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Itinera Electronica Du texte à l'hypertexte Virgile Aeneis, Livre VIII |
2. La cérémonie - L'hymne à Hercule (268-305)
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Commentaireun culte est célébré (8, 268-272). Le récit étiologique continue, mais, maintenant qu'est terminé le "morceau de bravoure" constitué par l'affrontement entre Hercule et Cacus, il s'accélère avec l'évocation, très rapide, des deux gentes qui s'occupaient du culte d'Hercule, à l'ara maxima, les Potitii et les Pinarii, présentés comme des contemporains d'Évandre. Tite-Live (1, 7, 12-15) les signale comme des familles particulièrement importantes à cette époque et fournit plus de détail que Virgile sur elles et sur leurs rôles respectifs dans la cérémonie. Quoi qu'il en soit, Potitii et Pinarii avaient disparu dès la fin du 4e siècle avant Jésus-Christ, lorsque le culte d'Hercule à l'ara maxima fut repris par l'État.
Potitius en fut l'initiateur (8, 269). La tradition hésite sur le fondateur de l'ara maxima et du culte qui y était rendu à Hercule, et le texte de Virgile est pour sa part quelque peu ambigu. Pour une partie de la tradition romaine (Tite-Live, 9, 34, 18; Ovide, Fastes, 1, 581, 59; Properce, 4, 9, 67), Hercule lui-même aurait dressé son autel, qui fut appelé l'ara maxima. Selon une autre version (Plutarque, Questions romaines, 90; Pline, 34, 7; Denys d'Halicarnasse, 1, 39, 4 et 1, 40, 2; Strabon, 5, 290), Hercule aurait bien dressé un autel, mais à Iuppiter Inuentor ("Jupiter qui découvre"), pour le remercier d'avoir retrouvé ses animaux; Évandre ensuite aurait élevé l'ara maxima en l'honneur du héros.
très grand (8, 272). C'est l'ara maxima, dont il avait déjà été question à plusieurs reprises, pour la première fois en 8, 102n.
ceignez vos cheveux de feuillage (8, 274). Invocation lancée aux participants, comme si la cérémonie allait seulement commencer, alors qu'on était déjà en train de la célébrer lors de l'arrivée des Troyens à Pallantée (8, 102ss). La mention de la couronne de feuillage renvoie à un détail du rite grec. Dans ce dernier, l'officiant sacrifiait nu-tête, avec simplement une couronne, tandis que dans le rite romain, il se couvrait complètement la tête d'un pan de sa toge. Quelques vers plus loin (8, 276), Évandre joindra le geste à la parole.
notre dieu commun (8, 275). Les Troyens et les Arcadiens, s'étant alliés et ayant du reste une origine commune, peuvent maintenant vénérer en commun Héraclès/Hercule.
bicolore (8, 276). La feuille du peuplier, arbre consacré à Hercule, est verte d'un côté, blanche de l'autre.
sur la table (8, 279). Cfr 8, 110. Sur l'autel ou sur la table du repas (1, 736) ?
des prières aux dieux (8, 279). On a déjà discuté plus haut (8, 103n) cette curieuse mention d'autres divinités dans le culte d'Hercule à l'ara maxima.
Vesper (8, 280). L'étoile du Soir ou du Berger, qui apparaît dans le ciel, indique la fin du jour.
enveloppés de peaux selon la coutume (8, 282). On sait qu'aux Lupercales du 15 février les Luperques, considérés dans certains textes anciens comme les prêtres de Faunus, fêtaient le dieu revêtus de peaux de chèvres (cfr 8, 663). Mais nous ne possédons aucune information qui nous permettrait de supposer à la cérémonie de l'ara maxima la présence d'officiants ceints de peaux de bêtes. Virgile a probablement voulu donner à la scène une touche d'archaïsme.
reprend le banquet (8, 283). Le verbe latin utilisé par Virgile (instaurare) est le terme technique qui désigne la reprise d'une cérémonie religieuse qui a été interrompue et qu'on doit rituellement recommencer. Mais la suite du texte semble contredire cette idée, si du moins il y est vraiment question de seconds services (le vin et les fruits).
