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Du texte à l'hypertexte

Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XXI

Chapitre 1

  Chapitre 1

[21,0] Livre XXI. [21,0] Liber XXI.
[21,1] (1) Tandis que cette résistance obstinée tenait Constance si fâcheusement arrêté sur l'autre rive de l'Euphrate, Julien, à Vienne, employait ses jours et ses nuits à former des plans pour l'avenir, et cherchait, dans la limite restreinte de ses ressources, à prendre l'attitude qui convenait à sa nouvelle fortune. Ses réflexions, cependant, ne lui offraient qu'incertitude. Devait-il épuiser d'abord les moyens de conciliation? ou, prenant l'initiative des hostilités, agir sur son adversaire par la terreur?
(2) L'alternative lui semblait pleine de périls. L'amitié avec Constance était souvent ensanglantée; mais Constance, d'un autre côté, avait toujours conservé l'ascendant au milieu des guerres civiles. Julien avait surtout devant les yeux l'exemple de son frère Gallus, qui s'était perdu par l'inertie, et par son trop de confiance en des promesses parjures.
(3) Plus d'un acte de vigueur indiquait toutefois chez le nouvel Auguste le parti pris de se dessiner fièrement devant un rival capable, ainsi que le passé l'avait trop fait voir, de cacher la trahison sous un faux semblant de tendresse.
(4) C'est ainsi que, ne tenant compte de la lettre que Léonas lui avait remise de la part de Constance, il ne confirma des nominations qu'il avait faites que celle de Nébride, et que, de plus, il présida (ce qui était faire acte d'empereur) à la célébration des fêtes quinquennales. Il se montra dans cette cérémonie paré d'un magnifique diadème de pierreries, lui qu'on n'avait vu, dans les premiers jours de son avènement, que le front ceint d'une couronne des plus modestes, et telle qu'elle eût convenu au plus simple xystarque qui ait jamais revêtu la pourpre.
(5) Ce fut alors qu'il fit transporter à Rome les restes de sa femme Hélène, avec ordre de les déposer dans le faubourg de Nomente, où se trouvait déjà la sépulture de Constantine, soeur de cette dernière, et femme de Gallus.
(6) Un secret motif fortifiait encore chez Julien la résolution de prévenir l'attaque de Constance: il était adepte dans l'art de la divination, et tirait d'une suite de songes et de présages la certitude de la fin prochaine de cet empereur.
(7) Or, comme la malveillance n'a pas craint de jeter d'odieuses insinuations sur les pratiques divinatoires de Julien, prince si éclairé, et si curieux de tout ce qui peut étendre le domaine de l'intelligence, il est bon d'exposer en peu de mots comment se concilie avec une raison supérieure ce genre de spéculation, bien moins frivole qu'on ne pense communément.
(8) Il n'y a rien d'impossible à ce que, par un effort de l'étude, l'esprit qui préside aux éléments, principe d'activité de tout ce qui existe, et qui voit l'avenir parce qu'il est éternel, soit mis en rapport avec l'intelligence humaine, et lui fasse part de la faculté de prescience qui lui est propre. Conjurées suivant certaines formes sacramentelles, les essences intermédiaires entre nous et la Divinité peuvent prédire par une bouche mortelle, aussi bien que par l'organe d'une fontaine. Thémis, dit-on, préside à ces oracles; Thémis, ainsi nommée parce qu'elle révèle au présent les immuables décrets des destins, que les Grecs appellent G-tetheimena. Et c'est comme symbole de ce pouvoir que les anciens théologiens assignent à cette déesse une place au lit et sur le trône de Jupiter, le principe créateur.
(9) Que les augures et les auspices dépendent de la fantaisie des oiseaux, à qui l'avenir est inconnu, cette idée ne saurait entrer dans l'esprit le plus inepte. Mais Dieu, qui a donné aux oiseaux leur vol et leur chant, a voulu qu'à ces attributs de leur être, au battement ou nonchalant ou précipité de l'aile, fût attachée une signification des choses futures. La Providence se plaît à donner de ces avertissements, soit comme récompense, soit purement par effet de sa sollicitude pour les intérêts humains.
(10) Les entrailles des victimes, dans leurs variétés infinies de conformation et d'aspect, sont encore pour l'oeil attentif l'annonce de ce qui doit arriver. Cette science a pour inventeur Tagès,qui, suivant la tradition, sortit de terre tout à coup en Étrurie.
(11) Un certain degré d'exaltation rend aussi l'esprit prophétique; une manifestation divine s'opère alors par le langage humain. Le soleil, en physique, étant l'âme du monde, dont les nôtres ne sont que des étincelles; quand le foyer souffle sa chaleur dans une certaine mesure à ses émanations, il leur communique la connaissance de l'avenir. De là cette ardeur interne des sibylles, ces torrents de feu dont elles se disent pénétrées. Il y a encore les sons, les visions qui frappent soudainement les yeux et les oreilles, le tonnerre, les éclairs, le sillage des étoiles; tous accidents qui sont autant de pronostics.
(12) Foi implicite serait due aux songes si l'interprétation n'était souvent en défaut. Les songes, dit Aristote, sont véridiques et irrécusables lorsqu'on dort profondément, la prunelle fixe, et sans déviation du rayon visuel.
