 20, 407-418), Polydore est le fils de Priam et de Laothoé, une de ses concubines; il sera tué par Achille qui lui enlèvera la cuirasse d'argent dont il était armé. Ovide en parlera également au livre 13 de ses Métamorphoses.
je restai stupéfait (3, 48). Vers repris à 2, 774, où il était question de l'apparition du fantôme de Créuse.
roi de Thrace (3, 50). C'était Polymestor qui avait épousé Ilioné, la fille aînée de Priam et Hécube (cfr 3, 15 avec la note).
Dardanie (3, 52). Le terme désigne couramment Troie dans l'Énéide. Il renvoie à Dardanos, lequel, accueilli par Teucer, aurait bâti la citadelle (cfr 1, 38 avec la note).
Teucères (3, 53). Les Troyens sont régulièrement désignés dans l'Énéide par le terme Teucères, qu'ils doivent à Teucer, l'ancêtre lointain de la famille royale de Troie (cfr 1, 38).
Agamemnon (3, 52-54). C'est-à-dire des Grecs; Agamemnon, un des Atrides, était le chef des Grecs.
à quelques personnalités éminentes du groupe (3, 58). Cela évoque le souci d'Énée de prendre les bonnes décisions, après avoir demandé l'avis de quelques personnalités, dont Anchise est présenté comme la plus importante. Le verbe latin utilisé (refero) s'applique à Rome à un magistrat qui fait rapport au sénat pour lui demander son avis.
refaisons des funérailles (3, 62). La croyance antique attachait une grande importance aux rites funèbres. Polydore n'avait pas bénéficié de funérailles décentes.
Mânes (3, 63). La notion de Mânes, dans la religion romaine, est très complexe. À l'origine, le terme, au pluriel, désignait les esprits des morts qui étaient perçus comme une collectivité divinisée mais indifférenciée (di manes).Une évolution vers l'individualisation amena à penser que chaque mort avait un esprit individuel, et le mot manes, tout en restant un pluriel, fut alors utilisé pour désigner ce qui subsistait d'un défunt particulier; on parlera alors des Mânes d'un Tel, c'est le cas ici. Sur un plan plus général, on observera que chez Virgile qui l'utilise beaucoup, le terme peut désigner dans certains cas un mort individuel (comme ici), dans d'autres le monde des morts comme tel (4, 387; 11, 181; 12, 884), mais il a encore d'autres sens, dont certains (comme en 6, 743) ne sont pas faciles à préciser.
bandelettes sombres (3, 64). Les bandelettes (uittae en latin), sortes de rubans décoratifs, étaient utilisées, en guise de consécration, dans beaucoup de cérémonies religieuses. Elles étaient par exemple portées par des prêtres, ou par les animaux qu'on allait sacrifier; elles pouvaient aussi orner des bâtiments ou des autels. Souvent blanches, elles étaient de couleur sombre dans les cérémonies de deuil. Il en est assez largement question dans l'Énéide (cfr 2, 168; 2, 221; 3, 81; 7, 418). Les Pénates qui apparaîtront à Énée en Crète en portaient dans leur chevelure (3, 174).
cyprès (3, 64). Consacré à Pluton, le cyprès (en latin cupressus) était l'arbre funéraire par excellence (cfr 2, 714).
lait (3, 66). Le lait était en effet une offrande régulière aux Mânes, mais on leur offrait aussi du sang des victimes, du vin, de l'huile, du miel, des fleurs, des parfums (cfr 5, 76-82; 5, 98; et aussi la description d'Ovide, Fastes, 2, 533-542 lors des Feralia).
sang sacré (3, 67). Il s'agit du sang des animaux offerts en sacrifice.
nous enfouissons (3, 67). "Pour la fixer, de façon qu'elle ne soit plus errante. - Il s'agit ici de la cérémonie suprême des funérailles : on recueillait les cendres du mort dans une urne, et, nu-pieds, sans ceinture, on allait la déposer dans le monument. Énée, n'ayant point les restes de Polydore, accomplit le simulacre" (M. Rat, Virgile. L'Énéide, 1965, p. 306, n. 550).
évoquons une ultime fois (3, 68). Le dernier adieu donné au défunt. L'ensemble du cérémonial funéraire en comportait plusieurs (cfr 1, 219).
Auster (3, 70). L'Auster ou Notus est un vent du sud (cfr 1, 85 avec la note). Le mot est utilisé ici dans le sens général de vent favorable, puisque le groupe va se diriger vers le sud, vers Délos.
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