Itinera Electronica
Du texte à l'hypertexte

Virgile Aeneis, Livre IV

I. Passion irrésistible [1-172]

 1. Didon s'abandonne à la passion (1-89)

4, 1 Mais la reine, blessée par l'angoisse oppressante de l'amour,
entretient son mal en ses veines, se consume en un feu secret.
Sans cesse lui reviennent à l'esprit la grande valeur, l'immense prestige
de la race du héros, dont les traits et les paroles restent fixés en son coeur;

 4, 5 l'inquiétude ne laisse point à ses membres la douceur du repos.
L'Aurore suivante parcourait la terre portant le flambeau de Phébus;
elle avait à peine chassé du ciel les ombres humides que, l'esprit égaré,
Didon s'adresse ainsi à sa soeur, son intime confidente :
"Anne, ma soeur, des songes terrifiants me laissent perplexe !

 4, 10 Tu vois cet hôte qui vient d'entrer en nos demeures ! Quelle noblesse
il porte sur son visage, avec ce coeur vaillant et ces faits d'armes !
Il est de la race des dieux, je le crois vraiment, et je ne me trompe pas !
La crainte dévoile les âmes viles. Mais lui, quels destins l'ont malmené !
Et les guerres qu'il nous a contées, vécues jusqu'à l'épuisement !

 4, 15 Si en mon coeur n'était arrêtée, fixe et irrévocable, ma volonté
de ne m'unir à aucun homme dans les liens du mariage,
depuis que la mort m'a déçue, me privant de mon premier amour,
si je n'avais pris en horreur la couche et les torches nuptiales,
pour lui seul peut-être aurais-je pu succomber à cette faute.

 4, 20 Oui, Anne, je l'avouerai, depuis la mort du pauvre Sychée, mon époux,
depuis que nos pénates furent éclaboussés par le crime de mon frère,
lui seul a ému mes sens et ranimé mon esprit chancelant.
Je reconnais les marques de la flamme ancienne.
Mais je souhaiterais que la terre m'engloutisse en ses profondeurs,

 4, 25 ou que Jupiter tout-puissant, de sa foudre, me conduise vers les ombres,
les ombres pâles, dans l'Érèbe, et vers la nuit profonde,
ô pudeur, avant que je t'outrage ou que je faillisse à tes droits.
Celui qui le premier m'a unie à lui a emporté mes amours.
Qu'il les garde avec lui et les conserve dans son tombeau".

 4, 30 Ainsi dit-elle, et les larmes jaillissaient, inondant les plis de son corsage.
Anne lui répond : "Ô toi, que ta soeur chérit plus que la lumière,
vas-tu, amère, consumer ta jeunesse dans une perpétuelle solitude,
sans connaître la douceur d'avoir des enfants et les faveurs de Vénus ?
Crois-tu qu'en aient cure les cendres ou les mânes des disparus ?

 4, 35 Soit : nul époux dans le passé n'a fléchi ta douleur,
ni en Libye, ni auparavant à Tyr; tu as dédaigné Iarbas
et les autres chefs d'armées, que nourrit la terre d'Afrique,
riche en triomphes : résisteras-tu aussi à un amour qui te charme ?
Et ne songes-tu pas aux maîtres des terres où tu es installée ?

 4, 40 Ici les villes des Gétules invincibles à la guerre,
et les Numides sauvages, qui t'entourent, et la Syrte inhospitalière;
là, une région désertique, sans eau, et ces forcenés de Barcé
se répandant au loin. Et que dire des guerres surgissant de Tyr
et des menaces de notre frère ?

 4, 45 Sûrement, je pense, ce sont les auspices des dieux et la faveur de Junon,
qui ont dirigé la course des navires d'Ilion, poussés par le vent.
Toi, ma soeur, imagine quelle sera ta ville, et le royaume qui surgira
d'une telle union ! Grâce à l'apport des armes troyennes,
quels exploits grandioses rehausseront la gloire punique !

