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Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XXIX

Chapitre 5

  Chapitre 5

[29,5] (1) Ici le mélange des faits contemporains amènerait une confusion inévitable. J'ai jugé à propos de suivre d'une teneur le fil du récit.
(2) Nubel, le plus puissant des petits souverains de Mauritanie, venait de mourir, laissant plusieurs enfants tant de sa femme que de ses concubines. Zammac, l'un de ces derniers, qui avait la faveur du comte Romain, fut tué en trahison par son frère Firmus, ce qui causa une rupture et la guerre, par suite des cabales du comte pour venger le meurtre de sa créature. II paraît qu'à la cour de l'empereur on se donna beaucoup de mouvement pour faire arriver au prince, appuyés de commentaires dans le même sens, les rapports envenimés que Romain lui adressait contre Firmus, tandis qu'on avait grand soin d'écarter tout ce qu'alléguait celui-ci pour sa justification. "L'empereur, disait le maître des offices Rémige, parent et fauteur de Romain, a des préoccupations autrement graves: il faut mieux choisir son temps pour appeler son attention sur des pièces aussi insignifiantes."
(3) Le Maure finit par s'apercevoir des intrigues qui empêchaient sa défense d'être prise en considération; et craignant de se voir, nonobstant ses bonnes raisons, traité en rebelle, il prit le parti de se constituer lui- même en insurrection.
(4) On s'était donc attiré un ennemi irréconciliable, qu'il fallait se hâter d'abattre avant qu'il étendît ses moyens de nuire. On dépêcha en Afrique, avec un faible détachement de la maison militaire, le maître de la cavalerie Théodose, que ses éminentes qualités désignaient pour cette préférence. C'était un caractère de la trempe des Domitius Corbulon et des Lusius, que leurs faits d'armes ont rendus si célèbres sous les règnes de Néron et de Trajan.
(5) Théodose, parti d'Arles sous les plus heureux auspices, passa la mer avec la flotte dont il avait pris le commandement, et prit terre à Igilgili, dans la Maurétanie Sitifienne, avant même qu'on eût vent de son départ. Le hasard lui fit rencontrer là le comte Romain, avec lequel il conversa d'un ton doux, sans toucher que légèrement aux reproches auxquels s'attendait ce dernier. Il le chargea même d'organiser un système de postes et de gardes avancées dans la Mauritanie Césarienne.
(6) Mais dès que Romain fut parti, Théodose donna l'ordre à Gildon, frère de Firmus, et à Maxime d'arrêter son lieutenant Vincent, qui était notoirement complice de ses spoliations et de ses crimes.
(7) L'arrivée d'une partie du corps expéditionnaire était retardée par des obstacles de navigation. Mais sitôt qu'il fut réuni, Théodose se rendit à Sitifis, où il enjoignit aux protecteurs de lui répondre de la personne de Romain et de ses domestiques. De grands tourments d'esprit l'agitèrent durant son séjour dans cette ville. Quel moyen de mouvoir sur ce sol brûlant des soldats habitués à la température des régions boréales? Comment joindre de près un ennemi rapide et insaisissable, et dont toute la tactique est de surprendre, sans jamais accepter le combat en ligne?
(8) Une rumeur vague avait devancé près de Firmus l'annonce officielle de l'arrivée de Théodose. Il s'émut de l'importante renommée d'un tel adversaire, et se hâta de lui écrire et de solliciter, par l'entremise d'une députation, l'oubli de ce qui s'était passé. Il reconnaissait sa résolution comme coupable, mais elle n'avait pas été spontanée: il s'était vu poussé à la défection par l'injustice, et il offrait d'en donner la preuve.
(9) Théodose accepta cette apologie, promit d'entrer en négociation aussitôt que Firmus aurait livré des otages, et partit pour la station de Pancharia, où il avait donné rendez- vous aux légions d'Afrique, afin de les passer en revue. Quelques mots, prononcés avec une noble et modeste assurance, suffirent pour relever leur courage. Théodose revint ensuite à Sitifis, où il opéra la réunion au corps expéditionnaire de toutes les forces militaires du pays; et, impatient déjà des délais de Firmus, il ouvrit la campagne.
(10) Entre autres bonnes mesures, il en prit une surtout qui lui conciliait une affection sans bornes. Il avait supprimé toute concession de vivres à ses troupes de la part de la province, déclarant, avec une confiance généreuse, que ses soldats, pour leur subsistance, ne devaient compter que sur les moissons et les magasins de l'ennemi.
(11) Et il tint parole, à la grande satisfaction des propriétaires du sol. Théodose partit ensuite pour Tubusuptum, ville au pied du mont Ferratus, où il refusa de recevoir une seconde députation de Firmus, qui se présentait sans les otages convenus. De là, s'étant fait rendre compte, autant que le temps le permettait, de l'assiette du pays, il se porta rapidement contre les tribus des Tyndenses et des Massissenses, qui ne sont armées qu'à la légère, et que commandaient Mascizel et Dius, frères de Firmus.
(12) Dès qu'on eut en vue ces ennemis si difficiles à joindre, des volées de traits s'échangèrent, puis une furieuse mêlée s'engagea. Au milieu de ce cri de douleur qui s'élève d'un champ de bataille, dominait le lamentable hurlement des barbares blessés ou faits prisonniers. Le ravage et l'incendie de la contrée furent les suites de notre victoire.
(13) Le domaine de Pétra notamment, à qui son propriétaire Salmaces, l'un des frères de Firmus, avait donné presque les proportions d'une ville, fut détruit de fond en comble. Le vainqueur, animé par ce premier succès, s'empare avec une célérité merveilleuse de la ville de Lamfoctensis, au coeur même des peuplades qui venaient d'être défaites, et y forme aussitôt un approvisionnement considérable. Il voulait, avant de s'avancer dans l'intérieur, se ménager des magasins à sa portée, au cas où il ne trouverait devant lui qu'un pays affamé.
