[23,6] (1) Ici l'intelligence du récit exige encore une
digression. Je vais donner une notice abrégée de la Perse,
sujet qui a particulièrement occupé les géographes, mais où
très peu d'entre eux ont rencontré la vérité. Si je lui donne
quelque étendue, c'est afin de la rendre plus instructive. La
recherche de la précision fait souvent qu'on se préoccupe
moins de la clarté que de la brièveté; grave inconvénient
dans les matières peu connues. (2) Le royaume de Perse n'eut
d'abord qu'un territoire très circonscrit. Il a souvent
changé de noms, pour des causes précédemment rapportées.
Lorsque Alexandre le Grand eut fermé les yeux à Babylone, les
Perses reçurent le nom de Parthes d'Arsace, homme obscur, qui
de chef de brigands devint, par une suite d'exploits, le
glorieux fondateur d'une dynastie. (3) Sa valeur triompha du
successeur d'Alexandre, Séleucus Nicator, ainsi nommé de la
multitude de ses victoires. Arsace expulsa les forces
macédoniennes, et sut ensuite, dans une possession paisible,
gouverner avec douceur des sujets obéissants. (4) Enfin,
après avoir subjugué les peuples voisins, ceux-ci par la
force, ceux-là par la crainte même de ses armes, d'autres par
la seule influence de son équité, il s'éteignit dans la
maturité de l'âge, laissant la Perse remplie de cités, de
forteresses et de châteaux, et redoutée de tous ceux qui la
faisaient trembler naguère. Le premier de tous les monarques,
Arsace obtint les honneurs de l'apothéose; et elle lui fut
décernée par le voeu unanime des grands et du peuple. Une
consécration conforme aux rites du pays le plaça, suivant la
croyance nationale, dans le ciel, au rang des astres. (5) De
là le titre de frère du Soleil et de la Lune, que se laissent
donner les superbes souverains de cette contrée. Par un
prestige semblable à celui dont le surnom chéri et désiré
d'Auguste environne nos empereurs, le nom d'Arsace est devenu
pour les rois parthes, si obscurs et si méprisés jusque-là,
une auréole de prospérité comme de gloire. (6) Non seulement
les contemporains l'ont divinisé, mais ce culte d'un nom
s'est transmis aux âges suivants. Si bien que, de nos jours
encore, s'il s'agit de choisir un roi, un Arsacide obtient de
droit la préférence, et que même dans les discordes civiles,
qui sont très fréquentes chez ce peuple, on se ferait un
scrupule, on regarderait comme un sacrilège de porter la main
sur un homme de cette race, fût-il simple particulier. (7) Il
est assez connu que les vastes conquêtes de ce peuple ont
étendu sa domination jusqu'à la Propontide et la Thrace; et
l'on sait aussi quels échecs éprouvèrent parfois ses
monarques dans leurs orgueilleux projets d'envahissement.
Cyrus, passant le Bosphore avec une armée dont le
dénombrement paraît fabuleux, fut exterminé par Thomyris,
reine des Scythes, qui vengea cruellement sur lui la mort de
ses enfants. (8) Darius et après lui Xerxès, qui asservirent
jusqu'aux éléments pour se jeter sur la Grèce, y perdirent
flottes et armées, et purent à peine sauver leur propre vie.
Je passe sur les conquêtes d'Alexandre, et sur ce testament
qui disposait de la Perse entière en faveur d'un seul
héritier. (9) Plusieurs siècles après, Rome, sous le
gouvernement des consuls, et quand elle obéit aux Césars, eut
avec ce peuple des luttes ardentes à soutenir. La fortune
resta quelquefois indécise; puis elle se prononça tantôt pour
nos armes, tantôt pour les leurs. (10) Un mot maintenant sur
la géographie du pays. Je serai bref, autant que le comporte
le sujet. Cette contrée, si vaste dans toutes les dimensions,
embrasse en entier la mer Persique, sillonnée par mille
vaisseaux, et peuplée d'iles nombreuses. On dit cette mer
assez étroite à son entrée pour que du promontoire
d'Harmozonte, en Carmanie, on aperçoive facilement celui de
Macès à l'opposite. (11) En deçà du détroit elle s'élargit
considérablement, et s'ouvre à la navigation jusqu'à la ville
de Térédon, où vient se perdre l'Euphrate, successivement
amoindri par la division de ses eaux. Le circuit du golfe
présente un développement de vingt mille stades; et sur les
divers points de ce littoral, peuplé de villes et de
bourgades sans nombre, s'opère un mouvement continuel de
navires. (12) Au sortir du même détroit, on trouve à l'orient
le golfe d'Arménie, au midi celui de Cantique, et au couchant
un autre peu éloigné, que l'on nomme Chalcitès. Au-delà sont
les eaux de l'océan Indien, qui reçoit les premiers rayons du
soleil, et sur la surface duquel règne uniformément une
chaleur brûlante. (13) Le crayon des géographes a tracé la
division suivante de la Perse: Au nord elle s'étend jusqu'aux
portes Caspiennes, et confine aux régions habitées par les
Cadusiens, par diverses peuplades scythes, et par les
Arimaspes, sauvages à l'oeil louche et aux moeurs cruelles.
Ses frontières au couchant sont l'Arménie, le mont Niphates,
l'Albanie, la mer Rouge, et les Arabes Scénites que l'on a
depuis peu appelés Sarracènes. Elle est bornée au midi par la
Mésopotamie. À l'orient elle s'étend jusqu'au fleuve du
Gange, qui la sépare des Indes et se jette dans l'océan
Austral. (14) Des provinces de ce royaume nous ne citerons
que les principales, celles qui sont placées sous l'autorité
des Vitaxes, c'est-à-dire chefs de la cavalerie, et des
satrapes du roi; car une énumération des districts
secondaires serait aussi fastidieuse qu'inutile. Ce sont
l'Assyrie, la Susiane, la Médie, la Perse propre, la Parthie,
la grande Carmanie, l'Hyrcanie, la Margiane, la Bactriane, la
Sogdiane, le pays des Saces, la Scythie en deçà du mont
Émode, la Sérique, l'Arie, la Paropanisade, la Drangiane,
l'Arachosie et la Gédrosie. (15) L'Assyrie est limitrophe de
l'empire. C'est la plus importante de toutes ces provinces
par son étendue, sa population, la richesse et la variété de
ses produits. Ses différentes fractions, désignées jadis par
des noms distincts, se confondent aujourd'hui sous une
dénomination unique. Le sol de cette contrée, outre qu'elle
produit en abondance tous les fruits et graines des autres
régions, recèle encore du bitume près d'un lac nommé
Sosingitès, dans lequel le Tigre vient s'absorber, pour
reparaître après un cours souterrain d'une grande étendue.
(16) On y trouve encore le naphte, espèce de résine visqueuse
et analogue au bitume. Le plus petit oiseau, s'il se pose sur
cette matière, s'y enfonce et périt, sans pouvoir reprendre
son vol. Vient-elle à s'enflammer, on ne peut l'éteindre
qu'avec de la poussière. (17) Il existe dans cette région un
puits d'où s'échappe un méphitisme mortel à tout ce qui en
approche. L'infection heureusement se concentre dans le rayon
du gouffre qui l'exhale, sans quoi tous les lieux
circonvoisins deviendraient inhabitables. (18) On en voyait,
dit-on, un semblable autrefois près d'Hiérapolis en Phrygie.
