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Du texte à l'hypertexte

Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XXVIII

Chapitre 6

  Chapitre 6

[28,6] (1) Nous allons en quelque sorte passer dans un autre monde, et retracer les douleurs de la province de Tripolitaine en Afrique, douleurs dont on peut dire que la Justice elle-même a pleuré. Nous montrerons quelle étincelle a produit cet incendie.
(2) Les Austoriani, tribu barbare du voisinage, ne vivant que de meurtres et de rapines, et redoutable pour la rapidité de ses mouvements, après une inaction de quelque durée, avait repris ses habitudes de pillage et de violence. Voici le motif qu'ils donnaient sérieusement à leur agression:
(3) Un des leurs, nommé Stachao, à la faveur de la paix parcourait librement notre territoire. Il y commit plusieurs infractions à l'ordre public et aux lois, une entre autres des plus graves, et dont on eut la preuve. Convaincu de trames pour livrer la province à ses compatriotes, il fut condamné à être brûlé vif et exécuté.
(4) Sous prétexte de tirer vengeance de l'injustice dont un des leurs était mort victime, les barbares se répandirent hors de leurs frontières avec la furie de bêtes féroces. Jovien régnait encore à cette époque. L'invasion respecta la ville de Leptis, redoutable par sa population et ses défenses; mais ses riches environs furent pendant trois jours mis au pillage. Les Austoriani égorgèrent les paysans restés sur place par l'effet de la terreur ou réfugiés dans des cavernes, brûlèrent ce qu'ils ne purent emporter, et s'en retournèrent chargés de butin, emmenant prisonnier Silva, l'un des premiers magistrats de la ville, qu'ils avaient surpris dans sa campagne avec sa famille.
(5) Les Leptitains, sous l'impression de ce désastre, se dépêchèrent, avant que l'orgueil du succès poussât les barbares à de nouvelles hostilités, de demander du secours au comte Romain, qui venait d'être nommé au gouvernement de l'Afrique. Celui-ci vint en effet, amenant avec lui des troupes. Mais quand il s'agit de se porter sur les points ravagés, il refusa d'entrer en campagne que l'on n'eût au préalable mis à sa disposition d'immenses approvisionnements en vivres et quatre mille chameaux.
(6) Les infortunés Leptitains restèrent d'abord stupéfaits, puis protestèrent de leur impuissance, ruinés comme ils l'étaient par le fer et la flamme, à remplir l'exorbitante condition imposée pour porter remède à tant de maux. Sur quoi le comte séjourna quarante jours chez eux dans une inaction prétendue forcée, puis s'en retourna purement et simplement.
(7) Voyant s'évanouir ainsi l'espoir qu'ils avaient conçu de ce côté, les Tripolitains appréhendèrent les derniers malheurs. C'était l'époque de la session de leur conseil provincial, qui s'assemble une fois l'an. On y désigna deux députés, Sévère et Flaccien, chargés d'offrir à Valentinien, comme don de joyeux avènement, des figurines de la Victoire en or, et d'exposer nettement devant lui les souffrances de la province.
(8) Le comte, informé de cette résolution, dépêche aussitôt un courrier à Rémige, maître des offices, son parent et le complice de ses rapines, lui mandant de faire en sorte que la connaissance de l'affaire fût attribuée à lui Romain, et au lieutenant du préfet dans la province.
(9) Les députés arrivent à la cour, obtiennent audience, et, à l'appui de leurs doléances de vive voix, remettent au prince un mémoire des faits. Comme le contenu de cette pièce était en désaccord avec les renseignements du maître des offices, qui s'entendait avec Romain, les déclarations contradictoires furent jugées suspectes. On remit donc à plus ample informé la décision de l'affaire, qui dut passer par toutes les phases d'atermoiement et fins de non-recevoir dont les intermédiaires du pouvoir ont coutume d'endormir sa justice.
(10) Les Tripolitains cependant attendaient avec anxiété que le gouvernement vînt à leur secours. Au milieu de cette angoisse prolongée, voilà de nouvelles bandes qui leur tombent sur les bras. Les campagnes de Leptis et d'Oéa sont ravagées dans tous les sens, et les barbares ne se retirent que chargés de butin, après avoir tué plusieurs décurions, Rusticien et Nicaise entre autres, investis, l'un des attributions du culte, l'autre de celles de l'édilité.
