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| [0] PETIT LIVRE SUR LES SPECTACLES.
| [0] M- VALERI MARTIALIS EPIGRAMMATON
(LIBER DE SPECTACVLIS)
| | [1] 1. - SUR L'AMPHITHÉÂTRE DE CÉSAR.
Que la barbare Memphis cesse de nous vanter ses merveilleuses Pyramides ; que
Babylone ne se fatigue plus à célébrer sa magnificence ; qu'on ne nous parle
plus si pompeusement du temple élevé à Diane par la voluptueuse Ionie, et que
l'autel d'Apollon, construit avec des cornes d'animaux, ne se dise plus l'oeuvre
d'un dieu ; que les Cariens ne portent plus aux nues, avec tant d'emphase, leur
mausolée suspendu dans le vide des airs. Que tous les monuments le cèdent à
l'Amphithéâtre de César ; c'est pour lui surtout, pour lui seul, que doivent se
faire entendre les cent voix de la Renommée.
| [1] I.
Barbara pyramidum sileat miracula Memphis,
Assyrius iactet nec Babylona labor;
nec Triuiae templo molles laudentur Iones,
dissimulet Delon cornibus ara frequens
aere nec uacuo pendentia Mausolea
laudibus inmodicis Cares in astra ferant.
Omnis Caesareo cedit labor Amphitheatro,
unum pro cunctis fama loquetur opus.
| | [2] II. - SUR LES OUVRAGES PUBLICS DE CÉSAR.
Là où le radieux colosse voit les astres de près ; où s'élèvent, au milieu de la
voie publique, de gigantesques machines, brillait l'odieux palais d'un farouche
tyran, et ce palais, à lui seul, remplissait Rome entière : là où s'offre aux
yeux la masse imposante d'un magnifique Amphithéâtre, étaient tes étangs de
Néron ; là où nous admirons les Thermes, si promptement construits par la
munificence de César, un parc fastueux avait usurpé la place des cabanes de
quelques malheureux ; là où le portique de Claudius déploie un vaste abri contre
le soleil, était l'extrémité du palais qui a disparu. Rome est rendue à
elle-même ; et sous ton empire, César, les lieux qui avaient été les délices
d'un tyran sont devenus les délices du peuple.
| [2] II.
Hic ubi sidereus propius uidet astra colossus
et crescunt media pegmata celsa uia,
inuidiosa feri radiabant atria regis
unaque iam tota stabat in urbe domus;
hic ubi conspicui uenerabilis Amphitheatri
erigitur moles, stagna Neronis erant;
hic ubi miramur uelocia munera thermas,
abstulerat miseris tecta superbus ager;
Claudia diffusas ubi porticus explicat umbras,
ultima parts aulae deficientis erat.
Reddita Roma sibi est et sunt te preside, Caesar,
deliciae populi, quae fuerant domini.
| | [3] III. - AFFLUENCE ET CONGRATULATION DES ÉTRANGERS.
Quelle nation, ô César, si lointaine, si barbare qu'elle soit, n'a dans Rome
quelqu'un des siens qui en admire les beautés ? L'habitant de la Thrace quitte,
pour la visiter, l'Hémus cher à Orphée ; on y voit arriver et le Sarmate qui
s'abreuve de sang de cheval, et le peuple qui boit les eaux du Nil à sa source,
et celui dont les rivages sont battus par les flots de la mer la plus reculée ;
l'Arabe et le Sabéen y accourent, et les Ciliciens y sont arrosés des parfums de
leur pays ; on y trouve le Sicambre à la chevelure bouclée, et l'Éthiopien aux
cheveux crépus. Tous ces peuples parlent des langues différentes ; mais ils
n'ont qu'un langage, ô César, pour te nommer le véritable PÈRE DE LA PATRIE.
| [3] III.
Quae tam seposita est, quae gens tam barbara, Caesar,
ex qua spectator non sit in urbe tua?
Venit ab Orpheo cultor Rhodopeius Haemo,
uenit et epolo Sarmata pastus equo,
et qui prima bibit deprensi flumina Nili,
et quem supremae Tethyos unda ferit;
festinauit Arabs, festinauere Sabaei,
et Cilices nimbis hic maduere suis.
Crinibus in nodum tortis uenere Sygambri,
atque aliter tortis crinibus Aethiopes.
