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Du texte à l'hypertexte

Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XXV

Chapitre 7

  Chapitre 7

[25,7] (1) Au milieu de tant d'efforts sans résultats, le roi Sapor, qui, de loin ou de près, était constamment bien informé par ses coureurs et par les transfuges, n'ignorait rien des exploits de nos soldats, du carnage affreux de ses troupes, ni de la destruction de ses éléphants, destruction telle qu'il ne se rappelait pas en avoir éprouvé de pareille. Il commençait à s'apercevoir que l'armée romaine n'avait fait que s'aguerrir par tant de combats et de fatigues; que depuis la mort de son glorieux chef ce n'était plus de salut qu'il était question pour elle, mais de vengeance, mais d'en finir avec les difficultés qui l'entouraient ou par une victoire décisive, ou par une catastrophe sublime.
(2) Là-dessus plus d'une réflexion alarmante. Des forces nombreuses restaient disséminées dans nos provinces; il suffisait d'un signe pour les rassembler. Il savait par expérience quels effets produisent en Perse de pareils désastres sur le moral des populations. Nous avions d'ailleurs en Mésopotamie une réserve peu inférieure à notre armée principale.
(3) Mais il était surtout frappé de ce passage du fleuve, impunément exécuté, en dépit des grosses eaux, par cinq cents nageurs qui, après avoir égorgé les postes commis à sa garde, invitaient, de l'autre bord, leurs camarades à imiter leur audace aventureuse.
(4) De notre côté, deux jours furent misérablement perdus à lutter pour établir le pont contre la violence des eaux, et à consumer le peu qui nous restait de vivres. Exaspéré par la faim, le soldat ne demandait qu'à mourir par le fer, pour échapper à cet ignoble supplice.
(5) Mais le Dieu du ciel veillait sur nous. Les Perses, prenant contre toute espérance l'initiative de propositions pacifiques, nous envoyèrent pour négociateurs le Suréna et un autre grand du royaume. Eux aussi perdaient courage en voyant la supériorité des armes romaines se signaler de jour en jour par un avantage plus marqué.
(6) Mais leurs conditions étaient dures et leurs paroles captieuses: "Leur roi très clément, disaient-ils, permettrait par humanité aux restes de notre armée d'effectuer leur retraite, si César, d'accord avec ses officiers, souscrivait à ses propositions.
(7) Nous députâmes, de notre côté, le préfet Salutius et Arinthée. Quatre jours s'écoulèrent en pourparlers sans fin, quatre jours d'inanition et de tortures.
(8) Il n'eût pas fallu plus de temps, si le prince eût su le mettre à profit avant l'envoi de ses négociateurs, pour sortir du territoire ennemi et atteindre les points fortifiés de la Gordyène, pays à nous, pays plein de ressources, et qui n'était pas éloigné de plus de cent milles.
(9) Le roi redemandait péremptoirement tout ce que Maximien lui avait pris. Le prix de notre rançon, comme s'exprimait le document, devait être la restitution de cinq provinces transtigritaines; savoir, l'Arzanène, la Moxoène, la Zabdicène, la Réhimène et la Gordyène, avec quinze places fortes; plus, Nisibe, Singare et Le-Camp-des- Maures; boulevard des plus importants pour notre frontière.
(10) Combattre eût mieux valu cent fois qu'accepter une seule de ses conditions. Mais le timide prince était entouré de flatteurs; on mettait en avant pour l'effrayer le nom de Procope. Un prompt retour, disait-on, était indispensable; sinon, ce général, avec le corps intact qu'il commandait, pouvait, à la nouvelle de la mort de Julien, opérer toute une révolution sans trouver la moindre résistance.
(11) Ces pernicieuses insinuations agissaient incessamment sur l'esprit de Jovien, qui finit par s'y laisser prendre, et par accorder tout sans disputer. Il obtint cependant, mais à grande peine, que Nisibe et Singare ne passassent que sans leurs habitants sous l'obéissance de la Perse, et que lors de la reddition des autres places il fût libre aux sujets romains de se rendre dans quelqu'une des nôtres.
(12) Par une clause additionnelle, concession déloyale autant que funeste, il fut stipulé qu'Arsace, l'ancien et fidèle allié du peuple romain, ne pourrait à l'avenir être secouru par nous contre les Perses. L'ennemi voulait par là d'abord punir personnellement ce prince du ravage de la province de Chiliocome qu'il avait opéré par l'ordre de Julien, et, subsidiairement, se ménager des facilités pour envahir plus tard l'Arménie. Le traité eut effectivement pour résultat la captivité d'Arsace, et, par suite, des déchirements intérieurs dont profitèrent les Perses pour s'emparer d'Artaxate et de presque toute la frontière de l'Arménie du côté des Mèdes.