Tout ce qui en approchait, les eunuques exceptés, y trouvait
la mort; phénomène dont je laisse aux physiciens
l'explication. (19) Près du temple de Jupiter Asbaméen en
Cappadoce, et non loin de la ville de Tyane, où naquit le
célèbre philosophe Apollonius, on voit une fontaine qui
présente une particularité non moins étrange: elle absorbe
continuellement le trop plein d'un lac, sans que son eau
dépasse jamais le niveau de ses bords. (20) L'Adiabène aussi
était comprise autrefois dans la désignation d'Assyrie. Son
nom actuel, qui déjà date de loin, lui vient de ce qu'enfermé
entre deux fleuves navigables et profonds, l'Aboras et le
Tigre, ce pays n'est pas accessible à gué. "diabainein" en
grec signifie en effet traverser; telle est du moins
l'étymologie donnée par de vieux auteurs. (21) Sur quoi je
ferai remarquer qu'il existe dans cette région deux autres
rivières, le Diabas et l'Adiabas, que nous avons traversés
sur des ponts de bateaux, et qu'il est aussi probable que
l'Adiabène en dérive son nom, comme l'Égypte, d'après Homère,
l'Inde et l'Euphratensis, autrefois Commagène, doivent les
leurs aux grands fleuves qui les arrosent, de même encore que
l'Èbre et le célèbre Bétis ont fait nommer l'Ibérie
aujourd'hui l'Espagne, et la Bétique. (22) L'Adiabène compte
parmi ses villes Ninus, jadis ville souveraine de toute la
Perse, et dont le nom rappelle le monarque puissant époux de
Sémiramis; Ecbatane, Arbèle, et Gaugamèle, où Darius, après
des chances diverses, fut définitivement accablé par
Alexandre. (23) L'Assyrie, prise en général, compte de
nombreuses cités, parmi lesquelles se distinguent Apamée,
surnommée Mésène, Térédon, Apollonie et Vologésie. Mais les
trois plus splendides, et les seules historiquement célèbres,
sont Babylone, dont Sémiramis construisit les murs de bitume
(la citadelle avait été fondée antérieurement par l'antique
Bélus), Ctésiphon, dont Vardanès jeta autrefois les
fondements, que le roi Pacorus rendit plus peuplée, qu'il
environna de hautes murailles, lui donnant un nom grec, et
dont il fit une ville modèle. Vient ensuite Séleucie,
orgueilleuse création de Séleucus Nicator. (24) J'ai dit plus
haut comment, après la prise de cette ville par les
lieutenants du César Vérus, la statue d'Apollon Cômaios,
arrachée de son sanctuaire, fut transportée à Rome, et placée
par les soins des pontifes dans le temple d'Apollon Palatin.
On raconte aussi qu'après cet enlèvement, et au milieu de
l'incendie de la ville, des soldats fouillant un temple
trouvèrent une étroite ouverture qu'ils élargirent, croyant
avoir mis la main sur un trésor, et que de ce réduit, où
l'avait su renfermer la science des anciens Chaldéens, sortit
l'incurable germe de cette horrible peste qui, sous le règne
de Vérus et de Marc Aurèle, porta de la Perse aux rives du
Rhin, et de là dans toute la Gaule, la contagion et la mort.
(25) Non loin de là est la Chaldée, berceau de l'antique
philosophie, et, s'il faut en croire les habitants, foyer
véritable de la science de la divination. Outre les grands
fleuves dont nous avons parlé, ce pays est encore arrosé par
le Maarsarès, le fleuve Royal, et l'Euphrate, le plus
considérable de tous. Ce dernier se divise en trois branches,
toutes trois navigables, et qui forment plusieurs îles que
leurs eaux fertilisent plus puissamment que toute irrigation
artificielle, et rendent éminemment propres à la culture des
céréales et des arbres fruitiers. (26) La Susiane touche à la
Chaldée. Elle compte peu de grandes villes, mais on y
distingue Suse, qui a souvent été résidence royale, Taréiana,
Sélè et Aracha. Le reste a peu d'importance ou de renom. Mais
son sol est traversé par un grand nombre de rivières, dont
les principales, qui sont l'Oroatis, le Charax et le Mosée,
sillonnent le désert de sable qui sépare la mer Rouge de la
mer Caspienne. (27) À la gauche de cette dernière province
s'étend la Médie, voisine de la mer Hyrcanienne, dominatrice
de l'Asie avant le règne de l'ancien Cyrus, avant les
agrandissements de la Perse. Cette nation abattit les
Assyriens; et, s'appropriant par droit de guerre la plus
grande partie de leur territoire, en changea le nom en celui
d'Atropatène. (28) L'esprit guerrier subsiste dans cette
population, la plus redoutable du royaume après celle des
Parthes, à qui seule elle cède le pas. Elle occupe un vaste
territoire de figure quadrangulaire, et coupé de hautes
montagnes désignées par les noms de Zagros, d'Orontès et de
Jasonios. (29) Là s'élève aussi le Coronos, dont le revers
occidental offre un sol arrosé d'une multitude de sources et
de cours d'eau, et d'une fertilité merveilleuse en moissons
et en vins. (30) Les pâturages encore y sont excellents, et
nourrissent une vigoureuse race de coursiers, dite niséenne,
sur lesquels les habitants du pays voltigent dans les combats
avec une dextérité singulière; particularité relevée par tous
les historiens, et que j'ai pu vérifier moi-même. (31)
L'Atropatène égale la Médie par le nombre de ses cités et de
ses bourgades, non moins somptueusement construites que des
villes, et sa population est aussi considérable. En un mot,
c'est par excellence la province destinée à l'habitation
royale. (32) C'est aussi dans cette contrée que sont les
fertiles champs des mages. Puisque ce nom est prononcé,
arrêtons les yeux un moment sur cette corporation, et sur
l'ordre de spéculations auquel elle se livre. Magie, en
langue mystique "machagistie", signifie, d'après l'imposante
autorité de Platon, le culte de la Divinité dans sa forme la
plus épurée. Cette science doit beaucoup à Zorastre de
Bactriane, qui s'était initié profondément aux mystères des
Chaldéens; et elle reçut un nouveau perfectionnement du très
sage roi Hystaspe, père de Darius. (33) Pénétrant les régions
reculées de l'Inde, ce courageux prince parvint jusqu'à de
solitaires forêts, sanctuaire silencieux de la doctrine
transcendante des brahmanes; et quand il eut tiré de ses
communications avec ces sages tout ce qu'il lui fut possible
de recueillir de notions sur les lois primordiales de notre
monde, sur les mouvements célestes et sur la théologie
bramine, la plus pure de toutes, il s'appliqua, de retour en
Perse, à inculquer ces idées aux mages, qui les ont
transmises à leur postérité avec la théorie de prescience qui
leur est propre. (34) Telle est l'origine de cette tradition
héréditaire dans une famille qui, de temps immémorial, se
consacre de père en fils au culte religieux. Les mages, s'il
faut les en croire, conservent, en un foyer qui ne s'éteint
jamais, une émanation du feu céleste; et jadis les rois de
l'Asie ne marchaient jamais que précédés d'une portion de ce
feu sacré, comme garantie de bonheur dans leurs entreprises.
(35) Dès l'origine, cette famille, d'abord peu nombreuse,
exerça par privilège les fonctions du sacerdoce auprès du roi
des Perses. S'approcher des autels, ou toucher une victime,
avant que le mage eût accompli les libations préalables et
offert les prières voulues, eût été réputé sacrilège. Peu à
peu la famille s'est accrue au point d'atteindre les
proportions et de mériter le nom de peuple; elle s'est
groupée, a formé des centres d'habitation sans enceinte de
murailles, et y vit sous le régime de lois qui lui sont
propres, protégée seulement par le respect qui s'attache à
l'idée de religion. (36) L'histoire rapporte qu'une
succession de sept rois mages occupa le trône de Perse après
la mort de Cambyse, et que cette dynastie succomba sous la
faction de Darius, qui dut le trône au hennissement de son
cheval. (37) C'est chez ce peuple que se confectionne l'huile
médique. La flèche qu'on en imprègne brûle tout objet auquel
elle s'attache, pourvu qu'elle soit décochée mollement d'un
arc à la corde lâche; car un jet rapide annule toute la vertu
de la composition. L'eau qu'on emploierait pour éteindre ce
feu ne ferait que le rendre plus intense on n'en triomphe
qu'en l'étouffant sous le sable. (38) Voici la recette de
cette huile: On prend des feuilles d'une certaine herbe qu'on
laisse macérer dans de l'huile commune; et quand la solution
est opérée, on épaissit le résidu avec une substance qui
ressembleà de l'huile dense; production naturelle du sol,
avons-nous dit, et qu'on appelle naphte en langue du pays.