 4, 50 Demande simplement aux dieux leurs faveurs par des sacrifices efficaces,
sois accueillante pour tes hôtes, énumère-leur les raisons de rester,
tant que sur la mer sévissent le mauvais temps et le pluvieux Orion,
que leurs bateaux sont mis à mal, que le ciel se montre intraitable".
Par ces paroles, elle embrasa le coeur de Didon d'un amour débordant,

 4, 55 donna de l'espoir à son esprit indécis, et la libéra de sa pudeur.
Elles vont d'abord vers les temples et à chaque autel implorent la bienveillance des dieux.
Selon les rites, elles immolent des brebis de choix, âgées de deux ans,
à Cérès législatrice, à Phébus et au vénérable Lyaeus,
mais surtout, à Junon, qui veille aux liens du mariage.

 4, 60 Didon la toute belle tient elle-même la patère en main
et verse le vin entre les cornes d'une vache blanche. Devant les statues des dieux,
elle se déplace autour des autels humides du sang des victimes.
Elle recommence continuellement les offrandes, se penche avidement
sur les poitrines béantes des victimes et consulte leurs entrailles palpitantes.

 4, 65 Hélas ! Esprits ignares des devins ! Pour un être égaré par la folie,
à quoi bon les voeux, les sanctuaires ? Entre-temps, la flamme dévore
ses tendres moelles, et la blessure secrète vit dans sa poitrine.
La malheureuse Didon brûle, et erre telle une folle à travers la ville;
on dirait une biche, atteinte par surprise dans les bois de Crète

 4, 70 par la flèche d'un berger, qui de loin la poursuit de ses traits,
et qui, sans s'en rendre compte, l'a blessée de sa pointe ailée :
la biche s'enfuit et parcourt les forêts et les taillis de Dicté,
tandis que le trait mortel reste fiché dans son flanc.
Tantôt elle emmène avec elle Énée au centre des remparts,

 4, 75 lui montrant fièrement les richesses de Sidon et une ville toute prête.
Elle commence à parler, puis s'interrompt au milieu d'une phrase.
Tantôt, à la tombée du jour, elle veut renouveler le banquet précédent,
et, dans son délire, exige de réentendre le récit des épreuves d'Ilion,
et à nouveau reste suspendue aux lèvres du conteur.

 4, 80 Enfin, lorsque tous ont pris congé, qu'à son tour la lune pâlit
et perd de son éclat, que les astres qui s'effacent invitent au sommeil,
seule, dans sa demeure vide, elle se lamente, et se pose sur les lits désertés.
Sans le voir, bien qu'absent, elle l'entend et le voit, ou bien, séduite
par sa ressemblance avec son père, elle retient Ascagne sur ses genoux,

 4, 85 comme si elle pouvait s'abuser sur un amour inavouable.
Les tours commencées cessent de s'élever; la jeunesse de s'exercer
aux armes; et tant dans le port que sur les travaux de défense
règne un calme total : les travaux interrompus restent en suspens :
hautes murailles menaçantes, et machines dressées jusqu'au ciel.

At regina graui iamdudum saucia cura
uolnus alit uenis, et caeco carpitur igni.
Multa uiri uirtus animo, multusque recursat
gentis honos: haerent infixi pectore uoltus

5 uerbaque, nec placidam membris dat cura quietem.
Postera Phoebea lustrabat lampade terras,
umentemque Aurora polo dimouerat umbram,
cum sic unanimam adloquitur male sana sororem:
"Anna soror, quae me suspensam insomnia terrent!

10 Quis nouus hic nostris successit sedibus hospes,
quem sese ore ferens, quam forti pectore et armis!
Credo equidem, nec uana fides, genus esse deorum.
Degeneres animos timor arguit: heu, quibus ille
iactatus fatis! Quae bella exhausta canebat!

15 Si mihi non animo fixum immotumque sederet,
ne cui me uinclo uellem sociare iugali,
postquam primus amor deceptam morte fefellit;
si non pertaesum thalami taedaeque fuisset,
huic uni forsan potui succumbere culpae.