(14) Durant cette opération, Mascizel, qui était parvenu à se recruter chez les tribus voisines, vint de nouveau fondre sur nous, fut repoussé avec grande perte, et ne dut lui-même la vie qu'à la bonté de son cheval.
(15) Firmus, non moins troublé qu'affaibli par ce double échec, eut encore recours aux négociations comme dernière ressource. Des évêques vinrent de sa part implorer la paix et livrer des otages. Pour répondre au bon accueil qui leur fut fait, ils promirent, suivant leurs instructions, des vivres tant qu'il en faudrait, et remportèrent une réponse favorable. Le prince maure, alors un peu rassuré, vint lui-même, précédé par des présents, s'aboucher avec le général. Il s'était pourvu d'un coursier qui pût le tirer d'affaire au besoin. Frappé, en approchant, de l'aspect de nos étendards, et surtout de la martiale figure de Théodose, il s'élança de cheval, et, se prosternant presque jusqu'à terre, confessa ses torts les larmes aux yeux, et implora son pardon et la paix.
(16) Théodose, mu par le seul intérêt de l'empire, le relève, l'embrasse, et, lui donnant ainsi confiance, en obtint des vivres. Firmus livre pour otages un certain nombre de ses parents, et se retire plein d'espoir, promettant de rendre tous les prisonniers tombés entre ses mains dans les premiers moments de la révolte. Deux jours après, ainsi qu'il eu était convenu, il remit, à la première injonction, la ville d'Icosium, dont nous avons plus haut fait connaître les fondateurs, et restitua en même temps les enseignes, la couronne sacerdotale, et tout le butin qu'il avait fait.
(17) Théodose, après une longue marche, fit son entrée dans la ville de Tipasa, où il fit cette fière réponse aux députés des Mazices, qui, s'étant coalisés avec Firmus, demandaient en suppliant leur pardon: "Sous peu j'irai vous demander raison de votre conduite déloyale."
(18) Il les renvoya tout tremblants sous l'impression de cette menace. De là il se rendit à Césarée, noble et opulente cité jadis, et dont nous avons également indiqué l'origine dans notre description de l'Afrique; alors presque réduite en cendres, et n'offrant plus guère que des décombres déjà couverts de mousse. Il y établit la première et la seconde légion, avec ordre d'en déblayer les ruines, et de la protéger contre toute nouvelle insulte des barbares.
(19) Au bruit de ces succès, les principaux fonctionnaires provinciaux et le tribun Vincent quittèrent avec empressement les retraites où ils s'étaient tenus cachés, et vinrent rejoindre à Césarée le général, qui leur fit le meilleur accueil. Il acquit, avant son départ de cette ville, la certitude de l'hypocrisie de Firmus, qui, sous le masque de la soumission et de l'humilité, cachait le projet de tomber sur l'armée comme la foudre, au moment où elle serait le moins préparée à cette agression.
(20) Sur cet avis, Théodose évacua Césarée et vint occuper la petite ville de Sugabar, située à mi-côte du mont Transcellensis. Il s'y trouvait des archers de la quatrième cohorte, qui avaient combattu dans les rangs du rebelle. Le général fit preuve d'indulgence en se contentant de les dégrader et de les renvoyer à Tigavia, où il relégua également une partie de l'infanterie constantienne avec ses tribuns, l'un desquels avait placé son collier, en guise de diadème, sur la tête de Firmus.
(21) Sur ces entrefaites arrivèrent Gildon et Maxime, amenant avec eux Belles, l'un des principaux Mazives, et le préfet Férice, qui tous deux avaient fait cause commune avec l'auteur des troubles (LACUNE).
(22) L'ordre fut exécuté; et à son lever, comme le jour venait de paraître, Théodose vit les coupables gardés au milieu des rangs. S'adressant alors à l'armée: "Mes amis, s'écria-t-il, que méritent, à votre avis, les traîtres que vous voyez?" Déférant ensuite au cri général qui demandait leur mort, il livra, selon l'antique usage, les déserteurs constantiens aux glaives des soldats. Quant aux archers, leurs chefs eurent les mains coupées; le reste fut mis à mort. Une sévérité semblable avait jadis été exercée par Curion contre les habitants de Dardanie, ce chef énergique n'ayant trouvé que ce moyen d'en finir avec l'esprit de révolte, qui renaissait chez eux comme les têtes de l'hydre de Lerne.
(23) Des détracteurs de Théodose se sont emparés de cet acte de rigueur Pour le blâmer avec amertume, tout en exprimant leur approbation de l'antécédent. Les Dardaniens, disaient-ils, étaient nos ennemis mortels; contre eux toute extrémité devenait légitime: mais des soldats qui avaient marché sous nos drapeaux n'eussent pas dû subir un pareil traitement pour une première faute. Je répondrai à ces censeurs (ce qu'ils savent peut-être aussi bien que moi) qu'il s'agissait moins de punir cette cohorte que d'en faire un exemple.
(24) Théodose fit mourir aussi Belles et Férice. Curandius, tribun des archers, eut le même sort pour avoir refusé d'aller au combat, et même d'engager sa troupe à combattre. Le général, en ce moment, se souvenait du mot de Cicéron:"J'aime mieux une rigueur salutaire qu'un vain étalage de douceur."
(25) Théodose, en quittant Sugabar, alla renverser à coups de bélier le domaine dit de Gaionas, qui, par sa ceinture de fortes murailles, formait le plus sûr repaire des Maures. Il nivela ses murs au sol, et passa tout ce qui s'y trouvait au fil de l'épée. De là il gagna le fort de Tingis par le mont Ancorarius, et tomba sur les Mazices rassemblés sur ce point. Ceux-ci nous accueillirent d'une grêle de traits;
(26) mais, tout belliqueux et robustes qu'ils sont, ils durent céder à la supériorité de notre discipline et de nos armes. Le champ fut bientôt jonché de leurs cadavres; le reste tourna le dos, et fut encore taillé en pièces dans sa fuite. Un petit nombre cependant parvint à s'échapper, et plus tard obtint l'amnistie que la politique exigeait qu'on lui accordât.
