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Du texte à l'hypertexte

Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XIX

Chapitre 1

  Chapitre 1

[19,0] Livre XIX. [19,0] LIBER XIX.
[19,1]
(1) De là Sapor, enorgueilli de sa capture et comptant sur de nouveaux succès, partit à petites journées pour Amida, où il arriva le troisième jour.
(2) Le lendemain, au lever de l'aurore, tout l'horizon resplendissait de l'éclat des armes. Une immense cavalerie bardée de fer couvrait les plaines et les collines.
(3) En avant des escadrons, on distinguait le roi à sa haute taille, au bonnet d'or parsemé de pierreries, dont il se coiffait au lieu de diadème, et qui figurait une tête de bélier; enfin, à cet entourage de princes de différentes nations, marque de sa suprême puissance. La garnison était persuadée que, suivant l'avis d'Antonin, il ne ferait que passer devant la ville, et ne tenterait rien de plus qu'une sommation.
(4) Mais la divine Providence, dans la vue sans doute de circonscrire sur un point le fléau qui menaçait l'empire, inspirait à ce monarque une confiance sans bornes. Il croyait qu'à sa seule vue les assiégés, frappés de terreur, viendraient lui demander à genoux la vie.
(5) Aussi le vit-on avec sa royale escorte caracoler devant les portes de la ville, et même en approcher d'assez près pour qu'on pût sans peine distinguer les traits de son visage. Son brillant costume le rendit aussitôt le but d'une volée de flèches et de projectiles. Il faillit même être percé d'un javelot de rempart; mais en fut quitte cependant pour une déchirure à son vêtement, grâce à un nuage de poussière qui ne permit pas d'ajuster le coup, et conserva cette vie pour la destruction de tant d'autres.
(6) La violation d'un temple ne lui eût pas paru plus sacrilège: c'était un attentat à la personne du souverain de tant de peuples et de rois. Il allait à l'instant même faire les derniers efforts contre la ville coupable, si les chefs n'étaient intervenus pour représenter avec douceur contre cet emportement, qui compromettait le salut d'une grande entreprise. On réussit à le calmer; mais il résolut de faire dès le lendemain une sommation à la place.
(7) Grumbatès, roi des Chionites,fut chargé de cette mission; et dès que 1e jour parut, ce prince, avec une escorte des mieux montées, s'avança résolument vers la muraille. Mais dès qu'il fut à portée, un trait, chassé d'une arbalète par une main exercée, vint frapper à ses côtés son fils, jeune homme qui l'emportait sur tous ceux de son âge en taille et en bonne mine, et lui traversa la cuirasse et la poitrine d'outre en outre.
(8) En le voyant tomber, tous se dispersèrent; mais bientôt le devoir les ramena autour du corps, pour empêcher qu'il ne fût enlevé. Leurs cris de vengeance appelèrent alors cette multitude de nations aux armes. Une grêle meurtrière de traits fut échangée avec fureur;
(9) un grand nombre de soldats tomba de part et d'autre, et le carnage se prolongea jusqu'à l'entrée de la nuit, dont l'ombre ne couvrit qu'à peine l'enlèvement du cadavre, à travers des monceaux de morts et des ruisseaux de sang. Telle fut jadis sous les murs de Troie cette lutte sanglante où deux armées se disputaient le compagnon expiré du héros de Thessalie.
(10) Le deuil du père en cette occasion fut partagé par toute la cour persane, et par les chefs confédérés sans exception; car ce noble jeune homme était aussi universellement chéri que digne de l'être. Une suspension d'armes fut ordonnée pour la célébration de ses obsèques, suivant le rite de sa nation. Le corps, revêtu de son armure, fut exposé sur une estrade spacieuse et élevée, et entouré de dix lits funéraires, sur chacun desquels était déposée l'effigie, soigneusement imitée, d'un corps mort et enseveli. Les hommes, groupés par tentes et par manipules, passèrent les sept jours suivants en banquets entremêlés de danses et d'hymnes lugubres en l'honneur du jeune héros.
