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Du texte à l'hypertexte

Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XXII

Chapitre 8

  Chapitre 8

[22,8] (1) Le récit des événements où se trouve mêlé le nom de ce grand prince nous ayant amené à faire mention des régions éloignées de la Thrace et des rives du Pont-Euxin, il n'est pas hors de propos de donner sur ces contrées des notions qui nous sont personnelles, ou que nous avons recueillies de nos lectures. (2) La crête élevée du mont Athos en Macédoine, qui jadis s'ouvrit pour laisser passage à la flotte de Xerxès, et l'abrupte promontoire de Capharée dans l'île d'Eubée, où vint se heurter la flotte des Grecs, par l'artifice de Nauplius, père de Palamède, malgré la distance qui les sépare, marquent la limite réciproque de la mer Égée et de celle de Thessalie. L'Égée, à partir de ce dernier point, va s'élargissant, surtout vers la droite, où les Sporades d'un côté, et de l'autre les Cyclades (ainsi nommées parce qu'elles forment cercle autour de Délos, berceau de deux divinités), lui donnent l'aspect d'un vaste archipel. Ses flots baignent à gauche Imbros et Ténédos, Lemnos et Thasos, et, quand le vent les soulève, se brisent avec fureur contre les rochers de Lesbos. (3) Repoussés par cet obstacle, ils se rejettent sur la côte de Troade, vers le temple d'Apollon Sminthien et l'héroïque plaine d'Ilion. Plus au nord, l'Égée forme le golfe de Mélas, d'où l'on découvre dès l'entrée, ici Abdère, patrie de Protagoras et de Démocrite, là le repaire sanglant du cruel Diomède de Thrace, et l'étroite vallée où l'on voit le cours de l'Hèbre se replier sur lui-même, et remonter vers sa source; puis Maronée et Aenos, cette plage qu'Énée aborda sous de funestes auspices, et dont il se hâta de fuir, guidé par les dieux, vers les bords de l'antique Ausonie. (4) L'Égée ensuite se resserre, et, obéissant à une impulsion naturelle, court se joindre au Pont, dont elle s'adjoint une partie, en figurant la lettre grecque g-ph. De là, ouvrant l'Hellespont, et laissant de côté le Rhodope, elle baigne successivement Cynossème, où la tradition place les cendres d'Hécube, Coelos, Sestos et Callipolis, et sur la rive opposée, les tombeaux d'Achille et d'Ajax, Dardanie et Abydos, où Xerxès jeta un pont pour la traverser. Plus loin sont Lampsaque, présent du roi des Perses à Thémistocle, et Paros, fondée par Parius, fils de Jason. (5) S'évasant alors des deux côtés en demi-cercle, elle repousse au loin ses rivages, et, prenant le nom de Propontide, arrose à l'est Cyzique et Dindyme, sanctuaire révéré de la mère des dieux; puis Apamée, Cius et Astecus, dont un de ses rois, par la suite des temps, changea le nom en celui de Nicomédie. Elle rase au couchant la Chersonèse, Aegos-Potamos, où Anaxagore prédit qu'il pleuvrait des pierres, Lysimachie, et la ville fondée par Hercule en mémoire de son compagnon Périnthe. (6) Enfin, et comme pour rendre la ressemblance du g-ph complète, au milieu de sa circonférence s'allongent les îles de Proconèse et de Besbique. (7) Dès que ses eaux ont doublé la pointe de cette dernière, cette mer se resserre de nouveau en détroit entre l'Europe et la Bithynie, et baigne à droite Chalcédoine, Chrysopolis, et autres lieux moins connus. (8) À gauche elle visite les ports d'Athyras, de Sélymbrie et de Constantinople, l'ancienne Byzance, colonie athénienne, et le promontoire de Céras, que surmonte un phare élevé; ce qui a fait donner le nom de Cératas au vent froid qui souffle ordinairement de cette côte. (9) Là s'arrête le courant, et se trouve accomplie la communication des deux mers. Alors les deux rives de nouveau s'écartent, embrassant une nappe d'eau sans limites auxquelles la vue puisse atteindre, (10) et dont le circuit forme une navigation de vingt-trois mille stades, au rapport d'Ératosthène, d'Hécatée, de Ptolémée, et d'autres auteurs qui se piquent d'exactitude dans l'indication des distances. La forme de cette mer, au dire de tous les géographes, est celle d'un arc scythe avec sa corde. (11) Elle a pour bornes, au levant, le Palus-Méotide; au couchant, l'empire romain. Ses côtés septentrionales sont habitées par des peuples différents de moeurs et de langage. Sa rive au midi décrit en rentrant une légère courbure. (12) Son vaste littoral est parsemé de villes grecques, toutes, un très petit nombre excepté, fondées par les Milésiens, colonie d'Athènes, et dès longtemps établies dans l'Asie Mineure par Niléus, fils de ce Codrus qui se dévoua, dit-on, pour sa patrie dans la guerre contre les Doriens. (13) Les deux extrémités de