(27) Sugges, leur chef (LACUNE) avait succédé à Romain. Théodose l'envoya placer des garnisons dans les villes de la Mauritanie Sitifienne, afin d'assurer la province contre les chances d'une invasion. Puis, avec une confiance inspirée par ses précédents succès, il se porta contre les Musones, tribu de pillards et d'assassins, que la conscience de leurs crimes avait entraînés dans le parti de Firmus, au moment où l'avenir semblait ouvrir à ce dernier une chance certaine d'agrandissement.
(28) À quelque distance de la ville d'Addense, Théodose fut informé qu'il se formait contre lui une coalition terrible de peuplades différentes d'habitudes et de langage; tempête que lui suscitaient les instigations et les brillantes promesses de Cyria, soeur de Firmus. Cette princesse disposait d'immenses trésors, et montrait toute l'obstination de son sexe dans ses efforts pour soutenir son frère.
(29) Théodose réfléchit alors sur l'extrême inégalité de ses forces: il n'avait que trois mille cinq cents hommes, et c'était risquer sa perte et celle de cette poignée de soldats que de les commettre avec une telle multitude. Brûlant de combattre et rougissant de céder, il opéra néanmoins avec lenteur un mouvement en arrière, que changea bientôt en pleine retraite l'impétuosité des masses qu'il avait devant lui.
(30) Enflés de cet avantage, les barbares le poursuivirent avec fureur (LACUNE) Il se vit enfin réduit à accepter le combat; et c'en était fait de lui et des siens, quand tout à coup l'épaisse nuée d'ennemis qui l'environnait s'ouvrit à l'approche d'un corps d'auxiliaires mazices précédés de quelques soldats romains, et laissa passer nos bataillons enfermés.
(31) Théodose put ainsi gagner sans être entamé le domaine de Mazuca, où il fit encore un exemple de quelques déserteurs. Les uns furent brûlés vifs; les autres eurent, comme les archers, les mains coupées. Au mois de février suivant, il était sous les murs de Tipasa.
(32) Il occupa longtemps cette position, où il mit en oeuvre une tactique qui rappelle celle de Fabius le Temporiseur; éludant sans cesse tout engagement sérieux avec un ennemi terrible par son acharnement et son adresse aux armes de trait, et attendant le moment de tomber dessus avec avantage.
(33) D'habiles émissaires pendant ce temps parcouraient en son nom le pays des Baiures, des Cantauriens, des Avastomates, des Cafaves, des Bavares et autres tribus circonvoisines, employant, pour obtenir leur concours tantôt l'argent, tantôt les menaces, et tantôt la promesse du pardon des excès précédemment commis (LACUNE), procédé employé avec succès par Pompée contre Mithridate.
(34) Firmus vit alors sa perte imminente; et, ne se fiant plus dans la protection de ses nombreuses forteresses, il abandonna les salariés qu'il avait réunis à force d'argent, pour chercher, à la faveur de la nuit, un refuge dans les gorges inaccessibles des monts Caprariens.
(35) Sa disparition entraîna la dispersion de son monde, et la prise par les nôtres de son camp, qui fut pillé. Tout ce qui fit résistance fut passé au fil de l'épée ou fait prisonnier, et le pays fut dévasté dans une grande étendue. Le prudent vainqueur, à mesure qu'il traversait le territoire d'une tribu, avait soin d'y laisser derrière lui l'autorité dans des mains sûres.
(36) Cette poursuite obstinée, qu'il était loin d'avoir prévu, mit le comble aux terreurs du rebelle. Il s'enfuit encore, à peine accompagné, faisant à son salut le sacrifice de ses précieux bagages. Sa femme, épuisée par les fatigues de cette vie errante (LACUNE).
(37) Théodose ne fit de quartier à aucun de ceux qui tombèrent entre ses mains. Ses troupes se trouvant ranimées par le payement de leur solde et par un meilleur régime de nourriture, il battit sans peine les Caprariens et les Abannes leurs voisins, et atteignit rapidement la ville de (LACUNE). Il y apprit par des avis sûrs que l'ennemi avait pris position sur des crêtes entourées de précipices, et où l'on ne pouvait aborder sans une connaissance des localités, acquise de longue main. Il se vit donc contraint de rétrograder; et les barbares profitèrent de ce court répit pour tirer des renforts considérables des peuplades éthiopiennes limitrophes.
(38) Ils vinrent alors se ruer tête baissée sur les nôtres. L'aspect de ces masses formidables imposa un moment à Théodose, qui d'abord battit en retraite. Mais il ne tarda pas à reprendre l'offensive; et, après avoir assuré les subsistances de ses troupes, il les ramena au combat, brandissant leurs armes d'un air terrible.
(39) Déjà quelques manipules s'élançaient avec fureur, bravant l'effroyable retentissement de la marche des colonnes ennemies, et frappant, pour y répondre, du bouclier sur le genou. Mais leur chef avait trop de circonspection pour accepter le combat dans des conditions aussi inégales. Il se contenta d'appuyer de côté en bon ordre, et, par une manoeuvre hardie, occupa la ville nommée Contensis, que Firmus, vu sa position écartée et la difficulté de ses approches, avait choisie pour en faire un dépôt de prisonniers. Théodose rendit la liberté à tous les captifs, et sévit avec sa rigueur ordinaire contre les traîtres et les partisans de Firmus.
(40) Le ciel continuait à favoriser les plans de Théodose. Averti par de sûres intelligences que Firmus avait pris refuge chez les Isaflenses, il entra sur leur territoire, et, sur leur refus de livrer la personne de son adversaire, ainsi que son frère Mazuca et le reste de sa famille, déclara la guerre à toute la tribu.
