[14,11] XI. Là, désormais libre de tout souci, il concentra toutes ses pensées sur ce qui était pour lui
l'affaire difficile, le noeud gordien : en finir avec Gallus. Plus d'une fois, la nuit, il agita la question
avec ses affidés dans ses conférences secrètes. Emploierait-on la force ou la ruse pour arrêter
cet audacieux dans ses projets de renversement? Voici le moyen auquel on s'arrêta. Une lettre
bienveillante et flatteuse fut écrite à Gallus pour l'appeler auprès de l'empereur, sous prétexte d'affaires
de la plus haute importance. Une fois qu'on l'aurait isolé de la sorte, rien de plus facile
que de lui porter le dernier coup.Cet avis cependant trouva de nombreux contradicteurs
dans ce tourbillon d'intérêts versatiles; entre autres Arbétion, promoteur d'intrigues
aussi ardent que rusé, et Eusèbe, grand chambellan, qui le passait encore en scélératesse. Tous
deux alléguaient le danger de la présence d'Ursicin en Orient, où il allait se trouver seul après
le départ de Gallus, et sans contre-poids pour son ambition. En quoi ils étaient puissamment
secondés par la cabale des eunuques du palais, alors possédée d'une fureur de s'enrichir inimaginable,
et qui ne savait que trop bien profiter des facilités de son service intime pour semer
contre cet homme de bien les plus perfides insinuations.
Tous les ressorts de leur malignité étaient tendus pour le perdre. C'étaient de continuels
chuchotements sur ses deux fils déjà grands, et dont les visées pouvaient bien aller
jusqu'à l'empire, intéressants comme ils étaient tous deux par leur beauté, leur jeunesse, et
leur dextérité singulière à exécuter les passes multipliées de l'armature; talents dont on ne
manquait pas de faire parade aux yeux de l'armée, dans les exercices militaires de chaque
jour. On avait habilement exploité la nature féroce de Gallus, pour pousser ce prince à des
excès qui devaient révolter tous les ordres de l'État; le tout pour en venir un jour à faire passer
les insignes du pouvoir aux enfants du général de la cavalerie.
Ces propos ne manquèrent pas d'arriver aux oreilles du prince, en pareil cas toujours ouvertes,
toujours accessibles. Ils eurent d'abord l'effet de le jeter dans l'incertitude. Mais enfin il
prit son parti, qui fut de s'assurer d'abord d'Ursicin. Ce dernier fut donc invité, dans les termes
les plus flatteurs, à se rendre à la cour. On avait besoin, soi-disant, de s'entendre avec lui
sur des mesures urgentes à prendre contre les Parthes, dont les armements extraordinaires
menaçaient l'empire d'une prochaine irruption. Pour lui ôter toute défiance, le comte Prosper,
son lieutenant, fut chargé de le remplacer dans son service jusqu'au retour. Au reçu de la lettre,
munis tous deux d'ordres pour les relais de l'État, nous nous rendîmes en diligence à Milan.
Il ne restait plus qu'à presser Gallus de partir. Constance, pour écarter jusqu'à l'ombre d'un
soupçon, fit dans sa lettre les plus affectueuses instances pour qu'il amenât avec lui sa femme,
cette soeur chérie qu'il désirait tant revoir. Celle-ci hésita d'abord, sachant bien de quoi Constance
était capable. Elle consentit toutefois au voyage, espérant en son influence sur son frère;
mais elle eut à peine mis le pied en Bithynie, qu'elle mourut subitement d'un accès de fièvre,
à la station appelée les Cènes galliques. Cette mort privait son époux de l'appui sur
lequel il comptait le plus. II en fut frappé au point de ne plus savoir à quoi se résoudre. Dans
le trouble de son esprit, cette pensée lui revenait sans cesse, que Constance sacrifiait tout à
son but, n'admettait aucune composition, ne pardonnait aucune faute, et se montrait d'autant
plus impitoyable qu'on le touchait de plus près : assurément son appel n'était qu'un piège,
et il y allait de la vie de s'y laisser envelopper. Dans cette situation si critique, et regardant
sa perte comme certaine s'il ne faisait un effort pour s'en tirer, Gallus considéra quelles
chances il pouvait avoir pour s'emparer du rang suprême. Mais il avait un double motif d'appréhender
les défections : il savait être haï pour sa violence, autant que méprisé pour son peu de
caractère; et c'était un épouvantail pour ses adhérents que le succès continu des armes de
Constance dans les guerres civiles. Au milieu de ces terribles perplexités, les lettres de l'empereur
venaient coup sur coup le presser, tour à tour sur le ton de la remontrance ou de la prière,
et toujours insinuant, sous une phraséologie captieuse, que, dans les embarras présents de l'État
(ce qui faisait allusion au ravage des Gaules), l'action du pouvoir ne pouvait ni ne devait être plus
longtemps divisée; qu'il fallait se rapprocher, contribuer de concert, chacun dans la mesure
de ses facultés, au salut de la chose publique.
