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Catulle, Poèmes

Poèmes 81-90

  Poèmes 81-90

[81] LXXXI
À JUVENTIUS
Juventius, parmi la foule qui t'entoure, n'était-il donc aucun homme aimable, digne d'obtenir tes bonnes grâces, pour que tu allasses déterrer sur les rivages empestés de Pisaure ce moribond à la face plus jaune qu'une statue dorée, (5) qui est maintenant l'objet de tes amours et que tu oses nous préférer? Ah! tu ne sais pas quel crime tu commets!
[81] LXXXI. ad Iuuentium
NEMONE in tanto potuit populo esse, Iuuenti,
bellus homo, quem tu diligere inciperes.
praeterquam iste tuus moribunda ab sede Pisauri
hospes inaurata palladior statua,
(5) qui tibi nunc cordi est, quem tu praeponere nobis
audes, et nescis quod facinus facias?
[82] LXXXII
À QUINTIUS
Veux-tu, Quintius, que Catulle te doive les yeux et plus encore, s'il est quelque chose de plus cher que les yeux? ne cherche point à lui ravir celle qui lui est mille fois plus chère que les yeux, s'il est quelque chose de plus cher que les yeux.
[82] LXXXII. ad Quintium
QVINTI, si tibi uis oculos debere Catullum
aut aliud si quid carius est oculis,
eripere ei noli, multo quod carius illi
est oculis seu quid carius est oculis.
[83] LXXXIII
CONTRE LE MARI DE LESBIE
En présence de son mari, Lesbie me dit mille injures; et le nigaud en est au comble de la joie. Mulet, tu ne te doutes de rien. Si elle ne pensait pas à moi et se taisait, elle serait intacte. Or, elle me gronde et m'injurie. (5) Non seulement elle pense à moi, mais, ce qui est bien pire, elle est en colère, c'est-à-dire brûlante et en feu.
[83] LXXXIII. ad Lesbiam
LESBIA mi praesente uiro mala plurima dicit:
haec illi fatuo maxima laetitia est.
mule, nihil sentis? si nostri oblita taceret,
sana esset: nunc quod gannit et obloquitur,
(5) non solum meminit, sed, quae multo acrior est res,
irata est. hoc est, uritur et loquitur.
[84] LXXXIV
SUR ARRIUS
Lorsque Arrius voulait dire commode, il disait chommode, il disait hembûches pour embûches; et plus il disait hembûches, plus il se flattait d'avoir parlé à merveille. (5) Ainsi, je crois, prononçait sa mère, ainsi prononçaient l'affranchi son oncle, et son aïeul maternel, et son aïeule. Enfin, il part pour la Syrie et laisse en repos les oreilles de tout le monde; ces mots avaient repris leur prononciation douce et légère, et nous ne craignions plus de les voir ainsi défigurés, (10) quand tout à coup, horrible nouvelle! on apprend que, depuis l'arrivée d'Arrius, la mer Ionienne ne s'appelle plus Ionienne, mais Hionienne.
[84] LXXXIV. ad Arrium
CHOMMODA dicebat, si quando commoda uellet
dicere, et insidias Arrius hinsidias,
et tum mirifice sperabat se esse locutum,
cum quantum poterat dixerat hinsidias.
(5) credo, sic mater, sic liber auunculus eius.
sic maternus auus dixerat atque auia.
hoc misso in Syriam requierant omnibus aures
audibant eadem haec leniter et leuiter,
nec sibi postilla metuebant talia uerba,
(10) cum subito affertur nuntius horribilis,
Ionios fluctus, postquam illuc Arrius isset,
iam non Ionios esse sed Hionios.
[85] LXXXV
SUR SON AMOUR
Je hais et j'aime. - Comment cela se fait-il? demandez-vous peut-être. - Je l'ignore; mais je le sens, et c'est là un supplice.
[85] LXXXV.
ODI et amo. quare id faciam, fortasse requiris.
nescio, sed fieri sentio et excrucior.
[86] LXXXVI
SUR QUINTIA ET LESBIE
