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Du texte à l'hypertexte

Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XXIV

Chapitre 8

  Chapitre 8

[24,8] (1) Pour redonner du coeur aux soldats, Julien fit paraître devant eux un certain nombre de prisonniers grêles et décharnés comme le sont presque tous les Perses; et s'adressant aux nôtres: "Voilà pourtant, dit-il, ce que les enfants de Mars regardent comme des hommes. Espèce rabougrie et rechignée, poltrons que nous avons vus tant de fois jeter leurs armes et tourner le dos sans se battre."
(2) Il fit ensuite retirer les prisonniers, et l'on entra en conseil. Il y eut de grands débats, pendant lesquels la soldatesque s'écriait sans ménagements qu'il fallait retourner par où l'on était venu. Le prince repoussa ce parti avec force, et nombre de voix se joignirent à la sienne pour démontrer l'impossibilité de retraverser des plaines immenses où tout était détruit moissons et fourrages, et où çà et là quelques hameaux affamés restaient seuls debout après l'incendie général. Tous les chemins d'ailleurs étaient détrempés par suite de la fonte des neiges, et partout la crue des torrents les faisait sortir de leur lit.
(3) Ce qui compliquait encore ces difficultés, on était dans la saison où la chaleur engendre en ce pays des myriades de mouches et de moustiques, dont le vol remplit l'espace nuit et jour, et obscurcit la lumière du soleil et celle des étoiles.
(4) La prudence humaine n'offrant aucune solution, on éleva des autels, on immola des victimes, et les dieux furent consultés sur le point de savoir s'il fallait retourner directement par l'Assyrie, ou tourner les montagnes à petites journées pour tomber brusquement sur la Chiliocome, qui touche à la Gordyène, et la ravager. L'inspection des entrailles laissant la question indécise,
(5) on s'arrête enfin à l'idée d'occuper, faute de mieux, la Gordyène. Le 16 des calendes de juillet, l'armée était en marche depuis le point du jour, quand on vit apparaître à l'horizon ce qui semblait une épaisse fumée ou un tourbillon de poussière. On crut que c'étaient des ânes sauvages, dont la race abonde en cette contrée, et qui ont coutume de s'attrouper pour se garantir des attaques des lions.
(6) D'autres pensaient que c'étaient des hordes de Sarrasins qu'attirait sous nos drapeaux le bruit qui s'était répandu du siège prochain de Ctésiphon. Suivant une troisième opinion, c'était sans doute l'armée perse qui niait à notre rencontre.
(7) Dans cette incertitude et de crainte d'une surprise, on fit sonner le rappel, et l'armée, formant le cercle, campa tranquillement au bord d'un ruisseau, dans un vallon tapissé d'herbes et sous la protection de plusieurs lignes de boucliers. Ce rideau nébuleux resta en vue jusqu'au soir, sans qu'il fût possible de discerner ce qu'il cachait derrière lui.
[24,8] VIII.
1. Has ob res ut solaretur anxios milites princeps, captiuos graciles suapte natura, ut omnes paene sunt Persae, et macie iam confectos iussit in medium duci, nostrosque respiciens ´en inquit ´quos Martia ista pectora uiros existimant, deformes inluuie capellas et taetras, utque crebri docuerunt euentus, antequam manus conferant abiectis armis uertentes semet in fugam .
2. quibus dictis remotisque captiuis super rerum summa consultabatur. et multis ultro citroque dictitatis cum reuerti debere per loca, qua uenimus, plebs uociferaretur inprudens, resistebat intentius princeps, multis cum eo nequaquam fieri posse monstrantibus per effusam planitiem pabulo absumpto et frugibus, uicorumque reliquiis exustorum inopia squalentibus ultima: quodque liquentibus iam brumae pruinis omne inmaduerat solum et ruptis riparum terminis aucti inhorruere torrentes.
3. eo etiam ad difficultatem accedente negotii, quod per eas terras uapore sideris calescentes muscarum et culicum multitudine referta sunt omnia, earumque uolatu dies et astrorum noctu micantium facies obumbratur.
4. et cum nihil humani proficerent sensus diu fluctuantes et dubii, exstructis aris caesisque hostiis consulta numinum scitabamur, utrum nos per Assyriam reuerti censerent, an praeter radices montium lenius gradientes Chiliocomum prope Corduenam sitam ex inprouiso uastare: quorum neutrum extis inspectis confore dicebatur.
5. sedit tamen sententia, ut omni spe meliorum succisa Corduenam arriperemus, et sextum decimum Kalendas Iulias promotis iam signis, progresso imperatore cum lucis exordio fumus uel uis quaedam turbinata pulueris apparebat, ut opinari daretur asinorum esse greges agrestium, quorum multitudo in tractibus est illis innumera, ideo simul incedens ut constipatione densa feroces leonum frustrentur adsultus.
6. quidam arbitrabantur Arsacen ac duces aduentare iam nostros rumoribus percitos, quod imperator Ctesiphonta magnis uiribus oppugnaret, non nulli Persae nobis uiantibus incubuisse firmabant.
7. ideo inter haec ita ambigua, nequid aduersum accideret reuocantibus agmina classicis, in ualle graminea prope riuum multiplicato scutorum ordine in orbiculatam figuram metatis tutius quieuimus castris. nec enim ad usque uesperam aere concreto discerni potuit quidnam esset, quod diu squalidius uidebatur.


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Dernière mise à jour : 22/12/2003