Sous Dioclétien, ajoutait-il (et c'était un souvenir récent), les Césars, ses collègues, n'avaient pas
même de résidence fixe, mais attendaient, comme autant d'appariteurs, l'ordre de se porter de leur
personne sur un point désigné. N'avait-on pas vu en Syrie cet empereur, dans un accès de dépit,
laisser marcher devant son char, l'espace de près d'un mille, Galérius à pied, tout revêtu
qu'était ce dernier de la pourpre?
Plusieurs émissaires avaient successivement échoué près de Gallus. Arrive enfin Scudilon,
tribun des scutaires, l'esprit le plus délié, le plus insinuant sous sa grossière enveloppe, qui,
tour à tour cajolant et parlant raison, put enfin le décider à partir. L'hypocrite revenait à chaque
instant sur la tendre impatience que le frère de sa femme, le fils de son oncle; avait de le revoir.
Quelques écarts d'imprudence pouvaient-ils ne pas trouver grâce devant ce prince si doux, si
clément, qui ne voulait que lui faire part de sa grandeur, et l'associer à ses futurs travaux pour
le soulagement des souffrances trop prolongées des provinces du nord?
A ceux qu'une fois elle a marqués de son sceau, la fatalité trouble le jugement, ôte l'intelligence.
Gallus se laissa prendre à ces flatteuses amorces. Ranimé par les promesses d'un avenir plus heureux,
il quitte Antioche sous de funestes auspices, et se dirige sur Constantinople. C'était,
comme dit le proverbe, se jeter dans le feu pour éviter la fumée. Il fit son entrée dans cette
ville en homme à qui la fortune sourit et qui n'a rien à craindre, y donna des courses de char,
et couronna de sa main le cocher Corax, qui en était sorti vainqueur.
Cette particularité vint aux oreilles de Constance, et le mit dans une fureur inexprimable.
Craignant que Gallus, dans le doute de ce qui l'attendait, ne tentât, chemin faisant, quelque
moyen de pourvoir à sa sûreté, il prit soin de dégarnir de troupes toutes les villes qui se trouvaient
sur son passage. Sur ces entrefaites, Taurus, qui se rendait comme questeur en Arménie,
traversa Constantinople sans aller saluer Gallus, et sans paraître faire attention à lui. Diverses
personnes se présentèrent cependant de la part de l'empereur, soi-disant pour remplir près
de César tel ou tel office, mais en réalité pour s'assurer de ses démarches et le garder à vue.
De ce nombre était Léonce, depuis préfet de Rome, et qui se trouvait là en qualité de questeur;
Lucillien, qui prenait le titre de chef des gardes de César, et le tribun des scutaires, Bainobaudes.
Après une longue marche en plaine, on arriva à Andrinople, autrefois Uscudame, dans la région
de l'Hémus. Pendant un repos de douze jours que Gallus prit dans cette ville, il apprit
que des détachements de la légion thébaine, cantonnés dans les villes voisines, avaient envoyé
vers lui une députation, pour l'engager, sous les promesses les plus positives, à ne pas aller plus
loin, et à compter sur l'appui de leur corps, qui se trouvait réuni dans les environs. Mais la
surveillance était si stricte, que Gallus ne put un seul instant s'aboucher avec les légionnaires
et recevoir leur communication. Lettres sur lettres lui arrivant toujours de la part de l'empereur,
il lui fallut donc repartir d'Andrinople, réduit à dix chariots de transport, nombre
limité par les ordres, et laissant en arrière tout ce qu'il avait amené de suite, à la réserve
de quelques officiers de la chambre et de la bouche. Un complet abandon de tout soin de
sa personne attestait la précipitation de sa marche, sans cesse hâtée par l'un ou l'autre de ses
gardiens. Tantôt il gémissait amèrement, tantôt se répandait en imprécations sur la fatale
témérité qui le mettait ainsi, être passif et dégradé, à la merci de mains subalternes. Jusque
dans le silence des nuits, trêve ordinaire aux soucis humains, sa conscience troublée suscitait
autour de lui des fantômes, qui l'épouvantaient par des cris funèbres. Il lui semblait voir les
spectres de ses nombreuses victimes, Domitien et Montius en tête, sur le point de le saisir, et
de le livrer aux mains vengeresses des Furies. Car dans le sommeil l'âme, dégagée des liens
du corps, mais toujours active et préoccupée des intérêts de la vie, se crée d'ordinaire ces simulacres
des choses, que la philosophie appelle visions.
