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Catulle, Poèmes

Poèmes 51-60

  Poèmes 51-60

[51] LI
À LESBIE
Il me paraît être l'égal d'un dieu, il me paraît, est-ce possible? surpasser les dieux, celui qui, assis en face de toi, te voit souvent et entend (5) ton doux rire. Hélas! ce bonheur m'a ravi l'usage de tous mes sens! À peine t'ai-je aperçue, ô Lesbie, que ma voix expire dans ma bouche, ma langue s'embarrasse, un feu subtil (10) circule dans mes reins, un tintement confus bourdonne à mes oreilles, la nuit couvre mes deux yeux! Catulle, l'oisiveté t'est funeste; l'oisiveté a pour toi trop d'attraits et de transports; (15) l'oisiveté avant toi a perdu et les rois et les villes florissantes.
[51] LI. ad Lesbiam
ILLE mi par esse deo uidetur,
ille, si fas est, superare diuos,
qui sedens aduersus identidem te
spectat et audit
(5) dulce ridentem, misero quod omnis
eripit sensus mihi: nam simul te,
Lesbia, aspexi, nihil est super mi
lingua sed torpet, tenuis sub artus
(10) flamma demanat, sonitu suopte
tintinant aures gemina, teguntur
lumina nocte.
(15) otium, Catulle, tibi molestum est:
otio exsultas nimiumque gestis:
otium et reges prius et beatas
perdidit urbes.
[52] LII
SUR NONIUS ET VATINIUS
Eh bien! Catulle, qu'attends-tu pour mourir? Nonius, le scrofuleux siège sur une chaise curule; l'impie Vatinius jure par son consulat: - Eh bien! Catulle, qu'attends-tu pour mourir?
[52] LII. in Nouium
QVID est, Catulle? quid moraris emori?
sella in curuli struma Nonius sedet,
per consulatum peierat Vatinius:
quid est, Catulle? quid moraris emori?
[53] LIII D'UN QUIDAM ET DE CALVUS J'ai bien ri, l'autre jour, dans une assistance où mon cher Calvus dévoilait merveilleusement les crimes de Vatinius, d'entendre je ne sais qui s'écrier d'un ton d'admiration et en levant les mains: (5) "Grands dieux! quel éloquent 'petit bout'!" [53] LIII. ad Gaium Licinium Caluum
RISI nescio quem modo e corona,
qui, cum mirifice Vatiniana
meus crimina Caluos explicasset
admirans ait haec manusque tollens,
(5) 'di magni, salaputium disertum!'
[54] LIV
À CÉSAR
La petite tête en fuseau d'Othon, les jambes de rustre à moitié lavées de Hérius, les pets subtils et légers de Libon, je voudrais que cela du moins, sinon tout, vous dégoûte, (5) toi et Fuficius, ce vieux beau recuit. Fâche-toi une seconde fois contre mes ïambes innocents, général unique!
[54] LIV. de Octonis capite
OTHONIS caput oppido est pusillum,
et eri rustice semilauta crura,
subtile et leue peditum Libonis,
si non omnia, displicere uellem
(5) tibi et Fuficio seni recocto...
irascere iterum meis iambis
inmerentibus, unice imperator.
[55] LV (numérotation des vers conforme à Budé)
À CAMÉRIUS
De grâce, s'il n'y a pas d'indiscrétion de ma part, indique-moi ta cachette. Je t'ai cherché au Petit Champ de Mars, au Cirque, aux étalages de tous les libraires, (5) dans le temple saint de Jupiter souverain, j'ai arrêté aussi, cher ami, toutes les petites femmes, et aucune cependant n'a changé de visage, même hélas! quand je lui demandais avec instance de tes nouvelles: (10) "Friponnes, leur disais-je, qu'avez-vous fait de mon cher Camérius?" L'une d'elles pourtant m'a dit, découvrant son sein nu: "Tiens, le voici caché entre ces boutons roses." Enfin, de te supporter, c'est un travail d'Hercule. Quand bien même j'aurais le corps du gardien des Crétois, (15) le vol rapide de Pégase, quand je serais Ladas, Persée aux pieds ailés, ou l'un des coursiers de Rhesus blancs comme la neige, quand tu attellerais à mon char tous les êtres aux pieds emplumés et qui volent, fussé-je emporté sur l'aile des vents, (20) quand tu me les offrirais, Camérius, tout d'un coup; néanmoins, je tomberais épuisé de toutes mes moelles et accablé de langueur à force de te chercher. D'où vient que tu te dérobes avec tant d'orgueil, ami? (25) Dis-nous où tu seras. Allons, courage, confie-toi à moi, montre-toi au grand jour. Est-il vrai que tu es le captif d'un sein couleur de lait? Si ta langue reste ainsi clouée à ton palais, tu perdras tous les fruits de ton amour, (30) car Vénus aime les bavardages. Ou bien encore, si tu veux, verrouille-toi le palais, mais du moins sois le confident de mes amours.