(11) L'invasion ne rencontra pas même d'obstacle; car les pouvoirs militaires, que les instances des députés avaient d'abord fait confier au président Rurice, venaient d'être dévolus à Romain.
(12) Toutefois une relation de ce nouveau désastre parvint au prince dans les Gaules, et lui causa une vive émotion. Il envoya aussitôt Pallade, tribun et notaire, avec la double mission d'acquitter la solde due aux cantonnements d'Afrique, et de porter une équitable investigation sur ce qui s'était passé dans la province de Tripolitaine.
(13) Tandis que le temps se passe à prendre des renseignements et à attendre les réponses, les Austoriani, enflés de leur double succès, reviennent à la charge comme des oiseaux de proie qui ont senti le carnage, tuent tout ce qui ne peut fuir assez vite, emportent le butin dont ils n'avaient pu se charger dans les deux précédents pillages, et coupent les arbres et les vignes.
(14) Un citoyen très riche et très influent, nommé Mychon, surpris par eux dans sa maison de campagne, réussit cependant à s'échapper de leurs mains avant d'être garrotté. Mais une infirmité qu'il avait aux jambes l'empêchant de fuir, il se jeta dans un puits à sec, d'où les barbares le tirèrent avec une côte rompue. Ils le traînèrent ensuite jusque sous les murs de la ville, où la vue de cet infortuné émut la compassion de sa femme, qui paya sa rançon. Alors on le hissa sur le rempart avec une corde, et il mourut deux jours après.
(15) Enfin les brigands, de plus en plus acharnés, poussèrent l'insolence jusqu'à attaquer les défenses de Leptis. La ville aussitôt retentit des lamentations désespérées des femmes, qui, pour la première fois, se voyaient enfermées pour subir un siège. Celui-ci toutefois ne dura que huit jours. Les assaillants, voyant qu'ils y perdaient inutilement du monde, se retirèrent, assez humiliés de cet échec.
(16) Mais la position des habitants n'en était pas moins critique. Point de nouvelles des députés. On tente un dernier effort, en chargeant Jovin et Pancrace de remettre encore sous les yeux du prince le tableau de souffrances qu'ils ont vues et partagées. À Carthage, ceux-ci rencontrent Sévère et Flaccien, leurs prédécesseurs, qui ne purent rien répondre à leurs questions inquiètes, sinon qu'ils étaient renvoyés devant le comte et le lieutenant. Sur ces entrefaites, Sévère tombe malade et meurt. Les deux nouveaux commissaires n'en poursuivent pas moins leur voyage en toute célérité.
(17) Arrive Pallade en Afrique. Romain, averti de cette mission, et comprenant quel danger pouvait en résulter pour lui, dépêche aussitôt un de ses affidés à chacun des chefs de corps, leur conseillant de faire sous main de larges remises, sur les fonds de la solde, à l'homme influent et bien en cour à qui ce rôle important avait été confié. La manoeuvre eut un plein succès.
(18) Pallade, empochant les deniers, s'achemine vers Leptis; et là, pour constater plus sûrement les faits, se fait accompagner d'Erechthius et d'Aristomène, magistrats distingués de la ville, sur le théâtre des dévastations. Beaux parleurs tous deux, ceux-ci ne s'épargnèrent pas en doléances sur les maux endurés par eux, par leurs concitoyens, et par les habitants des campagnes voisines.
(19) Pallade vit de ses yeux toutes les misères de la province. Il revint invectivant amèrement contre la coupable négligence du gouverneur, et déclarant tout haut qu'il dirait au prince toute la vérité. Alors Romain, piqué au vif, le menaça d'un contre-rapport, où il révélerait à l'empereur les détournements opérés sur la solde au profit de l'incorruptible agent qu'il avait choisi.
