[27, 9] (1) Telle était la situation des choses en Bretagne.
L'Afrique, depuis l'avènement de Valentinien, était désolée par les
barbares, dont les insolentes incursions y répandaient le meurtre et
le pillage. Les maux du pays, fomentés par le relâchement de la
discipline, étaient encore aggravés par la cupidité qui s'emparait
de toutes les âmes, et dont le comte Romain donnait à tous
l'exemple, (2) tout en sachant rejeter sur d'autres l'odieux de ses
exactions. Haï pour sa cruauté, cet homme l'était plus encore pour
l'infâme calcul avec lequel il prenait les devants sur les ravages
de la guerre, et mettait ensuite au compte de l'ennemi la spoliation
de la province par ses propres mains. Ces déprédations étaient
protégées par la connivence de son parent Rémige, maître des
offices, qui avait l'art de présenter à Valentinien sous un jour
tout différent la déplorable condition de l'Afrique, et qui, par ses
rapports mensongers, sut longtemps mettre en défaut la pénétration
dont se piquait le prince. (3) Mon intention, du reste, est de
réserver pour une relation spéciale et détaillée les circonstances
du meurtre du président Rurice et des autres membres de l'ambassade,
ainsi que d'autres scènes de sang dont ce pays fut alors le théâtre.
(4) Mais le temps de la vérité est venu: disons nettement toute
notre pensée. Un des torts de Valentinien est d'avoir, au grand
préjudice de l'État, donné le premier l'essor à l'arrogance de
l'armée. Il prodigua trop de ce côté les richesses et les honneurs,
et, ce qui n'est pas moins blâmable en morale qu'en politique,
impitoyable à l'égard des simples soldats, il fermait les yeux sur
les vices des chefs, qui dépassèrent bientôt toute mesure: aussi en
sont-ils venus à se regarder comme disposant de toutes les
fortunes. (5) Les législateurs d'autrefois, au contraire, étaient en
garde contre l'ambition et la prépondérance militaires, jusqu'au
point même d'outrer l'application de la peine capitale, par
l'application de ce principe inexorable qui, lorsqu'une multitude a
failli, frappe l'individu innocent offert par le sort aveugle en
sacrifice à la vindicte publique. (6) À cette époque, des bandes
d'Isauriens s'étaient jetées sur les villes et les riches campagnes
de leur voisinage, et désolaient la Pamphylie aussi bien que la
Cilicie, sans trouver de résistance nulle part. Le spectacle de ce
brigandage impuni, et des dévastations qu'il laissait à sa suite,
émut le lieutenant d'Asie, nommé Musonius, qui avait enseigné la
rhétorique à Athènes. Mais le désordre était dans l'administration
et la désorganisation dans la force militaire, corrompue par la
mollesse. Musonius prit le parti de rassembler autour de lui
quelques éléments de cette milice à demi armée, connue sous le nom
de Diogmites, et d'attaquer la première bande qu'il rencontrerait.
Mais, en cherchant à franchir un étroit défilé de ces montagnes, il
ne put éviter une embuscade, où tout son monde périt avec lui. (7)
Ce succès, qui donna aux Isauriens la confiance de se disséminer,
tira enfin nos troupes de leur torpeur. On fit justice d'un certain
nombre de ces brigands; le reste, repoussé jusque dans ces ténébreux
repaires, y fut encore relancé. Tant qu'enfin, ne trouvant plus ni
repos ni moyen de subsistance, ces barbares, d'après le conseil des
habitants de Germanicopolis, qu'ils ont toujours suivis comme chefs
de files, se décidèrent à demander la paix. On exigea d'eux des
otages, qu'ils livrèrent; après quoi ils restèrent longtemps sans
commettre aucun acte d'hostilité. (8) Rome était alors sous
l'excellente administration de Prétextat, dont toute la vie n'est
qu'une suite d'actes d'intégrité et de droiture. Ce magistrat
réussit à se faire aimer, tout en sachant se faire craindre: talent
bien rare assurément, car l'affection chez les subordonnés ne se
concilie guère avec la crainte. (9) Son autorité, ses sages
conseils, mirent fin au schisme violent qui divisait les chrétiens.