20 Anna, fatebor enim, miseri post fata Sychaei
coniugis et sparsos fraterna caede Penatis,
solus hic inflexit sensus, animumque labantem
impulit: adgnosco ueteris uestigia flammae.
Sed mihi uel tellus optem prius ima dehiscat,

25 uel Pater omnipotens adigat me fulmine ad umbras,
pallentis umbras Erebi noctemque profundam,
ante, Pudor, quam te uiolo, aut tua iura resoluo.
Ille meos, primus qui me sibi iunxit, amores
abstulit; ille habeat secum seruetque sepulchro."

30 Sic effata sinum lacrimis impleuit obortis.
Anna refert: "O luce magis dilecta sorori,
solane perpetua maerens carpere iuuenta,
nec dulcis natos, Veneris nec praemia noris?
Id cinerem aut Manis credis curare sepultos?

35 Esto: aegram nulli quondam flexere mariti,
non Libyae, non ante Tyro; despectus Iarbas
ductoresque alii, quos Africa terra triumphis
diues alit: placitone etiam pugnabis amori?
Nec uenit in mentem, quorum consederis aruis?

40 Hinc Gaetulae urbes, genus insuperabile bello,
et Numidae infreni cingunt et inhospita Syrtis;
hinc deserta siti regio, lateque furentes
Barcaei. Quid bella Tyro surgentia dicam,
germanique minas?

45 Dis equidem auspicibus reor et Iunone secunda
hunc cursum Iliacas uento tenuisse carinas.
Quam tu urbem, soror, hanc cernes, quae surgere regna
coniugio tali! Teucrum comitantibus armis
Punica se quantis attollet gloria rebus!

50 Tu modo posce deos ueniam, sacrisque litatis
indulge hospitio, causasque innecte morandi,
dum pelago desaeuit hiemps et aquosus Orion,
quassataeque rates, dum non tractabile caelum."
His dictis incensum animum inflammauit amore,

55 spemque dedit dubiae menti, soluitque pudorem.
Principio delubra adeunt, pacemque per aras
exquirunt; mactant lectas de more bidentis
legiferae Cereri Phoeboque patrique Lyaeo,
Iunoni ante omnis, cui uincla iugalia curae.

60 Ipsa, tenens dextra pateram, pulcherrima Dido
candentis uaccae media inter cornua fundit,
aut ante ora deum pinguis spatiatur ad aras,
instauratque diem donis, pecudumque reclusis
pectoribus inhians spirantia consulit exta.

65 Heu uatum ignarae mentes! quid uota furentem,
quid delubra iuuant? Est mollis flamma medullas
interea, et tacitum uiuit sub pectore uolnus.
Uritur infelix Dido, totaque uagatur
urbe furens, qualis coniecta cerua sagitta,

70 quam procul incautam nemora inter Cresia fixit
pastor agens telis, liquitque uolatile ferrum
nescius; illa fuga siluas saltusque peragrat
Dictaeos; haeret lateri letalis arundo.
Nunc media Aenean secum per moenia ducit,

75 Sidoniasque ostentat opes urbemque paratam;
incipit effari, mediaque in uoce resistit;
nunc eadem labente die conuiuia quaerit,
Iliacosque iterum demens audire labores
exposcit, pendetque iterum narrantis ab ore.

80 Post, ubi digressi, lumenque obscura uicissim
luna premit suadentque cadentia sidera somnos,
sola domo maeret uacua, stratisque relictis
incubat, illum absens absentem auditque uidetque;
aut gremio Ascanium, genitoris imagine capta,

85 detinet, infandum si fallere possit amorem.
Non coeptae adsurgunt turres, non arma iuuentus
exercet, portusue aut propugnacula bello
tuta parant; pendent opera interrupta, minaeque
murorum ingentes aequataque machina caelo.