[55] LV. ad Camerium
ORAMVS, si forte non molestum est,
demonstres ubi sint tuae tenebrae.
te Campo quaesiuimus minore,
te in Circo, te in omnibus libellis,
(5) te in templo summi Iouis sacrato.
in Magni simul ambulatione
femellas omnes, amice, prendi,
quas uultu uidi tamen sereno.
auelte, sic ipse flagitabam,
(10) Camerium mihi pessimae puellae.
quaedam inquit, nudum reduc...
'en hic in roseis latet papillis.'
sed te iam ferre Herculi labos est;
tanto te in fastu negas, amice.
(15) dic nobis ubi sis futurus, ede
audacter, committe, crede luci.
nunc te lacteolae tenent puellae?
si linguam clauso tenes in ore,
fructus proicies amoris omnes.
(20) uerbosa gaudet Venus loquella.
uel, si uis, licet obseres palatum,
dum uestri sim particeps amoris.
[56] LVI
À CATON
O la plaisante, la drôle d'aventure, Caton! Elle vaut que tu l'entendes et que tu éclates de rire! Ris donc, Caton, pour l'amour de moi; car c'est aussi par trop plaisant et par trop drôle. (5) Je viens de surprendre- un gosse qui s'escrimait contre une jeune fille. Et moi, - que Dioné me le pardonne! - j'ai percé le moutard d'un trait.
[56] LVI. ad Catonem
O REM ridiculam, Cato, et iocosam,
dignamque auribus et tuo cachinno!
ride quidquid amas, Cato, Catullum:
res est ridicula et nimis iocosa.
(5) deprendi modo pupulum puellae
trusantem; hunc ego, si placet Dionae,
protelo rigida mea cecidi.
[57] LVII
À MAMURRA ET CÉSAR
Que vous êtes bien faits l'un pour l'autre, infâmes débauchés, César et toi, Mamurra, son vil complaisant! Qui s'en étonnerait? Tous deux pareillement flétris, l'un dans la Ville, l'autre à Formies, de stigmates honteux; (5) tous deux portant des cicatrices indélébiles, atteints de la même maladie, jumeaux de luxure, formés dans un même lit, frottés de science tous deux; l'un n'est pas moins ardent que l'autre dans les poursuites adultères; tous deux rivaux à la fois des filles. (10) Que vous êtes bien faits l'un pour l'autre, infâmes débauchés!
[57] LVII. ad Gaium Iulium Caesarem
PVLCRE conuenit improbis cinaedis,
Mamurrae pathicoque Caesarique.
nec mirum: maculae pares utrisque,
urbana altera et illa Formiana,
(5) impressae resident nec eluentur:
morbosi pariter, gemelli utrique,
uno in lecticulo erudituli ambo,
non hic quam ille magis uorax adulter,
riuales socii puellularum.
(10) pulcre conuenit improbis cinaedis.
[58] LVIII
À CELIUS SUR LESBIE
Célius, ma Lesbie, cette Lesbie adorée, cette Lesbie que Catulle aimait seule plus que lui-même et plus que tous les siens; Lesbie maintenant aux carrefours ou dans les impasses (5) écorce, les descendants du magnanime Rémus.
[58] LVIII. ad Marcum Caelium Rufum
CAELI, Lesbia nostra, Lesbia illa.
illa Lesbia, quam Catullus unam
plus quam se atque suos amauit omnes,
nunc in quadriuiis et angiportis
(5) glubit magnanimi Remi nepotes.
[59] LIX
SUR RUFA ET RUFULUS
Rufa de Bologne se prête aux goûts infâmes de Rufulus; Rufa, la femme de Menenius, que vous avez vue si souvent au milieu des tombeaux dérober son souper au bûcher des morts et courir après un morceau de pain qui en tombait, (5) malgré le bâton dont la frappait le chauffeur mi-tondu.
[59] LIX. in Rufum
BONONIENSIS Rufa Rufulum fellat,
uxor Meneni, saepe quam in sepulcretis
uidistis ipso rapere de rogo cenam,
cum deuolutum ex igne prosequens panem
(5) ab semiraso tunderetur ustore.
[60] LX
Est-ce une lionne des monts Libyssins ou Scylla aboyant au bas des cimes, qui t'a donné, avec le jour, cette âme si dure et si barbare, que tu repousses la voix suppliante d'un ami (5) réduit au dernier degré du malheur! Ah! coeur trop féroce!
[60] LX. NVM te leaena montibus Libystinis
aut Scylla latrans infima inguinum parte
tam mente dura procreauit ac taetra,
ut supplicis uocem in nouissimo casu
(5) contemptam haberes, a nimis fero corde?


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Dernière mise à jour : 31/01/2003