(13) Mais le vulgaire ignorant va s'écrier: Si l'on peut lire dans l'avenir, comment ignore-t-on que l'on doit périr dans une bataille, ou que tel autre malheur vous attend? Un mot suffit pour répondre. S'il arrive qu'un grammairien fasse une faute de langue, qu'un musicien joue faux, qu'un médecin se trompe de remède; est-ce à la grammaire, est-ce à la musique, est-ce à la médecine qu'on va s'en prendre?
(14) On peut encore citer cette parole de Cicéron, où, comme toujours, éclate sa raison supérieure: "Nous recevons d'en haut des signes de ce qui croit arriver. Si l'on s'y trompe, c'est la faute de l'intelligence humaine, et non celle des dieux." Mais toute digression doit être courte, sous peine d'être fastidieuse. Revenons au sujet.
[21,1] I.
1. Intercluso hac bellorum difficili sorte Constantio trans flumen Euphratem, Iulianus agens apud Viennam formandis in futura consiliis dies inpendebat et noctes, quantum opes patiebantur angustae altius semet adtollens, semperque ambigens utrum Constantium modis omnibus alliceret in concordiam, an terroris incutiendi gratia lacesseret prior.
2. quae sollicite reputans utrumque formidabat, et amicum cruentum et in aerumnis ciuilibus saepe uictorem, maximeque Galli fratris exemplum mentem eius anxiam suspendebat, quem inertia mixtaeque periuriis fraudes prodidere quorundam.
3. erigebat tamen aliquotiens animum ad multa et urgentia, tutissimum ratus inimicum se ex confesso monstrare ei, cuius ex praeteritis motus coniectabat ut prudens, ne per amicitias fictas insidiis falleretur occultis.
4. parui igitur habitis, quae per Leonam Constantius scripserat, nulloque arbitrio eius promotorum suscepto praeter Nebridium, quinquennalia Augustus iam edidit: et ambitioso diademate utebatur lapidum fulgore distincto, cum inter exordia principatus adsumpti uili corona circumdatus erat xystarchae similis purpurato.
5. inter quae Helenae coniugis defunctae suprema miserat Romam in suburbano uiae Nomentanae condenda, ubi uxor quoque Galli quondam, soror eius, sepulta est Constantina.
6. Accedebat autem incendebatque eius cupiditatem, pacatis iam Galliis incessere ultro Constantium, coniciens eum per uaticinandi praesagia multa, quae callebat, et somnia e uita protinus excessurum.
7. Et quoniam erudito et studioso cognitionum omnium principi maliuoli praenoscendi futura prauas artes adsignant, aduertendum est breuiter, unde sapienti uiro hoc quoque accidere poterit doctrinae genus haud leue.
8. elementorum omnium spiritus, utpote perennium corporum praesentiendi motu semper et ubique uigens, ex his, quae per disciplinas uarias adfectamus, participat nobiscum munera diuinandi: et substantiales potestates ritu diuerso placatae, uelut ex perpetuis fontium uenis, uaticina mortalitati suppeditant uerba, quibus numen praeesse dicitur Themidis, quam ex eo quod fixa fatali lege decreta praescire facit in posterum, quae tetheimena sermo Graecus appellat, ita cognominatam in cubili solioque Iouis uigoris uiuifici theologi ueteres conlocarunt.
9. Auguria et auspicia non uolucrum arbitrio futura nescientium conliguntur - nec enim hoc uel insipiens quisquam dicet - sed uolatus auium dirigit deus, ut rostrum sonans aut praeteruolans pinna turbido meatu uel leni futura praemonstret. amat enim benignitas numinis, seu quod merentur homines, seu quod tangitur eorum adfectione, his quoque artibus prodere quae inpendent.
10. Extis itidem pecudum attenti fatidicis, in species conuerti suetis innumeras, accidentia sciunt. cuius disciplinae Tages nomine quidam monstrator est, ut fabulantur, in Etruriae partibus emersisse subito uisus e terra.
11. Aperiunt tunc quoque uentura cum aestuant hominum corda sed locuntur diuina. sol enim, ut aiunt physici, mens mundi, nostras mentes ex sese uelut scintillas diffunditans cum eas incenderit uehementius, futuri conscias reddit. unde Sibyllae crebro se dicunt ardere torrente ui magna flammarum. multa significant super his crepitus uocum et occurrentia signa, tonitrua quin etiam et fulgura et fulmina itidemque siderum sulci.
12. Somniorum autem rata fides et indubitabilis foret, ni ratiocinantes coniectura fallerentur. interdumque, ut Aristoteles adfirmat, tum fixa sunt et stabilia, cum animantis altius quiescentis ocularis pupilla neutrubi inclinata rectissime cernit.
13. et quia uanities aliquotiens plebeia strepit, haec inperite mussando, si esset praesentiendi notitia quaedam, cur ille se casurum in bello uel alius hoc se passurum ignorauit aut illud, sufficiet dici, quod et grammaticus locutus interdum est barbare, et absurde cecinit musicus, et ignorauit remedium medicus: at non ideo nec grammatica nec musica nec medicina subsistit. 14. unde praeclare hoc quoque ut alia Tullius signa ostenduntur ait a dis rerum futurarum. in his siqui errauerit, non deorum natura sed hominum coniectura peccauit. ne igitur extra calcem, quod dicitur, sermo decurrens lecturo fastidium ferat, ad explicanda prospecta reuertamur.


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Dernière mise à jour : 2/12/2003