Vox diuersa sonat populorum, tum tamen una est,
cum uerus patriae diceris esse pater.
| | [4] IV. - A CÉSAR, SUR L'EXPULSION DES DÉLATEURS.
Cette foule odieuse, ennemie de la paix, du calme et du repos, qui sans cesse
cherchait à s'enrichir des dépouilles d'autrui, est reléguée chez les Gétules ;
leurs déserts de sable ne suffisent point à tant de coupables, et le délateur a
pour partage l'exil qu'il faisait subir aux autres.
IVb. - AU PEUPLE ROMAIN SUR LES MÊMES DÉLATEURS.
Le délateur banni fuit loin de Rome ; comptez votre vie parmi les bienfaits du
prince.
| [4] IV.
Turba grauis paci placidaeque inimica quieti,
quae semper miseras sollicitabat opes,
traducta est +Getulis+ nec cepit harena nocentis:
et delator habet quod dabat exilium.
Exulat Ausonia profugus delator ab urbe:
haec licet inpensis principis adnumeres.
| | [5] V. - SUR LE SPECTACLE DE PASIPHAÉ.
Croyez à l'union de Pasiphaé avec, le taureau de la Crète. Sous nos yeux vient
de se renouveler cette fable des vieux temps Que la haute antiquité, César,
dépose son orgueil ; tout ce qu'en publie la renommée, la scène l'offre à tes
yeux.
| [5] V.
Iunctam Pasiphaen Dictaeo credite tauro:
uidimus, accepit fabula prisca fidem.
Nec se miretur, Caesar, longaeua uetustas:
quidquid fama canit, praestat harena tibi.
| | [6] VI. - SUR UN COMBAT DE FEMMES CONTRE DES BÊTES.
César, ce n'est point assez que le belliqueux Mars déploie pour toi sa valeur
invincible ; pour toi Vénus elle-même se montre. vaillante.
VIb. - SUR LE MÊME COMBAT.
La renommée célébrait le lion terrassé dans la vaste plaine de Némée, comme un
des nobles travaux d'Hercule. Que l'antique crédulité se taise ; car dans cet
amphithéâtre, dû à ta munificence, ô César, nous avons vu pareille-chose
accomplie par la main d'une femme.
| [6] VI.
Belliger inuictis quod Mars tibi seruit in armis,
non satis est, Caesar, seruit et ipsa Venus.
VIb
Prostratum uasta Nemees in ualle leonem
nobile et Herculeum fama canebat opus.
Prisca fides taceat: nam post tua munera, Caesar,
hoc iam femineo Marte fatemur agi.
| | [7] VII. - SUR UN CONDAMNÉ REPRÉSENTANT EN RÉALITÉ LE SUPPLICE DE LAURÉOLUS.
De même que Prométhée, enchaîné sur un rocher au fond de la Scythie, repaît de
ses entrailles, promptes à renaître, l'oiseau de proie qui ne cesse de les
dévorer ; de même Lauréolus, attaché à une véritable croix, a offert sa poitrine
nue à un ours de la Calédonie. Le sang ruisselait de ses membres palpitants et
déchirés ; et nulle place, sur son corps, ne rappelait la forme d'un corps. Il
fallait enfin, pour subir un pareil supplice, que ce condamné eût commis un
parricide, ou qu'il eût plongé dans le sein de son maître un fer meurtrier, ou
que, dans un accès de délire, il eût enlevé les trésors des temples, ou
qu'enfin, Rome, il eût tenté de te réduire en cendres. Il avait. surpassé tous
les crimes dont parle l'antiquité, et ce supplice, jadis fictif, est devenu pour
lui une réalité.
| [7] VII.
Qualiter in Scythica religatus rupe Prometheus
adsiduam nimio pectore pauit auem,
nuda Caledonia sic uiscera praebuit urso
non falsa pendens in cruce Laureolus.
Viuebant laceri membris stillantibus artus
inque omni nusquam corpore corpus erat.
Denique supplicium dignum tulit: ille parentis
uel domini iugulum foderat ense nocens,
templa uel arcano demens spoliauerat auro,
subdiderat saeuas uel tibi, Roma, faces.
Vicerat antiquae sceleratus crimina famae,
in quo, quae fuerat fabula, poena fuit.
| | [8] VIII. - SUR LA FABLE DE DÉDALE.
