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Du texte à l'hypertexte

Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XXXI

Chapitre 16

  Chapitre 16

[31,16] (1) Les barbares mirent en oeuvre durant toute la nuit, qui fut courte comme elles sont en été, le peu qu'ils savaient de l'art de panser les blessures. Au retour de la lumière, ils tinrent conseil touchant la route qu'ils devaient prendre. Leur résolution, longtemps débattue, fut enfin de s'emparer de Périnthe, et, successivement, de toutes les villes où des richesses avaient été renfermées. Les renseignements sur ce point ne leur manquaient pas; ils avaient avec eux des transfuges bien au fait de ce qui existait dans les localités, voire dans l'intérieur des maisons. S'étant ainsi tracé la marche qui leur parut la plus profitable, ils s'avancèrent à petites journées, brûlant, dévastant tout sur leur passage, sans trouver de résistance nulle part.
(2) La population réfugiée dans Andrinople, aussitôt qu'elle se fut assurée par des reconnaissances de l'évacuation des alentours, sortit tout entière de la ville au milieu de la nuit, avec ce qu'elle avait pu conserver de ses richesses. Les uns se rendirent par Philippopolis à Sardique, les autres se dirigèrent sur la Macédoine; tous cheminaient à travers les bois par les sentiers les plus détournés, évitant avec soin les voies publiques. Leur espoir était de rencontrer Valens de l'un de ces côtés; car on ignorait qu'il eût succombé sur le champ de bataille, ou péri dans les flammes de la maison qui lui avait servi de retraite.
(3) Cependant les Goths, renforcés des bandes belliqueuses des Huns et des Alains, troupes les plus endurcies de la terre, et que l'habile Fritigern avait su se rattacher par de merveilleuses promesses, vinrent camper dans les environs de Périnthe. Restés toutefois sous l'impression de leurs récents échecs, ils n'osèrent rien tenter contre ces murs, ni même approcher du corps de la place, et se contentèrent d'en ravager les fertiles environs, massacrant ou faisant prisonniers les cultivateurs.
(4) Les trésors de Constantinople enflammaient surtout leur convoitise; et c'était pour la destruction de cette magnifique cité qu'ils réservaient tous leurs efforts. Ils s'y rendirent donc en toute hâte, mais en marchant par bataillons carrés, de peur de surprise. Leur furie déjà se déchaînait contre les défenses de la ville, quand, par la grâce d'en haut, un incident survint qui décida leur retraite.
(5) La garnison de la ville venait d'être recrutée d'un corps de Sarrasins (j'ai décrit ailleurs les moeurs et l'origine de ce peuple), troupe très propre à la guerre de partisans, mais incapable d'opérations stratégiques régulières. Ceux-ci, à l'approche de la colonne ennemie, courent résolument à sa rencontre, et il s'engage entre les deux partis une escarmouche très chaude, et longtemps indécise.
(6) Un trait inouï de férocité donna l'avantage aux barbares d'Orient. L'un d'eux, sauvage, aux cheveux crépus, et nu, sauf la ceinture, se lance, un poignard à la main, avec des cris de bête fauve, au milieu des rangs opposés, et, attachant ses lèvres à l'ennemi qu'il a terrassé, suce avidement le sang de ses plaies. Les barbares du Nord frémirent à cet atroce spectacle; leur confiance en fut ébranlée, et l'on remarqua dès lors moins de vigueur dans leurs attaques.
(7) Enfin le courage les abandonna tout à fait en voyant de foin l'immense circuit des murailles de la ville, et le développement prodigieux des quartiers, et leurs magnificences inaccessibles, et cette innombrable population couvrant le sol jusqu'au détroit qui forme la séparation des deux mers. Ils détruisirent leur appareil de siège, après avoir perdu plus d'hommes qu'ils n'en avaient tué, et tournèrent à la débandade vers les provinces du nord, qu'ils traversèrent, sans être arrêtés, jusqu'au pied des Alpes Juliennes, appelées Vénètes autrefois.
(8) À la nouvelle des désastreux événements de Thrace, un coup énergique autant que salutaire fut frappé par Jules, commandant de la force militaire au-delà du Taurus. Un grand nombre de Goths, transportés précédemment dans ces provinces, y avaient été distribués dans les villes et par cantonnements. Jules parvint, avec un secret qu'on obtient rarement aujourd'hui, à se concerter par lettres avec ses chefs inférieurs, pour effectuer, à jour donné, un massacre général de ces barbares, en les convoquant sous promesse d'un payement de solde. Cette utile mesure, accomplie avec discrétion et célérité, préserva de malheurs plus grands nos provinces orientales.
