[16,1] I. Pendant que se déroulait ainsi la chaîne des destinées de l'empire, Constance, entré dans son
huitième consulat, inscrivait pour la première fois le nom de Julien aux fastes consulaires. Cette
âme fortement trempée ne rêvait alors que combats, extermination des barbares, et se promettait
bien, avec l'aide du sort, de rétablir l'unité qu'ils avaient rompue dans la province.
Les grandes choses que Julien opéra dans les Gaules, par l'ascendant de sa fortune et de son
génie, peuvent aller de pair avec ce que les temps anciens ont de plus mémorable. Je vais
m'efforcer de les passer en revue, si disproportionnée que soit la tâche avec les ressources de
mon faible talent. Ici la simple narration, bien que dégagée de tout ornement fictif, et appuyée
de témoignages authentiques et des preuves les moins équivoques, paraîtra quelquefois empiéter
sur le domaine du panégyrique. C'est qu'une progression constante vers le bien semble avoir
été la loi d'existence de ce prince, depuis son noble berceau jusqu'à son dernier soupir. Sa renommée,
toujours grandissant dans la paix comme dans la guerre, l'éleva par degrés rapides au niveau
des plus grands souverains. On l'a comparé pour la prudence à Titus; à Trajan, pour ses
expéditions triomphantes; pour la clémence, à Antonin. Une tendance persévérante vers la perfection
idéale en ferait le pendant de Marc-Aurèle, que Julien avait pris pour modèle en effet
dans ses actes et dans ses principes. On jouit des arts, a dit Cicéron, à peu près de la même façon
que de la vue d'un bel arbre. C'est sur la tige que tout l'intérêt se porte; il n'en reste point
pour la souche ni pour les racines. Il y a de même dans les premiers développements de ce beau caractère
des parties restées inaperçues par l'effet de circonstances diverses, et à qui cependant
l'admiration est due, même à plus juste titre qu'aux plus grandes choses qu'il ait faites depuis.
En effet, ce dompteur de la Germanie, ce pacificateur des bords glacés du Rhin, ce héros dont
le bras a terrassé les rois barbares, ou les a chargés de chaînes, est-ce quelque guerrier éprouvé que
le signal des combats a fait sortir de dessous la tente? Non; c'est un élève des Muses, à peine adolescent,
nourri comme Érechthée dans le giron de Minerve, et sous les pacifiques ombrages de l'Académie.
| [16,1] I.
1. Haec per orbem Romanum fatorum ordine contexto uersante Caesar apud Viennam
in collegium fastorum a consule octiens Augusto adscitus urgente genuino uigore
pugnarum fragores caedesque barbaricas somniabat, colligere prouinciae fragmenta
iam parans, si adfuisset flatu tandem secundo.
2. quia igitur res magnae quas per Gallias uirtute felicitateque correxit,
multis ueterum factis fortibus praestant, singula serie progrediente monstrabo,
instrumenta omnia mediocris ingenii, si suffecerint, commoturus.
3. quicquid autem narrabitur, quod non falsitas arguta concinnat, sed fides
integra rerum absoluit documentis euidentibus fulta, ad laudatiuam paene
materiam pertinebit.
4. uidetur enim lex quaedam uitae melioris hunc iuuenem a nobilibus cunis ad
usque spiritum comitata supremum. namque incrementis uelocibus ita domi forisque
conluxit ut prudentia {Vespasiani filius} Titus alter aestimaretur, bellorum
gloriosis cursibus Traiani simillimus, clemens ut Antoninus, rectae perfectaeque
rationis indagine congruens Marco, ad cuius aemulationem actus suos effingebat
et mores.
5 et quoniam, ut Tulliana docet auctoritas, omnium magnarum artium sicut arborum
altitudo nos delectat, radices stirpesque non item, sic praeclarae huius indolis
rudimenta tunc multis obnubilantibus tegebantur, quae anteferri gestis eius
postea multis et miris hac ratione deberent, quod adulescens primaeuus ut
Erechtheus in secessu Mineruae nutritus ex academiae quietis umbraculis non e
militari tabernaculo in puluerem Martium tractus, strata Germania pacatisque
rigentis Rheni meatibus, cruenta spirantium regum hic sanguinem fudit, alibi
manus catenis adflixit.
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