Ainsi Gallus se voyait fatalement entraîné vers le terme où il devait perdre l'empire avec la
vie. Il franchit, rapidement les distances à l'aide des relais de l'État, et arriva à Pétobion, ville de
la Norique. Là tout déguisement cessa. Le comte Barbation, qui avait commandé les gardes sous
Gallus, parut avec Apodème, intendant de l'empereur. Ils avaient sous leurs ordres un détachement
de soldats, tous comblés des bienfaits de Constance, et choisis par ce motif, comme également
inaccessibles aux offres et à la pitié.Le masque était levé. Un cordon de sentinelles
fut mis autour du palais. Vers le soir, Barbation entre chez Gallus, lui fait quitter les vêtements
royaux, et revêtir une tunique et un manteau ordinaire, ne cessant toutefois de protester
avec serment que les ordres de l'empereur étaient de ne pas pousser les choses plus loin;
mais à l'instant même il lui dit - "Levez-vous"; puis le fait monter dans un chariot de simple
particulier, et le conduit près de la ville de Pola en Istrie, où l'on sait que Crispus,
fils de Constantin, fut mis à mort.
Tandis qu'il était là gardé de près, et que son imagination, terrifiée, anticipait les horreurs du
dénoûment, arrivent en toute hàte Eusèbe, grand chambellan, et Mellobaudes, tribun de
l'armature, chargés par l'empereur de lui faire subir un interrogatoire particulier sur chacun
des meurtres commis en son nom à Antioche. Gallus, à cette annonce, devint pâle comme
Adraste, et recueillit à peine assez de force pour dire que les instigations de sa femme Constantine
avaient fait presque tout. Apparemment il ignorait cette belle parole d'Alexandre le Grand à sa
mère Olympias, qui lui demandait la mort d'un innocent, comme récompense, disait-elle, d'avoir
porté ce prince neuf mois dans son sein. "Demandez autre chose, ma mère; aucun bienfait
n'équivaut à la vie d'un homme". Constance fut piqué jusqu'au vif de cette excuse; il ne vit
plus de salut pour lui-même que dans la perte de Gallus. Et, sans plus attendre, il dépêcha Sérénien,
que l'on a vu plus haut échapper, comme par miracle, à l'action de lèse-majesté, de concert
avec le notaire Pentade et son intendant Apodème, avec ordre de procéder à l'exécution.
On lia donc les mains à Gallus comme à un voleur, et le fer trancha sa tête, ne laissant
qu'un tronc informe de ce prince, naguère la terreur des villes et des provinces. Mais la justice
divine se signala doublement en cette circonstance; car si Gallus n'encourut que la peine
due à ses cruautés, les deux traîtres dont les caresses et les parjures l'avaient fait tomber dans le
piège où l'attendait la mort eurent également tous deux une fin misérable. Scudilon périt d'un
ulcère qui lui fit rendre les poumons. Quant à Barbation, qui de longue main s'était fait arme
du faux comme du vrai contre son propre maître, on le vit, il est vrai, parvenir au rang de
général de l'infanterie; mais, sacrifié lui-même à une sourde accusation de porter plus haut ses
vues, il ne tarda pas à faire de son sang une offrande funèbre aux mânes du prince qu'il avait trahi.
