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Martial, Epigrammes, Livre IV

Epigrammes 51-60

  Epigrammes 51-60

[4,51] LI. - A CECILIANUS.
Tu n'avais pas six mille sesterces, Cécilianus, et tu te faisais porter pompeusement dans un vaste hexaphore : depuis; que l'aveugle déesse t'a donné deux millions de sesterces, et que les plis de ta toge rompent sous le poids des écus, te voilà, soudain devenu piéton. Que te souhaiterais-je pour ce rare mérite, pour cette louable modestie ? Que les dieux, Cécilianus, te rendent ta litière.
[4,51] 51
Cum tibi non essent sex milia, Caeciliane,
ingenti late uectus es hexaphoro:
postquam bis decies tribuit dea caeca sinumque
ruperunt nummi, factus es, ecce, pedes.
5 Quid tibi pro meritis et tantis laudibus optem?
Di reddant sellam, Caeciliane, tibi.
[4,52] LII. - CONTRE HEDYLUS.
Si tu ne cesses, Hedylus, de te faire porter par deux chèvres accouplées, de figuier que tu étais, tu deviendras figuier sauvage.
[4,52] 52
Gestari iunctis nisi desinis, Hedyle, capris,
qui modo ficus eras, iam caprificus eris.
[4,53] LIII. - A COSMUS.
Cet homme que tu vois souvent dans l'intérieur ou sur le seuil du nouveau temple de Pallas, ce vieillard, portant bâton et besace, dont les cheveux sont blancs et malpropres, qui laisse tomber sur sa poitrine une barbe dégoûtante, qui la nuit se couvre d'une saie grasse, seule compagne de son triste grabat, qui reçoit du peuple une nourriture arrachée par des aboiements ; sans doute, Cosmus, abusé par une fausse apparence, tu le prends pour un cynique. Ce n'est point un cynique, Cosmus. - Qu'est-ce donc ? - Un chien.
[4,53] 53
Hunc, quem saepe uides intra penetralia nostrae
Pallados et templi limina, Cosme, noui
cum baculo peraque senem, cui cana putrisque
stat coma et in pectus sordida barba cadit,
5 cerea quem nudi tegit uxor abolla grabati,
cui dat latratos obuia turba cibos,
esse putas Cynicum deceptus imagine ficta:
non est hic Cynicus, Cosme: quid ergo? Canis.
[4,54] LIV. - A COLINUS. .
O toi qui méritas la couronne de chêne au Capitole et l'honneur de ceindre ton front de ses premières branches, Colinus, si tu sais être sage, mets à profit tous tes jours, et songe sans cesse que le dernier est arrivé pour toi. Personne encore n'a pu fléchir les trois fileuses : elles sont inexorables au jour qu'elles ont fixé. Quand tu serais plus riche que Crispus, plus inébranlable que Thraséas lui-même, plus élégant que le brillant Melior, Lachésis n'ajoute rien à sa tâche, elle dévide les fuseaux de ses soeurs, et l'une des trois coupe toujours le fil.
[4,54] 54
O cui Tarpeias licuit contingere quercus
et meritas prima cingere fronde comas,
si sapis, utaris totis, Colline, diebus
extremumque tibi semper adesse putes.
5 Lanificas nulli tres exorare puellas
contigit: obseruant quem statuere diem.
Diuitior Crispo, Thrasea constantior ipso,
lautior et nitido sis Meliore licet:
nil adicit penso Lachesis, fusosque sororum
10 explicat et semper de tribus una secat.
[4,55] LV. - À LUCIUS.
Lucius, la gloire de ton siècle, toi qui ne souffres pas que l'antique Graius et notre Tage le cèdent à l'éloquente Arpi, laisse le poète, né au sein des cités de la Grèce, chanter dans ses vers Thèbes ou Mycènes, la fameuse Rhodes, ou les athlètes fils de Léda, que célèbre la licencieuse Lacédémone : nous, enfants de la Celtique et de l'Ibérie, ne rougissons pas, dans des vers inspirés par la reconnaissance d'exalter les noms assez durs de notre terre natale : chantons Bilbilis, renommée pour la supériorité de son métal redoutable, qui ne craint pas de rivales dans les Chalybes et les Noriques ; Platea où retentit le bruit du fer qu'on y travaille, et qu'entoure le Salon, dont les eaux peu volumineuses, mais agitées donnent aux armes une trempe acérée ; Tutela, Rixamare, et leur 'musique et leurs danses ; Cardua, aux fêtes et aux festins si vantés ; Peteron, étincelante de ses guirlandes de roses ; Rigas, où naguère nos aïeux avaient des théâtres ; Silas, et ses habitants habiles à lancer le javelot léger ; les lacs de Turgens, de Petusia et les ondés pures de la petite Vetonissa ; le bois sacré où croissent es yeuses, du Baradon, bocage recherché du promeneur même le plus indolent ; enfin la plaine recourbée de Matinessa, que Manlius féconde avec ses taureaux vigoureux. Lecteur délicat, tu ris de tant de noms grossiers ? ris à ton aise : tout rustiques qu'ils sont, je les préfère à Bitonte.
[4,55] 55
Luci, gloria temporum tuorum,