(39) Des villes en assez grand nombre, parmi lesquelles il ne
faut pas oublier Zombis, Patansana, Tigrana et Gazaca, sont
dispersées dans la Médie. Mais les plus opulentes et les plus
fortes sont Héraclée, Arsacie, Europos, Cyropolis et
Ecbatane; toutes situées au pied du mont Jasonios, dans le
district des Syromèdes. (40) La contrée est aussi traversée
par une multitude de cours d'eau, dont les plus considérables
sont le Choaspès, le Gyndès, l'Amardus, le Charinde, le
Cambyse et le Cyrus. Le roi Cyrus, l'amour de ses sujets, au
moment de porter la guerre chez les Scythes, voulut
substituer son propre nom à celui de ce fleuve, comme lui
grand, majestueux, et surmontant avec même fierté les
obstacles qu'il rencontre pour se frayer un cours jusqu'à la
mer Caspienne, où va se déverser le tribut de ses eaux. (41)
Au sud de la Médie, jusqu'au rivage de la mer, s'étend la
Perse proprement dite, terre féconde, couverte de palmiers et
délicieusement arrosée. Le golfe dont nous avons parlé reçoit
un grand nombre de ses rivières, telles que l'Oroatis, le
Rogomanius, le Brisoana et le Bagrada. (42) Ses plus
importantes cités s'enfoncent dans les terres. Aucune ville
de marque ne se trouve sur ses côtes: on ne sait par quel
motif. Parmi les premières se distinguent Persépolis, Ardée,
Orobatis et Tragonicée. Il y a aussi trois îles qui en
dépendent, Tabiana, Sophta et l'île d'Alexandre. (43) Au
nord, les Parthes occupent une contrée habituellement
couverte de neiges et de frimas, traversée par une rivière
importante, le Choatrès. Leurs villes principales sont
Oenumie, Musie, Charax, Apamée, Artacane et Hécatompyle. De
cette dernière aux portes Caspiennes règne un développement
de côtes de mille quarante stades. (44) La population, dans
toute cette contrée, est belliqueuse. À ses yeux le suprême
bonheur est de mourir en combattant; et la mort naturelle est
quelque chose d'ignoble et de lâche. (45) Les Parthes ont, à
l'est, l'Arabie heureuse, ainsi nommée parce qu'elle abonde
en grains et troupeaux, en palmiers et en parfums de toute
espèce. Baignée à droite et dans sa plus grande longueur par
la mer Rouge, à gauche par la mer Persique, elle fait jouir
ses habitants du bienfait d'une double navigation. (46) Elle
possède une multitude de ports et de havres, offrant toute
sécurité aux navires, des marchés multipliés, et plusieurs
résidences royales du caractère le plus imposant et le plus
magnifique. Elle abonde en eaux thermales de vertu renommée,
en fleuves et rivières de marque. Enfin la température y est
si salutaire, qu'il semble ne rien manquer à ce peuple pour
être heureux. (47) Partout des champs fertiles, des vallées
délicieuses, des villes sans nombre, tant maritimes
qu'intérieures, parmi lesquelles cependant se distinguent
encore Géapolis, Nascos, Mariba, Nagara, Maepha, Tarphara et
Dioscuride. Elle possède aussi dans les deux mers quantité
d'îles dont je supprime l'énumération. Mais il faut citer
Organa, où s'élève, dit-on, un magnifique temple de Sérapis.
(48) Plus loin commence la grande Carmanie, dont les plateaux
élevés s'étendent jusqu'à la mer des Indes: terre abondante
en grains, en fruits et en troupeaux, mais moins vaste et
moins célèbre que l'Arabie, quoique également bien arrosée,
et d'une végétation aussi riche. (49) Ses fleuves les plus
renommés sont le Saganus, le Saralus et l'Hydriaque. On y
compte peu de villes, mais elles sont belles et bien
peuplées. On remarque dans le nombre Kirman, capitale du
pays, Portospane, Alexandrie et Hermoupolis. (50) Plus au
nord on rencontre l'Hyrcanie, que baigne la mer de ce nom.
Sol maigre, et qui fait périr la semence qu'on lui confie.
Aussi l'agriculture n'est-elle guère pratiquée dans ces
régions: c'est de gibier qu'on s'y nourrit, et le gibier y
pullule. On y voit des tigres par milliers, ainsi qu'une
variété infinie d'autres bêtes fauves. J'ai dit plus haut
comment on s'y prend pour leur donner la chasse. (51) La
charrue n'est cependant pas absolument ignorée dans ce pays.
Certaines parties moins stériles sont mises en culture. Dans
quelques terrains qui leur sont favorables, se montrent des
arbres à fruit. Mais les habitants tirent principalement leur
subsistance du commerce maritime. (52) Ils ont deux rivières
de nom historique, l'Oxus et la Machéra. Il arrive souvent
que les tigres, poussés par la faim, les passent à la nage,
et désolent à l'improviste la rive ultérieure. L'Hyrcanie
compte cinq villes d'une certaine importance: deux maritimes,
Socande et Saramame; et trois enfoncées dans les terres,
Asmyrne, Salé et Hyrcana, qui est la plus considérable. (53)
Avançant encore vers le septentrion, on trouve, dit-on, les
Abies, nation religieuse qui foule aux pieds les choses de la
vie mortelle, et que Jupiter, suivant la poétique fiction du
chantre de l'Iliade, se plait à contempler du sommet de
l'Ida. (54) Après l'Hyrcanie vient immédiatement la Margiane,
environnée presque entièrement de hautes montagnes, et
conséquemment sans communication avec la mer. La disette
d'eau en fait une espèce de désert. On y voit cependant
quelques villes, dont Jasonion, Antioche et Nisa sont les
plus connues. (55) La terre la plus voisine est la Bactriane,
jadis puissante et belliqueuse, et dont l'hostilité
permanente contre la Perse ne s'est éteinte qu'après que
celle-ci eut conquis tous les peuples ses voisins, et leur
eut imposé son nom. Les rois bactricns, dans les anciens
temps, se sont fait craindre d'Arsace lui-même. (56) Cette
contrée n'est guère plus maritime que la Margiane; mais son
sol est fertile, et le bétail qu'il nourrit dans ses plaines
et sur ses collines est de haute taille et de fortes
proportions; témoin les chameaux que Mithridate en avait
tirés, et dont les yeux des Romains furent frappés pour la
première fois au siège de Cyzique. (57) La Bactriane a des
dépendances nombreuses, dont le district des Tochariens est
la plus importante. Elle est, comme l'Italie, coupée d'une
multitude de rivières, parmi lesquelles on remarque l'Artémis
qui se joint au Zariaspe, l'Ochus qui se confond avec le
Dargamane, et qui tous, de leurs tributs réunis, vont grossir
la masse formidable des eaux de l'Oxus. (58) On y compte
aussi diverses cités, dont chacune est baignée par un fleuve
de moindre importance: telles sont Chatracharta, Alicodra,
Astacana, Ménapia et Bactra, capitale du pays, et qui lui
donne son nom. (59) Au pied des monts Bactricns commence la
contrée du nom de Sogdiane, traversée par l'Iaxarte et le
Dymos, très navigables tous deux. Ces fleuves, au sortir des
régions élevées, d'abord précipitent leur cours au travers
des vallons, puis roulent avec lenteur dans la plaine, et
finissent par former un vaste marais qu'on appelle Oxia. Les
villes les plus considérables du pays sont Alexandrie,
Cyreschate,et la capitale, Drepsa. (60) Les Saces, voisins de
la Sogdiane, sont une peuplade féroce répandue sur un sol
inculte, où les troupeaux seuls trouvent à vivre, et
conséquemment dégarni de villes. Les monts Ascatancas, Imaüs
et Comède en forment les points culminants. Plus loin, et
quand on a dépassé le pied des monts et le bourg appelé
Lithinos pyrgos, commence une longue voie de communication
ouverte pour le commerce avec les Sères. (61) Au point où
finit la chaîne de l'Imaüs et du Tapurius, habitent des
tribus scythes, limitrophes des Sarmates d'Asie et des
Alains. Bien que comprises dans la délimitation du royaume de
Perse, elles se tiennent isolées et comme séquestrées, menant
une vie errante au milieu de vastes solitudes. (62) D'autres
peuplades sont encore dispersées dans ces régions; mais le
temps me manque pour les passer en revue. Il est bon de
savoir toutefois qu'au milieu de ces races si farouches
qu'elles en sont presque intraitables, se trouvent des
peuples doux et pieux, tels que les Iaxartes et les
Galactophages, qu'Homère a rendus célèbres par ce vers: "Les
Galactopliages et les Abiens, les plus justes des mortels."