l'arc sont figurées par les deux Bosphores, l'un Thrace, l'autre Cimmérien. Le nom de Bosphore vient de ce que la fille d'Inachus, transformée en génisse, suivant les poètes, traversa les deux mers intérieures à la nage, pour se rendre dans celle d'Ionie. (14) À droite de la courbure, au sortir du Bosphore, se montre la côte de Bithynie, que les anciens nommaient Mygdonie. Ce royaume comprend les provinces de Thynia, de Mariandéna, les Bébryces, jadis délivrés par Pollux de la tyrannie d'Amycus, et la contrée lointaine où le devin Phinée tremblait au seul battement de l'aile des harpies. Sur cette plage sinueuse, et fréquemment interrompue par des renfoncements profonds, sont les embouchures du Sangare, du Psyllis, du Bizes et du Rhebas. On voit, à l'opposite, surgir du sein des eaux les Symplégades, double roc escarpé sur toutes ses faces, et dont on dit qu'autrefois, avec un fracas épouvantable, les deux parties se heurtaient, reculaient, renouvelant ce conflit sans cesse. Si rapide que fût le vol d'un oiseau, il n'eût pas évité d'être broyé entre ces deux masses au moment où elles se ruaient avec furie l'une contre l'autre. (15) Le premier navire Argo, lorsqu'il voguait à la conquête de la toison d'or, put cependant passer entre elles, sans subir leur étreinte. De ce jour l'antagonisme cessa; les deux parties s'incorporèrent l'une à l'autre, à tel point qu'aujourd'hui nul ne croirait à leur ancien divorce; si toutes les traditions de l'antique poésie n'étaient là pour en porter témoignage. (16) Après la Bithynie viennent les États du Pont et de la Paphlagonie, où l'on remarque Héraclée et Sinope, Polémonion et Amisos, villes considérables, toutes créations de l'actif génie des Grecs; et Cérasonte, dont Lucullus importa le doux fruit dans nos contrées. Du sein d'îles altières s'élèvent les villes importantes de Trapézonte et de Pityunte. (17) Plus loin vous rencontrez la caverne d'Achéruse, que les habitants du pays appellent G-Mychopontion, le port d'Acon, et divers fleuves, l'Achéron, l'Arcadius, l'Iris, le Tibre, et plus loin le Parthénius; tous se précipitant d'un cours rapide vers la mer. Non loin de là est le Thermodon, qui descend du mont Armonius, et coule entre les bois de Thémiscire, où jadis les Amazones vinrent chercher un refuge, par le motif que je vais exposer. (18) Ces guerrières des temps passés, après avoir anéanti par leurs continuelles et sanglantes incursions tous les États leurs voisins, aspiraient encore à frapper de plus grands coups. Confiantes dans leurs forces, et entraînées par une ardeur de conquête, elles allèrent, passant sur le corps d'une multitude de peuples, chercher dans les Athéniens de plus redoutables adversaires. La lutte fut opiniâtre; mais enfin leur armée plia, par la déroute de la cavalerie, qui garnissait les ailes; et toutes les Amazones mordirent la poussière. (19) À la nouvelle de ce désastre, celles qui, moins propres à porter les armes, étaient restées dans leurs foyers, se voyant réduites à l'extrémité, et redoutant les représailles de voisins irrités des maux qu'elles leur avaient fait souffrir, se retirèrent sur les bords plus tranquilles du Thermodon. Leur postérité y multiplia, et plus tard, rentrée en force dans son ancienne patrie, redevint la terreur de toutes les nations étrangères. (20) Non loin de là le mont Carambe s'élève en pente douce vers le septentrion, séparé par deux mille cinq cents stades de mer du promontoire de Crioumétopon, en Tauride. À partir du fleuve Halys, tout le littoral s'étend en ligne aussi directe que la corde tendue entre les deux extrémités de l'arc. (21) À ses confins l'on trouve les Dahas, le plus belliqueux peuple de la terre, et les Chalybes, qui, les premiers, arrachèrent. le fer de la mine. Les vastes contrées qu'on rencontre ensuite sont occupées par les Byzares, les Sapires, les Tibarènes, les Mossynèques, les Macrons et les Philyres; peuples sans communication avec nous jusqu'à ce jour. (22) Mais à peu de distance sont les tombes de trois héros, Sthénélus, Idmon et Tiphys; le premier, compagnon d'Hercule, et blessé mortellement en combattant avec lui les Amazones; le second, devin des Argonautes; et le troisième, leur habile pilote. (23) Au-delà de cette contrée se trouve l'antre d'Aulion et le fleuve Callichore, ainsi nommé parce que Bacchus, après avoir en trois ans accompli la conquête des Indes, célébra son retour, sur ses bords ombragés et fleuris, par des choeurs de danse et des orgies; mystères que quelques-uns appellent Triétériques. (24) On arrive ensuite aux célèbres demeures des Camarites et