Dédale, lorsque tu es ainsi déchiré par un ours de la Lucanie, que tu voudrais
avoir encore tes ailes !
| [8] VIII.
Daedale, Lucano cum sic lacereris ab urso,
quam cuperes pinnas nunc habuisse tuas!
| | [9] IX. - SUR UN RHINOCÉROS.
C'est pour toi, ô César, que ce rhinocéros exposé dans l'arène a livré un combat
qu'on n'attendait pas de lui. Oh ! de quelles terribles fureurs il était embrasé
en abaissant sa tête ! avec quelle force il faisait agir sa corne, pour laquelle
le taureau n'était qu'un mannequin !
| [9] IX.
Praestitit exhibitus tota tibi, Caesar, harena
quae non promisit proelia rhinoceros.
O quam terribilis exarsit pronus in iras!
Quantus erat taurus, cui pila taurus erat!
| | [10] X. - SUR UN LION QUI AVAIT BLESSÉ SON GARDIEN.
Un lion perfide avait blessé son maître avec son ingrate gueule, et osé
ensanglanter des mains qu'il connaissait si bien : mais il subit la peine que
méritait un pareil forfait ; et celui qui n'avait point voulu souffrir une
correction légère souffrit l'atteinte de traits qui le percèrent. Quelles
doivent être les moeurs des hommes sous un prince qui force jusqu'aux animaux
féroces à s'adoucir !
| [10] X.
Laeserat ingrato leo perfidus ore magistrum,
ausus tam notas contemerare manus,
sed dignas tanto persoluit crimine poenas,
et qui non tulerat uerbera, tela tulit.
Quos decet esse hominum tali sub principe mores,
qui iubet ingenium mitius esse feris!
| | [11] XI. - SUR UN OURS.
Cet ours, en se roulant impétueusement sur l'arène sanglante, a rendu sa fuite
impossible ; il s'est empêtré dans la glu. Que les épieux luisants soient mis à
l'écart et cessent de montrer leur fer ; que l'on ne voie plus voler de javelot
lancé par une main vigoureuse ; que le chasseur aille saisir sa proie dans les
airs, si l'on recourt à l'art de l'oiseleur contre les quadrupèdes des forêts.
| [11] XI.
Praeceps sanguinea dum se rotat ursus harena,
inplicitam uisco perdidit ille fugam.
Splendida iam tecto cessent uenabula ferro,
nec uolet excussa lancea torta manu;
deprendat uacuo uenator in aere praedam,
si captare feras aucupis arte placet.
| | [12] XII. - SUR UNE LAIE QUI MIT AU JOUR UN PETIT PAR UNE BLESSURE.
Dans un des sanglants exercices de châsse offerts par César, une laie, frappée
d'un léger javelot mit bas un de ses petits par l'ouverture même de la plaie. O
barbare Lucine ! est-ce là un enfantement ? Cette pauvre laie eût voulu mourir
percée d'un grand nombre de traits, pour ouvrir à ses marcassins un triste
passage. Qui niera maintenant que Bacchus doive le jour à la mort de sa mère ?
Croyez qu'un dieu est né de cette manière, puisqu'une bête fauve vient de naître
ainsi.
| [12] XII.
Inter Caesareae discrimina saeua Dianae
fixisset grauidam cum leuis hasta suem,
exiluit partus miserae de uulnere matris.
O Lucina ferox, hoc peperisse fuit?
Pluribus illa mori uoluisset saucia telis,
omnibus ut natis triste pateret iter.
Quis negat esse satum materno funere Bacchum?
sic genitum numen credite: nata fera est.
| | [13] XIII. - SUR LA MÊME.
Frappée d'un trait meurtrier, et atteinte d'une blessure profonde, une laie perd
la vie ; et eu même temps la donne. Oh ! combien fût adroite la main qui lança
ce fer ! ce fût, je crois, celle de Lucine. Cette laie, en mourant, éprouva la
double puissance de Diane par le fait de sa délivrance et par le fait de sa
mort.
| [13] XIII.
Icta graui telo confossaque uulnere mater
sus pariter uitam perdidit atque dedit.
O quam certa fuit librato dextera ferro!
Hanc ego Lucinae credo fuisse manum.