(63) Parmi les nombreux cours d'eau qui arrosent ces
contrées, soit qu'ils portent leur tribut à des fleuves ou à
la mer, les plus remarquables sont le Rhymmus, l'Iaxarte et
le Daïque. On n'y connaît que trois villes, Aspabota,
Chaurana et Soita. (64) À l'est, et par-delà les deux
Scythies, une enceinte circulaire de hautes murailles enferme
la Sérique, immense contrée d'une fertilité admirable, qui
touche à la Scythie par l'occident, par l'est et le nord à
des déserts glacés, et s'étend au midi jusqu'à l'Inde et
jusqu'au Gange. Les noms de ces montagnes sont Anniba,
Auzacium, Asmirées, Émodon et Ottorocorra. (65) Deux fleuves,
l'Oechardès et le Bautisos, roulent sur la pente rapide de
ces plateaux, et, d'un cours ralenti, traversent ensuite une
vaste étendue de terres. L'aspect du sol y est très varié;
ici de niveau, là soumis à une dépression légère: aussi
grains, fruits, bétail, tout y abonde. Des peuples divers
couvrent cette terre si féconde. (66) Les Androphages, les
Annibes, les Sizyges et les Oechardes font face à l'Aquilon
et aux frimas du nord. Les Rabannes, les Asmiréens et les
Issédons, le plus illustre d'entre ces peuples, regardent le
soleil levant. À l'occident sont les Ithagoures et les
Aspacares; et vers le sud les Bautes habitent de hautes
montagnes. Les villes y sont peu nombreuses, mais grandes,
riches et peuplées. Les plus célèbres et les plus splendides
sont Asmirée, Issédôn, Aspacare et Sère. (67) Les Sères, de
toutes les races d'hommes la plus paisible, sont absolument
étrangers à la guerre et à l'usage des armes. Le repos est ce
qu'ils aiment par-dessus tout: aussi sont-ils voisins très
commodes. Chez eux le ciel est pur, le climat doux et sain,
l'haleine des vents constamment tempérée. Le pays est boisé,
mais sans épaisses forêts. On y recueille sur les arbres, en
humectant leurs feuilles à plusieurs reprises, une espèce de
duvet d'une mollesse et d'une ténuité extrêmes, que l'on file
ensuite, et qui devient la soie, ce tissu réservé jadis aux
classes élevées, et que tout le monde porte aujourd'hui. (68)
Les Sères ont si peu de besoins, la tranquillité leur est si
chère, qu'ils évitent tout contact avec les autres peuples.
Des marchands étrangers passent-ils le fleuve pour demander
du fil de soie, ou quelque autre denrée du sol, pas un mot ne
s'échange; le prix se fait à vue. Et les habitants sont si
simples dans leurs goûts, qu'en livrant leurs produits
indigènes, ils n'appellent en retour aucune espèce
d'importation. (69) Au nord des Sères vivent les Ariens,
peuple exposé immédiatement au souffle de Borée. Leur pays
est traversé par l'Arius, fleuve navigable, qui forme un lac
de même nom. L'Arie compte des villes nombreuses, dont les
plus célèbres sont Vitaxa, Sarmagana, Sotira, Nisibe et
Alexandrie. De cette dernière à la mer Caspienne la distance
est de mille cinq cents stades. (70) L'Arie est voisine de la
Paropanisade, dont le territoire touche à l'Inde par l'est,
et par l'ouest au Caucase. Elle occupe un versant de la
chaîne. Le Dargamane, le plus grand de ses fleuves, prend sa
source en Bactriane. Elle a quelques villes, dont les plus
connues sont Gazaca, Naulibis et Ortospana. De là en longeant
la côte par mer jusqu'au point de la frontière mède le plus
rapproché des portes Caspiennes, on parcourt une distance de
deux mille deux cents stades. (71) À cette dernière contrée
est contiguë la Drangiane, située au pied des monts. Le
fleuve Arabius, ainsi nommé du pays des Arabites, où il prend
sa source, arrose son territoire. Les Drangiens vantent avec
orgueil l'opulence et le renom de leurs villes Prophthasia et
Ariaspé. (72) L'Arachosie se présente à l'opposite. Elle
touche à l'Inde par le levant. Elle est parcourue par un
fleuve qui y prend sa source, et qui, bien qu'inférieur de
beaucoup à l'Indus, dont cette dernière tient son nom, est
assez abondant toutefois pour former le lac Arachotoscrène.
L'Arachosie renferme quelques villes intéressantes, telles
qu'Alexandrie, Arbaca et Choaspa. (73) Enfin à l'extrémité
méridionale de la Perse on trouve la Gédrosie,également
limitrophe de l'Inde, et que le fleuve Arabius, entre autres
moins importants, féconde de ses eaux. Là se terminent les
monts Arbitans, qui donnent naissance à de nombreux affluents
de l'Indus. La Gédrosie a aussi ses cités, sans parler d'îles
qui sont de sa dépendance. Ragirava et Gynécon y tiennent le
premier rang. (74) Pour abréger cette digression, je me borne
à dire, en dernier lieu, que le littoral de la Perse présente
au nord des monts Caspiens, jusqu'aux portes célèbres, un
développement de neuf mille stades, et de quatorze mille au
midi, des bouches du Nil à la frontière de Carmanie. (75)
Cette multitude de nations diverses offre autant de nuances
de moeurs que de divisions de territoire, mais elles ont une
physionomie et des habitudes communes qui se résument en peu
de mots. Les Perses ont uniformément le corps maigre, le
teint basané ou olivâtre, le regard farouche, les sourcils
joints et arqués. Leur longue barbe n'est pas sans grâce,
mais leurs cheveux sont touffus et hérissés. On les voit
toujours l'épée au côté, même à table et aux jours de fête.
C'était l'usage également chez les Grecs d'autrefois; et les
Athéniens ont l'honneur d'y avoir renoncé les premiers,
d'après l'imposante autorité de Thucydide. (76) Les Perses se
livrent sans mesure au plaisir des sens, et n'ont jamais
assez de concubines. Mais leur amour ne s'adresse qu'à
l'autre sexe. Chacun épouse autant de femmes que le permet sa
fortune, mais, par l'effet de cette pluralité, ne leur porte
à toutes qu'une affection médiocre. Les Perses, dans les
repas, évitent comme la peste tout ce qui est luxe et
délicatesse; mais sur toute chose les excès de boisson. (77)
Chez eux point d'heure fixe pour dîner, si ce n'est à la
table des princes. On n'a de régulateur que l'appétit. Ce qui
se trouve sous la main suffit à le satisfaire, et nul ne
mange au-delà du besoin. (78) En pays ennemi, leur réserve
sous ce rapport est vraiment incroyable. Ils traversent les
vergers, les vignobles, sans toucher un fruit et même sans le
convoiter, tant ils redoutent le poison ou les sortilèges.
(79) Rarement un Perse va-t-il faire de l'eau debout, ou même
s'écarter, quand on le voit, pour satisfaire un autre besoin
de nature, si loin sont poussées chez eux les susceptibilités
de la pudeur. (80) À la nonchalance de leur démarche, au
laisser-aller de leurs membres, on les dirait efféminés; eux
guerriers si redoutables. À vrai dire, cependant, ils ont
plus d'astuce encore que de vaillance, et c'est de loin
surtout qu'ils sont à craindre. Ils sont grands faiseurs de
forfanteries et de rodomontades, ont la parole pompeuse,
ampoulée, dure et menaçante, indifféremment dans la bonne ou
la mauvaise fortune. Rusés, fiers, cruels, s'arrogeant le
droit de vie et de mort sur leurs esclaves et sur les
plébéiens obscurs, ils n'hésiteront pas à faire écorcher vif
un homme, ou en partie, ou de la tête aux pieds. Ceux qui les
servent à table n'osent desserrer les dents ni souffler;
toutes les bouches sont bâillonnées. (81) Chez eux la loi
s'environne de terreur. Celle qui punit l'ingratitude et la
désertion est particulièrement atroce. Ils en ont
d'abominables, des lois qui rendent toute une famille
solidaire pour un de ses membres. (82) Mais ils n'élèvent aux
fonctions judiciaires que des hommes intègres et instruits,
qui n'ont pas besoin d'être soufflés, et ils se raillent
impitoyablement de nos tribunaux, où le magistrat ignorant ne
peut se passer d'avoir derrière lui un assesseur disert et
légiste. Quant à couvrir de la peau du juge prévaricateur le
siège que son successeur doit occuper, si le fait n'est
d'invention pure, l'usage a dès longtemps cessé. (83) Tant de
leçons qu'ils ont reçues de nous en fait de discipline et de
tactique, et l'adoption de nos manoeuvres et de nos exercices
militaires, les ont rendus redoutables même en bataille
rangée. lls comptent surtout sur leur cavalerie, où tout ce
qu'ils ont de noble et de distingué vient faire ses preuves.
Quant à leurs fantassins, qu'ils arment à la manière de nos
myrmillons du cirque, ce sont les valets de l'armée. Cette
troupe, vouée pour toujours à l'esclavage, sert sans solde ni
rétribution quelconque. Cette nation, par son courage et les
progrès qu'elle a faits dans l'art de la guerre, aurait porté
plus loin encore ses succès, sans les discordes civiles dont
elle est incessamment travaillée. (84) Les Perses en général
multiplient dans leurs vêtements les couleurs tranchantes.