Commentaire

blessée (4, 1-2). En 1, 712ss, Cupidon, sous les traits d'Ascagne et agissant selon les ordres de sa mère Vénus, avait installé la passion dans le coeur de Didon.

le flambeau de Phébus (4, 6). Le Soleil (cfr 3, 637).

sa soeur, son intime confidente (4, 8). La tradition primitive ne semble pas attribuer à Elissa/Didon de soeur confidente. Toutefois le thème de l'amoureuse qui se confie à un proche est ancien. Le personnage d'Anne pourrait être rapproché par certains aspects, notamment structuraux, de celui de Chalciopé, la soeur de Médée chez Apollonius de Rhodes (par exemple Argonautiques, 3, 669-739), mais les différences restent grandes, ne serait-ce que parce que Médée ne se confie pas vraiment à sa soeur. On ne peut cependant pas exclure que Virgile ait imaginé, sur le modèle d'Apollonius, le personnage d'une soeur de la reine qui aurait porté le nom d'Anna et qui en serait la confidente. Mais la question n'est pas simple, car Anna peut avoir fait partie de la légende d'Énée avant Virgile. En effet Varron faisait intervenir à Carthage, une Anna, qui, amoureuse d'Énée, serait morte sur le bûcher. Nous devons l'information au commentaire de Servius : "Selon Varron, ce ne serait pas Didon, mais Anna, qui, poussée par son amour pour Énée, aurait trouvé la mort dans le bûcher" (Servius, 4, 682) et "Il faut savoir que, pour Varron, Énée avait été aimé par Anna" (Servius, 5, 4). Mais on ne connaît rien des rapports que Varron établissait entre cette Anna et Didon. Rien en tout cas ne dit que l'Anna de Varron était la soeur de Didon. Peut-être la version varronienne était-elle assez différente de celle de Virgile. Quoi qu'il en soit, l'histoire d'Anna ne se terminera pas avec Virgile. Ovide en imaginera la suite dans ses Fastes, 3, 545-655 : après la mort de Didon, Carthage est attaquée parIarbas et Anna doit fuir. Après un long périple, la soeur de Didon rejoint le Latium et retrouve Énée, mais victime de la jalousie de Lavinia et craignant pour sa propre vie, elle se jette dans les eaux du Numicus, et, sous la nom d'Anna Perenna, devient une nymphe du fleuve.

perplexe (4, 9). Ce vers évoque le problème de conscience qui partage Didon entre sa passion pour Énée et son voeu de fidélité à Sychée; son dilemme sera clairement expliqué aux vers 4, 15-19.

Il est de la race des dieux (4, 12-14). Didon est fixée sur ce point depuis l'instant où Énée s'est présenté à elle (1, 615-618). Mais elle se complaît à évoquer la noblesse et la valeur d'Énée, telles qu'elles ressortent des récits des chants 2 et 3.

la mort, etc. (4, 17-23). Cfr 1, 340ss et les notes de commentaire. Sychée, l'époux tyrien de Didon, avait été tué parPygmalion, frère de Didon.

les torches nuptiales (4, 18). Comme les torches (en latin taedae) servaient régulièrement dans les noces à Rome, elles symbolisent souvent le mariage.

Érèbe (4, 26). L'Érèbe, synonyme du monde souterrain ou des Enfers (cfr 4, 510; 6, 247; 6, 404; 6, 671; 7, 140). Dans la mythologie grecque, l'Érèbe, fils du Chaos et de la Nuit, père du Jour, aurait été précipité par Zeus dans les Enfers, pour avoir aidé les Titans révoltés. Il aurait été transformé en fleuve.

pudeur (4, 27). Rome connaissait une divinité Pudeur (en latin Pudicitia) qui était vénérée par les matrones univirae, c'est-à-dire les femmes qui n'avaient eu qu'un seul mari. Cependant il ne s'agit pas nécessairement ici de la divinité (avec la majuscule), mais du sentiment de pudor (avec la minuscule) de Didon qui avait juré fidélité au souvenir de Sychée et qui s'estimerait deshonorée de ne pas respecter son serment. Cfr 4, 55; et 4, 321.

Crois-tu qu'en aient cure (4, 34). Pour A. Bellessort, Virgile. Énéide, I, Paris, 1952, p. 100, n. 2, ce vers prête à Anna une opinion épicurienne : les morts n'ont plus aucune forme d'existence et ne peuvent donc plus se soucier des vivants.