Experta est numen moriens utriusque Dianae,
quaque soluta parens quaque perempta fera est.
| | [14] XIV. - SUR LA MÊME.
Une laie, près de son terme, mit bas, à la suite d'une blessure, un marcassin né
viable, lequel ne fut pas tué et se prit à courir, pendant que sa mère mourait.
Que de malice a parfois le hasard !
| [14] XIV.
Sus fera iam grauior maturi pignori uentris
emisit fetum, uolnere facta parens;
nec iacuit partus, sed matre cadente cucurrit.
O quantum est subitis casibus ingenium!
| | [15] XV. - SUR LE CHASSEUR CARPOPHORE.
L'immense gloire que tu t'es acquise, ô Méléagre, en terrassant le sanglier de
Calydon, qu'elle est peu de chose auprès de celle de Carpophore ! Il vient, lui,
d'enfoncer son épieu dans les flancs d'un ours qui se précipitait sur lui et qui
n'eut jamais son pareil sous le pôle arctique ; il vient d'étendre à ses pieds
un lion d'une taille inconnue jusqu'ici, et dont la défaite eût honoré la main
d'Hercule ; il vient d'atteindre et de renverser d'un trait mortel le plus agile
des léopards. Et, lorsqu'il recevait le prix glorieux de son triomphe, il était
encore tout prêt à combattre.
| [15] XV.
Summa tuae, Meleagre, fuit quae gloria famae,
quantast Carpophori portio, fusus aper!
Ille et praecipiti uenabula condidit urso,
primus in Arctoi qui fuit arce poli,
strauit et ignota spectandum mole leonem,
herculeas potuit qui decuisse manus,
et uolucrem longo porrexit uulnere pardum.
Praemia cum tandem ferret, adhuc poterat.
| | [16] XVI. - SUR HERCULE PORTÉ JUSQU'AU CIEL PAR UN TAUREAU.
Ce taureau qui s'élance du milieu de l'arène et monte dans les airs est
l'oeuvre, non de l'art, mais de la piété. Un taureau porta jadis Europe à
travers les mers, empire de son frère ; un taureau vient de porter Hercule au
sein des astres. Comparez maintenant le fait de César et celui de Jupiter. En
supposant que le poids fût le même pour les deux taureaux, il est certain que le
premier s'est élevé davantage.
| [16] XVI.
Raptus abit media quod ad aethera taurus harena,
non fuit hoc artis, sed pietatis opus.
XVIb
Vexerat Europen fraterna per aequora taurus:
at nunc Alciden taurus in astra tulit.
Caesaris atque Iouis confer nunc, fama, iuuencos:
par onus ut tulerint, altius iste tulit.
| | [17] XVII. - SUR UN ÉLÉPHANT QUI ADORAIT CÉSAR.
Si cet éléphant, qui vient de faire trembler un taureau, t'adore pieusement et
avec respect, ô César, ce n'est pas pour obéir aux ordres où aux leçons d'un
maître. Crois-moi ; il sent, ainsi que nous, la présence de ta divinité.
| [17] XVII.
Quod pius et supplex elephas te, Caesar, adorat
hic modo qui tauro tam metuendus erat,
non facit hoc iussus, nulloque docente magistro,
crede mihi, nostrum sentit et ille deum.
| | [18] XVIII. - SUR UN TIGRE APPRIVOISÉ, REDEVENU TOUT A COUP FÉROCE
À L'ASPECT D'UN LION.
Habitué à lécher la main confiante de son maître, un tigre, la merveille et la
gloire des forêts, de l'Hyrcanie, a, dans sa fureur, déchiré de sa dent cruelle
un farouche lion. Chose inouïe, dont on n'avait pas eu d'exemple jusqu'à nos
jours ! Tant qu'il vécut an fond des forêts, ce tigre n'eut jamais pareille
audace ; depuis qu'il 'est parmi nous, il est devenu plus féroce.
| [18] XVIII.
Lambere securi dextram consueta magistri
tigris, ab Hyrcano gloria rara iugo,
saeua ferum rabido lacerauit dente leonem:
res noua, non ullis cognita temporibus.
Ausa est tale nihil, siluis dum uixit in altis:
postquam inter nos est, plus feritatis habet.
| | [19] XIX. - SUR UN TAUREAU ET UN ÉLÉPHANT.