Leur habit dérobe toute la personne de la tête aux pieds,
bien que laissant passage à l'air sur la poitrine et sur les
flancs. Ils portent des colliers et des bracelets d'or
enrichis de pierreries, et surtout de perles. C'est une mode
qu'ils ont prise depuis la défaite de Crésus et la conquête
de la Lydie. (85) Il me reste un mot à dire de cette
précieuse substance, si commune dans le pays. La perle se
trouve dans l'intérieur d'une espèce d'huître blanche et
forte, sur les côtes de l'Inde et de la Perse; et sa
formation est due à la rosée qui s'introduit dans le
coquillage à certaines époques de l'année. L'huître bâille au
clair de lune comme pour frayer, et reçoit ainsi le serein
qui la féconde. Elle engendre alors tantôt deux, tantôt trois
petites perles. On trouve aussi, mais plus rarement, à
l'ouverture des écailles, une perle solitaire, plus grosse,
et que, par suite, on appelle union. (86) La preuve que les
perles sont de substance éthérée, et non un produit marin,
c'est que de la rosée du matin elles naissent limpides et
parfaitement rondes; et que la rosée du soir n'en produit que
de forme irrégulière, roussâtres ou tachetées. Leur volume
dépend encore de la quantité de rosée absorbée par l'huître.
Un orage trouble cette fécondation, détériore le germe, ou le
fait avorter. (87) La pêche des huîtres à perles est
difficile et périlleuse; et ce qui en élève encore les frais,
c'est l'instinct de ce testacé de fuir les parages où on le
recherche, pour s'établir autour de roches écartées, ou dans
des antres qui ne sont fréquentés que par les chiens de mer.
On sait qu'il se trouve encore des perles, mais d'une moins
belle eau, dans certaines parties reculées de l'océan
Britannique.
| [23,6] VI.
1. Res adegit huc prolapsa, ut in excessu celeri situm monstrare Persidis,
descriptoribus gentium curiose digestum, e quibus aegre uera dixere paucissimi.
quod autem erit paulo prolixior textus, ad scientiam proficiet plenam. quisquis
enim adfectat nimiam breuitatem ubi narrantur incognita non quid signatius
explicet, sed quid debeat praeteriri, scrutatur.
2. Hoc regnum quondam exiguum multisque antea nominibus appellatum ob causas
quas saepe rettulimus, cum apud Babylona Magnum fata rapuissent Alexandrum, in
uocabulum Parthi concessit Arsacis obscure geniti, latronum inter adulescentiae
rudimenta ductoris, uerum paulatim in melius mutato proposito clarorum contextu
factorum aucti sublimius.
3. qui post multa gloriose et fortiter gesta superato Nicatore Seleuco eiusdem
Alexandri successore, cui uictoriarum crebritas hoc indiderat cognomentum,
praesidiisque Macedonum pulsis ipse tranquillius agens temperator oboedientium
fuit et arbiter lenis.
4. denique post finitima cuncta ui uel aequitatis consideratione uel metu
subacta, ciuitatum et castrorum castellorumque munimentis oppleta Perside,
adsuefactaque timori esse accolis omnibus, quos antea formidabat, medium ipse
agens cursum aetatis placida morte decessit. certatimque summatum et uulgi
sententiis concinentibus, astris, ut ipsi existimant, ritus sui consecratione
permixtus est omnium primus.
5. unde ad id tempus reges eiusdem gentis praetumidi appellari se patiuntur
Solis fratres et Lunae, utque imperatoribus nostris Augusta nuncupatio amabilis
est et optata, ita regibus Parthicis abiectis et ignobilibus antea, incrementa
dignitatum felicibus Arsacis auspiciis accessere uel maxima.
6. quam ob rem numinis eum uice uenerantur et colunt ea usque propagatis
honoribus ut ad nostri memoriam non nisi Arsacides is sit, quisquam in
suscipiendo regno cunctis anteponatur, et in qualibet ciuili concertatione, quae
adsidue apud eos eueniunt, uelut sacrilegium quisque caueat ne dextra sua
Arsaciden arma gestantem feriat uel priuatum.
7. Satisque constat hanc gentem regna populis ui superatis conpluribus dilatasse
ad usque Propontidem et Thracias, sed alte spirantium ducum superbia licenter
grassantium per longinqua aerumnis maximis inminutam primo per Cyrum, quem
Bospori fretum cum multitudine fabulosa transgressum ad internecionem deleuit
Tomyris regina Scytharum ultrix acerrima filiorum.
8. deinde cum Dareus posteaque Xerxes Graeciam elementorum usu mutato adgressi
cunctis paene copiis terra marique consumptis uix ipsi tutum inuenere discessum,
ut bella praetereamus Alexandrina et testamento nationem omnem in successoris
unius iura translatam.
9. Quibus peractis transcursisque temporibus longis sub consulibus et deinceps
in potestatem Caesarum redacta re publica, nobiscum hae nationes subinde
dimicarunt paribusque momentis interdum, aliquotiens superatae, non numquam
abiere uictrices.
10. Nunc locorum situm, quantum ratio sinit, carptim breuiterque absoluam. hae
regiones in amplitudines diffusae longas et latas ex omni latere insulosum et
celebre Persicum ambiunt mare, cuius ostia adeo esse perhibentur angusta, ut ex
Harmozonte Carmaniae promuntorio contra oppositum aliud promuntorium, quod
appellant incolae Maces, sine inpedimento cernatur.
11. quibus angustiis permeatis cum latitudo patuerit nimis extensa, nauigatio ad
usque urbem Teredona porrigitur, ubi post iacturas multiplices pelago miscetur
Euphrates, omnisque sinus dimensione litorea in numerum uiginti milium stadiorum
uelut spatio detornato finitur, cuius per oras omnes oppidorum est densitas et
uicorum nauiumque crebri discursus.
12. ergo permeatis angustiis ante dictis uenitur ad Carmaniae sinum orienti
obiectum interuallo. Cantichus nomine panditur sinus australis. haut procul inde
alius, quem uocant Chaliten, occiduo obnoxius sideri. hinc praestrictis pluribus
insulis, e quibus paucae sunt notae, Indorum mari iunguntur oceano, qui
feruentem solis exortum suscipit omnium primus ipse quoque nimium calens.
13. utque geographici stili formarunt, hac specie distinguitur omnis circuitus
ante dictus. ab arctoo cardine usque ad Caspias portas Cadusiis conterminat et
Scytharum gentibus multis et Arimaspis hominibus luscis et feris. ab occidua
plaga contingit Armenios et Niphaten et in Asia sitos Albanos, mare rubrum et
Scenitas Arabas, quos Saracenos posteritas appellauit: Mesopotamiam sub axe
meridiali despectat: orienti a fronte contrarius ad Gangen extenditur flumen,
quod Indorum intersecans terras in pelagus eiectatur australe.
14. Sunt autem in omni Perside hae regiones maximae, quas Vitaxae id est
magistri equitum curant, et reges et satrapae - nam minores plurimas recensere
difficile est et superfluum Assyria, Susiana, Media, Persis, Parthia, Carmania
maior, Hyrcania, Margiana, Bactriani, Sogdiani, Sacae, Scythia infra Imaum et
ultra eundem montem, Serica, Aria, Paropanisadae, Drangiana, Arachosia et
Gedrosia.
15. Citra omnes prouincias est nobilis Assyria celebritate et magnitudine et
multiformi feracitate ditissima. quae per populos pagosque amplos diffusa
quondam et copiosa, ad unum concessit uocabulum et nunc omnis appellatur
Assyria, ubi inter bacarum uulgariumque abundantiam frugum bitumen nascitur
prope lacum nomine Sosingiten, cuius alueo Tigris uoratus fluensque subterraneus
percursis spatiis longis emergit.
16. hic et naphtha gignitur picea specie glutinosa, similis ipsa quoque
bitumini, cui etiam si auicula insederit breuis, praepedito uolatu submersa
penitus euanescit. et cum hoc liquoris ardere coeperit genus, nullum inueniet
humana mens praeter puluerem extinguendi commentum.
17. In his pagis hiatus quoque conspicitur terrae, unde halitus letalis
exsurgens quodcumque animal proxime steterit odore graui consumit. quae lues
oriens a profundo quodam puteo, cum os eius excesserit latum, antequam sublimius
uagaretur, terras circumsitas inhabitabiles acerbitate fecisset.
