[18,9] (1) Amida n'était primitivement qu'une bicoque;
mais Constance, alors César, conçut le dessein,
au moment même où il élevait une autre ville,
celle d'Antoninopolis, de faire de celle-ci un refuge
assuré pour la population environnante. Il lui
donna une enceinte de murailles et de tours, y
établit un magasin de machines de rempart; en
un mot, en fit une place de guerre redoutable, et
voulait lui donner son nom. (2) Elle est baignée au
sud par le Tigre, qui fait un coude en cet endroit
peu éloigné de sa source. Elle domine à l'est les
plaines de Mésopotamie. Au nord, elle a la rivière
de Nymphée à proximité, et pour boulevard
les crêtes du Taurus, qui forment la démarcation
de l'Arménie et des régions transtigritaines. Du
côté de l'ouest, elle touche à la Gumathène, contrée
d'une fertilité que seconde une bonne culture, et
où se trouve le village d'Abarne, renommé par
ses eaux thermales. Au centre d'Amida même,
au pied de la citadelle, jaillit une source abondante
d'eau potable, mais sujette, par les fortes
chaleurs, à prendre une odeur méphitique. (3) La
garnison permanente de la ville n'était composée
que de la cinquième légion Parthique, et
d'un corps de cavalerie levé dans le pays, et qui
n'était pas à mépriser. Mais l'irruption des Perses
y avait fait accourir six légions, qui devancèrent
l'ennemi sous ses murs par une marche forcée,
et mirent la place sur un pied de défense respectable.
Deux de ces légions portaient les noms de
Magnence et de Décence. L'empereur, qui s'en
défiait, les avait, après la guerre civile, reléguées
en Orient, où l'on n'avait de confit à craindre qu'avec
l'étranger. Les quatre autres légions étaient la trentième,
la dixième, dite Fortensis, et deux autres formées
des soldats nommés Voltigeurs (Superventores)
et Éclaireurs (Praeventores), sous le commandement
d'Élien, récemment promu au titre
de comte. On se rappelle le coup d'essai à Singare
de cette troupe alors novice, et le carnage qu'elle
fit des Perses endormis, dans une sortie dirigée
par ce même officier, qui n'était alors que simple
protecteur. (4) Là se trouvait aussi la majeure partie
des archers comtes, corps
qui se recrute de barbares de condition libre,
choisis pour leur vigueur et leur adresse au maniement
des armes.
| [18,9] IX.
1. Hanc ciuitatem olim perquam breuem Caesar etiam tum Constantius, ut accolae
suffugium possint habere tutissimum, eo tempore quo Antoninupolim oppidum aliud
struxit, turribus circumdedit amplis et moenibus, locato que ibi conditorio
muralium tormentorum fecit hostibus formidatam suoque nomine uoluit appellari.
2. et a latere quidem australi geniculato Tigridis meatu subluitur
propius emergentis; qua euri opponitur flatibus, Mesopotamiae plana despectat;
unde aquiloni obnoxia est, Nymphaeo amni uicina, uerticibus Taurinis
umbrat urgentes Transtigritanas dirimentibus et Armeniam; spiranti
zephyro contrauersa Gumathenam contingit regionem uberem et cultu iuxta
fecundam, in qua uicus est Abarne nomine sospitalium aquarum lauacris calentibus
notus. in ipso autem Amidae meditullio sub arce fons diues exundat potabilis
quidem, sed uaporatis aestibus non numquam faetens.
3. cuius oppidi praesidio erat semper quinta Parthica legio destinata
cum indigenarum turma non contemnenda. sed tunc ingruentem Persarum multitudinem
sex legiones raptim percursis itineribus antegressae muris adstitere firmissimis.
Magnentiaci et Decentiaci quos post consummatos ciuiles procinctus, ut fallaces
et turbidos ad orientem uenire compulit imperator, ubi nihil praeter bella
timetur externa, et Tricensimani Decimanique Fortenses et Superuentores atque
Praeuentores cum Aeliano iam Comite, quos tirones tum etiam nouellos hortante
memorato adhuc protectore erupisse a Singara Persasque fusos in somnum rettulimus
trucidasse complures.
4. aderat comitum quoque sagittariorum pars maior, equestres uidelicet turmae ita
cognominatae, ubi merent omnes ingenui barbari, armorum uiriumque firmitudine
inter alios eminentes.
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