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[4,41] XLI. - CONTRE UN MAUVAIS LECTEUR.
Pourquoi, lorsque tu vas lire, entourer de laine ton cou ? c'est plutôt à nos
oreilles qu'il siérait d'en mettre.
| [4,41] 41
Quid recitaturus circumdas uellera collo?
Conueniunt nostris auribus ista magis.
| [4,42] XLII. - A FLACCUS.
Si quelqu'un était à même d'exaucer mes souhaits ; écoute, Flaccus, comme je
voudrais que fût mon mignon. D'abord il aurait vu le jour sur les rives du Nil :
point de climat où la volupté soit plus raffinée. Il serait plus blanc que la
neige ; car, aux bords du lac Méris, où la couleur brune domine, la blancheur
est plus belle, par cela même qu'elle y est plus rare. L'éclat de ses yeux
éclipserait celui des astres ; sa chevelure flexible retomberait mollement sur
son cou : je n'aime pas, Flaccus, les cheveux artistement frisés. Il aurait le
front bas, et le nez légèrement aquilin ; rivales des roses de Pestum, ses
lèvres en auraient l'incarnat. Souvent-il m'obligerait de répondre à ses désirs,
et il résisterait aux miens : il serait souvent plus libre que son maître. Il
redouterait les jeunes garçons et il écarterait les jeunes filles ; homme pour
les autres, pour moi seul il serait enfant. - J'entends, et tu ne te trompes pas ;
tout, à mon avis, est exact dans ce portrait : tel était, diras-tu, mon
Amazonicus.
| [4,42] 42
Si quis forte mihi possit praestare roganti,
audi, quem puerum, Flacce, rogare uelim.
Niliacis primum puer hic nascatur in oris:
nequitias tellus scit dare nulla magis.
5 Sit niue candidior: namque in mareotide fusca
pulchrior est quanto rarior iste color.
Lumina sideribus certent mollesque flagellent
colla comae: tortas non amo, Flacce, comas.
Frons breuis atque modus leuiter sit naribus uncis,
10 Paestanis rubeant aemula labra rosis.
Saepe et nolentem cogat nolitque uolentem;
liberior domino saepe sit ille suo;
et timeat pueros, excludat saepe puellas:
uir reliquis, uni sit puer ille mihi.
15 "Iam scio, nec fallis: nam me quoque iudice uerum est.
Talis erat" dices "noster Amazonicus".
| [4,43] XLIII. - CONTRE CORACINUS.
Je n'ai point dit, Coracinus, que tu étais pédéraste : je ne suis ni assez
téméraire ni assez audacieux pour mentir ainsi de gaieté de coeur. Si je l'ai
fait, Coracinus, qu'on m'oblige à vider le philtre redoutable de Pontia, ou la
coupe terrible de Metilus. Je jure les ulcères des prêtres de Cybèle, les
fureurs bérécynthiennes,que je n'ai dit qu'une bagatelle, un rien connu de tout
le monde, et que tu ne nieras pas toi-même. J'ai dit, Coracinus, qu'avec les
femmes tu avais la langue libertine.
| [4,43] 43
Non dixi, Coracine, te cinaedum:
non sum tam temerarius nec audax
nec mendacia qui loquar libenter.
Si dixi, Coracine, te cinaedum,
5 iratam mihi Pontiae lagonam,
iratum calicem mihi Metili:
iuro per Syrios tibi tumores,
iuro per Berecyntios furores.
Quid dixi tamen? Hoc leue et pusillum,
10 quod notum est, quod et ipse non negabis:
dixi te, Coracine, cunnilingum.
| [4,44] XLIV. - SUR LE VÉSUVE.
Le voilà, ce Vésuve jadis ombragé de pampres verts dont le fruit inondait nos
pressoirs de son jus délectable. Les voilà ces coteaux que Bacchus, préférait
aux collines de Nysa : naguère, sur ce mont, les Satyres formaient des danses
légères. C'était la demeure de Vénus, qui l'affectionnait plus encore que
Lacédémone : Hercule avait par son nom illustré ces lieux. Les flammes ont tout
détruit, tout enseveli sous d'affreux monceaux de cendres : les dieux voudraient
que leur puissance ne fût pas allée si loin.
| [4,44] 44
Hic est pampineis uiridis modo Vesbius umbris,
presserat hic madidos nobilis uua lacus:
haec iuga quam Nysae colles plus Bacchus amauit;
hoc nuper Satyri monte dedere choros;
5 haec Veneris sedes, Lacedaemone gratior illi;
his locus Herculeo nomine clarus erat.
Cuncta iacent flammis et tristi mersa fauilla:
nec superi uellent hoc licuisse sibi.
| [4,45] XLV. - VOEU DE PARTHENIUS A PHÉBUS, POUR BURRUS, SON FILS.