Ici, comme en mille autres exemples (et que n'en est-il toujours de même !), il faut reconnaltre
la main d'Adraste ou Némésis, car on lui donne ces deux noms. Quelle que soit l'idée qu'ils représentent,
ou juridiction rémunératrice et vengeresse, rendant ses arrêts, suivant l'opinion
vulgaire, d'une région des cieux élevée au-dessus du globe de la lune; ou, suivant une autre
définition, intelligence toute puissante et tutélaire, dont la sollicitude, à la fois générale et individuelle,
préside aux destins de l'humanité; ou fille de la justice, d'après la théogonie ancienne,
qui des profondeurs de l'éternité surveille invisiblement toutes choses ici-bas; ces deux noms
n'en expriment pas moins la souveraine puissance, arbitre des causes, dispensatrice des effets;
celle qui tient l'urne des destinées, crée les vicissitudes, renverse les combinaisons de la prudence
mortelle, et du conflit des circonstances fait jaillir des résultats inattendus; celle encore
qui, enchaînant l'orgueil humain des noeuds inextricables de la nécessité, donne à son gré le
signal des élévations et des abaissements de fortune, abat et prosterne les esprits superbes, inspirant
aux humbles et aux simples le courage de sortir d'abjection. La fabuleuse antiquité lui a
prêté des ailes, pour faire entendre qu'elle se porte partout avec la rapidité de l'oiseau. On lui
met aussi un gouvernail en main, et une roue sous les pieds; double emblème de son pouvoir
et de sa mobilité.
Ainsi périt Gallus d'une mort prématurée, qui cependant fut pour lui-même une délivrance.
Il avait vécu vingt-neuf ans, et en avait régné quatre. II était né à Massa dans le Siennois,
en Toscane, de Constance, frère de l'empereur Constantin, et de Galla, soeur de Rufin et
de Céréalis, revêtus tous deux des insignes de consul et de préfet. Gallus était d'une figure avantageuse;
sa taille était bien prise, ses membres exactement proportionnés, sa chevelure blonde
et fine; et quoique sa barbe ne fit que commencer à poindre en duvet, tout son air annonçait une
maturité anticipée. Quant au moral, le contraste était plus grand entre son humeur et l'aménité de
Julien, son frère, qu'entre les caractères des deux fils de Vespasien, Domitien et Titus. Élevé par
la fortune au plus haut degré de faveur, il subit un de ces retours dont elle bouleverse en se jouant
l'existence humaine, plaçant un homme au-dessus des nues, et l'instant d'après le précipitant
dans l'abîme. Les exemples de ces vicissitudes arrivent en foule sous ma plume; mais je
veux borner mes citations.
C'est cette même fortune inconstante et mobile qui du potier Agathocle fit un roi de Sicile;
et du tyran Denys, l'effroi de ses peuples, un maître d'école à Corinthe. C'est elle qui fit
passer pour Philippe un Andriscus d'Adramytte, né dans un moulin à foulon, et réduisit
le fils légitime de Persée à se faire apprenti forgeron pour gagner sa vie. C'est elle encore qui
livre aux Numantins Mancinus, déchu de son commandement, abandonne Véturius aux représailles
des Samnites, Claudius à la cruauté des Corses, et Régulus aux atroces rancunes de Carthage.
Sa rigueur met à la merci d'un eunuque d'Égypte ce Pompée à qui tant d'exploits avaient
mérité le surnom de Grand. Un esclave échappé de la gêne, Eunus, s'est vu général d'une armée
de fugitifs. Que de nobles personnages, par l'effet de ses caprices, ont fléchi le genou devant
un Viriathe ou un Spartacus ! Que de têtes, dont un signe faisait tout trembler, sont tombées sous
la main d'un ignoble bourreau ! Tel se voit chargé de chaînes, tel est précipité du faîte des grandeurs.
Qui peut vouloir énumérer tous ces exemples? L'entreprise serait aussi folle que compter
les grains de sable des mers, ou supputer le poids des montagnes.
| [14,11] XI.
1. Vbi curarum abiectis ponderibus aliis tamquam nodum et codicem difficillimum
Caesarem conuellere nisu ualido cogitabat, eique deliberanti cum proximis
clandestinis conloquiis et nocturnis qua ui, quibusue commentis id fieret,
antequam effundendis rebus pertinacius incumberet confidentia, acciri
mollioribus scriptis per simulationem tractatus publici nimis urgentis eundem
placuerat Gallum, ut auxilio destitutus sine ullo interiret obstaculo.
2. huic sententiae uersabilium adulatorum refragantibus globis inter quos erat
Arbetio ad insidiandum acer et flagrans, et Eusebius tunc praepositus cubiculi
effusior ad nocendum id occurrebat Caesare discedente Vrsicinum in oriente
perniciose relinquendum, si nullus esset, qui prohiberet altiora meditaturum.
