Itinera Electronica
Du texte à l'hypertexte

Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XX

Chapitre 9

  Chapitre 9

[20,9] (1) Les députés porteurs des dépêches de Julien mirent dans leur voyage toute la célérité possible; mais les hauts fonctionnaires de l'État, chaque fois qu'ils furent en rapport avec eux, leur créaient indirectement obstacles sur obstacles, et ils eurent mille peines à traverser l'Italie et l'Illyrie. Ils parvinrent cependant à passer le Bosphore, et joignirent enfin Constance à Césarée en Cappadoce. C'est une très agréable ville de passage, assise au pied du mont Argée, et dont le nom était autrefois Mazaca.
(2) Là ils eurent audience du prince, qui leur permit de remettre leurs dépêches. Mais en en prenant lecture il eut un emportement d'une violence extraordinaire, regarda les députés d'un air à les faire trembler pour leur vie, et leur ordonna de sortir, sans ajouter un mot, et sans vouloir rien entendre de plus.
(3) Le coup avait porté. Constance était en proie à la perplexité la plus grande. Devait-il marcher contre les Perses, ou employer contre Julien les forces sur lesquelles il pouvait le plus compter? Il hésita longtemps devant cette alternative, puis Se décida pour le parti le plus sage, et tourna ses pas vers l'Orient.
(4) Il congédia toutefois les députés sans délai, et dépêcha en Gaule Léonas, son questeur, avec une lettre où il signifiait à Julien son désaveu formel de l'innovation politique dont il avait osé prendre l'initiative, et lui conseillait, dans son intérêt comme dans celui de ses adhérents, de se guérir de ces fumées d'ambition, et de se contenter du rang de César.
(5) Pour corroborer l'effet de ces menaces, et se poser en pouvoir qui se sent fort, il nomma Nébride, alors questeur de Julien, son préfet du prétoire, en remplacement de Florence; donna au notaire Félix la charge de maître des offices, et fit encore d'autres promotions dans le gouvernement des Gaules. Quant à Gumohar, qui succédait à la maîtrise de cavalerie de Lupicin, sa promotion avait précédé toute nouvelle de la révolution opérée.
(6) Julien reçut à Paris Léonas comme un homme dont il honorait le talent, et dont il aimait le caractère. Ce ne fut que le lendemain de son arrivée, et en présence des troupes et du peuple assemblé, que Julien voulut qu'il fit remise de la lettre dont il était porteur. Il la reçut monté sur un tribunal élevé; afin d'être vu de plus loin, l'ouvrit, et en donne lecture à haute voix. Quand il en vint au passage où Constance désavouait tout ce qui s'était passé, et déclarait que le rang de César devait suffire à Julien, un terrible éclat de voix fit entendre ces paroles:
(7) "Julien est Auguste par le voeu de la province et de l'armée; par l'investiture de la puissance publique, qui se relève en ce moment, mais qui veut pour l'avenir une garantie contre les invasions des barbares."
(8) Léonas, témoin de cette manifestation, s'en revint ensuite avec une lettre de Julien qui en contenait la relation fidèle. De toutes les nominations faites par Constance, le nouvel empereur ne confirma que celle de Nébride, en qualité de préfet du prétoire. Il avait, dans une lettre précédente, désigné le choix de ce dernier comme devant lui être agréable. Quant à la charge de maître des offices, il en avait déjà disposé en faveur d'Anatole, maître des requêtes. Ses autres nominations furent également réformées dans les vues de son pouvoir et de sa sûreté.
(9) Au milieu de ces arrangements, Lupicin lut inspirait des craintes, malgré l'éloignement où le tenait sa mission en Bretagne. Il le connaissait entreprenant, présomptueux, et, si les nouvelles arrivaient jusqu'à lui, homme à exciter de nouveaux troubles en travaillant pour son propre compte. Pour plus de sûreté, un notaire fut dépêché à Boulogne, avec ordre de ne laisser qui que ce fût passer le détroit. Cette précaution fit que Lupicin, qui ne sut rien qu'après son retour, n'eut aucune occasion de remuer.
[20,9] IX
1. Nec minore studio secuti legati haec secum ferentes, quae praediximus, intentique ad uiandum cum uenirent ad iudices celsiores, oblique tenebantur, morasque per Italiam et Illyricum perpessi diuturnas et graues, tandem transfretati per Bosporum itineribusque lentis progressi, apud Caesaream Cappadociae etiam tum degentem inuenere Constantium, Mazacam antehac nominatam, oportunam urbem et celebrem sub Argaei montis pedibus sitam.
2. qui intromissi data potestate offerunt scripta hisque recitatis ultra modum solitae indignationis excanduit imperator, limibusque oculis eos ad usque metum contuens mortis, egredi iussit, nihil post haec percontatus uel audire perpessus.
3. Perculsus tamen ardenter cunctatione stringebatur ambigua, utrum in Persas an contra Iulianum moueri iuberet acies quibus fidebat, haesitansque diu perpensis consiliis flexus est quorundam sententia utilium suasorum, et iter orientem uersus edixit.
4. statim tamen et legatos absoluit et Leonam quaestorem suum in Gallias cum litteris datis ad Iulianum pergere celeri statuit gradu, nihil nouatorum se adserens suscepisse, et eum, si saluti suae proximorumque consulit, tumenti flatu deposito intra Caesaris se potestatem continere praecipiens.
5. utque id facile formido intentatorum efficeret, uelut magnis uiribus fretus in locum Florentii praefectum praetorio Nebridium tum quaestorem eiusdem Caesaris promouerat, et Felicem notarium officiorum magistrum et quosdam alios. Gumoarium enim successorem Lupicini antequam sciretur huius modi quicquam magistrum prouexit armorum.
6. Ingressus itaque Parisios Leonas susceptus ut honoratus et prudens, postridie principi progresso in campum cum multitudine armata pariter et plebeia, quam de industria conuocarat, e tribunali, ut emineret altius, superstanti, scripta iubetur offerre. replicatoque uolumine edicti, quod missum est, et legi ab exordio coepto, cum uentum fuisset ad locum id continentem, quod gesta omnia Constantius inprobans Caesaris potestatem sufficere Iuliano censebat, exclamabatur undique uocum terribilium sonu.
7. ´Auguste Iuliane, ut prouincialis et miles et rei publicae decreuit auctoritas recreatae quidem, sed adhuc metuentis rediuiuos barbarorum excursus.
8. Quibus auditis Leonas cum Iuliani litteris haec eadem indicantibus reuertit incolumis, solusque admissus est ad praefecturam Nebridius. id enim Caesar quoque scribens ex sententia sua fore aperte praedixit. magistrum enim officiorum iam pridem ipse Anatolium ordinauit, libellis antea respondentem, et quosdam alios ut sibi utile uidebatur et tutum.
9. Et quoniam cum haec ita procederent, timebatur Lupicinus licet absens agensque etiam tum apud Brittannos, homo superbae mentis et turgidae, eratque suspicio quod, si haec trans mare didicisset, nouarum rerum materias excitaret, notarius Bononiam mittitur obseruaturus sollicite, ne quisquam fretum oceani transire permitteretur. quo uetito reuersus Lupicinus, antequam horum quicquam sciret, nullas ciere potuit turbas


Recherches | Texte | Lecture | Liste du vocabulaire | Index inverse | Menu | Bibliotheca Classica Selecta |

 
UCL | FLTR | Itinera Electronica | Bibliotheca Classica Selecta (BCS) |
Analyse, design et réalisation informatiques : B. Maroutaeff - J. Schumacher
Dernière mise à jour : 25/11/2003