(41) Une rencontre sanglante eut lieu; les barbares y montrèrent une telle furie, que Théodose, pour leur résister, dut recourir à l'ordre de bataille circulaire. Enfin les Isaflenses furent rompus, et firent une perte considérable. Firmus, qui s'était montré partout où était le danger, ne dut la vie qu'à la bonté de son cheval, qui était dressé à courir parmi les rochers et les précipices. Mazuca, mortellement blessé, fut pris.
(42) On voulait l'envoyer à Césarée, où il avait laissé de sanglants souvenirs; mais il parvint à se donner la mort en élargissant sa plaie de ses propres mains. Sa tête, séparée du tronc, fut du moins offerte aux regards des habitants de cette ville, qui la reçurent avec des transports de joie.
(43) Le vainqueur, par de justes sévérités, fit ensuite payer à la nation l'opiniâtreté de sa résistance. Evasius, riche citoyen, son fils Florus et quelques autres, convaincus d'avoir favorisé sous main l'agitateur, périrent tous par le bûcher.
(44) De là s'enfonçant dans le coeur du pays, Théodose attaqua résolument la tribu des Iubaleni, le berceau, disait-on, du roi Nubel, père de Firmus. Mais il trouva sur son chemin une barrière de hautes montagnes, où l'on ne pénétrait que par les plus tortueux défilés; et, bien qu'il eût passé sur le ventre à l'ennemi, et lui eût tué beaucoup de monde, craignant de s'engager dans une région si favorable aux surprises, il se replia sans perte sur la place forte d'Auzia. La féroce tribu des Iesalenses y vint faire sa soumission, et lui offrir des secours en hommes et en vivres.
(45) Enfin Théodose, avec une confiance justifiée par ses précédents succès, voulut faire un dernier effort pour s'emparer de la personne même de l'auteur de la guerre. Pendant une longue station qu'il fit à la place forte appelée Mediana, attendant avec anxiété le résultat de divers plans concertés pour se faire livrer Firmus,
(46) il apprit tout à coup que l'ennemi était retourné chez les Isaflenses. Alors, sans se laisser arrêter par ses premières craintes, il se porte sur-le-champ à marches forcées contre ces derniers. Un roi, nommé Igmacen, puissant et considéré dans ces contrées, se présente audacieusement devant le général, et, d'un ton de menace: "D'où viens-tu? dit-il; et que viens-tu faire en ce pays? - Je suis, répond tranquillement Théodose, l'un des comtes de Valentinien, souverain de l'univers. II m'envoie ici le débarrasser d'un brigand. Et tu vas me le livrer sans délai (tel est l'ordre de mon invincible empereur) ou périr avec tout ton peuple." Igmacen, à ces mots, se répandit en injures, et se retira gonflé de courroux.
(47) Le lendemain, au point du jour, les deux armées, avec des provocations réciproques, s'ébranlèrent pour en venir aux mains. Les barbares présentaient en ligne près de vingt mille hommes, et tenaient en réserve des corps masqués, avec l'intention d'envelopper les nôtres. Ils comptaient même comme auxiliaires un assez grand nombre de ces Iesaleni qui nous avaient promis leur concours.
(48) Les Romains n'avaient à leur opposer qu'une poignée d'hommes, mais qui étaient pleins du sentiment de leur force, et d'une confiance inspirée par de récentes victoires. Ils serrent leurs rangs, unissent leurs boucliers eu forme de tortue, et présentent un front inébranlable. Pendant toute la durée du combat, qui se prolongea depuis le lever du soleil jusqu'à l'entrée de la nuit, on ne cessa de voir Firmus sur un cheval de haute taille, agitant son ample manteau de pourpre, en même temps qu'il criait à nos soldats de lui livrer sans délai le tyran Théodose, cet inventeur de supplices, et de s'affranchir enfin de tous les maux qu'il les contraignait d'endurer.
(49) Ces paroles agirent diversement sur l'esprit des nôtres. Les uns n'en furent que plus animés à combattre, mais il y en eut qui lâchèrent pied; aussi, dès que la nuit eut étendu ses premières ombres sur les deux partis, Théodose en profita pour se retirer au poste fortifié d'Auzia. Là il passa une revue de son monde, et fit périr par divers supplices les soldats qui s'étaient laissé entraîner par les exhortations de Firmus. Ceux-ci eurent les mains coupées, ceux-là furent brûlés vifs.
(50) Toute la nuit il resta sur pied. Plusieurs attaques tentées dans l'ombre par les barbares, quand la lune se fut cachée, furent repoussées avec perte, et les plus audacieux furent faits prisonniers. De là Théodose se porte rapidement, par le côté où il était le moins attendu, contre les perfides Iesalenses, dévaste et ruine leur pays, puis retourne, par la Maurétanie Césarienne, à Sitifis, où il fait périr par les flammes, après avoir brisé leurs membres par la torture, Castor et Martinien, deux complices des attentats de Romain.
(51) La guerre alors se renouvelle avec les Isaflenses, qui, dans un premier engagement, furent très maltraités et perdirent un monde considérable. Leur roi Igmacen, jusque là toujours victorieux, s'émut devant ce désastre. Regardant autour de lui, il se vit isolé et bientôt perdu s'il persistait dans son attitude hostile. Il prit aussitôt son parti, s'échappa furtivement de son camp, et vint en suppliant se présenter devant Théodose, qu'il pria de lui envoyer Masilla, l'un des chefs mazices, pour s'entendre avec lui.
(52) Théodose y consentit; des pourparlers s'ouvrirent; et Masilla lui fit savoir, de la part d'Igmacen, qu'il n'était qu'un moyen d'obtenir le résultat qu'on attendait de lui: c'était de pousser les hostilités avec vigueur, et de réduire par la crainte sa nation, qui n'avait que trop de tendance à favoriser le rebelle, mais que déjà ses échecs réitérés avaient frappé d'épuisement.