au Phase, dont les eaux murmurantes baignent les peuples de Colchide, race issue anciennement de l'Égypte. Au nombre de ces villes il faut citer Phase, qui prend son nom du fleuve, et Dioscure, encore importante de nos jours, dont la fondation est attribuée à Amphitus et Cercius, cochers de Castor et de Pollux. (25) Tout auprès sont les Achéens, qui, suivant quelques auteurs, après une guerre antérieure à celle dont Hélène fut le sujet, rejetés sur les rives du Pont par la tempête, trouvant des ennemis partout et ne pouvant s'établir nulle part, finirent par occuper la cime de montagnes couvertes de neiges éternelles. L'âpreté du climat fit contracter à ces émigrés l'habitude de vivre de rapine, et les rendit bientôt les plus féroces des brigands. Touchant les Cercètes leurs voisins, on ne sait rien qui soit digne de remarque. (26) Derrière ces derniers sont les Cimmériens, habitants du Bosphore. Là se trouvent plusieurs villes milésiennes, et Panticapée leur métropole, qu'arrose l'Hypanis, alors grossi des tributs de nombreux affluents. (27) Au-delà, mais à de grandes distances, des tribus d'Amazones habitent les deux rives du Tanaïs, et s'étendent jusqu'à la mer Caspienne. Ce fleuve prend sa source dans les rochers du Caucase, et vient se perdre dans le Palus- Méotide, formant, par son cours sinueux, la limite réciproque de l'Europe et de l'Asie. (28) Non loin de là coule la rivière de Ra, sur les bords de laquelle croît une racine du même nom, d'un emploi fréquent en médecine. (29) Au-delà du Tanaïs s'étend indéfiniment la contrée des Sarmates, arrosée de fleuves sans nombre, tels que le Maracque, le Rhombite, le Théophane, et le Totordane. Quoique séparée de cette région par une énorme distance, une autre nation prend également le nom de Sarmate. Celle-ci habite les bords de la mer, où le Corax décharge ses eaux. (30) Bientôt l'on découvre l'ample contour du Palus-Méotide, qui tire de ses veines abondantes et verse dans l'Euxin, par le détroit de Patare, une masse d'eau considérable. Sur la droite du lac sont les îles Phanagore et Hermonasse, civilisées par les soins des Grecs. (31) Plus loin, et sur ses rives les plus reculées, habitent une foule de tribus, différentes de moeurs et de langage; les Ixomates, les Méotes, les Iazyges, les Roxolans, les Gélons et les Agathyrses, chez lesquels abonde le diamant. On rencontre encore des peuplades au-delà, mais en s'enfonçant tout à fait dans les terres. (32) La Chersonèse est sur la gauche du Palus-Méotide. Elle est remplie de colonies grecques. Aussi les habitants en sont-ils doux et pacifiques; ils s'adonnent à l'agriculture, et vivent de ses produits. (33) Une faible distance les sépare de la Tauride, partagée entre les diverses tribus des Ariques, des Sinques et des Napéens, toutes également redoutables par la barbarie invétérée de leurs moeurs. C'est au point que la mer qui les baigne en a reçu l'épithète d'inhospitalière. Mais les Grecs, par antiphrase, l'ont nommée le Pont-Euxin; de même qu'ils appellent G-euêthês un fou, G-euphronê la nuit, et G-eumenides les Furies. (34) Ces peuples immolent des victimes humaines. Ils sacrifient les étrangers à Diane, qu'ils appellent Orsilochè, et suspendent les crânes de leurs victimes aux parois des temples, comme le plus glorieux des trophées. (35) Leucé, île inhabitée et consacrée à Achille, est une dépendance de la Tauride. Les voyageurs que le hasard y jette visitent ses temples, et contemplent les offrandes faites en l'honneur du héros, mais regagnent vers le soir leurs navires; car c'est risquer sa vie, dit-on, que d'y passer la nuit. Il y a dans l'intérieur des lacs peuplés d'oiseaux blancs, du genre des alcyons. Nous parlerons plus tard de leur origine, et des combats qu'ils se livrent sur l'Hellespont. (36) La Tauride possède aussi des cités, parmi lesquelles on distingue Eupatorie, Dandace, Théodosie, et autres de moindre importance, qui ne furent jamais souillées de sacrifices humains. (37) Là se termine le sommet de l'arc. Parcourons dans l'ordre des lieux le reste de sa courbure légère de ce côté, et opposée au signe de l'Ourse, jusqu'à la rive gauche du Bosphore de Thrace. Nous ferons remarquer qu'à la différence de l'arc en usage chez les autres nations, et qui a la forme d'une gaule, les deux côtés de celui des Scythes et des Parthes, réunis au milieu par une poignée droite et arrondie, décrivent chacun, à partir de ce point, une courbe aussi prononcée que la convexité du croissant de la lune, lorsqu'elle est sur son déclin. (38) À partir de la jointure, au point où finissent les monts