(13) Dès que cette ignoble transaction eut été ratifiée, des otages furent échangés pour garantie de son exécution. Ce furent de notre côté Nevitte, Victor ainsi que des tribuns des premiers corps de l'armée; et du côté dès Perses, Binésès, l'un de leurs plus hauts satrapes, et trois autres personnes de marque.
(14) La paix fut conclue pour trente ans, et, sanctionnée avec les formes sacramentelles. Nous primes pour notre retour une route différente, afin d'éviter le mauvais pas et les aspérités que l'on rencontre en suivant les sinuosités du fleuve. Mais les horreurs de la soif se joignirent alors pour nous à celles de la faim.
[25,7] VII. 1. Quae dum uanis conatibus agitantur, rex Sapor et procul absens et cum prope uenisset, exploratorum perfugarumque ueris uocibus docebatur fortia facta nostrorum, foedas suorum strages et elephantos, quot numquam rex ante meminerat, interfectos, exercitumque Romanum continuis laboribus induratum post casum gloriosi rectoris non saluti suae, ut memorabat, consulere sed uindictae, difficultatemque rerum instantium aut uictoria summa aut morte memorabili finiturum.
2. ob quae reputabat multa et formidanda: diffusum abunde militem per prouincias leui tessera colligi posse, expertus et sciens populum suum post amissam maximam plebem ultimis terroribus deformatum, simul conperiens in Mesopotamia relictum haut multo minorem exercitum.
3. quae super omnia hebetarunt eius anxiam mentem uno parique natatu quingenti uiri transgressi tumidum flumen incolumes, custodibusque confossis, reliquos consortes suos ad similem fiduciam concitantes.
4. Haec inter cum neque pontes conpaginari paterentur undae torrentes, et absumptis omnibus quae mandi poterant utilibus, exacto miserabiliter biduo, furebat inedia iraque percitus miles, ferro properans quam fame ignauissimo genere mortis absumi.
5. Erat tamen pro nobis aeternum dei caelestis numen, et Persae, praeter sperata priores, super fundanda pace oratores Surenam et optimatetm alium mittunt, animos ipsi quoque despondentes, quos omnibus paene proeliis pars Romana superior grauius quassabat in dies.
6. condiciones autem ferebant difliciles et perplexas, fingentes humanorum respectu reliquias excrcitus redire sinere clementissimum regem, quae iubet si impleuerit cum primatibus Caesar.
7. Contra hos cum Sallustio praefecto mittitur Arintheus, et dum deliberatur examinatius quid fieri deberet, dies quattuor sunt euoluti inedia cruciabiles et omni supplicio tristiores.
8. quo temporis spatio antequam hi mitterentur, si exabusus princeps paulatim terris hostilibus excessisset, profecto uenisset ad praesidia Corduenae, uberis regionis et nostrae, ex eo loco, in quo haec agebantur, centesimo lapide disparatae.
9. Petebat autem rex obstinatius, ut ipse aiebat, sua dudum a Maximiano erepta, ut docebat autem negotium pro redemptione nostra quinque regiones Transtigritanas: Arzanenam et Moxoenam et Zabdicenam itidemque Rehimenam et Corduenam cum castellis quindecim et Nisibin et Singaram et Castra Maurorum, munimentum perquam oportunum.
10. et cum pugnari deciens expediret, ne horum quicquam dederetur, adulatorum globus instabat timido principi, Procopii metuendum subserens nomen, eumque adfirmans, nisi rediret, cognito Iuliani interitu cum intacto milite, quem regebat, nouas res nullo renitente facile moliturum.
11. hac perniciosa uerborum ille adsiduitate nimia succensus, sine cunctatione tradidit omnia quae petebantur, difficile hoc adeptus ut Nisibis et Singara sine incolis transirent in iura Persarum, a munimentis uero alienandis reuerti ad nostra praesidia Romani permitterentur.
12. quibus exitiale aliud accessit et inpium, ne post haec ita conposita Arsaci poscenti contra Persas ferretur auxilium, amico nobis semper et fido. quod ratione gemina cogitatum est, ut puniretur homo, qui Chiliocomum mandatu uastauerat principis, et remaneret occasio, per quam subinde licenter inuaderetur Armenia. unde postea contigit ut uiuus caperetur idem Arsaces, et Armeniae maximum latus Medis conterminans, et Artaxata inter dissensiones et turbamenta raperent Parthi.
13. Quo ignobili decreto firmato, nequid committeretur per indutias contrarium pactis, obsidatus specie uiri celebres altrinsecus dantur Nemota et Victor ex parte nostrorum et Bellouaedius, insignium numerorum tribuni, ex parte uero diuersa Bineses e numero nobilium optimatum, tresque alii satrapae non obscuri.
14. foederata itaque pace annorum triginta, eaque iuris iurandi religionibus consecrata, reuersi itineribus aliis, quoniam loca contigua flumini ut confragosa uitabantur et aspera, potus inopia premebamur et cibi.


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Dernière mise à jour : 8/01/2004