Ursin fut expulsé. Une parfaite tranquillité régna dès lors dans la
ville, à la vive satisfaction de ses habitants, et permit au préfet
d'augmenter sa propre gloire par plus d'une utile réforme. (10) Il
fit disparaître toutes ces usurpations de la voie publique, qu'on
appelle Maenianes, et que prohibaient les anciennes lois; purgea les
temples des constructions parasites dont trop souvent l'intérêt
privé profane et déforme leurs approches; établit dans tout son
ressort l'uniformité de poids et mesure, seul moyen d'empêcher les
exactions et les fraudes dans le commerce. Enfin, sa conduite comme
juge lui mérite ce bel éloge fait par Cicéron de Brutus: "La faveur,
à laquelle il ne concédait rien, s'attachait pourtant à tous ses
actes."
| [27,9] IX.
1. Haec in Brittanniis agebantur. Africam uero iam inde ab exordio Valentiniani
imperii exurebat barbarica rabies, per procursus audentiores et crebris caedibus
et rapinis intenta quam rem militaris augebat socordia et aliena inuadendi
cupiditas maximeque Romani nomine comitis.
2. qui uenturi prouidus transferendaeque in alios inuidiae artifex, saeuitia
morum multis erat exosus, hac praecipue causa quod superare hostes in uastandis
prouinciis festinabat, adfinitate Remigii {tunc} magistri officiorum confisus,
quo praua et contraria referente princeps - ut prae se ferebat ipse -
cautissimus lacrimosa dispendia diutius ignorauit Afrorum.
3. Gestorum autem per eas regiones seriem plenam et Rurici praesidis
legatorumque mortem et cetera luctuosa cum adegerit ratio, diligentius
explicabo.
4. et quoniam adest liber locus dicendi quae sentimus, aperte loquimur: hunc
imperatorem omnium primum in maius militares fastus ad damna rerum auxisse
communium, dignitates opesque eorum sublimius erigentem, et quod erat publice
priuatimque dolendum, indeflexa saeuitia punientem gregariorum errata, parcentem
potioribus, qui tamquam peccatis indulta licentia ad labes delictorum inmanium
consurgebant; qui ex eo anhelantes ex nutu suo indistanter putant omnium pendere
fortunas.
5. horum flatus et pondera inuentores iuris antiqui mollientes etiam insontes
quosdam aliquotiens suppliciis aboleri censuere letalibus. quod saepe contingit,
cum ob multitudinis crimina non nulli sortis iniquitate plectuntur innoxii: id
enim non numquam ad priuatorum pertinuit causas.
6. At in Isauria globatim per uicina digressi praedones, oppida uillasque uberes
libera populatione uexantes magnitudine iacturarum Pamphyliam adflictabant et
Cilicas. quos cum nullis arcentibus interneciue cuncta disperdere Asiae uicarius
ea tempestate Musonius aduertisset, Athenis Atticis antehac magister rhetoricus,
deploratis nouissime rebus, luxuque adiumento militari marcente, adhibitis
semiermibus paucis, quos Diogmitas appellant, unum grassatorum cuneum, si
patuisset facultas, adoriri conatus, per angustum quendam transiens deuexitatis
anfractum, ad ineuitabiles uenit insidias, et ibi cum his confossus est quos
ducebat.
7. tali successu latrones praetumidos palantesque per uaria confidentius,
interfectis aliquibus, ad latebrosa montium saxa quae incolunt excitae tandem
copiae contruserunt; ubi cum eis nec quiescendi nec inueniendi ad uictum utilia
copia laxaretur, per indutias pacem sibi tribui poposcerunt, Germanicopolitanis
auctoribus, quorum apud eos ut signiferae manus, semper ualuere sententiae,
obsidibusque datis, ut imperatum est, immobiles diu mansere, nihil audentes
hostile.
8. Haec inter Praetextatus praefecturam urbis sublimius curans, per integritatis
multiplices actus et probitatis, quibus ab adulescentiae rudimentis inclaruit,
adeptus est id quod raro contingit, ut cum timeretur, amorem non perderet
ciuium, minus firmari solitum erga iudices formidatos.
9. cuius auctoritate iustisque ueritatis suffragiis tumultu lenito, quem
Christianorum iurgia concitarunt, pulsoque Vrsino, alta quies parta, proposito
ciuium Romanorum aptissima, et adulescebat gloria praeclari rectoris plura et
utilia disponentis.
10. namque et Maeniana sustulit omnia, fabricari Romae priscis quoque uetita
legibus, et discreuit ab aedibus sacris priuatorum parietes isdem inuerecunde
conexos, ponderaque per regiones instituit uniuersas, cum auiditati multorum ex
libidine trutinas conponentium occurri nequiret. in examinandis uero litibus
ante alios id impetrauit quod laudando Brutum Tullius refert, ut cum nihil ad
gratiam faceret, omnia tamen grata uiderentur {esse}, quae factitabat.
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