Itinera Electronica
Du texte à l'hypertexte

Virgile, Géorgiques, Livre I

Finale

  Finale (I, 463-514)

[1,460] et tu verras les forêts s'agiter sous un clair Aquilon. Enfin quel temps amènera le tardif Vesper, d'où le vent pousse les nuages sereins, à quoi songe l'humide Auster : voilà ce que le soleil t'indiquera Le soleil ! qui oserait le traiter d'imposteur? Lui, qui nous avertit souvent que d'obscurs tumultes nous menacent et que couvent sourdement la trahison et les guerres ! Lui qui eut pitié de Rome à la mort de César, quand il couvrit sa tête brillante d'une sombre rouille, et qu'un siècle impie redouta une nuit éternelle. En ce temps-là d'ailleurs la terre aussi, et les plaines de la mer, [1,460] et claro siluas cernes Aquilone moueri.
denique, quid Vesper serus uehat, unde serenas
uentus agat nubes, quid cogitet umidus Auster,
sol tibi signa dabit. solem quis dicere falsum
audeat? ille etiam caecos instare tumultus
saepe monet fraudemque et operta tumescere bella;
ille etiam exstincto miseratus Caesare Romam,
cum caput obscura nitidum ferrugine texit
impiaque aeternam timuerunt saecula noctem.
tempore quamquam illo tellus quoque et aequora ponti,
[1,470] et les chiennes maléficieuses et les oiseaux sinistres fournissaient des présages. Que de fois nous avons vu l'Etna, brisant ses fournaises, inonder en bouillonnant les champs des Cyclopes, et rouler des globes de flammes et des rocs liquéfiés ! La Germanie entendit un bruit d'armes dans toute l'étendue du ciel; les Alpes tremblèrent de mouvements insolites. Une voix aussi fut entendue partout dans le silence des bois sacrés, une voix énorme; et des fantômes d'une étrange pâleur apparurent à l'entrée de la nuit; et des bêtes parlèrent, indicible prodige ! Les fleuves s'arrêtent et les terres s'entrouvrent, [1,470] obscenaeque canes importunaeque uolucres
signa dabant. quotiens Cyclopum efferuere in agros
uidimus undantem ruptis fornacibus Aetnam,
flammarumque globos liquefactaque uoluere saxa!
armorum sonitum toto Germania caelo
audiit, insolitis tremuerunt motibus Alpes.
uox quoque per lucos uulgo exaudita silentis
ingens, et simulacra modis pallentia miris
uisa sub obscurum noctis, pecudesque locutae
(infandum!); sistunt amnes terraeque dehiscunt,
[1,480] et dans les temples l'ivoire affligé pleure et l'airain sue. Le roi des fleuves, l'Eridan, entraîne et fait tourner les forêts dans un fol tourbillon, et roule à travers toutes les plaines les grands troupeaux avec leurs étables ! Et dans le même temps des fibres menaçantes ne cessèrent d'apparaître dans les entrailles sinistres, ni le sang ne cessa de couler dans les puits, ni les hautes villes de retentir pendant la nuit des hurlements des loups. Jamais la foudre ne tomba plus souvent par un ciel serein, ni ne brûlèrent si souvent de farouches comètes. [1,480] et maestum inlacrimat templis ebur aeraque sudant.
proluit insano contorquens uertice siluas
fluuiorum rex Eridanus camposque per omnis
cum stabulis armenta tulit. nec tempore eodem
tristibus aut extis fibrae apparere minaces
aut puteis manare cruor cessauit, et altae
per noctem resonare lupis ululantibus urbes.
non alias caelo ceciderunt plura sereno
fulgura nec diri totiens arsere cometae.
ergo inter sese paribus concurrere telis
[1,490] Ainsi Philippes a-t-il vu pour la seconde fois les armées romaines l'affronter avec les mêmes armes, et les dieux d'en haut ne s'indignèrent pas de voir l'Emathie et les larges plaines de l'Hémus s'engraisser deux fois de notre sang. Sans doute aussi un temps viendra-t-il que, dans ces contrées, le laboureur, en remuant la terre avec l'airain courbé, trouvera des javelots rongés d'une rouille lépreuse ou, de ses herses pesantes, qu'il heurtera des casques vides, et s'étonnera de voir dans les sépulcres entr'ouverts des ossements énormes. Dieux de nos pères, dieux Indigètes, et toi Romulus, et toi Vesta notre mère, qui veilles sur le Tibre toscan et sur le Palatin de Rome, [1,490] Romanas acies iterum uidere Philippi;
nec fuit indignum superis bis sanguine nostro
Emathiam et latos Haemi pinguescere campos.
scilicet et tempus ueniet, cum finibus illis
agricola incuruo terram molitus aratro
exesa inueniet scabra robigine pila,
aut grauibus rastris galeas pulsabit inanis
grandiaque effossis mirabitur ossa sepulcris.
di patrii Indigetes et Romule Vestaque mater,
quae Tuscum Tiberim et Romana Palatia seruas,
[1,500] n'empêchez pas au moins ce jeune héros de relever les ruines de ce siècle. Assez, et depuis trop longtemps, notre sang a lavé les parjures de la Troie de Laomédon. Depuis longtemps, César, le palais céleste nous envie ta présence, et se plaint de te voir sensible aux triomphes décernés par les hommes. Ici-bas en effet le juste et l'injuste sont renversés, tant il y a de guerres par le monde, tant le crime revêt d'aspects divers. La charrue ne reçoit plus l'honneur dont elle est digne; les guérets sont en friche, privés des laboureurs entraînés dans les camps; et les faux recourbées servent à forger une épée rigide. D'un côté l'Euphrate, de l'autre la Germanie fomentent la guerre; [1,500] hunc saltem euerso iuuenem succurrere saeclo
ne prohibete. satis iam pridem sanguine nostro
Laomedonteae luimus periuria Troiae;
iam pridem nobis caeli te regia, Caesar,
inuidet atque hominum queritur curare triumphos,
quippe ubi fas uersum atque nefas: tot bella per orbem,
tam multae scelerum facies, non ullus aratro
dignus honos, squalent abductis arua colonis,
et curuae rigidum falces conflantur in ensem.
hinc mouet Euphrates, illinc Germania bellum;
[1,510] des villes voisines, rompant les traités qui les lient, prennent les armes; Mars impie sévit dans tout l'univers. Tels, quand ils se sont une fois élancés des barrières, les quadriges se donnent du champ; en vain le cocher tire sur les rênes; il est emporté par ses chevaux et le char n'obéit plus aux brides. [1,510] uicinae ruptis inter se legibus urbes
arma ferunt; saeuit toto Mars impius orbe,
ut cum carceribus sese effudere quadrigae,
addunt in spatia, et frustra retinacula tendens
fertur equis auriga neque audit currus habenas.


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Dernière mise à jour : 13/09/2002