Itinera Electronica
Du texte à l'hypertexte

Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XXVI

Chapitre 1

  Chapitre 1

[26,0] Livre XXVI. [26,0] LIBER XXVI.
[26,1] (1) J'ai consciencieusement conduit ma narration jusqu'au point où commence l'époque actuelle. Arrivé à cette période, en présence de la génération témoin des faits, il serait de la prudence peut-être de ne pas aller plus loin. D'abord, la vérité elle-même a ses périls. Et puis, que de gens pour crier qu'on leur fait tort, pour peu que l'historien omette un mot sorti de la bouche du prince à table, ou ne dise pas précisément à quel sujet, tel jour, la troupe aura été convoquée; ou bien encore si sa discrétion fait grâce de quelques bicoques à ses lecteurs dans la description déjà prolixe d'une contrée, et s'abstient de citer nominativement,chaque individu présent à l'investiture d'un préteur! Ces minuties sont peu dignes de la gravité de l'histoire, qui ne vit que de généralités et dédaigne les détails secondaires. D'ailleurs, s'astreindre à les relever toutes serait folie au même degré que vouloir nombrer les corpuscules qui remplissent l'espace, et que nous appelons atomes.
(2) Ce sont toutefois des appréhensions de ce genre, comme l'a remarqué Cicéron dans sa lettre à Cornélius Népos, qui font que peu d'auteurs de l'antiquité ont laissé voir le jour, de leur vivant, à ce qu'ils ont écrit sur l'histoire contemporaine. Mais, au risque d'essuyer des critiques vulgaires, je poursuis ce que j'ai commencé.
(3) Un bien faible intervalle, marqué seulement par des malheurs, séparait ainsi le deuil de deux princes. Le corps du dernier frappé fut, après les soins nécessaires, dirigé sur Constantinople, où ses cendres allaient reposer avec celles de ses prédécesseurs. L'armée prit ensuite la route de Nicée, capitale de la Bithynie. Là, dans un conseil tenu par les pouvoirs civils et militaires que cette grave circonstance avait réunis, et où plus d'une ambition devait se trouver déçue, on allait solennellement délibérer sur le choix du plus digne d'occuper l'empire.
(4) Le nom d'Équitius, tribun de la première école des scutaires, prononcé par quelques voix timides, fut aussitôt rejeté par les membres influents de l'assemblée, à qui cet officier déplaisait par ses formes acerbes et peu civiles. Des suffrages se portèrent aussi sur Janvier, parent de Jovien, et qui remplissait alors les fonctions d'intendant en Illyrie.
(5) Mais l'éloignement où il se trouvait fut jugé un obstacle, et soudain, comme par une inspiration de la Providence, Valentinien fut élu, sans qu'une seule voix protestât contre un choix si digne et si convenable. Valentinien était chef de la seconde école des scutaires, et Jovien l'avait laissé à Ancyre, avec ordre de le rejoindre sous peu. L'approbation universelle ayant salué son élection comme un acte de bien publie, on députa vers lui pour presser son arrivée. Il y eut cependant un interrègne de dix jours, qui réalisa la prédiction faite à Rome sur l'inspection des entrailles des victimes par l'haruspice Marcus.
(6) Pendant ce temps, Équitius, secondé par Léon, alors agent comptable militaire sous Dagalaif, maître de la cavalerie, et depuis maître des offices, de sanguinaire mémoire, avait l'oeil sur toute manifestation contraire, et s'appliquait surtout à empêcher l'inconstante faveur du soldat de se porter sur quelque prétendant plus à portée. Pannoniens tous deux, et conséquemment fauteurs naturels de l'intérêt du prince désigné, Équitius et Léon ne s'épargnèrent pas à travailler en ce sens l'esprit de l'armée.
(7) Valentinien s'empressa de déférer à l'invitation; mais averti, dit-on, par des présages et des songes, il ne voulut ni sortir ni se laisser voir le lendemain de son arrivée, qui se trouvait être l'intercalaire du mois de février d'une année bissextile, jour qu'il savait être réputé néfaste chez les Romains. Je vais expliquer ce qu'on entend. par bissexte.