Saliens (8, 285). Virgile imagine deux choeurs de Saliens, qui vont chanter les exploits d'Hercule et demander l'aide du dieu. Les Saliens, qui formaient à Rome une très vieille sodalité, étaient des prêtres chargés d'ouvrir et de fermer rituellement la saison guerrière laquelle, à l'époque très ancienne, courait de mars à octobre. La tradition attribue leur création au roi Numa, qui leur avait confié la garde d'un bouclier merveilleux d'une forme particulière (ancile) envoyé par Jupiter et considéré comme un talisman d'empire. Numa en avait fait fabriquer onze répliques. Ce sont ces anciles (ancilia) que les Saliens sortaient en mars et promenaient dans la ville de Rome, habillés en guerriers archaïques et exécutant des danses sacrées. Ils chantaient également un chant rituel (carmen Saliare), dont plusieurs auteurs anciens signalent le caractère incompréhensible (Horace, Epodes, 2, 1, 86; Quintilien, 1, 6, 40). Ces Saliens sont mis en rapport avec Mars, le dieu de la guerre. Virgile est le seul à les faire intervenir dans le culte d'Hercule, ce qui pose un problème. On est amené à penser qu'on se trouve devant une création virgilienne, sans appui dans la réalité religieuse. Le poète aurait voulu reconstituer une atmosphère religieuse particulière en empruntant des éléments à plusieurs contextes différents. On l'a vu également pour les peaux de bêtes dont Virgile affuble les prêtres d'Hercule et Potitius, décalque probable de ce qui se passait pour les Luperques. On retrouvera Luperques et Saliens unis sur une des scènes du bouclier d'Énée à la fin du livre (8, 663-664).
exploits (8, 288). Plusieurs auteurs anciens du début de l'Empire évoquent ce "chant des Saliens" (carmen Saliare), mais c'est pour signaler qu'il était devenu totalement incompréhensible. Avec la liberté du poète, Virgile imagine ici qu'il célébrait les exploits d'Hercule. Pour fonder son choix, il semble s'être inspiré d'un passage d'Euripide, Héraclès, 1266-1278, mais il a ajouté - nouvelle liberté créatrice du poète - Typhée qu'aucun autre texte ne met directement aux prises avec Hercule et qu'on retrouvera plus loin.
ses premiers monstres (8, 288-289). Encore au berceau, Hercule étouffa deux serpents envoyés par Junon ("la marâtre"), qui en voulait à ce fils que Jupiter avait eu avec Alcmène.
Troie (8, 291). Neptune avait aidé le roi Laomédon (cfr 8, 18 et 8, 158) à construire les murs de Troie mais n'avait pas reçu le salaire convenu. Il avait alors envoyé un monstre marin pour les détruire. Mais Hercule intervint et fit périr le monstre, sauvant aussi Hésione, la soeur de Laomédon. Mais à son tour Hercule fut trompé par Laomédon; il punira ce second parjure en faisant périr le roi et en détruisant la ville. Troie fut donc détruite deux fois dans son histoire, la première fois par Hercule à l'époque de Laomédon, le seconde fois par les Grecs sous le règne de Priam.
Oechalie (8, 291). Le roi d'Oechalie, Eurytus, avait promis sa fille, Iole, à celui qui le vaincrait au tir à l'arc. Battu par Hercule, il ne tint pas sa promesse. Il fut châtié par le héros qui détruisit sa cité. Il existe dans l'histoire plusieurs villes du nom d'Oechalie. On pense généralement qu'il s'agissait ici de celle d'Eubée.
Eurysthée, Junon et les Travaux d'Hercule (8, 291-300). Dans un accès de colère, Hercule avait tué les trois enfants qu'il avait eus de Mégara, fille de Créon roi de Thèbes. Comme châtiment, il fut envoyé par la Pythie au service d'Eurysthée, le roi de Tirynthe, qui, à l'instigation de Junon, toujours hostile au héros, lui imposa les fameux Travaux d'Hercule, dont plusieurs seront énumérés dans les vers suivants.
les fils nés des nuages (8, 293-294). Il s'agit de la victoire d'Hercule sur les Centaures (cfr 7, 304-305 et 7, 674), mi-hommes, mi-chevaux, nés d'Ixion et d'une Nuée façonnée à l'image d'Héra. Hyléus et Pholus étaient deux Centaures, qui furent massacrés avec d'autres par Hercule, dans les circonstances que voici. Un jour qu'il était l'hôte de Pholus, Héraclès lui demanda du vin. "Pholos lui dit qu'il n'en avait qu'une jarre, mais qu'elle appartenait en commun à tous les Centaures. Héraklès lui dit de ne pas avoir peur et d'ouvrir la jarre. Ce qu'il fit. Mais les Centaures, à l'odeur du vin, accoururent vers la grotte de Pholos, armés de rochers, d'arbres et de torches. Héraclès engagea la lutte contre eux. Pholos fut tué accidentellement" (P. Grimal, Dictionnaire de la mythologie, 1969, p. 372; cfr aussi p. 199). En réalité, cet épisode de Pholos et les Centaures constitue une aventure secondaire qui ne fait pas partie intégrante du groupe des Douze Travaux.
