[31,9] (1) Les Goths, après ce sanglant exploit, restèrent quelque
temps incertains sur la direction qu'ils devaient prendre. Ils
considéraient Frigérid comme le seul obstacle qui pût les arrêter,
et ne songeaient qu'à le détruire. Aussi, dès qu'ils eurent réparé
leurs forces par une nourriture plus choisie et quelques heures de
sommeil, les voilà qui s'attachent à sa piste comme les bêtes
féroces poursuivent leur proie. Ils savaient que, ramené en Thrace
par l'ordre de Gratien, cet officier s'était retranché près de
Béroé, d'où il observait le tour que les événements allaient
prendre. (2) Les Goths précipitent leur marche pour l'accabler; mais
Frigérid, qui n'était pas novice au métier des armes, non plus que
prodigue du sang de ses soldats, se douta de leur projet, ou en fut
informé par ses éclaireurs. À leur approche, il se retira par les
hauteurs à travers les forêts, et gagna l'Illyrie, où il arriva
singulièrement réconforté par un succès inespéré que lui avait
offert en chemin le hasard. (3) Tout en se repliant bataillon par
bataillon, il avait surpris, dans le désordre du pillage, la bande
de Farnobe, l'un des chefs des Goths, à laquelle s'était joint un
rassemblement de Taïfales. Car il faut bien dire que ce dernier
peuple avait aussi profité de la terreur et de la dispersion des
troupes romaines pour passer le fleuve et ravager le pays. (4)
L'habile Frigérid, d'aussi loin qu'il aperçut ces deux bandes
dévastatrices, prit ses mesures pour les attaquer en dépit de leurs
terribles menaces, et il dépendait de lui de n'en pas laisser un
debout pour porter la nouvelle de leur défaite. Mais après avoir
fait mordre la poussière au plus grand nombre, et notamment à leur
chef Farnobe, l'un des plus redoutables fléaux du pays, il se laissa
toucher par les prières de ceux qui restaient, auxquels, pour les
dépayser, il assigna des terres à cultiver dans les environ de
Modène, de Parme et de Rhégium. (5) Un infâme libertinage a
tellement gangrené cette indigne race des Taïfales, que chez eux,
dit-on, l'usage contraint les adolescents à prostituer aux plaisirs
des hommes faits la fleur de leur jeunesse, et que nul d'entre eux
ne peut se rédimer de cette immonde servitude, avant d'avoir pris,
sans aide, un sanglier à la chasse, ou terrassé, de ses propres
mains, un ours de grande taille.
| [31,9] IX.
1. Re in hunc modum peracta, Gothi, quid postea molirentur incerti, quaeritabant
Frigeridum, tamquam obicem ualidun, ubi reperirent, excisuri: et cultiore uictu
somnoque parumper adsumpto, eum sequebantur ut ferae: docti quod Gratiani monitu
reuersus in Thracias, et prope Beroeam uallo metato, euentus rerum speculabatur
ancipites.
2. et hi quidem ad patrandum propositum discursione rapida maturabant. ille uero
regendi conseruandique militis non ignarus, id quod cogitatum est suspicatus,
uel exploratorum relatione, quos miserat, aperte instructus, per montium celsa
siluarumque densitates ad Illyricum redit, erectus prosperitate nimia, quam ei
fors obtulit insperata.
3. repedando enim congregatosque in cuneos sensim progrediens, Gothorum
optimatem Farnobium cum uastatoris globis uagantem licentius occupauit,
ducentemque Taifalos nuper in societatem adhibitos: qui, si dignum est dici,
nostris ignotarum gentium terrore dispersis, transiere flumen direpturi uacua
defensoribus loca.
4. eorum cateruis subito uisis certare comminus dux cautissimus parans
adortusque nationis utriusque grassatores minantes etiam tum acerba, trucidasset
omnes ad unum, ut ne nuntius quidem cladis post appareret, ni cum aliis multis
perempto Farnobio, metuendo antehac incensore turbarum, obtestatus prece impensa
superstitibus pepercisset, uiuosque omnes circa Mutinam Regiumque et Parmam
Italica oppida, rura culturos exterminauit.
5 Taifalorum gentem turpem obscenae uitae flagitiis ita accepimus mersam, ut
apud eos nefandi concubitus foedere copulentur maribus puberes, aetatis
uiriditatem in eorum pollutis usibus consumpturi. porro siqui iam adultus aprum
exceperit solus uel interemerit ursum immanem, conluuione liberatur incesti.
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