L'heureux Parthenius, l'honneur du palais ; verse, ô Phébus, à pleines mains son
encens et ses dons en faveur de Burrus, son fils, qui atteint aujourd'hui son
deuxième lustre ; qu'il voie s'écouler pour lui de nombreuses olympiades. Exauce
les voeux d'un père : puisse Daphné, devenue ton arbre chéri, te rendre amour
pour amour ! puisse ta soeur jouir d'une virginité inaltérable ! que la fleur de
ta jeunesse soit toujours brillante ! que jamais la chevelure de Bromius ne soit
aussi longue que la tienne !
| [4,45] 45
Haec tibi pro nato plena dat laetus acerra,
Phoebe, Palatinus munera Parthenius,
ut, qui prima nouo signat quinquennia lustro,
impleat innumeras Burrus Olympiadas.
5 Fac rata uota patris: sic te tua diligat arbor,
gaudeat et certa uirginitate soror;
perpetuo sic flore mices, sic denique non sint
tam longae Bromio quam tibi, Phoebe, comae.
| [4,46] XLVI. - SUR SABELLUS.
Les Saturnales ont fait de Sabellus un homme opulent : Sabellus en est tout
fier, et ce n'est pas sans motif ; il ne croit pas, et il le dit bien haut,
qu'il y ait un avocat plus heureux que lui. Ce qui donne à Sabellus cet orgueil,
cette forfanterie, c'est un demi-muid de farine, ce sont des fèves écossées,
trois demi-livres d'encens et de poivre, des mortadelles de Lucanie, des
saucissons du pays des Falisques, une bouteille de Syrie pleine de vin cuit, des
figues confites dans un vase de Libye, des oignons, des huîtres, du fromage. Il
a reçu encore d'un client du Picenum un petit baril d'olives ; plus une cruche
de terre grossièrement tournée par un potier espagnol, et qui contient sept
mesures de vin de Sagonte ; enfin un laticlave de diverses couleurs. En dix ans,
Sabellus n'a pas eu de Saturnales si productives.
| [4,46] 46
Saturnalia diuitem Sabellum
fecerunt: merito tumet Sabellus,
nec quemquam putat esse praedicatque
inter causidicos beatiorem.
5 Hos fastus animosque dat Sabello
farris semodius fabaeque fresae,
et turis piperisque tres selibrae,
et Lucanica uentre cum Falisco,
et nigri Syra defruti lagona,
10 et ficus Libyca gelata testa
cum bulbis cocleisque caseoque.
Piceno quoque uenit a cliente
parcae cistula non capax oliuae
et crasso figuli polita caelo
15 septenaria synthesis Sagunti,
Hispanae luteum rotae toreuma,
et lato uariata mappa clauo.
Saturnalia fructuosiora
annis non habuit decem Sabellus.
| [4,47] XLVII. - SUR UN PHAÉTHON.
Ce tableau représente Phaéthon peint à l'encaustique. Peintre, quelle idée folle
à toi de-brûler deux fois Phaéthon ?
| [4,47] 47
Encaustus Phaethon tabula tibi pictus in hac est.
Quid tibi uis, dipyrum qui Phaethonta facis?
| [4,48] XLVIII. - CONTRE PAPILUS.
Tu te plais à être le patient Papilus; et tu en pleures ensuite les
conséquences. Pourquoi, lorsque tes désirs sont remplis, témoigner tant de
regrets, Papilus ? Te repens-tu de ta jouissance impure ? ou bien plutôt te
plains-tu de ce qu'elle a cessé ?
| [4,48] 48
Percidi gaudes, percisus, Papyle, ploras:
cur, quae uis fieri, Papyle, facta doles?
Paenitet obscenae pruriginis? An magis illud
fles, quod percidi, Papyle, desieris?
| [4,49] XLIX. - A FLACCUS.
Crois-moi, Flaccus, tu ne sais pas ce que c'est que des épigrammes : tu les
traites de plaisanteries, de bagatelles. Il y a, dis-tu, bien plus de jeu
d'esprit à décrire les repas du barbare Térée, les festins du cruel Thyeste ; à
chanter Dédale attachant à son fils des ailes de cire, ou à montrer Polyphème
faisant paître ses brebis sur les rivages de la Sicile. Loin de mes écrits toute
sorte d'enflure, ma muse ne revêt pas avec orgueil
l'extravagant manteau des tragiques. Cependant tout le monde loue, admire, adore
les grandes compositions du théâtre. - J'en conviens, elles ont des panégyristes ;
mais les miennes ont des lecteurs.
| [4,49] 49
Nescis, crede mihi, quid sint epigrammata, Flacce,
qui tantum lusus illa iocosque uocat.
Ille magis ludit qui scribit prandia saeui
Tereos aut cenam, crude Thyesta, tuam,
5 aut puero liquidas aptantem Daedalon alas,
pascentem Siculas aut Polyphemon ouis.
A nostris procul est omnis uesica libellis,
Musa nec insano syrmate nostra tumet.
"Illa tamen laudant omnes, mirantur, adorant".
10 Confiteor: laudant illa, sed ista legunt.
| [4,50] L. - CONTRE THAÏS.
Pourquoi, Thaïs, me répéter que je suis vieux ? Thaïs, on n'est jamais vieux
pour lécher.
| [4,50] 50
Quid me, Thai, senem subinde dicis?
Nemo est, Thai, senex ad irrumandum.
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