Ce taureau qui, tout à l'heure, excité par les flammes, faisait voler, dans les
airs les débris des mannequins, et en jonchait l’arène, tombe enfin victime de
sa rage, en voulant frapper de ses cormes un éléphant qu'il croyait enlever
aussi facilement que les mannequins.
| [19] XIX.
Qui modo per totam flammis stimulatus harenam
sustulerat raptas taurus in astra pilas.
Occubuit tandem cornuto adore petitus,
dum facilem tolli sic elephanta putat.
| | [20] XX. - SUR DEUX GLADIATEURS.
Pendant qu'un côté de l'amphithéâtre demandait Myrinus, l'autre demandait
Triumphus. César fit signe, qu'il les accordait tous deux ; il ne pouvait mieux
terminer ce plaisant débat. O bonté ingénieuse d'un prince invincible.
| [20] XX.
Cum peteret pars haec Myrinum, pars illa Triumphum,
promisit pariter Caesar utraque manu.
Non potuit melius litem finire iocosam.
O dulce inuicti principis ingenium!
| | [21] XXI. - SUR LE SPECTACLE D'ORPHÉE.
Tout ce dont fut témoin, dit-on, le mont Rhodope à l'égard d'Orphée, l'arène,
César, vient de l'offrir à tes yeux: On y a vu ramper des rochers et courir une
forêt merveilleuse, telle que fut, dit-on, celle des Hespérides ; on a vu
apparaître pèle-mêle des bêtes fauves de toute espèce, et rester suspendus
au-dessus de la tête du poète une foule d'oiseaux. Lui-même périt déchiré par un
ours, son ingrat auditeur. Le fait n'est pas moins réel que le récit de la fable
est mensonger.
| [21] XXI.
Quidquid in Orpheo Rhodope spectasse theatro
dicitur, exhibuit, Caesar, harena tibi.
Repserunt scopuli mirandaque silua cucurrit,
quale fuisse nemus creditur Hesperidum.
Adfuit inmixtum pecori genus omne ferarum
et supra uatem multa pependit auis,
ipse sed ingrato iacuit laceratus ab urso.
Haec tantum res est facta {par' istorian}.
XXIb
Orphea quod subito tellus emisit hiatu
ursam elisuram, uenit ab Eurydice.
| | [22] XXII. - SUR UN RHINOCÉROS.
Tandis que les piqueurs excitaient en tremblant le rhinocéros, et que celui-ci
concentrait sa terrible colère, on désespérait d'offrir aux spectateurs le
combat promis, quand soudain le rhinocéros devient aussi furieux que jamais, et,
de sa double corne, enlevé un ours énorme aussi facilement qu'un taureau lance
les mannequins dans les airs.
| [22] XXII.
Sollicitant pauidi dum rhinocerota magistri
seque diu magnae colligit ira ferae,
desperabantur promissi proelia Martis;
sed tandem rediit cognitus ante furor.
Namque grauem cornu gemino sic extulit ursum,
iactat ut inpositas taurus in astra pilas:
| | [23] XXIII. - SUR CARPOPHORE.
Avec quelle justesse la main vigoureuse du jeune Carpophore dirige un épieu
dorique ! Il porte aisément sur sa tête deux taureaux. Le féroce bubale et le
bison sont tombés sous ses coups. Le lion, en le fuyant, s'est précipité
au-devant des traits. Allons, foule impatiente ! plains-toi qu'on retarde tes
plaisirs !
| [23] XXIII.
Norica tam certo uenabula dirigit ictu
fortis adhuc teneri dextera Carpophori.
Ille tulit geminos facili ceruice iuuencos,
illi cessit atrox bubalus atque uison:
hunc leo cum fugeret, praeceps in tela cucurrit.
I nunc et lentas corripe, turba, moras!
| | [24] XXIV. - SUR UNE NAUMACHIE.
Tardif spectateur, venu des pays lointains, si tu vois pour la première fois ces
jeux sacrés, ne sois pas dupe de ce combat naval et de ces flots semblables à la
mer. Là, tout à l'heure, était la terre. Tu ne le crois pas ? Attends que les
eaux, en s'écoulant, fassent cesser le combat ; ce ne sera pas long ; et tu
diras toi-même : là, tout à l'heure, était la mer.
| [24] XXIV.
