[20,1] (1) Tandis que, sous le dixième consulat de Constance et le
troisième de Julien, ces divers événements se déroulaient en Orient
et en Illyrie, les affaires prenaient un tour fâcheux en Bretagne.
Les Écossais et les Pictes avaient rompu leurs engagements envers
nous, et ces peuples féroces, étendant leurs incursions et leurs
ravages sur toute la ligne frontière, jetaient l'effroi dans nos
provinces, encore sous l'impression de leurs récents désastres.
César, qui avait alors son quartier d'hiver à Paris, était en proie
à diverses inquiétudes. Il craignait, en allant de sa personne, à
l'exemple de l'empereur Constant, secourir nos possessions d'outre-mer,
de laisser la Gaule, veuve de son chef, à la merci des
Alamans, qui ne respiraient encore que guerre et vengeance. (2) Il
prit donc le parti de charger Lupicin, alors investi du grade de
général, de pacifier le pays par le fer, ou par voie de
négociation. Lupicin était bon soldat et capitaine consommé, mais
de ces gens au sourcil dressé, au verbe haut, à l'accent
péremptoire; et l'on n'aurait su dire ce qui dominait chez lui, de
la dureté de coeur ou de l'amour du gain. (3) Il partit au fort de
l'hiver, avec le corps des vélites, composé d'Hérules et de
Bataves, deux légions de Mésie, et se rendit à Boulogne. Là il se
procura des vaisseaux en nombre suffisant pour embarquer tout son
monde; et, profitant d'un vent favorable, après avoir pris terre à
Rutupiae, point de débarquement correspondant, il gagna Londres, où
il prit les mesures les plus promptes pour son expédition.
| [20,1] I
1. Haec per Illyricum perque orientem rerum series fuit. consulatu uero
Constantii deciens terque Iuliani in Brittanniis cum Scottorum Pictorumque
gentium ferarum excursus rupta quiete condicta loca limitibus uicina uastarent
et inplicaret formido prouincias praeteritarum cladium congerie fessas, hiemem
agens apud Parisios Caesar distractusque in sollicitudines uarias, uerebatur ire
subsidio transmarinis, ut rettulimus ante fecisse Constantem, ne rectore uacuas
relinqueret Gallias Alamannis ad saeuitiam etiam tum incitatis et bella.
2. ire igitur ad haec ratione uel ui conponenda Lupicinum placuit ea tempestate
magistrum armorum bellicosum sane et castrensis rei peritum, sed supercilia
erigentem ut cornua et de tragico, quod aiunt, cothurno strepentem, super quo
diu ambigebatur, auarus esset potius an crudelis.
3. moto igitur uelitari auxilio, Aerulis scilicet et Batauis numerisque
Moesiacorum duobus, adulta hieme dux ante dictus Bononiam uenit quaesitisque
nauigiis et omni inposito milite, obseruato flatu secundo uentorum ad Rutupias
sitas ex aduerso defertur petitque Lundinium ut exinde suscepto pro rei
qualitate consilio festinaret ocius ad procinctum.
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