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Catulle, Poèmes

Poèmes 101-116

  Poèmes 101-116

[101] CI
AUX MANES DE SON FRÈRE
J'ai traversé bien des pays et bien des mers pour venir, ô mon frère, apporter à tes restes infortunés la suprême offrande due à la mort et interroger en vain ta cendre muette. (5) Puisque la fortune, t'enlevant à mon amour, me prive, hélas! si injustement du bonheur de te revoir, permets du moins que, fidèle aux pieux usages de nos pères, je dépose sur ta tombe ces tristes offrandes baignées des larmes fraternelles. Et pour toujours, ô mon frère, salut et adieu!
[101] CI. ad inferias
MVLTAS per gentes et multa per aequora uectus
aduenio has miseras, frater, ad inferias,
ut te postremo donarem munere mortis
et mutam nequiquam alloquerer cinerem.
(5) quandoquidem fortuna mihi tete abstulit ipsum.
heu miser indigne frater adempte mihi,
nunc tamen interea haec, prisco quae more parentum
tradita sunt tristi munere ad inferias,
accipe fraterno multum manantia fletu,
(10) atque in perpetuum, frater, aue atque uale.
[102] CII
À CORNELIUS
Si jamais il exista un mortel d'une discrétion éprouvée et qui sut garder fidèlement le secret confié par un ami, ce mortel, ô Cornelius! pour qui la loi du serment fut toujours sacrée, c'est moi: crois-moi devenu un autre Harpocrate!
[102] CII. ad Cornelium Nepotem
SI quicquam tacito commissum est fido ab amico,
cuius sit penitus nota fides animi,
meque esse inuenies illorum iure sacratum,
Corneli, et factum me esse puta Arpocratem.
[103] CIII
À SILON
Ou rends-moi, s'il te plaît, Silon, mes dix mille sesterces, et sois ensuite aussi cruel, aussi implacable qu'il te plaira; ou, si les écus ont pour toi tant de charmes, renonce à vouloir avec ton métier d'entremetteur, être si cruel et si implacable!
[103] CIII. ad Silonem
AVT sodes mihi redde decem sestertia, Silo,
deinde esto quamuis saeuus et indomitus:
aut, si te nummi delectant, desine quaeso
leno esse atque idem saeuus et indomitus.
[104] CIV
À UN QUIDAM SUR LESBIE
Crois-tu donc que j'ai pu médire de celle qui est ma vie, de celle qui m'est plus chère que les deux yeux? Non, je ne l'ai pas pu; si je le pouvais, je ne l'aimerais pas si éperdument. Mais toi, avec Tappon, tu fais un monstre de tout.
[104] CIV.
CREDIS me potuisse meae maledicere uitae,
ambobus mihi quae carior est oculis?
non potui, nec, si possem, tam perdite amarem:
sed tu cum Tappone omnia monstra facis.
[105] CV
CONTRE MENTULA
Mentula s'efforce de gravir la montagne de Pipla, les Muses à coups de fourches l'en font descendre la tête la première.
[105] CV. ad Mentulam
MENTVLA conatur Pipleium scandere montem:
Musae furcillis praecipitem eiciunt.
[106] CVI
LE JEUNE GARÇON ET LE CRIEUR PUBLIC En voyant ce joli garçon accompagner un crieur public, que croire, sinon qu'il cherche un acheteur?
[106] CVI.
CVM puero bello praeconem qui uidet esse,
quid credat, nisi se uendere discupere?
[107] CVII
À LESBIE
Si quelque événement inespéré vient combler les souhaits et les voeux d'un mortel, rien n'égale alors sa félicité. Celle que j'épouse m'est plus précieuse que l'or, quand tu me reviens, Lesbie, objet de mes désirs. (5) De toi-même, mon désir, tu me reviens, quand je ne t'espérais plus; ô jour à marquer d'une pierre blanche entre toutes! Est-il un mortel plus heureux que moi? Et qui pourra dire que rien soit plus enviable que ma vie?
[107] CVII. ad Lesbiam
SI quicquam cupido optantique optigit umquam
insperanti, hoc est gratum animo proprie.
quare hoc est gratum nobis quoque carius auro
quod te restituis, Lesbia, mi cupido.
(5) restituis cupido atque insperanti, ipsa refers te
nobis. o lucem candidiore nota!
quis me uno uiuit felicior aut magis hac est
optandus uita dicere quis poterit?
[108] CVIII
CONTRE COMINIUS
Si, au gré du peuple, la mort, ô Cominius, mettait un terme à ta vieillesse chenue, souillée par tes moeurs impures, je ne doute point que ta langue, ennemie de tous les gens de bien, ne fût d'abord coupée et livrée à l'avide vautour; (5) on trancherait les yeux que le noir corbeau dévorerait à coups de bec; tes entrailles seraient jetées aux chiens et le reste de tes membres aux loups!
[108] CVIII. ad Cominium
SI, Comini, populi arbitrio tua cana senectus
spurcata impuris moribus intereat,
non equidem dubito quin primum inimica bonorum
lingua exsecta auido sit data uulturio,
(5) effossos oculos uoret atro gutture coruus,
intestina canes, cetera membra lupi.
[109] CIX
À LESBIE
Tu me promets, ô ma vie! que notre amour sera délicieux et qu'il durera toujours: grands dieux! faites que cette promesse soit vraie, et qu'elle parle sincèrement et du fond du coeur, (5) pour que les noeuds d'un amour sacré durent jusqu'au terme de notre existence!
[109] CIX. ad Lesbiam