18. cuius simile foramen apud Hierapolim Phrygiae antehac, ut adserunt aliqui,
uidebatur. unde emergens itidem noxius spiritus perseueranti odore quicquid
prope uenerat conrumpebat absque spadonibus solis, quod qua causa eueniat,
rationibus physicis permittatur.
19. apud Asbamaei quoque Iouis templum in Cappadocia, ubi amplissimus ille
philosophus Apollonius traditur natus prope oppidum Tyana, stagno effluens fons
cernitur, qui magnitudine aquarum inflatus seseque resorbens numquam extra
margines intumescit.
20. Intra hunc circuitum Adiabena est, Assyria priscis temporibus uocitata
longaque adsuetudine ad hoc translata uocabulum ea re quod inter Onam et
Tigridem sita nauigeros fluuios adiri uado numquam potuit: transire enim
diabainein dicimus Graeci.
21. et ueteres quidem hoc arbitrantur. nos autem id dicimus quod in his terris
amnes sunt duo perpetui, quos ipsi transiuimus, Diabas et Adiabas iunctis
naualibus pontibus, ideoque intellegi Adiabenam cognominatam ut a fluminibus
maximis Aegyptos Homero auctore et India et Euphratensis ante hoc Commagena,
itidemque Hiberia ex Hibero, nunc Hispania, et a Baeti amne insigni prouincia
Baetica.
22. In hac Adiabena Ninus est ciuitas, quae olim Persidis regna possederat,
nomen Nini potentissimi quondam regis Samiramidis mariti declarans, et Ecbatana
et Arbela et Gaugamela, ubi Dareum Alexander post discrimina uaria proeliorum
incitato Marte prostrauit.
23. In omni autem Assyria multae sunt urbes. inter quas Apamia eminet Mesene
cognominata et Teredon et Apollonia et Vologessia hisque similes multae.
splendidissimae uero et peruulgatae hae solae sunt tres: Babylon cuius moenia
bitumine Samiramis struxit - arcem enim antiquissimus rex condidit Belus - et
Ctesiphon quam Vardanes temporibus priscis instituit, posteaque rex Pacorus
incolarum uiribus amplificatam et moenibus Graeco indito nomine, Persidis
effecit specimen summum. post hanc Seleucia ambitiosum opus Nicatoris Seleuci.
24. qua per duces Veri Caesaris, ut ante rettulimus, expulsata, auulsum sedibus
simulacrum Comei Apollinis perlatumque Romam in aede Apollinis Palatini deorum
antistites collocarunt. fertur autem quod post direptum hoc idem figmentum
incensa ciuitate milites fanum scrutantes inuenere foramen angustum, quo
reserato, ut pretiosum aliquid inuenirent, ex adyto quodam concluso a
Chaldaeorum arcanis labes primordialis exiluit, quae insanabilium ui concepta
morborum eiusdem Veri Marcique Antonini temporibus ab ipsis Persarum finibus ad
usque Rhenum et Gallias cuncta contagiis polluebat et mortibus.
25. Hic prope Chaldaeorum est regio altrix philosophiae ueteris, ut memorant
ipsi, apud quos ueridica uaticinandi fides eluxit. perfluunt autem has easdem
terras potiores ante alios amnes hi, quos praediximus, et Marses et Flumen
regium et Euphrates cunctis excellens. qui tripertitus nauigabilis per omnes est
riuos, insulasque circumfluens, et arua cultorum industria diligentius rigans
uomeri et gignendis arbustis habilia facit.
26. His tractibus Susiani iunguntur, apud quos non multa sunt oppida. inter alia
tamen eminet Susa saepe domicilium regum, et Arsiana et Sele et Aracha. cetera
breuia sunt et obscura. fluuii uero multi per haec loca discurrunt, quibus
praestant Oroates et Harax et Mosaeus, per harenosas angustias, quae a rubro
prohibent Caspium mare, aequoream multitudinem inundantes.
27. At in laeua Media confinis Hyrcano panditur mari: quam ante regnum Cyri
superioris et incrementa Persidos legimus Asiae reginam totius Assyriis domitis,
quorum plurimos pagos in Atropatenae uocabulum permutatos belli iure possedit.
28. pugnatrix natio et formidanda post Parthos, quibus uincitur solis, regiones
inhabitans ad speciem quadratae figurae formatas. harum terrarum incolae omnes
ad latitudinem nimiam extenduntur, eisque maximae celsitudines imminent montium,
quos Zagrum et Orontem et Iasonium uocant.
29. Coroni quoque montis altissimi partem habitantes occiduam frumentariis agris
adfluunt et uinariis, pingui fecunditate laetissimi et fluminibus fontiumque
uenis liquidis locupletes.
30. edunt apud eos prata uirentia fetus equorum nobilium, quibus, ut scriptores
antiqui docent nosque uidimus, ineuntes proelia uiri summates uehi exultantes
solent, quos Nesaeos appellant.
31. abundat aeque ciuitatibus ditibus Media et uicis in modum oppidorum
exstructis et multitudine incolarum. utque absolute dicatur, uberrimum est
habitaculum regum.
32. In his tractibus Magorum agri sunt fertiles, super quorum secta studiisque,
quoniam huc incidimus, pauca conueniet expediri. magiam opinionum insignium
auctor amplissimus Plato machagistiam esse uerbo mystico docet, diuinorum
incorruptissimum cultum, cuius scientiae saeculis priscis multa ex Chaldaeorum
arcanis Bactrianus addidit Zoroastres, deinde Hystaspes rex prudentissimus Darei
pater.
33. qui cum superioris Indiae secreta fidentius penetraret, ad nemorosam quandam
uenerat solitudinem, cuius tranquillis silentiis praecelsa Brachmanorum ingenia
potiuntur, eorumque monitu rationes mundani motus et siderum purosque sacrorum
ritus quantum colligere potuit eruditus, ex his, quae didicit, aliqua sensibus
magorum infudit, quae illi cum disciplinis praesentiendi futura per suam quisque
progeniem posteris aetatibus tradunt.
34. ex eo per saecula multa ad praesens una eademque prosapia multitudo creata
deorum cultibus dedicatur. feruntque, si iustum est credi, etiam ignem caelitus
lapsum apud se sempiternis foculis custodiri, cuius portionem exiguam ut faustam
praeisse quondam Asiaticis regibus dicunt.
35. huius originis apud ueteres numerus erat exilis eiusque ministeriis Persicae
potestates in faciendis rebus diuinis sollemniter utebantur. eratque piaculum
aras adire uel hostiam contrectare antequam magus conceptis precationibus
libamenta diffunderet praecursoria. uerum aucti paulatim in amplitudinem gentis
solidae concesserunt et nomen uillasque inhabitantes nulla murorum firmitudine
conmunitas et legibus suis uti permissi religionis respectu sunt honorati.
36. ex hoc magorum semine septem post mortem Cambysis regnum inisse Persidos
antiqui memorant libri docentes eos Darei factione oppressos, imperitandi
initium equino hinnitu sortiti.
37. In hac regione oleum conficitur Medicum, quo inlitum telum, si emissum
lentius laxiore arcu - nam ictu extinguitur rapido - haeserit usquam, tenaciter
cremat, et si aqua uoluerit abluere quisquam, aestus excitat acriores
incendiorum, nec remedio ullo quam iactu pulueris consopitur.
38. paratur autem hoc modo. oleum usus communis herba quadam infectum condiunt
harum rerum periti ad diuturnitatem seruantes et coalescens durant ex materia
uenae naturalis similis oleo crassiori: quae species gignitur apud Persas, quam
ut diximus, naphtam uocabulo appellauere gentili.
39. Per haec loca ciuitates dispersae sunt plures, quis omnibus praestant Zombis
et Patigran et Gazaca. inter quas opibus et magnitudine moenium conspicuae sunt
Heraclia et Arsacia et Europos et Cyropolis et Ecbatana sub Iasonio monte in
terris sitae Syromedorum.
40. amnes has regiones praetereunt multi, quorum maximi sunt Choaspes et Gyndes
et Amardus et Charinda et Cambyses et Cyrus, cui magno et specioso Cyrus ille
superior rex amabilis abolito uetere id uocabulum dedit cum ereptum ire regna
Scythica festinaret, quod et fortis est, ut ipse etiam ferebatur, et uias sibi
ut ille impetu ingenti molitus in Caspium delabitur mare.
