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[12,51] LI. - SUR FABULLUS.
Tu t'étonnes, Aulus, que notre cher Fabullus, soit si
souvent berné? L'honnête homme est toujours un bleu.
| [12,51] LI.
Tam saepe nostrum decipi Fabullinum,
Miraris, Aule? semper homo bonus tiro est.
| [12,52] LII. - A SEMPRONIA.
Poète habitué à couronner tes tempes du laurier des
Muses, voix éloquente recherchée des accusés prostrés,
ci-git Rufus, ton cher époux, Sempronia, dont la cendre
brûle encore d'amour pour toi. Les Champs-Elysées
aiment à se raconter votre histoire et ton enlèvement
stupéfie la fille même de Tyndare. Tu vaux mieux qu'elle,
toi qui as fui ton ravisseur pour revenir à ton mari : elle,
rappelée par le sien, ne voulut pas le suivre. Ménélas rit
au récit de ces nouvelles amours d'Ilion : ton rapt absout
le Phrygien Pâris. Un jour, quand t'accueillera cette heureuse
demeure des justes, nulle ombre, au pays du Styx, ne
sera plus connue que toi. Loin de voir d'un mauvais oeil
les victimes des enlèvements, Proserpine les aime et
cette aventure te conciliera la reine des Enfers.
| [12,52] LII.
Tempora Pieria solitus redimire corona,
Nec minus attonitis uox celebrata reis,
Hic situs est, hic ille tuus, Sempronia, Rufus,
Cuius et ipse tui flagrat amore cinis.
5 Dulcis in Elysio narraris fabula campo,
Et stupet ad raptus Tyndaris ipsa tuos:
Tu melior, quae deserto raptore redisti,
Illa uirum uoluit nec repetita sequi.
Ridet et Iliacos audit Menelaus amores:
10 Absoluit Phrygium uestra rapina Parim.
Accipient olim cum te loca laeta piorum,
Non erit in Stygia notior umbra domo:
Non aliena uidet, sed amat Proserpina raptas:
Iste tibi dominam conciliabit amor.
| [12,53] LIII. - CONTRE UN AVARE.
Bien que tu aies de l'argent et des moyens, comme
peu de citoyens ou de pères de famille, jamais une largesse
de ta part! Tu couches sur ton trésor comme cet énorme
dragon chanté par les poètes, qui gardait le bois sacré
de la Colchide. La cause de cette sinistre avarice, tu la
rappelles toi-même et tu t'en vantes : c'est ton fils.
Cherche ailleurs des sots et des niais, pour leur tourner
l'esprit avec ces balançoires ! Ton fils, tu n'en eus jamais
qu'un : ton avarice.
| [12,53] LIII.
Nummi cum tibi sint opesque tantae,
Quantas ciuis habet, Paterne, rarus,
Largiris nihil incubasque gazae,
Ut magnus draco, quem canunt poetae
5 Custodem Scythici fuisse luci.
Sed causa, ut memoras et ipse iactas,
Dirae filius est rapacitatis.
Ecquid tu fatuos rudesque quaeris,
Inludas quibus auferasque mentem?
Huic semper uitio pater fuisti.
| [12,54] LIV. - CONTRE ZOILE.
Rouge de crin, noir de visage, bref de pied, louche de
regard, c'est bien le diable, Zoïle, si tu es honnête!
| [12,54] LIV.
Crine ruber, niger ore, breuis pede, lumine laesus,
Rem magnam praestas, Zoile, si bonus es.
| [12,55] LV. - A DES BELLES.
Vouloir que vous vous donniez gratis, ô belles, c'est le
comble de la sottise et de l'impertinence. Ne vous donnez
pas gratis. Des baisers, à la rigueur. Eh bien, Eglé ne les
donne pas, l'avare, elle les vend. Soit. Combien peut
donc valoir un baiser? Les siens ne lui rapportent pas
peu : elle réclame une livre de parfums de Cosmus ou
huit pièces de la monnaie nouvelle. A ce prix ses baisers
sont sonores, francs, ses lèvres ne se ferment pas pour
en refuser l'accès. Sur un point cependant, mais sur un
seul, elle est généreuse : elle refuse de baiser gratis, non
de lécher.
| [12,55] LV.
Gratis qui dare uos iubet, puellae,
Insulsissimus inprobissimusque est.
Gratis ne date, basiate gratis.
Hoc Aegle negat, hoc auara uendit.
5 Sed uendat: bene basiare quantum est!
Hoc uendit quoque nec leui rapina:
Aut libram petit illa Cosmiani,
Aut binos quater a noua moneta,
Ne sint basia muta, ne maligna,
10 Ne clusis aditum neget labellis.
Humane tamen hoc facit, sed unum,
Gratis quae dare basium recusat
Gratis lingere non recusat, Aegle.
| [12,56] LVI. - CONTRE POLYCHARMUS.
Tu tombes malade dix fois et plus par an. Ce n'est pas
toi, Polycharmus, c'est nous qui souffrons. Car, à chaque
convalescence, tu réclames à tes amis les présents d'usage.
Par pudeur, Polycharmus, sois donc malade une bonne fois.
| [12,56] LVI.
Aegrotas uno decies aut saepius anno,
Nec tibi, sed nobis hoc, Polycharme, nocet:
Nam quotiens surgis, soteria poscis amicos.
Sit pudor: aegrota iam, Polycharme, semel.
| [12,57] LVII. - A SPARSUS.
Pourquoi je gagne souvent le petit fonds de ma sèche
Nomente et le lare modeste de ma maison des champs?