Riphées, habitent les Arimphes, peuple connu par sa justice et par son aménité. Les fleuves Chronius et Bisule arrosent cette contrée. Près de là sont les Massagètes, les Alains, les Sergètes, et d'autres peuples obscurs, dont les noms ni les moeurs ne nous sont bien connus. (39) À quelque distance on trouve le golfe Carcinite, une rivière du même nom, puis un bois consacré à Hécate. (40) On voit se dessiner ensuite le cours du Borysthène, qui, né dans les montagnes des Nerviens, puissant dès sa source, et grossi encore du concours de plusieurs rivières, se précipite dans le réservoir de l'Euxin. Sur ses rives boisées s'élèvent les villes de Borysthène et de Céphalonèse, et des autels consacrés a Alexandre le Grand et à César-Auguste. (41) Plus loin est la péninsule habitée par la race infâme des Sindes, ces serviteurs infidèles qui, pendant que leurs maîtres portaient la guerre en Asie, s'emparèrent de leurs femmes et de leurs biens. La plage étroite qu'on rencontre ensuite a reçu des indigènes le nom de course d'Achille, le héros de Thessalie en ayant fait un stade pour se livrer à ce genre d'exercice. Dans le voisinage est Tyros, colonie de Phéniciens, baignée par le fleuve Tyros. (42) Le centre de la convexité de l'arc, qu'un marcheur alerte peut franchir en quinze jours, est habité par les Alains d'Europe et les Costoboques, et, derrière ceux-ci, par d'innombrables tribus scythiques, répandues dans des espaces sans limites. Un petit nombre de ces peuples se nourrit de blé; tout le reste erre indéfiniment dans de vastes et arides solitudes, que jamais n'ouvrit le soc et ne féconda la semence. Ils y vivent au milieu des frimas, à la façon des bêtes sauvages. Des chariots couverts d'écorce leur servent à transporter partout, au gré de leur fantaisie, habitation, mobilier et famille. (43) La plage, quand on arrive à la dernière partie de la courbure, se couvre d'une multitude de ports. Là s'élève l'île de Peucé, demeure des Troglodytes et des Peuques, et de quelques autres petites peuplades. On y voit aussi Histros, ville jadis des plus puissantes, et Apollonie et Anchialos et Odissos; sans parler d'une foule d'autres parsemées sur la côte de Thrace. (44) Là le Danube, sorti des monts Rauraques, aux confins de la Rhétie, et grossi, dans son immense parcours, des eaux de plus de soixante rivières navigables, vient par sept bouches s'absorber dans la mer de Scythie. (45) Voici les noms grecs donnés à ces embouchures: la première emprunte celui de Peucé, de l'île même ainsi appelée; la seconde a nom Naracustoma; la troisième, Calonstoma; la quatrième, Pseudostoma; viennent ensuite Borionstoma et Sthenostoma, bien moins considérables que les quatre autres; la septième occupe une vaste superficie, mais n'est, à vrai dire, qu'un marais. (46) Sur toute la surface du Pont-Euxin règne une atmosphère nébuleuse; ses eaux sont plus douces que celles des autres mers, et recèlent une multitude de bas-fonds. Le premier de ces effets tient à la vaporisation d'une nappe d'eau si étendue; le second, à la quantité relativement considérable d'eau fluviale qui s'y déverse, et en tempère la salure; le troisième, à la quantité de limon continuellement charriée par cette multitude d'affluents. (47) Il est constant que, des extrémités de nos mers, les poissons s'y rendent en foule pour y déposer leur frai, qui se développe mieux, et court moins de dangers dans cette eau plus douce et dans ces cavités profondes, où la voracité des monstres marins n'est pas à craindre pour leur progéniture. Ces espèces, en effet, ne se montrent jamais dans ces parages, si l'on n'excepte quelques dauphins de petite taille, et qui ne font aucun mal. (48) La partie de cette mer la plus exposée au froid gèle à une telle profondeur, que les fleuves, à ce que l'on croit, n'y peuvent plus trouver issue; et alors sa superficie glissante et suspecte empêche qu'homme ou bête de charge ose y mettre le pied. Ce phénomène se rencontre dans toute mer intérieure, où l'eau douce entre dans une aussi forte proportion. Mais coupons court à cette digression, qui nous a entraîné beaucoup trop loin. (49) Une nouvelle impatiemment attendue, et qui longtemps avait trompé notre espoir, vint mettre enfin le comble aux joies du moment. Des lettres d'Agilon et de Jove, qui ne tarda pas à être nommé questeur, annoncèrent que la garnison d'Aquilée, fatiguée d'un long siège, avait, sur la certitude de la mort de Constance, ouvert enfin ses portes, livré les auteurs de la révolte, et qu'après le supplice de ceux-ci par le feu, amnistie avait été accordée au reste. [22,8] VIII.