(8) D'anciens astronomes, dont les plus éminents sont Méton, Euctémon, Hipparque et Archimède, ont défini l'année le retour du soleil au même point, après qu'il a parcouru, obéissant à l'une des grandes lois de la nature, tous les signes du cercle, appelé zodiaque par les Grecs, en trois cent soixante-cinq jours et autant de nuits; de sorte que partant, je suppose, du second degré du Bélier, il s'y trouve exactement ramené, sa révolution étant accomplie.
(9) Mais en réalité la période solaire, qui doit se terminer à midi, ne se complète qu'en six heures de plus que ce nombre de jours. L'année qui suit, commençant donc à la sixième heure du jour, ne sera révolue qu'à la première de nuit. La troisième se comptera de la première veille à la sixième heure de nuit, et la quatrième, de minuit à la première heure de lumière.
(10) Or ce comput, qui, à cause des variations du point de départ dans une succession seulement de quatre années, se trouve être tantôt à midi, tantôt à minuit, tend à troubler la division scientifique du temps, et à faire ultérieurement, dans un moment donné, arriver les mois d'automne, par exemple, dans la saison printanière. Pour remédier à cet inconvénient, on a composé de l'excédant de six heures multiplié par quatre, nombre des années, un jour additionnel à la dernière.
(11) Les résultats de cette convention, mûrement réfléchie et consacrée par l'adhésion des esprits les plus éclairés, ont été d'établir entre toutes les années une correspondance d'époque parfaite et invariable, et de faire disparaître toute incertitude sur leur retour, ainsi que tout défaut de coïncidence entre les mois et les saisons.
(12) Cette heureuse innovation ne date chez nous que de l'extension que l'empire a prise par la conquête. Aussi le calendrier romain ne fut-il longtemps que chaos et incertitude. Les pontifes avaient le droit exclusif d'intercaler; et ils exerçaient arbitrairement leur privilège, tantôt dans l'intérêt du fisc, tantôt en vue du gain de tel procès, allongeant ou restreignant à leur gré la durée du temps.
(13) De là une multitude de fraudes, dont l'énumération serait superflue. Octavien Auguste leur retira cette faculté abusive, et réforma l'annuaire romain d'après les errements de la Grèce. On assigna à l'année une composition fixe de douze mois et six heures, période de temps qui correspond à celui que met le soleil, dans sa marche éternelle, à parcourir les douze signes.
(14) Telle est l'origine du bissexte, dont Rome, qui doit vivre dans tous les siècles, a consacré l'usage avec l'aide des dieux. Revenons à notre sujet.
[26,1] I. 1. Dictis inpensiore cura rerum ordinibus ad usque memoriae confinia propioris conuenerat iam referre a notioribus pedem, ut et pericula declinentur ueritati saepe contigua, et examinatores contexendi operis deinde non perferamus intempestiuos, strepentes ut laesos, si praeteritum sit, quod locutus est imperator in cena, uel omissum quam ob causam gregarii milites coerciti sunt apud signa, et quod non decuerat in descriptione multiplici regionum super exiguis silere castellis, quodque cunctorum nomina, qui ad urbani praetoris officium conuenere, non sunt expressa, et similia plurima praeceptis historiae dissonantia, discurrere per negotiorum celsitudines adsuetae, non humilium minutias indagare causarum, quas si scitari uoluerit quispiam, indiuidua illa corpuscula uolitantia per inane, atomous, ut nos appellamus, numerari posse sperabit.
2. haec quidam ueterum formidantes, cognitiones actuum uariorum stilis uberibus explicatas non edidere superstites, ut in quadam ad Cornelium Nepotem epistula Tullius quoque testis reuerendus adfirmat. proinde inscitia uulgari contempta ad residua narranda pergamus.
3. Hac uolubilium casuum diritate exitu luctuoso finita, obituque interuallato trium breui tempore principum, corpore curato defuncti, missoque Constantinopolim, ut inter Augustorum reliquias conderetur, progresso Nicaeam uersus exercitu, quae in Bithynia mater est urbium, potestatum ciuilium militiaeque retcores magnitudine curarum adstricti communium, interque eos quidam spe uana sufflati, moderatorem quaeritabant diu exploratum et grauem.
