| [22,7] (1) Aux calendes de janvier les registres consulaires
s'ouvrirent aux noms de Mamertin et de Névitte. Le prince daigna se
mêler à pied aux personnes de distinction qui assistaient à la
cérémonie; ce qui fut approuvé par les uns, et taxé par les autres
d'affectation dégradante. (2) Mamertin donna ensuite des jeux au
cirque; et les esclaves qui devaient être rendus à la liberté
suivant la coutume étant introduits, Julien prononça lui-même la
formule d'affranchissement. Mais, averti que ce jour-là le droit
d'affranchir appartenait à un autre, il se condamna lui-même, pour
cette erreur, à une amende de dix livres d'or. (3) Il allait
fréquemment au sénat décider les questions litigieuses. Un jour
qu'il prêtait l'oreille à la discussion, on vint lui annoncer que
le philosophe Maxime venait d'arriver d'Asie. Il ne fit qu'un saut
de son siège, s'oublia même jusqu'à courir à sa rencontre fort en
avant du vestibule, l'embrassa, et l'introduisit avec une sorte de
respect dans la salle des séances. Démonstration déplacée, et qui
dénotait en lui la recherche d'une fausse gloire. Apparemment Il
avait oublié le mot de Cicéron sur ce travers d'esprit: (4) "Ces
mêmes philosophes ne laissent pas de mettre leur nom à leurs
traités du mépris de la gloire, voulant être loués et glorifiés de
leurs efforts même pour inspirer ce mépris." (5) Peu de jours
après, deux intendants, compris dans l'expulsion des officiers du
palais, vinrent en secret proposer à Julien de lui révéler la
retraite de Florence, pourvu qu'il consentît à les réintégrer dans
leurs fonctions. Il repoussa l'offre avec mépris, et les traita de
vils délateurs, ajoutant qu'il serait indigne d'un empereur d'user
de pareils moyens pour s'assurer d'un homme qui ne se cachait que
par peur de la mort, et que l'espoir de trouver grâce engagerait
peut-être à ne pas se cacher plus longtemps. (6) Julien avait alors
près de lui Prétextat, beau caractère, sénateur de l'ancienne Rome.
Le hasard le lui avait présenté à Constantinople, où l'appelaient
ses affaires privées; et le prince l'avait, de son propre choix,
nommé proconsul d'Achaïe. (7) L'attention que Julien apportait à
ses réformes dans l'administration civile ne lui faisait pas perdre
de vue les intérêts militaires. Il ne confiait les commandements
qu'à des chefs éprouvés par de longs services, relevait par toute
la Thrace les fortifications en ruines, et veillait avec la plus
active sollicitude à ce que les postes distribués sur la rive
droite de l'Ister, et qu'il savait faire bonne et sûre garde contre
les entreprises des barbares, ne manquassent ni d'armes, ni
d'habits, ni de solde, ni de vivres. (8) Tandis qu'il se
multipliait pour suffire à tant de soins, et imprimait l'activité
de son esprit à tous les ressorts de l'État, on lui conseilla une
expédition contre les Goths de la frontière, qui nous avaient donné
tant de preuves de leur mauvaise foi et de leur perfidie. Mais il
voulait, répondit-il, des adversaires d'une autre trempe. À l'égard
de ceux-ci, on n'avait qu'à laisser faire les marchands galates,
qui les vendaient à tant par tête, sans regarder à la condition des
individus. (9) La renommée cependant proclamait à l'étranger son
courage, sa tempérance, ses talents militaires; et de proche en
proche son nom, éveillant l'idée de toutes les vertus, faisait le
tour du monde. (10) Un sentiment de crainte respectueuse se
communiqua des peuples voisins aux nations les plus éloignées. De
tous côtés, et coup sur coup, arrivaient des ambassades. Il en vint
pour négocier la paix avec lui, de l'Arménie et des contrées au-
delà du Tigre. Des extrémités de l'Inde, jusqu'à Dib et Serendib,
partirent à l'envi des députations chargées d'offrandes. Les plages
australes de la Mauritanie sollicitèrent la faveur d'être reconnues
dépendances de l'empire. Enfin au nord et au levant, les peuples
riverains du Bosphore, et de la mer qui reçoit les eaux du Phase,
offrirent en suppliants un tribut annuel, pour acheter la
permission de continuer à vivre sur le sol qui les avait vus
naître.
| [22,7] VII.