41. Per tractus meridianos expansa post haec confinia litoribus proxima Persis
habitatur antiqua, minutis frugibus diues et palmite aquarumque copia
iucundissima. amnes quippe multi per eam ante dictum influunt sinum, quorum
maximi sunt Batradites et Rogomanius et Brisoana atque Bagrada.
42. oppida uero mediterranea sunt ampliora - incertum enim, qua ratione per oras
maritimas nihil condiderunt insigne - inter quae Persepolis est clara et Ardea
et Obroatis atque Tragonice. insulae uero uisuntur ibi tres tantum Tabiana et
Fara et Alexandria.
43. His propinquant Parthi siti sub aquilone colentes niuales terras et
pruinosas, quorum regiones Choatres fluuius interscindit ceteris abundantior: et
haec potiora residuis sunt oppida Oenunia, Moesia, Charax, Apamia, Artacana et
Hecatompylos, a cuius finibus per Caspia litora ad usque portarum angustias
stadia quadraginta numerantur et mille.
44. feri sunt illic habitatores pagorum omnium atque pugnaces eosque ita
certamina iuuant et bella, ut iudicetur inter alios omnes beatus, qui in proelio
profuderit animam. excedentes enim e uita morte fortuita conuiciis insectantur
ut degeneres et ignauos.
45. Quibus ab orientali australique plaga Arabes beati conterminant, ideo sic
appellati quod frugibus iuxta et fetibus et palmite odorumque suauitate
multiplici sunt locupletes, magnaeque eorum partes mare rubrum a latere dextro
contingunt, laeua Persico mari conlimitant, elementi utriusque potiri bonis
omnibus adsueti.
46. ubi et stationes et portus tranquilli sunt plures et emporia densa et
diuersoria regum ambitiosa nimium et decora, aquarumque suapte natura calentium
saluberrimi fontes et riuorum fluminumque multitudo perspicua, sospitalisque
temperies caeli, ut recte spectantibus nihil eis uideatur ad felicitatem deesse
supremam.
47. ac licet abundet urbibus mediterraneis atque maritimis, campisque copiosis
et uallibus, has tamen ciuitates habet eximias Geapolim et Nascon et Baraba
itidemque Nagara et Maepham et Tapphara et Dioscurida. insulas autem conplures
habet per utrumque proximas mare, quas dinumerare non refert. insignior tamen
aliis Turgana est, in qua Serapidis maximum esse dicitur templum.
48. Post huius terminos gentis Carmania maior uerticibus celsis erigitur ad
usque Indicum pertinens mare, fructuariis arboreisque fetibus culta sed
obscurior Arabum terris multo et minor. fluminibus tamen ipsa quoque non minus
abundans caespiteque ubere iuxta fecunda.
49. amnes autem sunt hic ceteris notiores Sagareus et Saganis et Hydriacus. sunt
etiam ciuitates licet numero paucae uictu tamen et cultu perquam copiosae, inter
quas nitet Carmana omnium mater et Portospana et Alexandria et Hermupolis.
50. Interius uero pergenti occurrunt Hyrcani, quos eiusdem nominis adluit mare.
apud quos, glebae macie internecante sementes, ruris colendi cura est leuior,
sed uescuntur uenatibus, quorum uarietate inmane quantum exuberant. ubi etiam
tigridum milia multa cernuntur feraeque bestiae plures, quae cuiusmodi solent
capi commentis dudum nos meminimus rettulisse.
51. nec ideo tamen stiuam ignorant, sed seminibus teguntur aliquae partes ubi
solum est pinguius, nec arbusta desunt in locis habilibus ad plantandum et
marinis mercibus plerique sustentantur.
52. hic amnes duo peruulgati sunt nominis Oxus et Maxera, quos urgente inedia
superantes natatu aliquotiens tigris improuisae finitima populantur. habent
etiam ciuitates inter minora municipia ualidas duas quidem maritimas Socanda et
Saramanna, mediterraneas alias Asmurnam et Salen et his nobiliorem Hyrcanam.
53. Contra hanc gentem sub aquilone dicuntur Abii uersari genus piissimum,
calcare cuncta mortalia consuetum, quos, ut Homerus fabulosius canit, Iuppiter
ab Idaeis montibus contuetur.
54. Sedes uicinas post Hyrcanos sortiti sunt Margiani, omnes paene collibus
altis undique circumsaepti, ideo a mari discreti. et quamquam pleraque sunt ibi
deserta soli aquarum penuria, quaedam tamen habent oppida; sed Iasonion et
Antiochia et Nigaea sunt aliis notiora.
55. Proximos his limites possident Bactriani, natio antehac bellatrix et
potentissima Persisque semper infesta antequam circumsitos populos omnes ad
dicionem gentilitatemque traheret nominis sui, quam rexere ueteribus saeculis
etiam Arsaci formidabiles reges.
56. eius pleraeque partes ita ut Margiana procul a litoribus sunt disparatae,
sed humi gignentium fertiles, et pecus, quod illic per campestria loca uescitur
et montana, membris est magis conpactis et ualidis, ut indicio sunt cameli a
Mithridate exinde perducti et primitus in obsidione Cyzicena uisi Romanis.
57. gentes isdem Bactrianis oboediunt plures, quas exsuperant Tochari, et ad
Italiae speciem crebris fluminibus inundantur. e quibus Artamis et Zariaspes
ante sibi consociati itidemque Ochus et Dargomanes iuncti conuenis aquis augent
inmania Oxi fluenta.
58. sunt et hic ciuitates, quas amnes diuersi perstringunt, his cedentes ut
melioribus, Chatracharta et Alicodra et Astacana et Menapia et Bactra ipsa, unde
regnum et uocabulum nationis est institutum.
59 --- sub imis montium pedibus, quos appellant Sogdios, inter quos amnes duo
fluunt nauium capacissimi Araxates et Dymas, qui per iuga uallesque praecipites
in campestrem planitiem fluuii decurrentes Oxiam nomine paludem efficiunt late
longeque diffusam. hic inter alia oppida celebrantur Alexandria et Cyreschata et
Drepsa metropolis.
60. His contigui sunt Sacae natio fera, squalentia incolens loca soli pecori
fructuosa, ideo nec ciuitatibus culta. cui Ascanimia mons inminet et Comedus.
praeter quorum radices et uicum, quem Lithinon pyrgon appellant, iter
longissimum patet mercatoribus peruium ad Seras subinde commeantibus.
61. Circa defectus et crepidines montium, quos Imauos et Apurios uocant, Scythae
sunt intra Persicos fines Asianis contermini Sarmatis Halanorumque latus
tangentes extremum. qui uelut agentes quodam secessu coalitique solitudine per
interualla dispersi sunt longa adsueti uictu uili et paupertino.
62. et gentes quidem uariae hos incolunt tractus, quas nunc recensere alio
properans superfluum puto. illud tamen sciendum est inter has nationes paene ob
asperitatem nimiam inaccessas homines esse quosdam mites et pios ut Iaxartae
sunt et Galactophagi, quorum meminit uates Homerus in hoc uersu glaktophagon
Abion te dikaiotaton anthropon.
63. inter flumina uero multa, quae per has terras uel potioribus iungit natura
uel lapsu post trahit in mare, Rhymmus celebris est et Iaxartes, et Daicus.
ciuitates autem non nisi tres solas habere noscuntur Aspabota et Chauriana et Saga.
64. Vltra haec utriusque Scythiae loca contra orientalem plagam in orbis speciem
consertae celsorum aggerum summitates ambiunt Seras ubertate regionum et
amplitudine circumspectos, ab occidentali latere Scythis adnexos, a septentrione
et orientali niuosae solitudini cohaerentes: qua meridiem spectant ad usque
Indiam porrectos et Gangen. appellantur autem ibidem montes Anniba et Auzacium
et Asmira et Emodon et Oporocorra.
65. hanc itaque planitiem undique prona decliuitate praeruptam terrasque lato
situ distentas duo famosi nominis flumina Oechardes et Bautis lentiore meatu
percurrunt. et dispar est tractuum diuersorum ingenium: hic patulum, alibi molli
deuexitate subductum, ideoque satietate frugum et pecoribus et arbustis exuberat.
66. incolunt autem fecundissimam glebam uariae gentes, e quibus Anthropophagi et
Annibi et Sizyges et Chardi aquilonibus obiecti sunt et pruinis. exortum uero
solis suspiciunt Rabannae et Asmirae et Essedones omnium splendidissimi, quibus
Athagurae ab occidentali parte cohaerent et Aspacarae: Baetae uero australi
celsitudine montium inclinati. urbibus licet non multis, magnis tamen
celebrantur et opulentis, inter quas maximae Asmira et Essedon et Aspacara et
Sera nitidae sunt et notissimae.
