[15,13] XIII. L'Orient, depuis la mort tragique de Domitien, était gouverné par Musonien, qui lui
avait succédé dans les fonctions de préfet du prétoire. Musonien s'était fait une réputation par son
agréable facilité à s'exprimer dans les deux langues, mérite qui lui valut un avancement inespéré.
Constantin désirait s'instruire à fond des subtilités du dogme chez les manichéens et autres
sectaires, et ne savait à qui s'adresser pour les lui expliquer. Musonien lui fut recommandé, et fut
agréé par lui sur rassurante qu'on lui donna de son aptitude. Celui-ci sut retirer de cette tâche à la
satisfaction du prince, qui la lui témoigna, d'abord en lui faisant changer son nom de Stratégius en
celui de Musonien, puis en l'élevant de degré en degré jusqu'à la préfecture. Esprit sage, affable et
conciliant, il eût rendu son administration assez douce aux provinces, sans l'avidité dont il fit
preuve en toute circonstance, et là particulièrement où ce vice est le plus odieux, dans l'exercice
des fonctions de juge. Cette disposition sordide éclata surtout dans les poursuites auxquelles
donna lieu la mort de Théophile, consulaire de Syrie, signalé par un mot de Gallus aux fureurs de
la populace, qui le mit en pièces. Tout prévenu pauvre fut condamné, eût-il prouvé l'alibi jusqu'à
l'évidence; tout prévenu riche fut acquitté, même après culpabilité démontrée; mais seulement
au prix de sa spoliation complète. Musonien avait un émule en fait de rapacité dans la personne
de Prosper, qui avait alors l'autorité militaire dans la Gaule, où il remplaçait par intérim le général
de la cavalerie. C'était le dernier des misérables; de ces gens, comme dit la comédie, qui narguent
les précautions et volent au grand jour.
Tandis que ces deux hommes, par une coupable connivence, se prêtaient dans leurs déprédations
un appui réciproque, les lieutenants du roi de Perse, dont les corps étaient cantonnés
le long des fleuves frontières, tandis que leur maître était retenu à l'extrémité opposée de son
empire, ne cessaient d'envoyer des partis inquiéter notre territoire. C'était tantôt l'Arménie
et tantôt la Mésopotamie elle-même que leur audace, accrue par l'impunité, choisissait pour
théàtre de leurs incursions; et tout cela sous les yeux des gouverneurs romains, qui ne songeaient,
de leur côté, qu'à s'approprier la fortune de leurs concitoyens.
| [15,13] XIII.
1. Domitiano crudeli morte consumpto Musonianus eius successor orientem
praetoriani regebat potestate praefecti, facundia sermonis utriusque clarus.
unde sublimius quam sperabatur eluxit.
2. Constantinus enim cum limatius superstitionum quaereret sectas, Manichaeorum
et similium, nec interpres inueniretur idoneus, hunc sibi commendatum ut
sufficientem elegit: quem officio functum perite Musonianum uoluit appellari,
ante Strategium dictitatum, et ex eo percursis honorum gradibus multis ascendit
ad praefecturam, prudens alia tolerabilisque prouinciis et mitis et blandus sed
ex qualibet occasione maximeque ex controuersis litibus, quod nefandum est, et
in totum lucrandi auiditate sordescens, ut inter alia multa euidenter apparuit
in quaestionibus agitatis super morte Theophili Syriae consularis, proditione
Caesaris Galli, impetu plebis promiscuae discerpti, ubi damnatis pauperibus,
quos cum haec agerentur, peregre fuisse constabat, auctores diri facinoris
exutis patrimoniis absoluti sunt diuites.
3. Hunc Prosper adaequabat, pro magistro equitum, agente etiam tum in Galliis,
militem regens, abiecte ignauus et, ut ait comicus, arte despecta furtorum
rapiens propalam.
4. Quis concordantibus mutuaque commercia uicissim sibi conciliando locupletatis
Persici duces uicini fluminibus rege in ultimis terrarum suarum terminis
occupato per praedatorios globos nostra uexabant, nunc Armeniam, aliquotiens
Mesopotamiam confidentius incursantes Romanis ductoribus ad colligendas
oboedientium exuuias occupatis.
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