(20) Par réciprocité d'infamie, une collusion s'établit ainsi entre ces deux hommes. Pallade, de retour près du prince, lui persuada, par le plus mensonger des récits, que les Tripolitains se plaignaient sans raison. Là-dessus il est lui-même renvoyé en Afrique avec Jovin, le seul membre restant de la seconde députation (Pancrace était mort à Trèves), afin de statuer, de concert avec le lieutenant, sur le mérite de cette nouvelle supplique. Valentinien ordonna de plus qu'Erechthius et Aristomène eussent la langue coupée, pour les propos par eux méchamment débités devant Pallade.
(21) Celui-ci se rend donc comme adjoint du lieutenant à Tripoli, où Romain, toujours bien informé, se dépêche d'envoyer un agent avec son conseiller Caecilius, enfant lui-même de la province. Par artifice ou corruption, ces deux entremetteurs surent si bien circonvenir les membres du conseil, qu'ils tournèrent en masse contre Jovin, prétendant que celui-ci n'avait reçu d'aucun d'eux mission de dire ce qu'il lui avait plu d'articuler devant le prince. Le comble de cette amère dérision fut que le pauvre Jovin se vit forcé lui-même, croyant par là sauver sa tête, de confesser qu'il avait menti à l'empereur.
(22) Au retour de Pallade, et sur son exposé des faits, l'empereur, toujours enclin aux résolutions violentes, prononça la peine capitale contre Jovin comme auteur, Célestin et Concordius comme complices, de fausses déclarations. Le président Rurice dut également perdre la tête sous le fer du bourreau comme imposteur, et, de plus, comme s'étant servi d'expressions inconvenantes dans sa dépêche.
(23) Rurice subit sa peine à Sétif. Les autres furent exécutés à Utique, par les ordres du lieutenant Crescens. Flaccien, quelque temps avant la mort de ses collègues, par la vigueur avec laquelle il soutenait son bon droit devant le comte et le lieutenant, ameuta contre lui les soldats, qui l'accablèrent d'injures et faillirent le massacrer. Ils lui criaient que si les Tripolitains étaient restés sans défense, ils ne devaient s'en prendre qu'à leur propre refus de fournir aux besoins du corps expéditionnaire.
(24) L'infortuné fut jeté en prison. Mais tandis que l'empereur hésitait sur ce qu'on devait faire de lui, il trouva moyen de s'évader, probablement en gagnant ses gardes, et fut secrètement se réfugier à Rome, où il resta caché jusqu'à sa mort.
(25) En présence d'un tel dénouement, la malheureuse province, opprimée au dehors, trahie au dedans, ne put que se résigner et se taire. Mais vint le tour de la vengeance. L'oeil éternel de la Justice se rouvrit un jour, au cri du sang des députés et de Rurice. Il fallut du temps toutefois, comme on va le voir, pour que l'expiation fût complète. Déjà Pallade, frappé d'une disgrâce et dépouillé de tous les avantages d'une position dont il était si fier, était rentré dans l'obscurité,
(26) lorsque l'illustre Théodose fut envoyé en Afrique pour réprimer la révolte de Firmus. Une recherche ordonnée alors par le général, suivant ses instructions, dans les papiers du comte Romain, fit découvrir une lettre d'un certain Métère, laquelle portait cette suscription, "Métère à Romain, son patron," et, après quelques détails insignifiants, se terminait ainsi: "Le disgracié Pallade vous présente ses compliments. Sa destitution, dit-il, n'est qu'une juste conséquence des mensonges qu'il a débités à des oreilles sacrées, touchant l'affaire de Tripoli."
(27) La lettre fut envoyée à la cour, et, sur son contenu, Valentinien fit arrêter Métère, qui la reconnut pour être de lui. Un mandat d'amener fut aussitôt lancé contre Pallade, qui, récapitulant en chemin quelles charges il avait accumulées sur sa tête, se pendit à la première couchée, profitant de l'absence de ses gardiens, qui étaient allés passer la nuit à l'église, en observation de la grande solennité du christianisme.