(53) L'avis cadrait trop bien avec le caractère de Théodose, qui n'abandonnait pas facilement ses résolutions, pour qu'il faillît à s'en prévaloir. Il porta de tels coups et de si répétés aux Isaflenses, que la nation entière en vint à fuir devant lui comme un troupeau. Firmus, dans ce désordre, aurait trouvé moyen de s'évader, et de s'assurer peut-être une retraite inconnue au sein des montagnes, si Igmacen ne l'eût fait arrêter au moment où il allait s'enfuir.
(54) Alors Firmus, à qui Masilla avait déjà fait entrevoir qu'Igmacen était d'intelligence avec Théodose, comprit qu'il ne lui restait d'autre ressource que de se donner la mort. Une nuit, où l'anxiété ne lui permettait pas de fermer l'oeil, après s'être à dessein plongé dans l'ivresse, il prit le moment où ses gardes étaient profondément endormis, et s'échappa sans bruit de son lit, en s'aidant des pieds et des mains. Le hasard lui fit trouver à tâtons une corde, dont il se servit pour se pendre à un clou qui se trouva dans la muraille, et il mourut ainsi sans longues souffrances.
(55) Ce suicide contraria vivement Igmacen, qui s'était flatté de l'honneur de conduire vivant le rebelle au camp romain. Il fit néanmoins charger le cadavre sur un chameau; et, pourvu d'un sauf-conduit par les soins de Masilla, il s'achemina en personne vers les tentes romaines, près du fort de Subicare. Là le corps fut mis sur un cheval et présenté à Théodose, qui en reçut l'hommage avec transport.
(56) Les soldats et le peuple furent appelés à déclarer s'ils reconnaissaient bien les traits de Firmus. II n'y eut qu'une voix pour l'affirmative. Théodose, après cet événement, ne fit pas un long séjour à Subicare. Il revint à Sitifis comme en triomphe, et y fut reçu aux acclamations des divers ordres et de la population entière.
[29,5] V.
1. Abhinc inter --- --- proximo haec narratione disseri continua placuit, ne, dum negotiis longe discretis et locis alia subseruntur, cognitio multiplex necessario confundatur.
2. Nubel uelut regulus per nationes Mauricas potentissimus uita digrediens, et legitimos et natos e concubinis reliquit filios, e quibus Zammac comiti nomine Romano acceptus, latenter a fratre Firmo peremptus discordias excitauit et bella. eius enim necem ulcisci inpensiore studio properans comes, ad insidiatoris perniciem multa ciebat et formidanda. utque rumores distulerunt adsidui, nauabatur opera diligens in palatio, Romani quidem relationes multa et aspera congerentes in Firmum libenter suscipi recitarique principi, in earum fauorem concinentibus multis: ea uero, quae contra Firmus salutis tuendae gratia docebat crebro per suos, accepta diutius occultari, Remigio tunc officiorum magistro, adfine amicoque Romani, inter potiores imperatoris necessitates haec uelut minima et superflua non nisi oportune legi posse adseuerante.
3. Quae cum ad obruendam defensionem suam agitari aduerteret Maurus, ultimorum metu iam trepidans, ne amendatis, quae praetendebat, ut perniciosus et contumax condemnatus occideretur, ab imperii dicione desciuit et adiumenta --- -tium ad uastandum ---.
4. Quare ne hostis inplacabilis incrementis uirium adulescerent, ad abolendum cum comitatensis auxilio militis pauci Theodosius magister equitum mittitur, cuius uirtutes ut inpetrabilis ea tempestate prae ceteris nitebant: Domitii Corbulonis et Lusii ueterum simillimi, quorum prior sub Nerone, alter Traiano rem regente Romanam pluribus inclaruere fortibus factis.
5. proinde ab Arelate secundis egressus auspiciis, emeatoque mari cum classe, quam ductabat, nullo de se rumore praegresso, defertur ad Sitifensis Mauritaniae litus, quod appellant accolae Igilgitanum. ibique inuentum casu Romanum leniter adlocutus, misit ad uigilias ordinandas et praetenturas, parum super his, quae uerebatur, increpitum.
6. quo ad Caesariensem digresso Gildonem Firmi fratrem et Maximum misit correpturos Vincentium, qui curans Romani uicem, inciuilitatis eius erat particeps et furtorum.
7. recepto itaque tardius milite, quem amplitudo morabatur maris, Sitifim properans, Romanum cum domesticis custodiendum protectoribus conmitti mandauit, agensque in oppido sollicitudine diducebatur ancipiti, multa cum animo uersans, qua uia quibusue conmentis per exustas caloribus terras pruinis adsuetum duceret militem, uel hostem caperet discursatorem et repentinum insidiisque potius clandestinis quam proeliorum stabilitate confisum.
8. Quod ubi Firmo leui rumore, dein apertis est indiciis cognitum, spectatissimi ducis aduentu praestrictus, ueniam cum concessione praeteritorum, missis oratoribus poscebat et scriptis, docentibus eum non sponte sua ad id erupisse, quod norat scelestum sed iniquitate grassante licentius, ut monstrare pollicebatur.
9. quibus lectis paceque obsidibus acceptis promissa, duc recensendas legiones, quae Africam tuebantur, ire pergebat ad Pancharianam stationem, quo conuenire praeceptae sunt. ibi magnificis uerbis atque prudentibus spe cunctorum erecta, reuersus Sitifim, concitato indigena milite cum eo, quem ipse perduxerat, aegre perpetiens moras ad procinctus ire ocius festinabat.
10. inter residua autem multa et clara id amorem eius auxerat in inmensum, quod a prouincialibus commeatum exercitui prohibuit dari, messes et condita hostium uirtutis nostrorum horrea esse, fiducia memorans speciosa.
11. His ita cum laetitia possessorum dispositis, ad Tubusuptum progressus, oppidum Ferrato contiguum monti, legationem secundam Firmi repudiauit, quae obsides, ut ante statutum est, non duxerat secum. unde omnibus pro loco et tempore cautius exploratis, concito gradu Tyndensium gentem et Masinissensium petit leuibus armis instructas, quas Mascizel et Dius fratres Firmi ductabant.