3. isdemque residui regii accessere spadones, quorum ea tempestate plus habendi
cupiditas ultra mortalem modum adolescebat, inter ministeria uitae secretioris
per arcanos susurros nutrimenta fictis criminibus subserentes: qui ponderibus
inuidiae grauioris uirum fortissimum opprimebant, subolescere imperio adultos
eius filios mussitantes, decore corporum fauorabiles et aetate, per multiplicem
armaturae scientiam agilitatemque membrorum inter cotidiana proludia exercitus
consulto consilio cognitos: Gallum suopte ingenio trucem per suppositos quosdam
ad saeua facinora ideo animatum ut eo digna omnium ordinum detestatione exoso ad
magistri equitum liberos principatus insignia transferantur.
4. Cum haec taliaque sollicitas eius aures euerberarent expositas semper eius
modi rumoribus et patentes, uaria animo tum miscente consilia, tandem id ut
optimum factu elegit: et Vrsicinum primum ad se uenire summo cum honore mandauit
ea specie ut pro rerum tunc urgentium captu disponeretur concordi consilio,
quibus uirium incrementis Parthicarum gentium a arma minantium impetus
frangerentur.
5. et nequid suspicaretur aduersi uenturus, uicarius eius, dum redit, Prosper
missus est comes: acceptisque litteris et copia rei uehiculariae data Mediolanum
itineribus properauimus magnis.
6. Restabat ut Caesar post haec properaret accitus et abstergendae causa
suspicionis sororem suam, eius uxorem, Constantius ad se tandem desideratam
uenire multis fictisque blanditiis hortabatur. quae licet ambigeret metuens
saepe cruentum, spe tamen quod eum lenire poterit ut germanum profecta, cum
Bithyniam introisset, in statione quae Caenos Gallicanos appellatur, absumpta
est ui febrium repentina. cuius post obitum maritus contemplans cecidisse
fiduciam qua se fultum existimabat, anxia cogitatione, quid moliretur haerebat.
7. inter res enim inpeditas et turbidas ad hoc unum mentem sollicitam dirigebat,
quod Constantius cuncta ad suam sententiam conferens nec satisfactionem
suscipiet aliquam nec erratis ignoscet, sed, ut erat in propinquitatis perniciem
inclinatior, laqueos ei latenter obtendens, si cepisset incautum, morte
multaret.
8. eo necessitatis adductus ultimaque ni uigilasset opperiens, principem locum,
si copia patuisset {quam} adfectabat, sed perfidiam proximorum ratione bifaria
uerebatur, qui eum ut truculentum horrebant et leuem, quique altiorem Constantii
fortunam in discordiis ciuilibus formidabant.
9. inter has curarum moles inmensas imperatoris scripta suscipiebat adsidua
monentis orantisque, ut ad se ueniret et mente monstrantis obliqua rem publicam
nec posse diuidi nec debere, sed pro uiribus quemque ei ferre suppetias
fluctuanti, nimirum Galliarum indicans uastitatem.
10. quibus subserebat non adeo uetus exemplum quod Diocletiano et eius collegae
ut apparitores Caesares non resides, sed ultro citroque discurrentes
obtemperabant et in Syria Augusti uehiculum irascentis per spatium mille passuum
fere pedes antegressus est Galerius purpuratus.
11. Aduenit post multos Scudilo Scutariorum tribunus uelamento subagrestis
ingenii persuasionis opifex callidus. qui eum adulabili sermone seriis admixto
solus omnium proficisci pellexit uultu adsimulato saepius replicando quod
flagrantibus uotis eum uidere frater cuperet patruelis, siquid per inprudentiam
gestum est remissurus ut mitis et clemens, participemque eum suae maiestatis
adscisceret, futurum laborum quoque socium, quos Arctoae prouinciae diu fessae
poscebant.
12. utque solent manum iniectantibus fatis hebetari sensus hominum et obtundi,
his incelebris ad meliorum expectationem erectus egressusque Antiochia numine
laeuo ductante prorsus ire tendebat de fumo, ut prouerbium loquitur uetus, ad
flammam, et ingressus Constantinopolim tamquam in rebus prosperis et securis,
editis equestribus ludis capiti Thoracis aurigae coronam inposuit ut uictoris.