(11) De leur côté, les femmes éclataient en gémissements et en sanglots, et se frappaient la poitrine en s'écriant que l'espoir de la patrie avait été tranché dans sa fleur; imitant, dans les démonstrations de leur douleur, les prêtresses de Vénus quand elles célèbrent la fête d'Adonis, symbole mystique de la reproduction des biens de la terre.
[19,1] I.
1. Hoc miserae nostrorum captiuitatis euentu rex laetus successusque operiens similes, egressus exinde paulatimque incedens Amidam die tertio uenit.
2. cumque primum aurora fulgeret, uniuersa quae uideri poterant armis stellantibus coruscabant ac ferreus equitatus campos oppleuit et colles.
3. insidens autem equo ante alios celsior ipse praeibat agminibus cunctis, aureum capitis arietini figmentum interstinctum lapillis pro diademate gestans, multiplici uertice dignitatum et gentium diuersarum comitatu sublimis. satisque eum constabat conloquio tenus defensores moenium temptaturum, aliorsum Antonini consilio festinantem.
4. uerum caeleste numen ut Romanae rei totius aerumnas intra unius regionis concluderet ambitum, adegerat in immensum se extollentem credentemque, quod uiso statim obsessi omnes metu exanimati supplices uenirent in preces,
5. portis obequitabat comitante cohorte regali, qui dum se prope confidentius inserit, ut etiam uultus eius possit aperte cognosci, sagittis missilibusque ceteris ob decora petitus insignia corruisset, ni puluere iaculantium adimente conspectum parte indumenti tragulae ictu discissa editurus postea strages innumeras euasisset.
6. hinc quasi in sacrilegos uiolati saeuiens templi temeratumque tot regum et gentium dominum praedicans eruendae urbis apparatu nisibus magnis instabat, et orantibus potissimis ducibus, ne profusus in iram a gloriosis descisceret coeptis, leni summatum petitione placatus postridie quoque super deditione moneri decreuerat defensores.
7. Ideoque cum prima lux aduenisset, rex Chionitarum Grumbates fidenter suam operam nauaturus tendebat ad moenia cum manu promptissima stipatorum, quem ubi uenientem iam telo forte contiguum contemplator peritissimus aduertisset, contorta ballista filium eius primae pubis adulescentem lateri paterno haerentem thorace cum pectore perforato perfodit proceritate et decore corporis aequalibus antestantem.
8. cuius occasu in fugam dilapsi populares eius omnes moxque, ne raperetur, ratione iusta regressi numerosas gentes ad arma clamoribus dissonis concitarunt, quarum concursu ritu grandinis hinc inde conuolantibus telis atrox committitur pugna.
9. et post interneciua certamina ad usque finem diei protenta cum iam noctis esset initium, per aceruos caesorum et scaturigines sanguinis aegre defensum caligine tenebrarum extrahitur corpus, ut apud Troiam quondam super comite Thessali ducis exanimi acies Marte acerrimo conflixerunt
10. quo funere regia maesta et optimatibus uniuersis cum parente subita clade perculsis indicto iustitio iuuenis nobilitate commendabilis et dilectus ritu nationis propriae lugebatur. itaque ut armari solebat elatus in amplo quodam suggestu locatur et celso, circaque eum lectuli decem sternuntur figmenta uehentes hominum mortuorum, ita curate pollincta, ut imagines essent corporibus similes iam sepultis, ac per dierum spatium septem, uiri quidem omnes per contubernia et manipulos epulis indulgebant saltando et cantando tristia quaedam genera naeniarum regium iuuenem lamentantes.
11 . feminae uero miserabili planctu in primaeuo flore succisam spem gentis solitis fletibus conclamabant, ut lacrimare cultrices Veneris saepe spectantur in sollemnibus Adonidis sacris, quod simulacrum aliquod esse frugum adultarum religiones mysticae docent.


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Dernière mise à jour : 18/11/2003