1. Adlapso itaque Calendarum Ianuariarum die cum Mamertini et Neuittae nomina
suscepissent paginae consulares, humilior princeps uisus est, in officio pedibus
gradiendo cum honoratis, quod laudabant alii, quidam ut adfectatum et uile
carpebant.
2. dein Mamertino ludos edente circenses, manu mittendis ex more inductis per
admissionum proximum, ipse lege agi dixerat, ut solebat, statimque admonitus
iuris dictionem eo die ad alterum pertinere, ut errato obnoxium decem libris
auri semet ipse multauit.
3. Frequentabat inter haec curiam agendo diuersa, quae diuisiones multiplices
ingerebant. et cum die quodam ei causas ibi spectanti uenisse nuntiatus esset ex
Asia philosophus Maximus, exsiluit indecore: et qui esset oblitus, effuso cursu
a uestibulo longe progressus exosculatum susceptumque reuerenter secum induxit
per ostentationem intempestiuam nimius captator inanis gloriae uisus,
praeclarique illius dicti inmemor Tulliani, quo tales notando ita relatum:
4. ipsi illi philosophi etiam in his libris, quos de contemnenda gloria
scribunt, nomen suum inscribunt ut in eo ipso, quo praedicationem nobilitatemque
despiciunt, praedicari de se ac se nominari uelint.
5. Haut multo deinceps duo agentes in rebus ex his, qui proiecti sunt, eum
adiere fidentius, promittentes latebras monstrare Florentii, si eis gradus
militiae redderetur, quos incessens delatoresque adpellans addebat non esse
imperatorium, obliquis flecti indiciis ad retrahendum hominem mortis metu
absconditum, qui forte non diu latitare citra spem ueniae permitteretur.
6. Aderat his omnibus Praetextatus, praeclarae indolis grauitatisque priscae
senator, ex negotio proprio forte repertus apud Constantinopolim, quem arbitrio
suo Achaiae proconsulari praefecerat potestate.
7. Nec tamen, cum corrigendis ciuilibus ita diligenter instaret, omisit
castrensia, rectores militibus diu exploratos adponens, urbes quin etiam per
Thracias omnes cum munimentis reparans extimis, curansque sollicite, ne arma uel
indumenta aut stipendium uel alimenta deessent his quos per supercilia Histri
dispersos excursibusque barbarorum oppositos agere uigilanter audiebat et
fortiter.
8. quae cum ita diuideret nihil segnius agi permittens, suadentibus proximis, ut
adgrederetur propinquos Gothos saepe fallaces et perfidos, hostes quaerere se
meliores aiebat: illis enim sufficere mercatores Galatas, per quos ubique sine
condicionis discrimine uenundantur.
9. Haec eum curantem et talia commendabat externis nationibus fama ut
fortitudine, sobrietate, militaris rei scientia, uirtutumque omnium incrementis
excelsum, paulatimque progrediens ambitum oppleuerat mundi.
10. proinde timore eius aduentus per finitimos longeque distantes latius
explicato legationes undique solito ocius concurrebant: hinc Transtigritanis
pacem obsecrantibus et Armeniis, inde nationibus Indicis certatim cum donis
optimates mittentibus ante tempus ab usque Diuis et Serendiuis, ab australi
plaga ad famulandum rei Romanae semet offerentibus Mauris, ab aquilone et
regionibus solis, per quas in mare Phasis accipitur, Bosporanis aliisque antehac
ignotis legationes uehentibus supplices, ut annua conplentes sollemnia intra
terrarum genitalium terminos otiose uiuere sinerentur.
|