1. Adpositum est, ut existimo, tempus ad has partes nos occasione magni principis deuolutos super Thraciarum extimis situque Pontici sinus uisa uel lecta quaedam perspicua fide monstrare.
2. Athos in Macedonia mons ille praecelsus nauibus quondam Medicis peruius, et Caphareus Euboicus scopulus, ubi Nauplius Palamedis pater classem conlisit Argiuam, licet longo spatio controuersi a Thessalo mari distinguunt Aegaeum, quod paulatim fusius adulescens, dextra, qua late protenditur, per Sporadas est insulosum atque Cycladas, ideo sic appellatas quod omnes ambiunt Delon partu deorum insignem, laeua Imbrum et Tenedum circumluens et Lemnum et Thasum, quando perflatur, Lesbo inliditur uiolentius.
3. unde gurgitibus refluis Apollinis Sminthii templum et Troada perstringit et Ilium heroicis casibus claram, efficitque Melana sinum oppositum Zephyro, cuius apud principium Abdera uisitur Protagorae domicilium et Democriti, cruentaeque Diomedis Thracii sedes et conualles, per quas Hebrus sibi miscetur, et Maronea et Aenus, qua diris auspiciis coepta moxque relicta ad Ausoniam ueterem ductu numinum properauit Aeneas.
4. Hinc gracilescens paulatim et uelut naturali quodam commercio ruens in Pontum eiusque partem ad se iungens, in speciem Þ litterae formatur, exin Hellespontum a Rhodopa scindens, Cynossema, ubi sepulta creditur Hecuba, et Coelan praeterlabitur et Seston et Callipolin contra per Achillis Aiacisque sepulchra Dardanum contingit et Abydon, unde iunctis pontibus Xerxes maria pedibus peragrauit, dein Lampsacum Themistocli dono datam a rege Persarum et Parion, quam condidit Iasionis filius Paris.
5. unde semiorbe curuescens altrinsecus, lataque aperiens terrarum diuortia, circumfluis spatiis Propontidos respergit ex eoo latere Cyzicum et Dindyma, religiosa Matris Magnae delubra, et Apamiam Ciumque, ubi Hylam insecuta rapuit Nympha et Astacum secuto tempore Nicomediam a rege cognominatam, qua in occasum procedit Cherronesum pulsat et Aegospotamus, in quo loco lapides casuros ex caelo praedixit Anaxagoras, et Lysimachiam et ciuitatem, quam Hercules conditam Perinthi comitis sui memoriae dedicauit.
6. et ut effectae plenaeque Þ litterae figura seruetur, in meditullio ipso rotunditatis Proconesus insula est oblonga et Besbicus.
7. Post cuius summitatem in angustias rursus extenuatum Europam et Bithyniam intercurrens, per Chalcedona et Chrysopolim et stationes transit obscuras.
8. nam supercilia eius sinistra Athyras portus despectat et Selymbria et Constantinopolis, uetus Byzantium, Atticorum colonia, et promuntorium Ceras praelucentem nauibus uehens constructam celsius turrim, quapropter Ceratas adpellatur uentus inde suetus oriri praegelidus.
9. Hoc modo fractum et participatione maris utriusque finitum iamque mitescens in aequoream panditur faciem. quantum potest cadere sub aspectum late diffusum et longe.
10. omnis autem eius uelut insularis circuitus litorea nauigatio uiginti tribus dimensa milibus stadiorum, ut Eratosthenes adfirmat et Hecataeus et Ptolomaeus aliique huius modi cognitionum minutissimi scitatores, in speciem Scythici arcus neruo coagmentati geographiae totius adsensione formatur.