Si quis ades longis serus spectator ab oris,
cui lux prima sacri muneris ista fuit,
ne te decipiat ratibus naualis Enyo
et par unda fretis, hic modo terra fuit.
Non credis? specta, dum lassant aequora Martem:
parua mora est, dices 'Hic modo pontus erat.'
| | [25] XXV. - SUR LE SPECTACLE DE LÉANDRE.
Cesse de t'étonner, Léandre, d'avoir été épargné par les flots pendant tes
courses nocturnes : ce sont les flots de César.
XXVb. - SUR LÉANDRE.
Tandis que l'audacieux Léandre se dirigeait vers la demeure de sa chère amante,
et qu'il pliait, excédé de fatigue, sous l'effort des flots irrités, voici,
dit-on, la prière qu'il leur adressait : "Épargnez-moi, quand je vais à ,elle ;
ne me noyez qu'à mon retour."
| [25] XXV.
Quod nocturna tibi, Leandre, pepercerit unda
desine mirari: Caesaris unda fuit.
XXVb
Cum peteret dulces audax Leandros amores
et fessus tumidis iam premeretur aquis,
sic miser instantes adfatus dicitur undas:
'Parcite dum propero, mergite cum redeo.'
| | [26] XXVI. - SUR DES NAGEURS.
Le Choeur docile des Néréides a joué partout, sur ces flots, et tracé sur les
ondes complaisantes une foule de tableaux. Tantôt il figura un trident aux
pointes menaçantes, tantôt une ancre aux dents recourbées : puis, on crut avoir
sous les yeux une rame, un vaisseau ; il semblait qu'on aperçût la constellation
des fils de Léda, si chère aux matelots ; puis de larges voiles gonflées par le
vent. Qui a conçu l'idée de ces merveilles au sein du liquide élément ? Ou
Thétis les apprit à César, ou elle les apprit de lui.
| [26] XXVI.
Lusit Nereidum docilis chorus aequore toto
et uario faciles ordine pinxit aquas.
Fuscina dente minax recto fuit, ancora curuo:
credidimus remum credidimusque ratem,
et gratum nautis sidus fulgere Laconum
lataque perspicuo uela tumere sinu.
Quis tantas liquidis artes inuenit in undis?
aut docuit lusus hos Thetis aut didicit.
| | [27] XXVII. - SUR CARPOPHORE.
Si les temps anciens, ô César, eussent vu naître Carpophore, il eût à lui seul
purgé de monstres l'univers. Marathon n'eût point redouté un taureau ; la forêt
de Némée un lion, et l'Arcadie le sanglier du mont Ménale. Son bras armé eût,
d'un seul coup, abattu lés têtes de l'hydre, et n'eût frappé qu'une seule fois
la Chimère. Il eût pu, sans le secours de Médée, vaincre les taureaux aux pieds
de feu, et briser à lui seul les chaînes d'Hésione et d'Andromède. Comptez les
glorieux travaux d'Hercule : Carpophore a fait plus que lui en terrassant vingt
bêtes féroces à la fois.
| [27] XXVII.
Saecula Carpophorum, Caesar, si prisca tulissent,
non Porthaoniam barbara terra feram,
non Marathon taurum, Nemee frondosa leonem,
Arcas Maenalium non timuisset aprum.
Hoc armante manus hydrae mors una fuisset,
huic percussa foret tota Chimaera semel.
Igniferos possit sine Colchide iungere tauros,
possit utramque feram uincere Pasiphaes.
Si uetus aequorei reuocetur fabula monstri,
Hesionen soluet solus et Andromedan.
Herculeae laudis numeretur gloria: plus est
bis denas pariter perdomuisse feras.
| | [28] XXVIII. - SUR UNE NAUMACHIE ET DIVERS SPECTACLES MARINS.
Auguste eut la gloire de faire combattre des flottes, et de troubler la paix des
mers au bruit de la trompette navale : mais combien cette gloire n'est-elle pas
inférieure à celle de notre Empereur ! Thétis et Galatée ont vu dans leur empire
des bêtes farouches inconnues. Triton a vu, au milieu de ses flots, des
tourbillons de poussière soulevés par des chars aux roues brûlantes, et lui-même
a pris leurs chevaux pour ceux de son maître. Nérée, pour disposer à de
sanglants combats les vaisseaux irrités, refuse de marcher à pied dans la plaine
liquide. Tous les spectacles qu'offrent aux yeux le Cirque et l'Amphithéâtre,
l'onde, enrichie par la munificence de César, t'en reproduit l'image. Qu'on ne
parle plus du lac Fucin, ni des étangs de l'indolent Néron : cette naumachie est
la seule dont les siècles garderont le souvenir.
| [28] XXVIII.