qui Caium ueterem Tagumque nostrum
Arpis cedere non sinis disertis,
Argiuas generatus inter urbes
5 Thebas carmine cantet aut Mycenas,
aut claram Rhodon aut libidinosae
Ledaeas Lacedaemonos plaestras:
nos Celtis genitos et ex Hiberis
nostrae nomina duriora terrae
10 grato non pudeat referre uersu:
saeuo Bilbilin optimam metallo,
quae uincit Chalypasque Noricosque,
et ferro Plateam suo sonantem,
quam fluctu tenui, sed inquieto
15 armorum Salo temperator ambit,
Tutelamque chorosque Rixa marum,
et conuiuia festa Carduarum,
et textis Peterin rosis rubentem,
atque antiqua patrum theatra Rigas,
20 et certos iaculo leui Silaos,
Turgontique lacus Turasiaeque,
et parua uada pura Tuetonissae,
et sanctum Buradonis ilicetum,
per quod uel piger ambulat uiator,
25 et quae fortibus excolit iuuencis
curuae Manlius arua Vatiuescae.
Haec tam rustica, delicate lector,
rides nomina? Rideas licebit,
haec tam rustica malo quam Butuntus.
[4,56] LVI. - CONTRE GARGILIANUS.
Parce que tu fais de riches dons à des vieillards et à des veuves, tu veux, Gargilianus, que je t'appelle généreux. Rien de plus sordide, de plus ignoble que toi, qui seul as l'impudence de donner le nom de cadeaux aux pièges que tu tends. Ainsi l'hameçon trompeur attire les poissons avides ; ainsi une nourriture perfide abuse les hôtes des forêts. Je t'apprendrai, si tu l'ignores, ce que c'est qu'être grand et libéral : Gargilianus, fais-moi quelque présent.
[4,56] 56
Munera quod senibus uiduisque ingentia mittis,
uis te munificum, Gargiliane, uocem?
sordidius nihil est, nihil est te spurcius uno,
qui potes insidias dona uocare tuas:
5 sic auidis fallax indulget piscibus hamus,
callida sic stultas decipit esca feras.
Quid sit largiri, quid sit donare docebo,
si nescis: dona, Gargiliane, mihi.
[4,57] LVII. - A FAUSTINUS.
Tandis que je suis retenu sur les rives enchanteresses du lac Lucrin, asile voluptueux dont les grottes sont chauffées par les sources que fait jaillir la pierre ponce, tu habites, Faustinus, le royal domaine du colon d'Argos, à vint milles de Rome. Mais la poitrine velue du monstre de Némée est embrasée, et ce n'est pas assez pour Baïes de brûler de ses propres feux. Adieu donc, fontaines sacrées, délicieux rivages, séjour des Nymphes, et des Néréides. Au temps brumeux de l'hiver, vous l'emportez sur les collines consacrées. à Hercule ; mais dans cette saison, cédez à la fraîcheur qu'on respire à Tibur.
[4,57] 57
Dum nos blanda tenent lasciui stagna Lucrini
et quae pumiceis fontibus antra calent,
tu colis Argei regnum, Faustine, coloni,
quo te bis decimus ducit ab urbe lapis.
5 Horrida sed feruent Nemeaei pectora monstri,
nec satis est Baias igne calere suo.
Ergo sacri fontes et litora grata ualete,
Nympharum pariter Nereidumque domus.
Herculeos colles gelida uos uincite bruma,
10 nunc Tiburtinis cedite frigoribus.
[4,58] LVIII. - CONTRE GALLA.
Tu pleures dans le mystère l'époux que tu as perdu, Galla : c'est sans doute, Galla, que, tu aurais honte de pleurer un homme.
[4,58] 58
In tenebris luges amissum, Galla, maritum:
nam plorare pudet te, puto, Galla, uirum.
[4,59] LIX - SUR UNE VIPÈRE ENFERMÉE DANS UN MORCEAU D'AMBRE.
Une vipère rampait sur des rameaux humides des pleurs des Héliades ; la perle liquide du succïn la rencontre et coule sur elle malgré sa résistance ; étonnée de se sentir retenue par la rosée visqueuse, soudain elle devient roide, captive dans cet enduit glacé. Ne te glorifie plus, Cléopâtre, de ton royal sépulcre ; car une vipère repose dans un tombeau plus noble que le tien.
[4,59] 59
Flentibus Heliadum ramis dum uipera repit,
fluxit in obstantem sucina gemma feram:
quae dum miratur pingui se rore teneri,
concreto reguit uincta repente gelu.
5 Ne tibi regali placeas, Cleopatra, sepulcro,
uipera si tumulo nobiliore iacet.
[4,60] LX. SUR CURIATIUS.
Pendant le solstice, allons à Ardée et aux champs de Castium, ou dans les plaines brûlées par l'astre de Cléonée ; Curiatius a maudit le ciel de Tibur, lorsque, des eaux si vantées de ce séjour, il est descendu aux rives du Styx.
Point de lieu sur la terre où l'on puisse éviter sa destinée ; quand la mort vient, la Sardaigne est au milieu de Tibur.
[4,60] 60
Ardea solstitio Castranaque rura petantur
quique Cleonaeo sidere feruet ager,
cum Tiburtinas damnet Curiatius auras
inter laudatas ad Styga missus aquas.
5 Nullo fata loco possis excludere: cum mors
uenerit, in medio Tibure Sardinia est.


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Dernière mise à jour : 22/03/2004