11. et qua sol oceano exsurgit eoo, paludibus clauditur Maeotidos: qua declinat in uesperum, Romanis prouinciis terminatur: unde suspicit sidus arctoum, homines alit linguis et moribus dispares: latus eius austrinum molli deuexitate subductum.
12. per haec amplissima spatia oppida sunt dispersa Graecorum, quae cuncta aetatibus uariis praeter pauca Atheniensium coloni condidere Milesii, inter Ionas alios in Asia per Nileum multo ante locati, Codri illius filium, qui se pro patria bello fertur Dorico deuouisse.
13. extremitates autem arcus utrimque tenues duo exprimunt Bospori e regione sibi oppositi Thracius et Cimmericus: hac causa Bospori uocitati, quod per eos quondam Inachi filia mutata, ut poetae locuntur, in bouem ad mare Ionium permeauit.
14. Dextram igitur inflexionem Bospori Thracii excipit Bithyniae litus, quam ueteres dixere Mygdoniam, in qua Thynia et Mariandena sunt regiones et Amyci saeuitia Bebryces exempti uirtute Pollucis, remotaque statio, in qua uolitantes minaciter harpyias Phineus uates horrebat; per quae litora in sinus oblongos curuatus Sangarius et Phyllis et Lycus et Rhebas fluuii funduntur in maria, quibus controuersae cyaneae sunt Synplegades, gemini scopuli in uertices undique porrecti diruptos, adsueti priscis saeculis obuiam sibi cum horrendo fragore conlisis molibus ferri, cedentesque retrorsus acri adsultu ad ea reuerti, quae pulsarant. per has saxorum dehiscentium concursantiumque crebritates si etiam ales interuolasset, nulla celeritate pinnarum eripi poterat quin interiret oppressa.
15. hi scopuli cum eos Argo prima omnium nauis Colchos ad direptionem aurei properans uelleris praeterisset innoxia, inmobiles turbine circumfracto stetere concorporati, ut eos aliquando Iuisse diremptos nulli nunc conspicantium credant, nisi super hoc congruerent omnes priscorum carminum cantus.
16. Post Bithyniae partem prouinciae Pontus et Paphlagonia protenduntur, in quibus Heraclea et Sinope et Polemonion, et Amisos amplae sunt ciuitates et Tios et Amastris, omnes ab auspicio diligentia fundatae Graecorum, et Cerasus, unde aduexit huius modi poma Lucullus, insulaeque arduae, et Trapezunta et Pityunta continentis oppida non obscura.
17. ultra haec loca Acherusium specus est, quod accolae ponton adpellant, et portus Acone, fluuii diuersi, Acheron, idemque Arcadius, et Iris et Tibris et iuxta Parthenius, omnes in mare ictu rapido decurrentes. Thermodon his est proximus ab Armonio defluens monte et Themiscyraeos interlabens lucos, ad quos Amazonas quondam migrare necessitas subegerat talis.
18. Adtritis damnorum assiduitate finitimis, Amazones ueteres, quae eos cruentis populabantur incursibus, altiora spirabant, uiresque suas circumspectantes his, quae propinqua saepius adpetebant, ualidiores, raptae praecipiti cupiditatis ardore, perruptis nationibus plurimis manus Atheniensibus intulerunt, acrique concertatione effuse disiectae omnes nudatis equitatus sui lateribus conruere.
19. harum interitu cognito residuae ut imbelles domi relictae, extrema perpessae, uicinitatis eis repensantis similia funestos impetus declinantes, ad pacatiorem sedem transiere Thermodontis, quarum progenies longe deinde propagata per numerosam subolem manu firmissima ad loca reuerterat genitalia, secuto tempore populis diuersarum originum formidabilis.
20. Haut procul inde attollitur Carambis placide collis contra {septentrionem} Helicen exsurgens, cuius e regione est Criumetopon, Tauricae promuntorium, duobus milibus et quingentis stadiis disparatum. hocque ex loco omnis ora maritima, cuius initium Halys est amnis, uelut longitudine lineali directa nerui efficit speciem, duabus arcus summitatibus conligati.
21. his regionibus Dahae confines sunt, acerrimi omnium bellatores, et Chalybes, per quos erutum et domitum est primitus ferrum. post quos terras patentes Byzares obtinent et Sapires et Tibareni et Mossynoeci et Macrones et Philyres, populi nulla nobis adsuetudine cogniti.
22. a quibus breui spatio distant uirorum monumenta nobilium, in quibus Sthenelus est humatus et Idmon et Tiphys, primus Herculis socius Amazonico bello letaliter uulneratus, alter augur Argonautarum, tertius eiusdem nauis cautissimus rector.