12. cum essent hostes iam in contuitu membris omnibus celeres, post missilia hinc inde crebrius iacta committitur certamen asperrimum, interque gemitus mortis et uulnerum audiebantur barbarorum ululabiles fletus captorum et caesorum, pugnaque dirempta plures agri populati sunt et incensi.
13. inter quos clades eminuere fundi Petrensis, excisi radicitus, quem Salmaces dominus, Firmi frater, in modum urbis exstruxit. hoc successu uictor elatus mira uelocitate Lamfoctense oppidum occupauit, inter gentes positum ante dictas, ubi abunde rei cibariae copiam condi effecit, ut, si pergens interius alimentorum offendisset penuriam, iuberet e propinquo conuectari.
14. quae dum ita procedunt, Mascizel reparatis uiribus nationum confinium adminicula ductans, conserta manu cum nostris, fusis e parte suorum pluribus, ipse equi pernicitate aegre discrimine mortis exemptus est.
15. Fessus aerumnis gemini proelii Firmus, imoque aestuans corde, nequid ultimae rationis omitteret, Christiani ritus antistites oraturos pacem cum obsidibus misit. qui quoniam suscepti lenius, pollicitique uictui congrua militibus, ut praeceptum est, laeta rettulere responsa: praemissis muneribus Maurus ipse fidentius ad Romanum perrexerat ducem, equo insidens apto ad ancipites casus, cumque prope uenisset, fulgore signorum et terribili uultu Theodosi praestrictus, iumento desiluit, curuataque ceruice humi paene adfixus, temeritatem suam flebiliter incusabat, pacem obsecrando cum uenia.
16. susceptusque cum osculo, quoniam id rei publicae conducebat, bonae spei iam plenus, sufficientia praebuit alimenta, et quibusdam propinquis suis ad obsidum uicem relictis abscessit, captiuos, ut spoponderat, redditurus, quos primis turbarum exordiis rapuit: biduoque post Icosium oppidum, cuius supra docuimus conditores, militaria signa et coronam sacerdotalem cum ceteris quae interceperat, nihil cunctatus restituit, ut praeceptum est.
17. Exinde cum discursis itineribus magnis Tiposam noster dux introiret, legatis Mazicum, qui se consociauerant Firmo, suppliciter obsecrantibus ueniam, animo elato respondit se in eos ut perfidos arma protinus commoturum.
18. quibus minantis periculi metu defixis reuertique iussis ad sua, Caesarea mire tendebat urbem opulentam quondam et nobilem, cuius itidem originem in Africae situ digessimus plene, eamque ingressus cum omnem paene incendiis late dispersis uidisset exustam, horridasque canitie silices, primam et secundam legionem ad tempus ibi locari disposuit, ut fauillarum egerentes aceruos, agitarent ibi praesidium, ne repetito barbarorum impetu uastaretur.
19. Quae cum rumores ueri distulissent et crebri, prouinciae rectores tribunusque Vincentius e latibulis, quibus sese commiserant, egressi, tandem intrepidi ad ducem ocius peruenerunt. quibus ille gratanter uisis atque susceptis, agens etiam apud Caesaream, fide rerum diligentius explorata, conperit Firmum per speciem pauentis et supplicis tectiore consilio id moliri ut nihil hostile metuentem exercitum in modum tempestatis subitae conturbaret.
20. quam ob rem conuersus hinc uenit ad municipium Sugabarritanum Transcellensi monti adcline, ubi inuentos equites quartae Sagittariorum cohortis, quae ad rebellem defecerat, ut contentum se supplicio leniori monstraret, omnes contrusit ad infimum militiae gradum, eosque et Constantianorum peditum partem Tigauias uenire iusserat cum tribunis, e quibus unus torquem pro diademate capiti inposuit Firmi.
21. dumque haec aguntur, reuerterunt Gildo et Maximus, Bellen e principibus Mazicum et Fericium gentis praefectum ducentes, qui factionem iuuerant quietis publicae turbatoris --- producerent uinctos.
22. quo ita ut statutum est facto, lucis primo exortu ipse egressus cum inuenisset eos in exercitu circumsaeptos: "quid de istis nefariis" inquit "proditoribus fieri oportere, contubernales deuoti, censetis?", secutusque adclamationem rogantium sanguine uindicari, eos qui inter Constantianos merebant, prisco more militibus dedit occidendos, Sagittariorum uero primoribus manus incidit, residuos supplicio capitali multauit, ad aemulationem Curionis acerrimi illius ducis, qui Dardanorum ferociam in modum Lernaeae serpentis aliquotiens renascentem hoc genere poenarum extinxit.
23. sed obtrectatores maliuoli uetus factum laudantes, hoc ut dirum uituperant et asperrimum, Dardanos hostes memorantes interneciuos, et iuste, quae sustinuere, perpessos, hos uero subsignanos milites debuisse lenius corrigi, ad unum prolapsos errorem. quos scientes forsitan admonemus, hanc cohortem et facto fuisse et exemplo aduersam.
24. ante dictos Bellen et Fericium, quos duxerat Gildo, tribunumque Sagittariorum Curandium ea re iussit occidi, quod nec ipse umquam cum hostibus congredi uoluit, nec suos ut pugnarent hortari. agebat autem haec Tullianum illud aduertens quod ,salutaris rigor uincit inanem speciem clementiae",
25. Exin profectus, fundum nomine Gaionatis, muro circumdatum ualido, receptaculum Maurorum tutissimum arietibus admotis euertit, et caesis omnibus incolis moenibusque conplanatis, ad Tingitanum castellum progressus, per Ancorarium montem Mazicas in unum collectos inuasit, iam tela reciprocantes uolitantia grandinis ritu.