monstres de la Crète (8, 294). Un des Travaux, tenu d'habitude pour le septième, concerne un taureau magnifique que Neptune avait envoyé pour dévaster l'île de Crète. Hercule le captura et le ramena vivant à Eurysthée. Le pluriel "monstres" est probablement poétique.
lion de Némée (8, 295). Un lion envoyé par Junon dévastait la vallée de Némée, en Argolide. Comme il avait une peau invulnérable aux flèches, Hercule l'étouffa dans ses bras, et revêtit désormais sa dépouille (cfr 7, 666-669n). C'est traditionnellement le premier des Travaux.
Orcus (8, 296). Nom d'un ancien démon de la mort chez les Romains. Cfr 2, 398; 4, 243; 6, 273; 9, 527; 9, 785.
marais du Styx (8, 296-299). Allusion à la descente d'Hercule aux Enfers, qui lui fut imposée par Eurysthée (cfr 6, 123). Le héros délivra Thésée (cfr 6, 123; 6, 393; 6, 618) et Pirithoüs (cfr 6, 393; 6, 601). Le portier d'Orcus est Cerbère (cfr 6, 393; 6, 400; 6, 417), le chien à trois têtes, Orcus étant le nom d'un démon de la mort chez les Romains (cfr 6, 273). Hercule capturera Cerbère, le ramènera sur terre pour le montrer à Eurysthée, puis le renverra dans les Enfers. Cet exploit est considéré d'habitude comme le douzième Travail.
Typhée (8, 298). Typhée ou Typhon était un être monstrueux, selon Hésiode fils du Tartare et de Gaia (la Terre). Monstre hybride (il avait par exemple des têtes de dragons au lieu de doigts, et était entouré de vipères en-dessous de la ceinture; il avait des ailes et ses yeux lançaient des flammes), énorme (il était plus grand que toutes les montagnes et parfois sa tête heurtait les étoiles), il s'attaqua à lui tout seul au Ciel. Pris de panique, les dieux s'enfuirent jusqu'en Égypte où ils se cachèrent dans le désert, se transformant en divers animaux. Seul Jupiter résista, qui finit par le réduire à l'impuissance en l'écrasant sous l'Etna (cfr 9, 716). Les flammes qui sortent du volcan sont celles que vomit encore le monstre. Si aucun texte antique, on l'a dit (8, 288n), ne met Typhée en rapport direct avec Hercule, il se fait que Typhée, comme d'autres monstres ou comme certains Titans, est parfois abusivement rangé parmi les Géants. Or Héraclès est intervenu activement aux côtés des dieux dans la Gigantomachie primitive. On a pensé aussi (J. Perret) que Virgile a mentionné ici Typhée parce que ce dernier, comme Cacus, lançait des flammes. En tout cas, Virgile insiste sur le fait que rien ni personne n'avait fait peur à Héraclès, même pas Typhée. On se souviendra que ce dernier avait fait fuir tous les dieux, sauf Jupiter.
serpent de Lerne (8, 300). Le serpent ou l'Hydre de Lerne, en Argolide, dans le Péloponnèse, était un monstre à plusieurs têtes (de 5 à 100 selon les auteurs; souvent 9), qui renaissaient et repoussaient chaque fois qu'on les coupait. Hercule les trancha, et son aide, Iolaüs, les cautérisa, les empêchant ainsi de repousser (cfr 7, 658ss à propos d'Aventinus). La tête centrale, la seule immortelle, fut enfouie sous un pesant rocher près de Lerne. Cet épisode est considéré comme le deuxième Travail. On dit encore que le héros trempa ses flèches dans le sang de l'hydre, et qu'elles en demeurèrent empoisonnées. Cfr aussi 6, 287; 6, 803; 8, 300, et 12, 518.
gloire nouvelle parmi les dieux (8, 301). Hercule vient d'accroître le nombre des dieux. Dans le récit de l'épisode chez Tite-Live (1, 7, 10), Évandre, après avoir reconnu le héros, lui dit : "Fils de Jupiter, Hercule, je te salue; tu dois, selon la prédiction de ma mère, fidèle interprète des dieux, aller grossir le nombre des habitants du ciel et posséder ici un autel auquel le peuple, qui sera un jour le plus puissant du monde, donnera le nom d'Autel Maxime et où il célébrera ton culte" (trad. G. Baillet).
viens participer (8, 302). Les dieux sont censés venir participer en personne aux cérémonies organisées en leur honneur.
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