67. agunt autem ipsi quietius Seres, armorum semper et proeliorum expertes,
utque hominibus sedatis et placidis otium est uoluptabile, nulli finitimorum
molesti. caeli apud eos iucunda salubrisque temperies, aeris facies munda
leniumque uentorum commodissimus flatus et abunde siluae sublucidae, a quibus
arborum fetus aquarum asperginibus crebris uelut quaedam uellera molientes ex
lanugine et liquore mixtam subtilitatem tenerrimam pectunt, nentesque subtegmina
conficiunt sericum ad usus antehac nobilium, nunc etiam infimorum sine ulla
discretione proficiens.
68. ipsi praeter alios frugalissimi pacatioris uitae cultores uitantes
reliquorum mortalium coetus. cumque ad coemenda fila uel quaedam alia fluuium
transierint aduenae, nulla sermonum uice propositarum rerum pretia solis oculis
aestimantur, et ita sunt abstinentes ut apud se tradentes gignentia nihil ipsi
comparent aduenticium.
69. Ariani uiuunt post Seras, Boreae obnoxii flatibus, quorum terras amnis
uehendis sufficiens nauibus Arias perfluit nomine, faciens lacum ingentem eodem
uocabulo dictitatum. abundat autem haec eadem Aria oppidis, inter quae sunt
celebria Vitaxa Sarmatina et Sotira et Nisibis et Alexandria, unde nauiganti ad
Caspium mare quingenta stadia numerantur et mille.
70. His locis Paropanisadae sunt proximi, Indos ab oriente Caucasumque ab
occidentali latere prospectantes, ipsi quoque montium defectibus inclinati, quos
residuis omnibus maior Ortogordomaris interluit fluuius a Bactrianis exsurgens.
habent autem etiam ciuitates aliquas, quibus clariores sunt Agazaca et Naulibus
et Ortospana, unde litorea nauigatio ad usque Mediae fines, portis proximos
Caspiis stadiorum sunt duo milia et ducenta.
71. Ante dictis continui sunt Drangiani collibus cohaerentes, ... Arabium nomine
ideo adpellatum quod inde exoritur, interque alia duobus municipiis exultantes
Prophthasia et Ariaspe ut opulentis et claris.
72. Post quos exaduersum Arachosia uisitur, dextrum uergens in latus Indis
obiecta, quam ab Indo fluuiorum maximo, unde regiones cognominatae sunt, amnis
multo minor exoriens aquarum adluit amplitudine efficitque paludem
Arachotoscrenem appellatam. hic quoque ciuitates sunt inter alias uiles
Alexandria et Arbaca et Choaspa.
73. At in penitissima parte Persidos Gedrosia est, dextra terminos contingens
Indorum, inter minores alios Arabio uberior flumine, ubi montes deficiunt
Arbitani, quorum ex pedibus imis emergentes alii fluuii Indo miscentur,
amittentes nomina magnitudine potioris. ciuitates autem etiam hic sunt praeter
insulas Sedratira et Gynaecon limen meliores residuis aestimantur.
74. Ne igitur orae maritimae spatia adluentia Persidis extremitates per minutias
demonstrantes a proposito longius aberremus, id sufficiet dici, quod mare
praetentum a Caspiis montibus per borium latus ad usque memoratas angustias
nouem milium stadiorum, australe uero ab ostiis Nili fluminis ad usque principia
Carmanorum quattuordecim milium stadiorum numero definitur.
75. Per has nationes dissonas et multiplices hominum quoque diuersitates sunt ut
locorum. sed ut generaliter corpora describamus et mores graciles paene sunt
omnes, subnigri uel liuido colore pallentes, caprinis oculis torui et
superciliis in semiorbium speciem curuatis iunctisque, non indecoribus barbis
capillisque promissis hirsuti, omnes tamen promiscue uel inter epulas festosque
dies gladiis cincti cernuntur. quem Graecorum ueterum morem abiecisse primos
Athenienses Thucydides est auctor amplissimus.
76. effusius plerique soluti in uenerem aegreque contenti multitudine pelicum,
puerilium stuprorum expertes, pro opibus quisque adsciscens matrimonia plura uel
pauca. unde apud eos per libidines uarias caritas dispersa torpescit. munditias
conuiuiorum et luxum maximeque potandi auiditatem uitantes ut luem.
77. nec apud eos extra regales mensas hora est praestituta prandendi, sed uenter
uni cuique uelut solarium est, eoque monente quod inciderit editur, nec quisquam
post satietatem superfluos sibi ingerit cibos.
78. inmane quantum restricti et cauti, ut inter hostiles hortos gradientes non
numquam et uineta, nec cupiant aliquid nec contingant uenenorum et secretarum
artium metu.
79. super his nec stando mingens nec ad requisita naturae secedens facile
uisitur Persa: ita obseruantius haec aliaque pudenda declinant.
80. adeo autem dissoluti sunt et artuum laxitate uagoque incessu se iactitantes
ut effeminatos existimes, cum sint acerrimi bellatores, sed magis artifices quam
fortes eminusque terribiles, abundantes inanibus uerbis insanumque loquentes et
ferum, magnidici et graues ac taetri, minaces iuxta in aduersis rebus et
prosperis, callidi superbi crudeles, uitae necisque potestatem in seruos et
plebeios uindicantes obscuros: cutes uiuis hominibus detrahunt particulatim uel
solidas, nec ministranti apud eos famulo mensaeque adstanti hiscere uel loqui
licet uel spuere: ita prostratis pellibus labra omnium uinciuntur.
81. leges apud eos inpendio formidatae, inter quas diritate exsuperant latae
contra ingratos et desertores, et abominandae aliae, per quas ob noxam unius
omnis propinquitas perit.
82. ad iudicandum autem usu rerum spectati destinantur et integri, parum alienis
consiliis indigentes, unde nostram consuetudinem rident, quae interdum facundos
iurisque publici peritissimos post indoctorum conlocat terga. nam quod
supersidere corio damnati ob iniquitatem iudicis iudex alius cogebatur, aut
finxit uetustas aut olim recepta consuetudo cessauit.
83. militari cultu ac disciplina proludiisque continuis rei castrensis et
armaturae, quam saepe formauimus metuendi uel exercitibus maximis, equitatus
uirtute confisi, ubi desudat nobilitas omnis et splendor. pedites enim in
speciem mirmillonum contecti iussa faciunt ut calones. sequiturque semper haec
turba tamquam addicta perenni seruitio nec stipendiis aliquando fulta nec donis.
et gentes plurimas praeter eas quas abunde perdomuit, sub iugum haec natio
miserat ita audax et ad pulueres Martios erudita, ni bellis ciuilibus
externisque adsidue uexarentur.
84. indumentis plerique eorum ita operiuntur lumine colorum fulgentibus uario
ut, licet sinus lateraque dissuta relinquant flatibus agitari uentorum, inter
calceos tamen et uerticem nihil uideatur intectum. armillis uti monilibusque
aureis et gemmis, praecipue margaritis quibus abundant, adsuefacti post Lydiam
uictam et Croesum.
85. Restat ut super ortu lapidis huius pauca succinctius explicentur. apud Indos
et Persas margaritae reperiuntur in testis marinis robustis et candidis
permixtione roris anni tempore praestituto conceptae. cupientes enim uelut
coitum quendam humores ex lunari aspergine capiunt densius oscitando. exindeque
grauidulae edunt minutas binas aut ternas uel uniones ideo sic appellatas quod
euisceratae conchulae singulas aliquotiens pariunt sed maiores.
86. idque indicium est aetheria potius deriuatione, quam saginis pelagi hos
oriri fetus uesci, quod guttae matutini roris isdem infusae claros efficiunt
lapillos et teretes, uespertini uero flexuosos contra et rutilos et maculosos
interdum. minima autem uel magna pro qualitate haustuum figurantur casibus
uariatis. conclusae uero saepissime metu fulgurum inanescunt aut debilia pariunt
aut certe uitiis diffluunt abortiuis.
87. capturas autem difficiles et periculosas et amplitudines pretiorum illa
efficit ratio quod frequentari sueta litora propter piscantium insidias
declinantes, ut quidam coniciunt, circa deuios scopulos et marinorum canum
receptacula delitescunt.
88. quod genus gemmae etiam in Brittannici secessibus maris gigni legique licet
dignitate dispari non ignoramus.
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