23. praetercursis partibus memoratis Aulion antron est, et fluenta Callichori ex facto cognominati, quod superatis post triennium Indicis nationibus, ad eos tractus Liber reuersus, circa huius ripas uirides et opacas orgia pristina reparauit et choros: trieterica huius modi sacra quidam existimant appellari ---.
24. post haec confinia Camaritarum pagi sunt celebres, et Phasis fremebundis cursibus Colchos attingit, Aegyptiorum antiquam subolem, ubi inter ciuitates alias Phasis est nomine fluuii dictitata, et Dioscurias nunc usque nota, cuius auctores Amphitus et Cercius Spartani traduntur, aurigae Castoris et Pollucis, quibus Heniochorum natio est instituta.
25. paulum ab his secernuntur Achaei, qui bello anteriore quodam apud Troiam consummato, non cum super Helena certaretur, ut auctores prodidere non nulli, in Pontum reflantibus uentis errore delati cunctisque hostilibus, stabilem domiciliis sedem nusquam reperientes, uerticibus montium insedere semper niualium, et horrore caeli districti, uictum etiam sibi cum periculis rapto parare adsuefacti sunt, atque eo ultra omnem deinde ferociam saeuierunt. super Cercetis, qui isdem adnexi sunt, nihil memoratu traditur dignum.
26. Quorum post terga Cimmerici agitant incolae Bospori, ubi Milesiae sunt ciuitates, harumque uelut mater omnium Panticapaeum, quam perstringit Hypanis fluuius genuinis intumescens aquis et externis.
27. itineribus hinc extensis Amazones ad usque Caspium mare porrectae circumcolunt Tanain, qui inter Caucasias oriens rupes per sinuosos labitur circumflexus, Asiamque disterminans ab Europa, in stagnis Maeoticis delitescit.
28. huic Ra uicinus est amnis, in cuius superciliis quaedam uegetabilis eiusdem nominis gignitur radix, proficiens ad usus multiplices medelarum.
29. Vltra Tanain panduntur in latitudinem Sauromatae, per quos amnes fluunt perpetui Marabius et Rombitus et Theophanius et Totordanes. licet alia quoque distans inmanibus interuallis Sauromatarum praetenditur natio litori iuncta, quod Coracen suscipiens fluuium in aequor eiectat extremum.
30. Prope palus est Maeotis amplissimi circumgressus, ex cuius uberrimis uenis per Panticapes angustias undarum magnitudo prorumpit in Pontum, cuius in dextro latere insulae sunt Phanagorus et Hermonassa studio constructae Graecorum.
31. circa haec stagna ultima extimaque plures habitant gentes, sermonum institutorumque uarietate dispariles, Iaxamatae et Maeotae et Iazyges, Roxolanique et Halani et Melanchlaenae et cum Gelonis Agathyrsi, apud quos adamantis est copia lapidis: aliique ultra latentes, quod sunt omnium penitissimi.
32. sed Maeotidos lateri laeuo Cherronesus est propinqua, coloniarum plena Graecarum. unde quieti sunt homines et sedati, adhibentes uomeri curam et prouentibus fructuariis uictitantes.
33. A quibus per uaria regna diducti itineribus modicis Tauri dissociantur, inter quos inmani diritate terribiles Arichi et Sinchi et Napaei, intendente saeuitiam licentia diuturna, indidere mari nomen inhospitali, et a contrario per cauillationem Pontus Euxinus appellatur, ut euethe Graeci dicimus stultum et noctem euphronen, et furias eumenidas.
34. dis enim hostiis litantes humanis et immolantes aduenas Dianae, quae apud eos dicitur Orsiloche, caesorum capita fani parietibus praefigebant, uelut fortium perpetua monumenta facinorum.
35. In hac Taurica insula Leuce sine habitatoribus ullis Achilli est dedicata. in quam si fuerint quidam forte delati, uisis antiquitatis uestigiis temploque et donariis eidem heroi consecratis, uesperi repetunt naues: aiunt enim non sine discrimine uitae illic quemquam pernoctare. ibi et aquae sunt et candidae aues nascuntur halcyonibus similes, super quarum origine et Hellespontiaci proelii tempore disserebamus.
36. sunt autem quaedam per Tauricam ciuitates, inter quas eminet Eupatoria et Dandace, et Theodosia et minores aliae nullis humanis hostiis inpiatae.