26. et cum esset utrimque discursum, agmina uiribus armisque incitata nostrorum non perferentes Mazices, licet bellicosum genus et durum, diuersis stragibus inplicati foedo diffluxere terrore, ruentesque in fugam caesi sunt absque his, qui reperta copia discedendi, supplici prece ueniam, quam dari tempus flagitauerat, inpetrarunt.
27. Suggen eorum ductorem --- --- Romano successerat, in Sitifensem Mauritaniam ire disposito ad agitanda praesidia, ne prouincia peruaderetur, ipse praeteritis elatior casibus gentem petit Musonum, quam conscientia rapinarum et caedum actibus congregauerat Firmi, ut sperabatur maiora mox adepturi.
28. Progressusque aliquantum iuxta Addense municipium comperit, dissonas cultu et sermonum uarietate nationes plurimas unum spirantibus animis, inmanium exordia concitare bellorum, adigente hortanteque maxima spe praemiorum sorore Firmi nomine Cyria, quae abundans diuitiis et destinatione feminea, nisibus magnis instituit iuuare germanum.
29. quocirca Theodosius ueritus, ne Marti sese committeret inpari, congressusque multitudini inmensae cum paucis - tria enim armatorum milia ductabat atque quingentos - amitteret uniuersos, inter pudorem cedendi pugnandique ardorem gradiens retro paulatim, trudente pondere plebis abscessit.
30. hocque euentu barbari nimium quantum elati sequentesque pertinaciter --- certare necessitate --- semet ipsum et ad internecionem perdiderat cunctos, ni gentium turbulenta concussio procul Mazicum uisis auxiliis, quos anteibant quidam Romani, arbitrata in se impetum agminum ferri conplurium, uersa in pedes aperuisset nostris exitus antehac intersaeptos.
31. exinde cum militem ducens incolumem Theodosius ad fundum uenisset nomine Mazucanum, exustis desertoribus paucis, aliisque ad sagittariorum exemplum, quibus manus ademptae sunt, contruncatis, Tipatam mense Februario uenit.
32. ubi diutius agens ut antiquus ille Cunctator pro negotio consultabat, commentis potius et prudentia quam periculosis congressibus hostem pugnacem et inpetrabilem iactu telorum, si fors copiam dederit, oppressurus.
33. mittebat tamen adsidue suadendi quosdam peritos ad gentes circumsitas, Baiuras Cantaurianos Auastomates Cafaues Dauaresque et finitimos alios, nunc timore, nunc nummis eos ad societatem alliciens ueniamque petulantiae interdum promittendo cum --- per ambages et moras hostem frangentem suos impetus oppressurus, ut quondam Pompeius Mithridatem.
34. Qua causa declinans perniciem proximam Firmus, licet praesidiorum magnitudine communitus, relicta plebe, quam coegerat magna mercede, quoniam latendi copiam nocturna quies dedit, Caprarienses montes longe remotos penetrauit, et diruptis rupibus inaccessos.
35. cuius abitu clandestino multitudo dispersa, sine rectore particulatim diffluens, inuadendi eius castra nostris copiam dedit. hisque direptis, et interfectis, qui resistebant, uel in deditionem acceptis, regionum maxima parte uastata, gentibus, per quas transibat dux consultissimus, adposuit fidei conpertae praefectos.
36. hac inopina sequendi confidentia territus perduellis, seruis comitantibus paucis, digressu celeri consulturus saluti, nequo praepediretur obstaculo, abiecit pretiosarum sarcinas specierum, quas auexerat secum. uxorem namque fessam labore continuo et per ancipitis ---.
37. Theodosius nullique adeuntium parcens, mundiore uictu stipendioque milite recreato, Caprariensibus Abannisque eorum uicinis proelio leui sublatis, ad municipium properauit ...... ense: uerisque nuntiis doctus barbaros occupasse iam tumulos, per anfracta undique spatia in sublime porrectos, nullique peruios nisi indigenis locorum perquam gnaris, repedando dedit hostibus facultatem per indutias licet breues Aethiopum iuxta agentium adminiculis augeri uel maximis.
38. qui concateruatis copiis fremituque minaci sine sui respectu ruentes in pugnam, auerterunt eum inaestimabilium turmarum specie dira perterrefactum, statimque redintegratis animis, commeatus uehens abunde, reuertit et conglobatis suis scutaque in formidabilem mouentibus gestum, controuersas isdem opposuit manus.
39. quamquam igitur inmite quiddam barbaricis concrepantibus armis manipuli furentium inminebant, ipsi quoque parmas genibus inlidentes: tamen ut pugnator ille cautus et prudens, militis paucitate diffisus, audacter agmine quadrato incedens, ad ciuitatem nomine Contensem flexit iter intrepidus, ubi captiuos nostros Firmus ut in munimento abstruso locarat et celso: cunctisque receptis in proditores satellitesque memorati animaduertit acriter, ut solebat.
40. Hoc ei magni numinis adiumento gerenti prosperrime, uerus indicat explorator confugisse ad Isaflensium populum Firmum: ad quem resposcendum una cum fratre Mazuca ceterisque necessitudinibus illuc ingressus, cum adipisci non posset, genti bellum indixit.
41. et proelio atroci commisso, ferocientibus barbaris ultra modum, aciem in rotundo habitu figuratam opponit, adeoque Isaflenses pondere cateruarum urgentium inclinati sunt, ut plurimi caderent, et ipse Firmus ferox et saepe in suam perniciem praeceps equo auferretur in fugam, per saxa et rupes discurrere citius adsueto, Mazuca uero frater eius caperetur letaliter saucius.
42. qui Caesaream mitti dispositus, ubi saeua inusserat monumenta facinorum pessimorum, dilatato uulneris hiatu decessit. caput tamen eius auulsum residuo corpore, cum magno uisentium gaudio urbi inlatum est ante dictae.
43. post haec Isaflensium gentem, quae obstitit, superatam dux nobilis incommodis multis, ut aequitas poscebat, adflixit. ibi Euasium potentem municipem Florumque eius filium et quosdam alios, per secretiora consilia temeratorem quietis iuuisse confutatos aperte, flammis absumpsit.