Libye... Tyr (4, 36). La Libye où a abouti Didon après s'être sauvée de Tyr en Phénicie (cfr 1, 340ss et les notes de commentaire).

Iarbas (4, 36). Iarbas, roi des Gétules (cfr 4, 40), que Virgile présentera plus loin (4, 196ss, et 4, 326) comme le fils de Jupiter Hammon et d'une nymphe du pays des Garamantes. Toujours selon Virgile, il aurait, comme d'autres chefs africains, demandé Didon en mariage, mais celle-ci avait repoussé toutes les propositions. Dans la version prévirgilienne de la légende, rapportée notamment par Macrobe (Saturnales, 5, 17, 5-6), Iarbas aurait menacé Didon de lui faire la guerre, si elle refusait de l'épouser. Ayant horreur de cette nouvelle union, Didon aurait demandé un délai de trois mois, sous prétexte de calmer, par des sacrifices, l'ombre de son premier mari. À l'expiration de ce délai, elle serait montée sur le bûcher et se serait donnée elle-même la mort. Dans ce récit ancien, Énée n'avait donc aucune responsabilité dans le suicide de Didon. Dans la suite à l'Énéide que constitue le récit d'Ovide (Fastes, 3, 545-655; cfr supra), Iarbas vient attaquer Carthage après la mort de Didon et s'empare de la ville.

Gétules (4, 40). Si rien ne permet de penser que Iarbas était un personnage historique, les Gétules furent dans l'histoire une peuplade nomade d'Afrique du Nord, installée au sud des Numides (cfr aussi 5, 51). Ils aidèrent notamment les Romains dans leurs guerres contre Jugurtha et Juba II, deux rois numides. On les retrouve aussi, toujours comme auxiliaires, dans les troupes de Marius et de César.

Numides sauvages (4, 40). Autre population d'Afrique, également à l'ouest de Carthage, les Numides occupaient l'Algérie actuelle et furent à plusieurs reprises en guerre contre les Romains. Virgile les qualifie en latin de infreni, ce qui impliquerait, au sens propre, qu'ils ne se servaient pas de freins pour leurs montures (cfr Tite-Live, 21, 44, 1), mais l'adjectif peut avoir une valeur plus générale ("indomptables, sauvages").

Syrte (4, 41). Cfr 1, 111; 5, 51, 6, 60 et 7, 302.

ces forcenés de Barcé (4, 42). Barcé, aujourd'hui Barca, est un port de Cyrénaïque, qui ne sera fondé qu'au 6ème siècle avant Jésus-Christ. Ce n'est vraisemblablement pas aux habitants de cette ville lointaine que Virgile songeait, mais plutôt à la famille carthaginoise des Barca, à laquelle appartenaient Hamilcar et Hannibal, des actes desquels les Romains eurent tant à souffrir.

les menaces de notre frère (4, 43-44). Le frère de Didon est Pygmalion. On verra leur histoire en 1, 340-367 (avec les notes). En 4, 325-326, Didon fera également allusion à des menaces de Iarbas et de Pygmalion.

la faveur de Junon (4, 45). Junon, présentée ici par Anna comme la principale déesse de Carthage. Cfr aussi 1, 15 et la note.

quels exploits grandioses (4, 49). Ce passage imaginant la gloire future de Carthage devait paraître particulièrement piquant aux lecteurs de Virgile.

le pluvieux Orion (4, 52). Sur la constellation d'Orion dont le coucher (en hiver) était marqué par des tempêtes, cfr notamment 1, 535 et 3, 517.

amour débordant (4, 54). Nous suivons (comme A. Bellessort et J. Perret) la lecture impenso... amore, plutôt que incensum animum. Servius connaissait déjà les deux textes.

âgées de deux ans (4, 57). Il est aussi question de brebis de deux ans (bidentes en latin) en 5, 96.