(9) Cette narration, commencée au règne de Nerva, s'arrête après la catastrophe de Valens. Vieux soldat, et Grec de nation, j'ai fait de mon mieux pour suffire à ma tâche. Je donne ce livre du moins comme une oeuvre sincère, où la vérité, dont je fais profession, ne se trouve nulle part, que je sache, incomplète ou altérée. À d'autres plus jeunes et plus habiles le soin de reprendre mon récit! Je n'ai qu'un conseil à leur donner: c'est de travailler, plus heureusement que leur devancier n'a su le faire, à élever leur style à la hauteur de l'histoire.
[31,16] XVI.
1. Conuersi post haec per omne tempus noctis, ut aestiuae non longum, ad uulnerum curas artesque medendi gentiles, redclita luce in uarias consiliorum uias diducebantur, quorsum tenderent ambigentes, multisque dictatis et controuersis occupare statuunt Perinthum, exinde quaeque diuitiarum referta, docentibus omnia perfugis, etiam domorum nedum urbium interna noscentes. hanc secuti sententiam, quam utilem existimarunt, itineribus lentis, miscentes cuncta populationibus et incendiis, nullo renitente pergebant.
2. Obsessi uero apud Hadrianopolim, post eorum abitum perceptum, cum uacare hoste loca proxima conpertae fidei nuntiassent exploratores: egressi media nocte, uitatis aggeribus publicis per nemorosa et deuia, pars Philippopolim, exindeque Serdicam, alia ad Macedoniam cum intemeratis opibus, quas habebant, omni studio ad properandum excogitato currebant, uelut in regionibus illis repperiendo Valente: quem inter medios certaminum turbines oppetisse, uel certe ad tugurium confugisse, ubi aestimatus est ui periisse flammarum, penitus ignorabant.
3. At Gothi Hunis Halanisque permixti nimium bellicosis et fortibus, rerumque asperarum difficultatibus induratis, quos miris praemiorum inlecebris sibi sociarat sollertia Fritigerni, fixis iusta Perinthum castris, ipsam quidem urbem cladium memores pristinarum nec adire nec temptare sunt ausi, agros uero fertiles late distentos et longe ad extremam uastauere penuriam, cultoribus caesis aut captis.
4. unde Constantinopolim, copiarum cumulis inhiantes amplissimis, formas quadratorum agminum insidiarum metu seruantes, ire ocius festinabant, multa in exitium urbis inclitae molituri. quos inferentes sese inmodice obicesque portarum paene pulsantes, hoc casu caeleste reppulit numen.
5. Saracenorum cuneus - super quorum origine moribusque diuersis in locis rettulimus plura - ad furta magis expeditionalium rerum quam ad concursatorias habilis pugnas, recens illuc accersitus, congressurus barbarum globo repente conspecto a ciuitate fidenter erupit, diuque extento certamine pertinaci, aequis partes discessere momentis.
6. sed orientalis turma nouo neque ante uiso superauit euentu. ex ea enim crinitus quidam, nudus omnia praeter pubem, subraucum et lugubre strepens, educto pugione agmini se medio Gothorurn inseruit et interfecti hostis iugulo labra admouit effusumque cruorem exuxit. quo monstroso miraculo barbari territi, postea non ferocientes ex more, cum agendum adpeterent aliquid, sed ambiguis gressibus incedebant.
7. processu dein audacia fracta, cum murorum ambitum insularumque spatiis inmensis oblongum, et inaccessas pulchritudines urbis et incolentium plebem considerarent inmensam, iuxtaque fretum, quod Pontum disterminat et Aegaeum, disicttis bel lorum officinis, quas parabant, post accepta maiora funera quam inlata, exinde digressi sunt effusorie per arctoas prouincias, quas peragrauere licenter ad usque radices Alpium Iuliarum, quas Venetas appellabat antiquitas.
8. His diebus efficacia Iulii magistri militiae trans Taurum enituit salutaris et uelox. conperta enim fatorum sorte per Thracias, Gothos antea susceptos, dispersosque per uarias ciuitates et castra, datis tectioribus litteris ad eorum rectores Romanos omnes, quod his temporibus raro contingit, uniuersos tamquam uexillo erecto uno eodemque die mandauit occidi, exspectatione promissi stipendi securos ad suburbana productos. quo consilio prudenti sine strepitu uel mora completo, orientales prouinciae discriminibus ereptae sunt magnis.
9. Haec ut miles quondam et Graecus, a principatu Caesaris Neruae exorsus ad usque Valentis interitum pro uirium explicaui mensura: opus ueritatem professum numquam, ut arbitror, sciens silentio ausus corrumpere uel mendacio. scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos.


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Dernière mise à jour : 19/01/2004