(28) Erechthius et Aristomène, à qui ce jugement du sort ne laissait plus rien à redouter de leur cruel persécuteur, sortirent des asiles où ils s'étaient cachés en apprenant qu'ils devaient perdre la langue pour s'en être trop servis. Valentinien n'était plus. Ils révélèrent alors à l'empereur Gratien tout ce mystère d'iniquité, furent renvoyés devant le proconsul Hespérius et le lieutenant Flavien, où ils trouvèrent cette fois l'intégrité sur le siège du magistrat. La torture arracha à Caecilius l'aveu d'avoir mis lui-même dans la bouche des membres du conseil de Tripoli l'accusation de fraude contre leurs députés. Enfin, une relation publique mit tous ces faits au grand jour, et pas une voix ne s'éleva pour dire non.
(29) Un dernier acte manquait à cette terrible tragédie. Romain lui-même se rendit à la cour, accompagné de Caecilius, dans l'intention d'accuser de partialité ceux qui avaient informé sur cette affaire. Encouragé par l'accueil que lui fit Mérobaud, il sollicita la comparution de plusieurs témoins, tous à sa dévotion. Mais, arrivés à Milan, ceux-ci eurent l'adresse de déposer de façon à se faire mettre hors de cause, et renvoyer chez eux purement et simplement. Quant à Rémige, avant la mort de Valentinien il était déjà rentré dans la retraite; et nous dirons en son lieu comment un noeud coulant y termina ses jours.
[28,6] VI. 1. Hinc tamquam in orbem migrantes alium, ad Tripoleos Africanae prouinciae ueniamus aerumnas, quas, ut arbitror, Iustitia quoque ipsa defleuit, quae unde instar exarsere flammarum, textus aperiet absolutus.
2. Austoriani his contermini partibus barbari, in discursus semper expediti ueloces, uiuereque adsueti rapinis et caedibus, paulisper pacati, in genuinos turbines reuoluti sunt hanc causam praetendentes ut seriam.
3. Stachao quidam nomine popularis eorum, ut in otio nostra peragrando licentius, agebat quaedam uetita legibus, inter quae illud potius eminebat, quod prouinciam omni fallaciarum uia prodere conabatur, ut indicia docuere uerissima: quocirca supplicio flammarum absumptus est.
4. Huius necem ulcisci, ut propinqui damnatique iniuste causantes, ferarum similes rabie concitarum exsiluere sedibus suis, Iouiano etiam tum imperante, ueritique prope Leptim accedere, ciuitatem muris et populo ualidam, suburbano eius uberrimo insedere per triduum, mactatisque agrestibus, quos inopinus hebetauerat pauor, uel confugere coegerat ad speluncas, incensa suppellectili multa, quae uehi non poterat, referti rapinis reuerterunt ingentibus, trahentes captiuum Siluam quoque casu cum caritatibus in agro inuentum, ordinis sui primatem.
5. Hac subita clade Leptitani perterriti, ante incrementa malorum, quae intentabat barbaricus tumor, praesidium inplorauere Romani comitis per Africam recens prouecti. qui cum uenisset militaris copias ducens, ferreque opem rebus rogaretur adflietis, non nisi abundanti commeatu adgesto, et camelorum quattuor milibus apparatis, castra firmabat esse moturum.
6. hocque responso miserandis ciuibus stupefactis, atque negantibus sufficere se posse post uastationes et incendia ita enormibus instrumentis remedia quaerere damnorum inmanium, dissimulanter diebus ibi quadraginta consumptis, nullo temptato inde discesserat comes.
7. Qua spe Tripolitani frustrati formidantesque extrema, adlapso legitimo die concilii, quod apud eos est annuum, Seuerum et Flaccianum creauere legatos, Victoriarum aurea simulacra Valentiniano ob imperii primitias oblaturos, utque lacrimosas prouinciae ruinas docerent intrepide.
8. quibus conpertis Romanus, misso equite uelocissimo magistrum officiorum petit Remigium, adfinem suum uel rapinarmn participem, ut prouideret imperatoris arbitrio cognitionem huius negotii uicario sibique deferri.
9. uenerunt in comitatum legati, aditoque principe, uerbis, quae perpessi sunt, ostenderunt: obtulerunt decreta, textum continentia rei totius. quibus lectis cum neque relationi officiorum magistri fauentis Romani flagitiis, nec contraria referentibus crederetur, promissa disceptatio plena dilata est eo more, quo solent inter potiorum occupationes ludi potestates excelsae.