Au dire de bien des gens, Quintia est belle: pour moi, je la trouve blanche, grande et bien faite. Détails que je ne lui conteste pas; mais est-elle belle avec tout cela? Non sans doute, car dans tout ce grand corps, il n'y a rien de gracieux, rien de piquant. (5) Lesbie, au contraire, est belle, non seulement de par toute sa beauté, mais d'avoir dérobé à toutes les autres femmes tous leurs attraits.
[86] LXXXVI. ad Lesbiam
QVINTIA formosa est multis. mihi candida, longa,
recta est: haec ego sic singula confiteor.
totum illud formosa nego: nam nulla uenustas,
nulla in tam magno est corpore mica salis.
(5) Lesbia formosa est, quae cum pulcerrima tota est,
tum omnibus una omnis surripuit Veneres.
[87] LXXXVII
Jamais femme n'a pu se dire aussi tendrement aimée que tu l'as été de moi, ô ma Lesbie! jamais la foi des traités n'a été plus religieusement gardée que ne l'ont été par moi nos serments d'amour.
[87] LXXXVII. ad Lesbiam
NVLLA potest mulier tantum se dicere amatam
uere, quantum a me Lesbia amata mea est.
nulla fides ullo fuit umquam foedere tanta,
quanta in amore tuo ex parte reperta mea est.
[88] LXXXVIII
CONTRE GELLIUS
Quel crime, ô Gellius, commet celui qui (passe son désir sur) sa mère et sa soeur, et qui, tunique bas, demeure la nuit près d'elles? celui qui rend son oncle incapable d'être un mari? Sais-tu bien tout ce qu'a de criminel cette conduite? (5) Non, Gellius, ni Téthys qui borne le monde, ni l'Océan, père des Nymphes ne lavent une telle turpitude, car l'homme ne saurait aller plus loin en fait de crime, se dévorât-il lui-même la tête penchée!
[88] LXXXVIII. ad Gellium
QVID facit is, Gelli, qui cum matre atque sorore
prurit, et abiectis peruigilat tunicis?
quid facit is, patruum qui non sinit esse maritum?
ecquid scis quantum suscipiat sceleris?
(5) suscipit, o Gelli, quantum non ultima Tethys
nec genitor Nympharum abluit Oceanus:
nam nihil est quicquam sceleris, quo prodeat ultra,
non si demisso se ipse uoret capite.
[89] LXXXIX
SUR GELLIUS
Gellius est mince: comment ne serait-il pas mince? Il a une mère si bonne et si solide, une soeur si jolie, un si bon oncle; il compte dans sa famille tant de jeunes parentes! Comment cesserait-il d'être maigre? (5) Même s'il ne touchait qu'à ce qu'il lui est interdit de toucher, on devinerait facilement la cause d'une telle maigreur.
[89] LXXXIX. ad Gellium
GELLIVS est tenuis: quid ni? cui tam bona mater
tamque ualens uiuat tamque uenusta soror
tamque bonus patruus tamque omnia plena puellis
cognatis, quare is desinat esse macer?
(5) qui ut nihil attingat, nisi quod fas tangere non est,
quantumuis quare sit macer inuenies.
[90] XC
CONTRE GELLIUS
Qu'il naisse un mage de l'union impie de Gellius et de sa mère, et qu'il apprenne à l'école des Perses l'art des aruspices! puisque, s'il faut en croire l'impie superstition des Perses, c'est d'une mère et de son fils que naît le mage (5) dont les hymnes sont agréables aux dieux et qui fait fondre dans la flamme la graisse des victimes.
[90] XC. ad Gellium
NASCATVR magus ex Gelli matrisque nefando
coniugio et discat Persicum aruspicium:
nam magus ex matre et gnato gignatur oportet,
si uera est Persarum impia religio,
(5) gratus ut accepto ueneretur carmine diuos
omentum in flamma pingue liquefaciens.


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Dernière mise à jour : 31/01/2003