4. Et rumore tenus obscuris paucorum susurris nomen praestringebatur Aequitii, scholae primae Scutariorum etiam tum tribuni, qui cum potiorum auctoritate displicuisset ut asper et subagrestis, translata est suffragatio leuis in Ianuarium Iouiani adfinem curantem summitatem necessitatum castrensium per Illyricum.
5. quo itidem spreto quia procul agebat, ut aptus ad id quod quaerebatur atque conueniens Valentinianus nulla discordante sententia numinis adspiratione caelestis electus est, agens scholam Scutariorum secundam relictusque apud Ancyram, postea secuturus ut ordinatum est. et quia nullo renitente hoc e re publica uidebatur, missis qui eum uenire ocius admonerent, diebus decem nullus imperii tenuit gubernacula, quod tunc euenisse extis Romae inspectis haruspex edixerat Marcus.
6. Inter haec tamen nequid nouaretur contrarium placitis, neue armatorum mobilitas saepe uersabilis ad praesentium quendam inclinaret arbitrium, adtente prouidebat Aequitius et cum eo Leo, adhuc sub Dagalaifo magistro equitum rationes numerorum militarium tractans, exitialis postea magister officiorum, exercitus uniuersi iudicium quantum facere nitique poterant, ut Pannonii fautoresque principis designati firmantes.
7. Qui cum uenisset accitus, inplendique negotii praesagiis, ut opinari dabatur, uel somniorum adsiduitate, nec uideri die secundo nec prodire in medium uoluit, bissextum uitans Februarii mensis tunc illucescens, quod aliquotiens rei Romanae fuisse dignorat infaustum. cuius notitiam certam designabo.
8. Spatium anni uertentis id esse periti mundani motus et siderum definiunt ueteres, inter quos Meton et Euctemon et Hipparchus et Archimedes excellunt, cum sol perenni rerum sublimium lege polo percurso signifero, quem zodiakon sermo Graecus appellat, trecentis et sexaginta quinque diebus emensis et noctibus ad eundem redierit cardinem, ut uerbo tenus, si a secunda particula elatus Arietis ad eam dimensione redierit terminata.
9. sed anni interuallum uerissimum memoratis diebus et horis sex usque ad meridiem concluditur plenam, annique sequentis erit post horam sextam initium porrectum ad uesperam. tertius a prima uigilia sumens exordium ad horam noctis extenditur sextam. quartus a medio noctis ad usque claram trahitur lucem.
10. ne igitur haec conputatio uariantibus annorum principiis et quodam post horam sextam diei, alio post sextam excursa nocturnam, scientiam omnem squalida diuersitate confundat et autumnalis mensis inueniatur quandoque uernalis, placuit senas illas horas, quae quadriennio uiginti colliguntur atque quattuor, in unius diei noctisque adiectae transire mensuram.
11. hocque alte considerato, eruditis concinentibus multis effectum est, ut ad unum distinctumque exitum circumuersio cursus annui reuoluta, nec uaga sit nec incerta, nulloque errore deinceps obumbrata ratio caelestis appareat et menses tempora retineant praestituta.
12. haec nondum extentis fusius regnis diu ignorauere Romani, perque saecula multa obscuris difficultatibus inplicati, tunc magis errorum profunda caligine fluctuabant cum in sacerdotes potestatem transtulissent interkalandi, qui licenter gratificantes publicanorum uel litigantium commodis ad arbitrium suum subtrahebant tempora uel augebant.
13. hocque ex coepto emerserunt alia plurima, quae fallebant, quorum meminisse nunc superuacuum puto. quibus abolitis Octauianus Augustus Graecos secutus hanc inconstantiam correcta turbatione conposuit, spatiis duodecim mensium et sex horarum magna deliberatione collectis, per quae duodecim siderum domicilia sol discurrens motibus sempiternis anni totius interualla concludit.
14. quam rationem bissexti probatam etiam uictura cum saeculis Roma adiumento numinis diuini fundauit. proinde pergamus ad reliqua.


Recherches | Texte | Lecture | Liste du vocabulaire | Index inverse | Menu | Bibliotheca Classica Selecta |

 
UCL | FLTR | Itinera Electronica | Bibliotheca Classica Selecta (BCS) |
Analyse, design et réalisation informatiques : B. Maroutaeff - J. Schumacher
Dernière mise à jour : 13/01/2004