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Itinera Electronica Du texte à l'hypertexte Virgile Aeneis, Livre VIII |
1. Histoire du Latium et évocation de la future Rome (306-369)
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Commentairetout autour de lui (8, 310). Dans la ville de Pallantée, Virgile imagine déjà la Rome future avec ses monuments évocateurs d'histoire. Le poète très subtilement va mêler les plans chronologiques.
la citadelle de Rome (8, 313). À l'époque historique, le citadelle de Rome se dressait sur le Capitole. Virgile l'imagine ici sur le Palatin, là où Romulus avait, selon la légende, construit les premières murailles, là où aussi Auguste avait son palais. On aurait noté le rapprochement pseudo-étymologique entre les termes Palatin et Pallantée.
les Faunes et les Nymphes (8, 314). Les Nymphes (8, 71) sont des divinités féminines de la nature, représentant notamment la puissance divine des sources, des fontaines, des forêts, des arbres. Le terme est d'origine grecque et transpose une réalité grecque. Dans la poésie latine, les Faunes sont des génies champêtres, masculins. Le mot, au pluriel, est probablement une création latine faite à partir de Faunus, une divinité de la nature sauvage. Si, aux yeux des historiens modernes de la religion romaine, Faunus est une véritable divinité, il n'en est pas de même des Faunes, représentés dans l'iconographie "comme des personnages trapus, barbus, la tête ceinte de feuillage, le corps recouvert d'une peau de chèvre" (M. Rat, Virgile, 1965, p. 375, n. 2214). Ils ne semblent pas avoir jamais fait l'objet d'un culte.
hommes nés du tronc de chênes (8, 315). À côté de ces divinités élémentaires que sont les Faunes et les Nymphes, Virgile imagine les premiers hommes comme une race primitive et sauvage sortie du tronc des chênes. Il ne serait pas exclu qu'on trouve ici une réminiscence homérique. Lorsque, à la fin de l'Odyssée (19, 162-163), Pénélope interroge l'étranger qu'elle a alors devant elle et qui se révélera être Ulysse, elle lui demande : "Dis-moi ta race et ta patrie; car tu n'es pas sorti du chêne légendaire ou de quelque rocher". Apparemment d'antiques récits circulaient, faisant sortir les premiers hommes des arbres ou des pierres. On a conservé des traces (par exemple Juvénal, 7, 12; Stace, Thébaïde, 277-279) de cette naissance à partir de diverses espèces d'arbres. Et tout le monde connaît l'histoire de Deucalion et de Pyrrha qui, après le déluge, repeuplèrent la terre en lançant par dessus leurs épaules des pierres qui se transformèrent en hommes et en femmes.
Saturne (8, 319). Selon la tradition, Saturne est un des premiers rois mythiques du Latium (cfr 1, 569; et 7, 49). Chassé du ciel par Jupiter, il serait venu dans le Latium, où régnait Janus, et aurait apporté aux habitants encore rudes les bienfaits de la civilisation, en particulier l'agriculture. Janus l'aurait même associé à son pouvoir. Il passe pour le fondateur d'une ville Saturnia (la ville de Saturne, 8, 358) sur le mons Saturninus (la colline de Saturne), qui deviendra plus tard le Capitole. Rappelons que Virgile avait précédemment (7, 45ss) proposé une généalogie des rois du Latium à partir de Saturne, Picus, puis Faunus, puis Latinus.
Latium (8, 323). Étymologie fantaisiste, basée sur le verbe latere "être caché, se cacher". Servius, dans son commentaire à ce passage, signale que Varron proposait la même étymologie à partir de latere, mais parce que le Latium "se cache" parmi les montagnes. Selon Virgile, Saturne aurait "préféré" (maluit) le nom de Latium, mais le texte ne mentionne pas les autres noms possibles (peut-être Saturnia tellus ?).
dorés (8, 325). Comme le Saturne latin fut identifié à Cronos, son règne dans le Latium passe pour avoir été, comme celui de son homologue grec, celui de l'âge d'or. D'après la théorie des âges, très répandue dans l'antiquité et qu'a illustrée notamment Hésiode (Travaux, 106-201), l'âge d'or fut suivi de l'âge d'argent, de l'âge du bronze et de l'âge de fer. Il semble que Virgile passe ici directement de l'âge d'or à l'âge du fer.
une troupe ausonienne (8, 328). On a vu précédemment (7, 39n) que le terme Ausones (ou Auronces ou Auronques) désignait, au sens strict, un peuple au sud du Latium. Apparemment Virgile les considère ici comme une population très ancienne. Il les avait cités en 7, 795, avec les Sicanes d'ailleurs, parmi les troupes de Turnus, sous l'appellation de Auruncae manus. Il les retrouvera en 11, 318.