Cérès (4, 58). Cérès, la Déméter grecque, est la divinité de la terre cultivée, et essentiellement la déesse du blé. Elle est qualifiée de "législatrice" (en latin legifera), parce que la découverte du blé est associée aux débuts de la vie sédentaire. Ovide (Métamorphoses, 5, 343) dit d'elle qu'elle fut la première à donner des lois. D'après un vers de Calvus,un poète latin contemporain de Cicéron, Cérès aurait également institué le mariage.

Phébus (4, 58). Phébus-Apollon passait pour le dieu de la médecine, celui qui envoyait les maladies et les guérissait. L'amour serait-il considéré ici comme une maladie, dont il faut se guérir ?

Lyaeus (4, 58). Ce surnom du dieu du vin, Bacchus, en latin Liber, veut dire en grec "qui délivre des soucis" (cfr 1, 686). R.D. Williams, The Aeneid of Virgil, I, 1972, pense que les trois divinités ici invoquées le sont probablement à cause de leurs liens avec la fondation des cités. On pourrait aussi penser que leur point commun est le mariage, l'amour, et les soucis qu'ils entraînent.

Junon (4, 59). On a vu (cfr 4, 45) que Junon était la grande divinité de Carthage. À Rome, elle passait pour la déesse du mariage, protégeant les unions légitimes (Iuno pronuba).

verse le vin (4, 61). C'est la libation de vin faite sur la tête de l'animal qui va être immolé. Elle fait partie du rituel romain du sacrifice.

elle se déplace (4, 62). Elle fait rituellement le tour de l'autel (ou des autels, si le pluriel du texte latin doit être pris au sens strict).

recommence continuellement les offrandes (4, 63). Le sens précis de l'expression latine (instaurat diem donis) n'est pas très clair. L'usage à Rome était de recommencer (instaurare) une cérémonie religieuse qui avait été interrompue ou célébrée de manière irrégulière. De la même manière, lors de la prise des auspices, on pouvait considérer les réponses négatives comme nulles et recommencer l'opération jusqu'au moment où on recevait des auspices favorables. Que faisait exactement Didon ?

entrailles palpitantes (4, 64). Autre détail du rituel romain du sacrifice. Une fois l'animal tué, son corps est ouvert pour permettre au sacrifiant d'inspecter les organes internes (inspicere exta). Cet examen, conforme aux prescriptions de la liturgie romaine, ne vise qu'à vérifier le bon état de ces organes pour s'assurer de l'agrément des dieux (litatio). Il n'a rien à voir avec les procédures de divination qui relèvent de l'haruspicine étrusque. Dans la description virgilienne, Didon accomplit des gestes qui normalement appartiennent au prêtre ou à ses assistants.

on dirait une biche (4, 69-74). Cette comparaison, de type homérique, est particulièrement bien adaptée au cas de Didon.

les bois de Crète (4, 69). Les Crétois étaient réputés comme archers (cfr 5, 306).

Dicté (4, 73). Une montagne de Crète, cfr 3, 171.

les richesses de Sidon (4, 75). Sidon, colonie de Tyr, ville de Phénicie, que Didon avait dû quitter. Virgile utilise indifféremment Tyr ou Sidon pour désigner la patrie d'origine de Didon.

une ville toute prête (4, 75). Carthage est déjà bien installée. Didon a donc terminé ce qu'Énée doit encore faire. S'il décidait de rester, il serait dispensé de commencer à zéro une ville nouvelle.

le banquet précédent (4, 74-79). Ces vers évoquent la situation décrite à la fin du chant 1, 695-756. C'est au cours de ce banquet qu'Énée avait fait le récit de la prise de Troie (chant 2) et des voyages en Méditerranée (chant 3).

les astres qui s'effacent (4, 81). La fin du vers est reprise de 2, 9.

les lits désertés (4, 81). Les lits du banquet, où Énée et elle avaient pris place.

Sans le voir etc. (4, 83-85). Didon revoit en imagination les événements de la journée. On comparera cette peinture des effets de la passion avec les descriptions d'Apollonius de Rhodes (3, 453-459; pour Médée), et de Catulle (64, 68-71; pour Ariane).

 



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Dernière mise à jour : 06/03/2002