37. Hactenus arcus apex protendi existimatur. eius nunc residua leniter sinuata, subiectaque ursae caelesti ad usque laeuum Bospori Thracii latus, ut ordo postulat, exsequemur id admonentes, quod, cum arcus omnium gentium flexis curuentur hastilibus, Scythici soli uel Parthici circumductis utrimque introrsus pandis et patulis cornibus effigiem lunae decrescentis ostendunt, medietatem recta et rotunda regula diuidente.
38. Ergo in ipso huius conpagis exordio, ubi Riphaei deficiunt montes, habitant Arimphaei iusti homines, placiditateque cogniti, quos amnes Chronius et Visula praeterfluunt; iuxtaque Massagetae Halani et Sargetae, aliique plures obscuri, quorum nec uocabula nobis sunt nota nec mores.
39. interiectu deinde non mediocri Carcinites panditur sinus eiusdemque nominis fluuius, et religiosus per eas terras Triuiae lucus.
40. dein Borysthenes a montibus oriens Neruiorum, primigeniis fontibus copiosus concursuque multorum amnium adulescens, mari praeruptis undarum uerticibus intimatur, cuius in marginibus nemorosis Borysthenes est ciuitas et Cephalonesus, et arae Alexandro Magno Caesarique Augusto sacratae.
41. longo exinde interuallo paene est insula, quam incolunt Sindi ignobiles, post heriles in Asia casus coniugiis potiti dominorum et rebus, quibus subiectum gracile litus Achilleos uocant indigenae dromon, exercitiis ducis quondam Thessali memorabilem. eique proxima est ciuitas. Tyros colonia Phoenicum, quam praestringit fluuius Tyras.
42. In medio autem spatio arcus, quod prolixae rotunditatis esse praediximus, quodque expedito uiatori diebus conficitur quindecim, Europaei sunt Halani et Costobocae gentesque Scytharum innumerae, quae porriguntur ad usque terras sine cognito fine distentas, quarum pars exigua frugibus alitur, residuae omnes palantes per solitudines uastas nec stiuam aliquando nec sementem expertas, sed squalentes et pruinosas ferarum taetro ritu uescuntur, eisque caritates et habitacula, uilesque suppellectiles plaustris inpositae sunt corticibus tectis, et cum placuerit, sine obstaculo migrant, eodem carpenta quo libuerit conuoluentes.
43. Cum autem ad alium portuosum ambitum fuerit uentum, qui arcus figuram determinat ultimam, Peuce prominet insula, quam circumcolunt Trogodytae et Peucini minoresque aliae gentes, et Histros quondam potentissima ciuitas, et Tomi et Apollonia et Anchialos et Odissos, aliae praeterea multae, quas litora continent Thraciarum.
44. amnis uero Danubius oriens prope Rauracos monte confine limitibus Raeticis per latiorem orbem praetentus ac sexaginta nauigabilis paene omnes recipiens fluuios, septem ostiis per hoc Scythicum litus erumpit in mare.
45. quorum primum est Peuce insula supra dicta, ut interpretata sunt uocabula Graeco sermone, secundam Naracustoma, tertium Calonstoma, quartum Pseudostoma; nam Borionstoma ac deinde Stenostoma languidiora sunt ceteris; septimum segnius et palustri specie nigrum.
46. Omnis autem circumfluo ambitu Pontus et nebulosus est, et dulcior aequorum ceteris et uadosus, quod et concrescit aer ex umorum spiramine saepe densatus, et inruentium undarum magnitudine temperatur, et consurgit in breuia dorsuosa, limum globosque adgerente multitudine circumuenientium fluentorum.
47. et constat ab ultimis nostri finibus maris agminatim ad hunc secessum pariendi gratia petere pisces, ut aquarum suauitate salubrius fetus educant in receptaculis cauis - quae sunt ibi densissima- securi uoracium beluarum: nihil enim in Ponto huius modi aliquando est uisum, praeter innoxios delphinas et paucos.
48. quicquid autem eiusdem pontici sinus aquilone caeditur et pruinis, ita perstringitur gelu, ut nec amnium cursus subteruolui credantur nee per infidum et labile solum gressus hominis possit uel iumenti firmari, quod uitium numquam mare sincerum sed permixtum aquis amnicis temptat. - prolati aliquantorsum longius quam sperabamus pergamus ad reliqua.
49. Accesserat aliud ad gaudiorum praesentium cumulum diu quidem speratum, sed dilationum ambage multiplici tractum. nuntiatum est enim per Agilonem et Iouium postea quaestorem Aquileiae defensores longioris obsidii taedio, cognitoque Constanti excessu, patefactis portis egressos auctores prodidisse turbarum, isdemque uiuis exustis, ut supra relatum est, omnes concessionem inpetrasse delictorum et ueniam.


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Dernière mise à jour : 10/12/2003