Sicanes (8, 328). Les Sicanes (mentionnés en 7, 795 parmi les troupes de Turnus, avec les Auronces) étaient eux aussi, aux yeux des Anciens, une population primitive du Latium. Pline (3, 69) signale dans l'antique Latium une communauté de Sicanes. Virgile réintroduira leur nom en 11, 317, en même temps que celui des Auronces d'ailleurs. La tradition les imagine chassés par les Aborigènes, et occupant la partie occidentale de la Sicile. Les Modernes ont beaucoup de mal à identifier sur le terrain la trace, tant des Auronces que des Sicanes, car les indications géographiques fournies sont obscures. Dans la géographie historique ancienne, les termes Sicanes et Sicules désignent généralement des populations fixées en Sicile (voire dans le sud de l'Italie) avant la colonisation grecque (cfr 1, 549 n).
changea de nom (8, 329). On rencontre ainsi, pour la désigner, les noms d'Oenotrie, d'Hespérie, de Tyrrhénie, et enfin d'Italie (Cfr 1,530-534n et 1, 569n).
des rois (8, 330). Ces rois mythiques du Latium, Virgile les a présentés plus en détail en 7, 170-182, dans la bouche de Latinus.
Thybris (8, 330-333). Conformément aux habitudes antiques, la tradition a inventé un personnage pour expliquer un toponyme. Il s'agit bien sûr ici du Tibre qui traverse Rome et que nous avons déjà rencontrés sous plusieurs noms : Thybris (7, 151 et 7, 242 par exemple), Tibérinus (8, 31 par exemple) et Tiberis, c'est-à-dire Tibre (7, 715). D'après la légende, ce fleuve se serait primitivement appelé Albula. C'est en s'y noyant que Thybris lui aurait donné son nom. Dans sa liste des rois d'Albe, Tite-Live (1, 3, 8) signale un Tibérinus qui "se noya en traversant l'Albula" et dont le "nom passa à la postérité en devenant celui du fleuve".
Carmenta (8, 336). Évandre donne ici certains détails sur son propre passé (cfr 8, 51-58n), sans préciser cependant les raisons de son exil. Il signale le rôle important qu'a joué sa mère, Carmenta, une nymphe prophétesse (d'où la référence à Apollon). On a dit plus haut (8, 130n) que la tradition romaine avait donné à cette mère d'Évandre qui était désignée de diverses manières (Nicostraté, Thémis, Timandra, Telpousa, voire Tybyrtis) le nom de Carmenta, qui était celui d'une vieille divinité romaine, patronne probablement du chant prophétique (carmen). Elle possédait un flamine, deux jours de fête dans le calendrier (les Carmentalia) et un autel au pied du Capitole (ara Carmentalis), qui donna son nom à une des portes de la ville (porta Carmentalis). La légende jouera sur tous ces éléments. Elle imaginera que Carmenta avait vécu très âgée, jusqu'à 110 ans, et que son fils l'avait inhumée au pied du Capitole, non loin de la porte Carmentale, censée perpétuer son souvenir.
asile (8, 343). Il s'agit de l'asile qu'avait ouvert Romulus entre les deux sommets du Capitole afin d'augmenter une population romaine, au départ assez clairsemée. Tous ceux qui venaient y chercher refuge, quelle que soit leur origine, quel que soit aussi leur passé, devenaient citoyens romains. On pourra lire le récit de Tite-Live, 1, 8, 4-6.
Lupercal (8, 343). Le Lupercal était une grotte sur le flanc du Palatin, en rapport étroit avec la légende de Romulus, car c'était là qu'était censée venue se réfugier la louve nourricière de Romulus et de Rémus. La grotte intervenait dans la fête des Lupercales (8, 282n). Elle aura sa place sur le bouclier d'Énée (8, 630-634). Une tradition ancienne identifiait le dieu Faunus, qui semble avoir été à l'honneur dans les Lupercales, avec le dieu arcadien Pan, vénéré sur le mont Lycée (d'où son surnom de Lycéen).
parrhasienne (8, 344). C'est-à-dire arcadienne, Parrhasie étant une ville d'Arcadie.