Augusti labor hic fuerat committere classes
et freta nauali sollicitare tuba.
Caesaris haec nostri pars est quota? uidit in undis
et Thetis ignotas et Galatea feras;
uidit in aequoreo feruentes puluere currus
et domini Triton isse putauit equos:
dumque parat saeuis ratibus fera proelia Nereus,
horruit in liquidis ire pedestris aquis.
Quidquid et in Circo spectatur et Amphitheatro,
id diues, Caesar, praestitit unda tibi.
Fucinus et diri taceantur stagna Neronis:
hanc norint unam saecula naumachiam.
| | [29] XXIX. - SUR LES GLADIATEURS PRISCUS ET VÉRUS.
Quand Priscus et Vérus, prolongeant le combat, laissaient depuis longtemps entre
eux la victoire incertaine, les spectateurs, à diverses reprises, demandèrent à
grands cris quartier pour ces gladiateurs ; mais César obéit lui-même à la loi
qu'il avait faite. Cette loi voulait que le combat durât jusqu'à ce qu'un des
deux combattants eût levé le doigt. Plusieurs fois il leur fit donner, ce qui
était permis, des vivres et des présents. Ce combat sans issue eut cependant un
terme. Les deux champions luttaient avec un succès égal, et la victoire était
balancée entre eux. César envoya à l'un et à l'autre la baguette de congé et la
palme de la victoire. C'était la juste récompense de leur adresse et de leur
valeur. Jamais, excepté sous ton règne, César, on n'avait vu deux combattants
être tous deux vainqueurs.
| [29] XXIX.
Cum traheret Priscus, traheret certamina Verus,
esset et aequalis Mars utriusque diu,
missio saepe uiris magno clamore petita est;
sed Caesar legi paruit ipse suae; -
lex erat, ad digitum posita concurrere parma: -
quod licuit, lances donaque saepe dedit.
Inuentus tamen est finis discriminis aequi:
pugnauere pares, subcubuere pares.
Misit utrique rudes et palmas Caesar utrique:
hoc pretium uirtus ingeniosa tulit.
Contigit hoc nullo nisi te sub principe, Caesar:
cum duo pugnarent, uictor uterque fuit.
| | [30] XXX. - SUR UN DAIM ET DES CHIENS.
Poursuivi par des chiens agiles, un daim fuyait, cherchant à les dépister à
force de ruses et de détours : il s'arrête aux pieds de César, comme pour le
supplier et lui demandes grâce ; et les chiens ne touchent point à leur proie.
| [30] XXX.
Concita ueloces fugeret cum damma Molossos
et uaria lentas necteret arte moras,
Caesaris ante pedes supplex similisque roganti
constitit, et praedam non tetigere canes.
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haec intellecto principe dona tulit.
Numen habet Caesar: sacra est haec, sacra potestas,
credite: mentiri non didicere ferae.
| | [31] XXXI - A CÉSAR.
Pardonne à mes impromptus. Il ne mérite pas de te déplaire celui qui s'empresse
de te plaire.
| [32] XXXI.
Da ueniam subitis: non displicuisse meretur,
festinat, Caesar, qui placuisse tibi.
| | [32] XXXII. - AUTRE.
Céder au plus fort n'est pas manquer de courage ; mais qu'elle est lourde à
supporter la victoire d'un ennemi plus faible que nous !
| [32] XXXII.
Cedere maiori uirtutis fama secunda est.
Illa grauis palma est, quam minor hostis habet.
| | [33] XXXIII.- FRAGMENT TIRÉ D'UN ANCIEN SCOLIASTE DE JUVÉNAL.
Famille des Flavius, combien ton troisième héritier a obscurci ta gloire !
autant valait pour toi, ou peu s'en faut, n'avoir pas les deux autres ---.
| [33] XXXIII.
Flauia gens, quantum tibi tertius abstulit heres!
paene fuit tanti, non habuisse duos.
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