IVCVNDVM, mea uita, mihi proponis amorem
hunc nostrum inter nos perpetuumque fore.
di magni, facite ut uere promittere possit,
atque id sincere dicat et ex animo,
(5) ut liceat nobis tota perducere uita
aeternum hoc sanctae foedus amicitiae.
[110] CX
À AUFILENA
Aufilena, les amies honnêtes reçoivent toujours des louanges; elles reçoivent le prix des faveurs qu'elles accordent. Mais toi, qui as promis sans tenir, tu n'es pas une amie; toi, qui prends sans rien rendre, tu commets une mauvaise action. (5) Il est d'une bonne fille de faire ce qu'elle a promis, d'une fille chaste de ne rien promettre. Mais ramasser l'argent et frustrer ceux qui le donnent, c'est faire pis qu'une avide courtisane, qui se prostitue de tout son être.
[110] CX. ad Aufilenam
AVFILENA, bonae semper laudantur amicae:
accipiunt pretium, quae facere instituunt.
tu, quod promisti, mihi quod mentita inimica es,
quod nec das et fers saepe, facis facinus.
(5) aut facere ingenuae est, aut non promisse pudicae,
Aufillena, fuit: sed data corripere
fraudando officiis, plus quam meretricis auarae
quae sese toto corpore prostituit.
[111] CXI
À AUFILENA
Aufilena, la gloire des gloires pour une femme mariée, c'est de se contenter toute sa vie d'un seul homme. Mais il vaut mieux qu'une femme cède au premier venu que de vivre avec son oncle et d'être la mère de ses cousins germains.
[111] CXI. ad Aufilenam
AVFILENA, uiro contentam uiuere solo,
nuptarum laus ex laudibus eximiis:
sed cuiuis quamuis potius succumbere par est,
quam matrem fratres efficere ex patruo...
[112] CXII
CONTRE NASON
Tu es innombrable, Nason, mais ceux-là ne sont pas innombrables qui vont avec toi. Oui, Nason, tu es un homme innombrable, un giton.
[112] CXII. ad Nasonem
MVLTVS homo es, Naso, neque tecum multus homo
te scindat: Naso, multus es et pathicus.
[113] CXIII
À CINNA
Sous le premier consulat de Pompée, ô Cinna, Maecilla avait deux amis; sous son second consulat, ils sont bien restés tous les deux, mais chacun d'eux en a produit des milliers d'autres: tant l'adultère est une semence féconde!
[113] CXIII. ad Gaium Heluium Cinnam
CONSVLE Pompeio primum duo, Cinna, solebant
Maeciliam: facto consule nunc iterum
manserunt duo, sed creuerunt milia in unum
singula. fecundum semen adulterio.
[114] CXIV
CONTRE MENTULA
La terre de Firmum suffit, non sans raison, pour faire à Mentula la réputation d'un homme riche: que de trésors en effet renferme ce domaine! gibier, poissons de toute sorte, prairies, terres à blé, bêtes sauvages. Mais à quoi bon? la dépense excède le revenu. (5) Qu'il soit riche en manquant de tout, j'y consens. Vantons même son domaine, pourvu qu'il meure de faim.
[114] CXIV. ad Mentulam
FIRMANVS saltu non falso Mentula diues
fertur, qui tot res in se habet egregias,
aucupium omne genus, piscis, prata, arua ferasque.
nequiquam: fructus sumptibus exsuperat.
(5) quare concedo sit diues, dum omnia desint.
saltum laudemus, dum modo ipse egeat.
[115] CXV
CONTRE MENTULA
Mentula a comme trente arpents de prés, quarante de terres labourables: quant au reste, c'est grand comme les mers. Ne pourrait-il prétendre à surpasser Crésus en richesses, celui qui, dans un seul domaine, possède tant de trésors: (5) prairies, champs, forêts immenses, bocages marais, qui s'étendent jusqu'aux Hyperboréens et jusqu'à la mer Océane? Tout cela sans doute est bien grand, mais Mentula l'est encore plus: ce n'est pas un homme, c'est une mentule énorme et menaçante.
[115] CXV. ad Mentulam
MENTVLA habet instar triginta iugera prati,
quadraginta arui: cetera sunt maria.
cur non diuitiis Croesum superare potis sit,
uno qui in saltu tot bona possideat,
(5) prata arua ingentes siluas saltusque paludesque
usque ad Hyperboreos et mare ad Oceanum?
omnia magna haec sunt, tamen ipsest maximus ultro,
non homo, sed uero mentula magna minax.
[116] CXVI
À GELLIUS
Souvent j'ai cherché dans mon esprit par quel moyen je pourrais te faire parvenir des vers du descendant de Battus, pour calmer ton courroux et soustraire ma tête aux traits vengeurs dont tu ne cesses de la menacer; (5) mais je vois à présent que mes efforts sont vains et que mes prières sont vaines, ô Gellius: lance donc tes traits, mon manteau suffira pour m'en garantir, mais les miens te perceront d'outre en outre et ils te mettront au supplice.
[116] CXVI. ad Gellium
SAEPE tibi studioso animo uenante requirens
carmina uti possem mittere Battiadae,
qui te lenirem nobis, neu conarere
tela infesta mittere in usque caput,
(5) hunc uideo mihi nunc frustra sumptum esse laborem,
Gelli, nec nostras hic ualuisse preces.
contra nos tela ista tua euitabimus amitha
at fixus nostris tu dabis supplicium.


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Dernière mise à jour : 31/01/2003