44. Exindeque pergens interius, nationem Iubalenam spiritu adgressus ingenti, ubi natum Nubelem patrem didicerat Firmi, repulsus altitudine montium et flexuosis angustiis stetit. et quamlibet facto in hostem impetu, pluribusque peremptis aperuerit uiam, formidans tamen sublimia collium ad insidiandum aptissima, ducens suos incolumes reuertit ad Audiense castellum: ubi Iesalensium gens fera semet dedit, uoluntaria auxilia praestare spondens et commeatus.
45. His et eius modi gloriosis actibus exultans amplissimus ductor, ipsum otii turbatorem petebat ualido uirium nisu, ideoque prope munimentum nomine Medianum diu consistens, per multas prudentesque sententiarum uias eundem sibi prodi posse sperabat.
46. haecque cogitationibus anxiis altioreque prospiciens cura, rursus ad Isaflenses hostem conperit reuertisse: quos nihil moratus, ut antea, agminibus adoritur incitatis. cui rex Igmazen nomine, spectatus per eos tractus opibusque insignis, progressus obuiam confidenter: "cuius loci es tu" inquit "uel quid acturus huc uenisti? responde." quem Theodosius fundata mente intuens toruum: "comes" ait "Valentiniani sum, orbis terrarum domini, ad opprimendum latronem funereum missus: quem nisi statim reddideris, ut inuictus statuit imperator, peribis funditus cum gente, quam regis." quo audito Igmazen post conuicia multa, quae congessit in ducem, ira doloreque perculsus abscessit.
47. et secutae principio lucis, utrimque occursurae sibi ad confligendum processerunt acies minacissimae, et barbarorum uiginti paene milia in ipsis locata sunt frontibus, occultatis pone terga subsidialibus globis, ut adsurgentes paulatim nostros multitudine clauderent insperata: hisque Iesalenses auxiliares accessere quam plures, quos adiumenta et commeatus nostris docuimus promisisse.
48. contra Romani, quamuis admodum pauci, tamen fortibus animis uictoriisque antegressis elati, densatis lateribus, scutisque in testudinis formam cohaerenter aptatis restiterunt gradibus fixis, et a sole orto usque ad diei extimum pugna protenta, paulo ante uesperam uisus est Firmus, equo celsiori insidens, sago puniceo porrectius panso milites clamoribus magnis hortari, ut dedant Theodosium oportune, truculentum eum adpellans et dirum et suppliciorum saeuum repertorem, si discriminibus eximi uellent, quae perferebant.
49. hae insperatae uoces ad dimicandum quosdam acrius incitarunt, alios deserere proelium inlexerunt. proinde ubi noctis aduenit quies prima, partibus tenebrarum obuolutis horrore, dux reuersus ad Duodiense castellum, militesque recognoscens, eos quos a pugnandi proposito pauor et uerba detorserant Firmi, diuerso genere poenarum extinxit: alios ademptis dexteris, quosdam uiuos conbustos.
50. excubiasque agens cura peruigili, barbarorum aliquos ausos, cum apparere non possent, post occasum lunae castra sua temptare, fudit, uel inruentes audentius capit. digressus exinde passibus citis, Iesalenses ut ambiguae fidei per tramites adortus obliquos, unde parum sperari potuit, ad penuriam uastauit extremam, perque Caesariensis Mauritaniae oppida reuersus Sitifim, Castorem et Martinianum rapinarum flagitiorumque Romani participes, ad interitum tortos incendit.
51. Redintegratur post haec cum Isaflensibus bellum, primoque conflictu barbarorum pluribus pulsis et interfectis, rex eorum Igmazen, uincere antehac adsuetus, terrore fluctuans mali praesentis, nihilque commerciis uetitis ad uitam spei sibi restare, si obstinatius egerit, arbitratus, quantum caute fieri potuit et occulte, prorupit ex acie solus, uisumque Theodosium suppliciter petit, ut Masillam Mazicum optimatem ad se uenire iuberet.
52. per quem, ut rogauerat, missum, clandestinis conloquiis monuit ducem suopte ingenio pertinacem, ut ad praebendam sibi copiam agendi, quae uellet, popularibus suis acriter inmineret, eosque adsiduitate pugnandi mutaret in metum, promptos quidem ad perduellis fauorum sed iacturis multiplicibus fessos.
53. paruit Theodosius dictis et crebritate certaminlum Isaflenses ita protriuit, ut isdem labentibus moue pecudum, Firmus latenter euaderet, et auiis et diuturnis latebris amendandus, inibi, dum de fuga consultat, tentus ab Igmazene custodiretur.
54. et quoniam obscurius gesta didicerat per Masillam, in extremis rebus unum remedium superesse contemplans, calcare uiuendi cupiditatem uoluntaria statuit morte: uinoque consulto distentis et crapulentis, silenti nocte oppressis altiore somno custodibus, peruigil ipse inpendentis aerumnae terrore, insonis gradibus relicto cubili, manibus repens et pedibus longius sese discreuit, repertumque funicu]um, quem finiendae uitae parauere casus, de clauo parieti adfixo suspendit, ubi collo inserto animam absque mortis cruciabilibus exhalauit.
55. Quod dolenter ferens Igmazen, ereptamque sibi gloriam gemens, quia non contigerat ad castra Romana uiuum ducere perduellem, interposita fide publica per Masillam, ipse camelo necati cadauer inpositum ferens, cum tentoria exercitus aduentaret ad Subicarense castellum locata, in iumentum transtulit sarcinale, et Theodosio obtulit exultanti.
56. qui conuocatis armatis simul atque plebeiis, interrogatisque an agnoscerent uultum, cum eiusdem esse sine ulla didicisset ambage, ibi paulisper moratus Sitifim triumphanti similis redit, aetatum ordinumque omnium celebrabili fauore susceptus.


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Dernière mise à jour : 19/01/2004