Argilète sacré (8, 345). L'Argilète était un quartier de Rome entre le Capitole et l'Aventin. L'antiquité lui connaissait diverses étymologies. Selon la version évoquée ici, Argus, un hôte d'Évandre, aurait voulu s'emparer du pouvoir de ce dernier en le tuant; informés de son projet, les Arcadiens l'auraient mis à mort, à l'insu de leur roi. Celui-ci, par respect pour les liens d'hospitalité qui avaient été violés, lui fit élever un tombeau dans une zone de Rome qui aurait reçu son nom de cet incident (le mot latin Argiletum peut en effet s'interpréter comme "la mort d'Argus").
demeure de Tarpéia (8, 347). Dans la tradition, le Capitole, au cours de son histoire, est censé avoir porté plusieurs noms. D'abord celui de mons Saturninus (8, 319n) en liaison avec Saturne; ensuite celui de mons Tarpeius, en rapport avec la légende de Tarpéia, la fille du commandant de la citadelle sous Romulus, laquelle livra la place aux Sabins de Titus Tatius et périt ensevelie sous les boucliers ennemis; enfin celui de Capitole, lorsqu'à l'époque des Tarquins fut découverte une tête humaine (caput) dans les fondations du temple de Jupiter. En l'espace de quelques vers, Virgile aura donc eu l'occasion de faire une allusion aux trois dénominations (pour l'utilisation de Tarpéia, cfr aussi 8, 652). Il n'est pas question ici de la "roche Tarpéienne" (saxum Tarpeium), un rocher du Capitole d'où étaient précipités dans le vide certains criminels et qui conservait lui aussi le souvenir de Tarpéia. Au moment de la visite d'Énée, le grand temple de Jupiter n'était évidemment pas encore construit, mais les habitants du lieu avaient déjà ressenti la présence du dieu. On aura noté ici encore l'opposition entre l'époque de Virgile ("tout d'or aujourd'hui") et les temps anciens ("les ronces sauvages").
égide (8, 354). L'égide était le bouclier fabriqué par Vulcain pour Jupiter; il était recouvert d'une peau de chèvre (la Chèvre Amalthée qui avait nourri Zeus enfant); Homère (Iliade, 17, 593-594) raconte que Zeus, en agitant son égide, recouvrait le mont Ida de nuages noirs. L'évocation de Virgile s'inspire probablement de ce passage. Dans la suite, Jupiter offrit son égide à Minerve, qui y plaça la tête de Méduse (cfr 7, 341n et 8, 435-438). - Sur le Capitole se dressaient plusieurs temples à Jupiter, le grand temple à Iuppiter Optimus Maximus bien sûr, un temple à Iuppiter Feretrius, mais aussi un temple à Iuppiter Tonans, dédié par Auguste à la suite d'un voeu. Peut-être Virgile, poète courtisan, évoque-il ici ce dernier temple. En tout cas le texte dépeint manifestement le dieu de la foudre, du tonnerre et des orages.
Janus et Saturne (8, 357). À ces deux divinités, déjà évoquées plusieurs fois (notamment 7, 180), la tradition attribuait la construction de deux forteresses, l'une sur le Janicule, un nom interprété comme "la colline de Janus", l'autre, appelée Saturnia, sur le Capitole. À l'époque d'Énée et d'Évandre, ces forteresses sont déjà censées être en ruines l'une et l'autre.
Forum romain (8, 361). Le Forum Romain, situé entre le Capitole et le Palatin, était, à l'époque de Virgile, un des grands centres politique, religieux et administratif de Rome. C'était presque le symbole du pouvoir romain. Il est piquant de voir paître des troupeaux sur son emplacement. La réalité dépassera la fiction, si l'on peut dire, car ce sera aussi la situation au XVIIIe siècle, quand la zone s'appellera "Campo Vaccino".
Carènes (8, 361). Situées entre l'Esquilin et le Célius, les Carènes étaient au temps de Virgile un des quartiers les plus élégants de Rome, habités par des personnages importants (Pompée et Antoine, par exemple). Contraste donc ici encore.
ourse de Libye (8, 368). La Libye était réputée pour ses ours (cfr 5, 37), censés plus grands que les autres. Pline raconte que les Romains, pour leurs spectacles, faisaient venir des ours de ce pays.
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