13. Quo cognito Constantius ultra mortalem modum exarsit ac nequo casu idem
Gallus de futuris incertus agitare quaedam conducentia saluti suae per itinera
conaretur, remoti sunt omnes de industria milites agentes in ciuitatibus
peruiis.
14. eoque tempore Taurus quaestor ad Armeniam missus confidenter nec appellato
eo nec uiso transiuit. uenere tamen aliqui iussu imperatoris administrationum
specie diuersarum, eundem ne commouere se posset, neue temptaret aliquid occulte
custodituri, inter quos Leontius erat, postea urbi praefectus ut quaestor, et
Lucillianus quasi domesticorum comes et Scutariorum tribunus nomine Bainobaudes.
15. emensis itaque longis interuallis et planis cum Hadrianopolim introisset
urbem Haemimontanam, Vscudamam antehac appellatam, fessasque labore diebus
duodecim recreans uires conperit Thebaeas legiones in uicinis oppidis hiemantes
consortes suos misisse quosdam, eum ut remaneret promissis fidis hortaturos et
firmis, sui fiducia abunde per stationes locati confines, sed obseruante cura
peruigili proximorum nullam uidendi uel audiendi quae ferebant furari potuit
facultatem.
16. inde aliis super alias urgentibus litteris exire et decem uehiculis
publicis, ut praeceptum est, usus relicto palatino omni praeter paucos tori
ministros et mensae, quos auexerat secum, squalore concretus celerare gradum
conpellebatur adigentibus multis, temeritati suae subinde flebiliter inprecatus,
quae eum iam despectum et uilem arbitrio subdiderat infimorum.
17. inter haec tamen per indutias naturae conquiescentis sauciabantur eius
sensus circumstridentium terrore laruarum, interfectorumque cateruae Domitiano
et Montio praeuiis correptum eum ut existimabat in somnis uncis furialibus
obiectabant.
18. solutus enim corporeis nexibus animus semper uigens motibus indefessis et
cogitationibus subiectus et curis, quae mortalium sollicitant mentes, colligit
uisa nocturna, quas phantasias nos appellamus.
19. Pandente itaque uiam fatorum sorte tristissima, qua praestitutum erat eum
uita et imperio spoliari, itineribus interiectis permutatione iumentorum emensis
uenit Petobionem oppidum Noricorum, ubi reseratae sunt insidiarum latebrae
omnes, et Barbatio repente apparuit comes, qui sub eo domesticis praefuit, cum
Apodemio agente in rebus milites ducens, quos beneficiis suis oppigneratos
elegerat imperator certus nec praemiis nec miseratione ulla posse deflecti.
20. Iamque non umbratis fallaciis res agebatur, sed qua palatium est extra
muros, armatis omne circumdedit. ingressusque obscuro iam die, ablatis regiis
indumentis Caesarem tunica texit et paludamento communi, eum post haec nihil
passurum uelut mandato principis iurandi crebritate confirmans et statim inquit
exsurge et inopinum carpento priuato inpositum ad Histriam duxit prope oppidum
Polam, ubi quondam peremptum Constantini filium accepimus Crispum.
21. et cum ibi seruaretur artissime terrore propinquantis exitii iam
praesepultus, accurrit Eusebius cubiculi tunc praepositus Pentadiusque notarius
et Mallobaudes armaturarum tribunus iussu imperatoris conpulsuri eum singillatim
docere, quam ob causam quemque apud Antiochiam necatorum iusserat trucidari.
22. ad quae Adrasteo pallore perfusus hactenus ualuit loqui, quod plerosque
incitante coniuge iugulauerit Constantina, ignorans profecto Alexandrum Magnum
urgenti matri ut occideret quendam insontem, et dictitanti spe impetrandi postea
quae uellet eum se per nouem menses utero portasse praegnantem, ita respondisse
prudenter aliam, parens optima, posce mercedem; hominis enim salus beneficio
nullo pensatur.
23. quo conperto inreuocabili ira princeps percitus et dolore fiduciam omnem
fundandae securitatis in eodem posuit abolendo. et misso Sereniano, quem in
crimen maiestatis uocatum praestigiis quibusdam absolutum esse supra
monstrauimus, Pentadio quin etiam notario et Apodemio agente in rebus, eum
capitali supplicio destinauit, et ita conligatis manibus in modum noxii cuiusdam
latronis ceruice abscisa ereptaque uultus et capitis dignitate cadauer est
relictum informe paulo ante urbibus et prouinciis formidatum.