10. Dum remedia quaedam a conmilitio principis exspectantur, suspensis Tripolitanis diuque anxiis, rursus globi superuenere barbarici, fiducia sublati praeteritorum, Leptitanoque agro et Oeensi interneciua populatione transcursis, expleti praedarum aceruis ingentibus abscesserunt, occisis decurionibus multis, inter quos Rusticianus sacerdotalis et Nicasius enitebat aedilis.
11. haec autem eruptio ideo arceri non potuit, quod ad legatorum preces negotiorum quoque militarium cura praesidi delata Ruricio, mox translata est ad Romanum.
12. et iam recens inflitcae cladis nuntius missus ad Gallias, excitauit acrius principem. ideoque tribunus et notarius Palladius mittitur, ut et militi disperso per Africam praeberet stipendium debitum, et gesta per Tripolim fide congrua scrutaretur.
13. Inter tales tamen consulendi moras exspectandique responsa, Austoriani successu gemino insolentes, ut rapaces alites aduolarunt inritamento sanguinis atrocius efferatae; cunctisque, nisi quos fuga discriminibus eximeret, interemptis, praedas, quas antehac reliquerant, auexerunt arboribus exsectis et uitibus.
14. tunc Mychon quidam nobilis oppidanus et potens, captus in suburbano lapsusque, antequam uinciretur, quia pedibus aeger euadere penitus uetabatur, in puteum aquis uacuum sese coniecit, unde costa diffracta leuatus a barbaris, ductusque prope portas, coniugis miseratione redemptus est, et ad pinnas muri fune sublatus post biduum interiit.
15. unde elati in pertinaciam saeuissimi grassatores, ipsa pulsauere moenia Leptitana, funestis plangoribus resonantia feminarum, quas numquam antea hostiliter clausas pauor exanimabat insolitus, obsessaque urbe per octo continuos dies, cum quidam oppugnatores sine ullo uulnerarentur effectu, redierunt ad propria tristiores.
16. Ob quae super salute dubii ciues, ultimaque temptantes, profectis ante legatis, nondum reuersis, Iouinum mittunt atque Pancratium, quae uiderint, quae ipsi perpessi sint, imperatorem fida relatione docturos. qui Seuerum apud Carthaginem inuentum et Flaccianum superiores illos legatos percontando quid egerint, cognouerunt eos audiri a uicario iussos et comite. e quibus Seuerus ilico perit uexatus acerbitate morborum: nihilo minus tamen properarunt ad comitatum magnis itineribus ante dicti.
17. Ingresso post haec Palladio Africam, Romanus, quas ob res uenerat, ante praestructurus, ut securitatem suam in tuto locaret, numerorum principiis per quosdam secretorum mandauerat conscios, ut ei tamquam potenti et palatii summatibus proximo, stipendii, quod pertulerat, praestarent maximam partem: et ita est factum.
18. confestimque ille ditatus perrexit ad Leptim, utque ad ueritatis perueniret indaginem, Erechthium et Aristomenem facundos municipes et insignes, libere suas ciuiumque et finitimorum retexentes aerumnas, ad loca uastata secum eduxit.
19. quibus aperte cuncta monstrantibus, luctuosis prouinciae cineribus uisis reuertit, Romanumque ut desidem increpans, relaturum se cuncta uerissime, quae uiderat, minabatur ad principem. atque ille ira percitus et dolore, se quoque mox referre firmauit, quod missus ut notarius incorruptus, donatiuum militis omne in quaestus auerterit proprios.
20. qua gratia flagitiorum arbitra conscientia, cum Romano deinde Palladius concordabat, reuersusque ad comitatum, arte mendaciorum impia Valentinianum fefellerat, Tripolitanos frustra queri commemorans. ideoque rursus ad Africam cum Iouino postremo omnium legatorum remittitur - Pancratius enim decesserat apud Treueros - ut cum uicario ipse rmerita legationis quoque secundae spectaret: praeter haec linguas Erechthi et Aristomenis praecidi iusserat imperator, quos inuidiosa quaedam locutos idem Palladius intimarat.
21. Secutus, ut statutum est, uicarium notarius uenit ad Tripolim. hocque conperto Romanus domesticum suum illuc uolucriter misit, et Caecilium consiliarium in ea prouincia genitum, per quos - incertum pretio an fallaciis - circumuenti municipes omnes grauabant Iouinum, destinatius adserentes nihil eorum mandasse, quas docuerat principem: eo usque iniquitate grassante ut ipse quoque Iouinus ad salutis suae discrimen confiteretur se imperatori mentitum.
22. Quibus per Palladium regressum cognitis, Valentinianus ad acerbitatem procliuior Iouinum quidem ut auctorem, Caelestinum uero Concordiumque et Lucium ut falsi conscios et participes puniri supplicio capitali praecepit, Ruricium autem praesidem ut mendacem morte multari, hoc quoque accedente quod in relatione eius uerba quaedam, ut uisum est, inmodica legebantur.
23. ac Ruricius quidem apud Sitifim caesus, reliqui apud Vticam sententia uicarii Crescentis addicti. Flaccianus tamen ante legatorum interitum cum a uicario audiretur et comite, constanter saluti suae propugnans, adclamationibus iratorum militum impetuque cum conuiciis paene confossus est, obicientium ideo Tripolitanos non potuisse defendi, quod ipsi ad expeditionalis usus praebere necessaria detrectarunt.
24. et ob haec trusus in carcerem, dum consultus super eo, quid conueniret agi, decerneret imperator, sollicitatis, ut dabatur opinari, custodibus, in urbem Romam abierat profugus, ibique delitescens fatali lege decessit.
25. Hoc memorando fine externis domesticisque cladibus uexata conticuit Tripolis non indefensa, quia uigilauit Iustitiae oculus sempiternus ultimaeque legatorum et praesidis dirae. diu enim postea huius modi casus emersit. solutus sacramento Palladius destitutusque fastu, quo tumebat, discessit ad otium.
26. et cum Theodosius ductor exercituum ille magnificus, oppressurus Firmum perniciosa coeptantem, uenisset in Africam, et praescripti Romani rem mobilem, ut iussum est, scrutaretur, inter chartas eius inuenta est Meteri cuiusdam epistula, id continens "domino patrono Romano Meterius" et in fine post multa nihil ad rem pertinentia "salutat te Palladius proiecticius, qui non aliam ob causam dicit se esse proiectum, nisi quod in causa Tripolitanorum apud aures sacras mentitus est".
27. his litteris ad comitatum missis et lectis, Valentiniani iussu Meterius raptus suam esse confitetur epistulam, ideoque Palladius exhiberi praeceptus, cogitans quas criminum coxerit moles, in statione primis tenebris obseruata custodum absentia, qui festo die Christiani ritus in ecclesia pernoctabant, innodato gutture laquei nexibus interiit.
28. hoc fortunae secundioris iudicio plene conperto, deletoque tristium concitore turbarum, exsiluerunt Erechthius et Aristomenes e latebris, qui cum sibi iussas abscidi linguas didicissent ut prodigas, ad longe remota declinarunt et abdita, doctoque super nefanda fraude gratiano imperatore fidentius - Valentinianus enim obierat - ad Hesperium proconsulem et Flauianum uicarium audiendi sunt missi, quorum aequitas auctoritate nixa iustissima, torto Caecilio, aperta confessione cognouit, ipsum suasisse ciuibus, grauarent mentiendo legatos. haec acta secuta est relatio, gestorum pandens plenissimam fidem; ad quam nihil responsum est.
29. Et nequid cothurni terribilis fabulae relinquerent intemptatum, hoc quoque post depositum accessit aulaeum. Romanus ad comitatum profectus secum Caecilium duxit, cognitores accusaturum ut inclinatos in prouinciae partem : isque Merobaudis fauore susceptus, necessarios sibi plures petierat exhiberi.
30. qui cum Mediolanum uenissent, frustraque se tractos obsimulatis documentis probabilibus ostendissent, absoluti redierunt ad lares. Valentiniano tamen superstite, post superiora, quae narrauimus, Remigius quoque digressus ad otium, laqueo uitam elisit, ut congruo docebimus loco.


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Dernière mise à jour : 13/01/2004