24. sed uigilauit utrubique superni numinis aequitas. nam et Gallum actus
oppressere crudeles, et non diu postea ambo cruciabili morte absumpti sunt, qui
eum licet nocentem blandius palpantes periuriis ad usque plagas perduxere
letales. quorum Scudilo destillatione iecoris pulmones uomitans interiit,
Barbatio, qui in eum iam diu falsa conposuerat crimina, cum ex magisterio
peditum altius niti quorundam susurris incusaretur, damnatus extincti per
fallacias Caesaris manibus inlacrimoso obitu parentauit.
25. Haec et huius modi quaedam innumerabilia ultrix facinorum impiorum
bonorumque praemiatrix aliquotiens operatur Adrastia atque utinam semper quam
uocabulo duplici etiam Nemesim appellamus: ius quoddam sublime numinis
efficacis, humanarum mentium opinione lunari circulo superpositum, uel ut
definiunt alii, substantialis tutela generali potentia partilibus praesidens
fatis, quam theologi ueteres fingentes Iustitiae filiam ex abdita quadam
aeternitate tradunt omnia despectare terrena.
26. haec ut regina causarum et arbitra rerum ac disceptatrix urnam sortium
temperat accidentium uices alternans uoluntatumque nostrarum exorsa interdum
alio, quam quo contendebant, exitu terminans multiplices actus permutando
conuoluit. eademque necessitatis insolubili retinaculo mortalitatis uinciens
fastus tumentes in cassum et incrementorum detrimentorumque momenta uersans, ut
nouit, nunc erectas mentium ceruices opprimit et eneruat, nunc bonos ab imo
suscitans ad bene uiuendum extollit. pinnas autem ideo illi fabulosa uetustas
aptauit, ut adesse uelocitate uolucri cunctis existimetur, et praetendere
gubernaculum dedit eique subdidit rotam, ut uniuersitatem regere per elementa
discurrens omnia non ignoretur.
27. Hoc inmaturo interitu ipse quoque sui pertaesus excessit e uita aetatis nono
anno atque uicensimo cum quadriennio imperasset. natus apud Tuscos in Massa
Veternensi, patre Constantio Constantini fratre imperatoris, matreque Galla
sorore Rufini et Cerealis, quos trabeae consulares nobilitarunt et praefecturae.
28. fuit autem forma conspicuus bona, decente filo corporis membrorumque recta
conpage, flauo capillo et molli, barba licet recens emergente lanugine tenera,
ita tamen ut maturius auctoritas emineret, tantum a temperatis moribus Iuliani
differens fratris, quantum inter Vespasiani filios fuit Domitianum et Titum.
29. assumptus autem in amplissimum fortunae fastigium uersabilis eius motus
expertus est, qui ludunt mortalitatem nunc euehentes quosdam in sidera, nunc ad
Cocyti profunda mergentes. cuius rei cum innumera sint exempla, pauca tactu
summo transcurram.
30. haec fortuna mutabilis et inconstans fecit Agathoclem Siculum ex figulo
regem et Dionysium gentium quondam terrorem Corinthi litterario ludo praefecit.
31. haec Adramyttenum Andriscum in fullonio natum ad Pseudophilippi nomen euexit
et Persei legitimum filium artem ferrariam ob quaerendum docuit uictum.
32. eadem Mancinum post imperium dedit Numantinis, Samnitum atrocitati Veturium,
et Claudium Corsis, substrauitque feritati Carthaginis Regulum, istius
iniquitate Pompeius post quaesitum Magni ex rerum gestarum amplitudine
cognomentum ad spadonum libidinem in Aegypto trucidatur.
33. et Eunus quidam ergastularius seruus eluctauit in Sicilia fugitiuos. quam
multi splendido loco nati eadem rerum domina coniuente Viriathi genua sunt
amplexi uel Spartaci? quot capita, quae horruere gentes, funesti carnifices
absciderunt? alter in uincula ducitur, alter insperatae praeficitur potestati,
alius a summo culmine dignitatis excutitur.
34. quae omnia si scire quisquam uelit quam uaria sint et adsidua, harenarum
numerum idem iam desipiens et montium pondera scrutari putabit.
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