Tu le demandes? Pour le pauvre, Sparsus, pas moyen,
à la Ville, de méditer ni de dormir. Comment tenir, dis
moi, avec les maîtres d'école le matin, les boulangers la
nuit, et le marteau des chaudronniers tout le jour?
Ici, c'est le changeur qui passe son temps à faire sonner sur
son sale comptoir de la monnaie au coin de Néron. Là,
c'est le batteur de lin d'Espagne qui, de son fléau brillant,
l'écrase sur la pierre usée. C'est, sans arrêt, la troupe
fanatique des prêtres de Bellone, le naufragé bavard
portant, suspendue au cou, sa tirelire, et le juif instruit
par sa mère à mendier, et le chassieux débitant d'allumettes
soufrées. Qui peut compter le temps perdu à
Rome pour le sommeil dira le nombre des mains qui
frappent sur des bassins de cuivre, quand l'éclipse de lune
est conjurée par le fuseau de Colchide.
Toi, Sparsus, tu ne connais pas ces misères, tu ne peux
pas les connaître, bien douillet dans le domaine de
Pétilius, un vrai royaume, d'où une terrasse domine les
sommets à l'entour. Tu as la campagne en pleine ville,
ton vigneron est Romain et l'automne n'est pas plus
fécond sur les côteaux de Falerne. A l'intérieur de tes
portes, tu peux faire des courses en char. Au fond de ton
palais, le sommeil et le repos, que ne trouble aucune voix
humaine. Et le jour n'y entre qu'avec ta permission.
Moi, les rires des nombreux passants me réveillent et
Rome est à mon chevet. Dégoûté, fatigué, quand je veux
dormir, je vais à ma campagne.
| [12,57] LVII.
Cur saepe sicci parua rura Nomenti
Laremque uillae sordidum petam, quaeris?
Nec cogitandi, Sparse, nec quiescendi
In urbe locus est pauperi. Negant uitam
5 Ludi magistri mane, nocte pistores,
Aerariorum marculi die toto;
Hinc otiosus sordidam quatit mensam
Neroniana nummularius massa,
Illinc balucis malleator Hispanae
10 Tritum nitenti fuste uerberat saxum;
Nec turba cessat entheata Bellonae,
Nec fasciato naufragus loquax trunco,
A matre doctus nec rogare Iudaeus,
Nec sulphuratae lippus institor mercis.
15 Numerare pigri damna quis potest somni?
Dicet quot aera uerberent manus urbis,
Cum secta Colcho Luna uapulat rhombo.
Tu, Sparse, nescis ista, nec potes scire,
Petilianis delicatus in regnis,
20 Cui plana summos despicit domus montis,
Et rus in urbe est uinitorque Romanus
Nec in Falerno colle maior autumnus,
Intraque limen latus essedo cursus,
Et in profundo somnus, et quies nullis
25 Offensa linguis, nec dies nisi admissus.
Nos transeuntis risus excitat turbae,
Et ad cubilest Roma. Taedio fessis
Dormire quotiens libuit, imus ad uillam.
| [12,58] LVIII. - A ALAUDA.
Ta femme t'appelle coureur de servantes, elle-même
court les porteurs de litières. Vous vous valez, Alauda.
| [12,58] LVIII.
Ancillariolum tua te uocat uxor, et ipsa
Lecticariola est: estis, Alauda, pares.
| [12,59] LIX. - SUR DES BAISEURS IMPORTUNS.
Rome te donne après quinze ans d'absence plus de
baisers que Lesbie n'en donna à Catulle. Tout le voisinage
te baise. Ton fermier velu t'applique un baiser qui
sent le bouc. Puis vient le tisserand, puis le foulon, puis
le cordonnier, la bouche encore parfumée de cuir, puis le
possesseur d'un menton pouilleux, puis un louche, puis
un chassieux, et une bouche qui suce, et une autre qui
vient de lécher. Ce n'était pas la peine de revenir.
| [12,59] LIX.
Tantum dat tibi Roma basiorum
Post annos modo quindecim reuerso,
Quantum Lesbia non dedit Catullo.
Te uicinia tota, te pilosus
5 Hircoso premit osculo colonus;
Hinc instat tibi textor, inde fullo,
Hinc sutor modo pelle basiata,
Hinc menti dominus periculosi,
Hinc et dexiocholus, inde lippus,
10 Fellatorque recensque cunnilingus.
Iam tanti tibi non fuit redire.
| [12,60] LX. - A SON JOUR NATAL.
Jour fils de mars, où, pour la première fois, je vis
l'aurore aux doigts de rose et la face majestueuse du dieu
des astres, si tu es fâché que je t'honore à la campagne
sur un autel de gazon, toi que j'honorais jusqu'ici dans la
capitale du Latium, pardonne moi : je veux ne plus être
assujetti pendant tes Calendes et jouir de la vie le jour
où je suis né. Craindre, en ce jour d'anniversaire, que
l'eau chaude ne manque à Sabellus, qu'Alauda ne boive
une abondance trop délayée, filtrer à la hâte le Cécube
trouble, aller et venir sans cesse autour des tables, recevoir
celui-ci, recevoir celui-là, passer tout le repas à se
déranger, fouler d'un pied déchaussé les marbres froids
comme glace, non merci ! Quelle raison y a-t-il de souffrir,
de subir de gaieté de coeur une sujétion que l'on
refuserait si un roi et un maître voulait l'imposer?
| [12,60] LX.
Martis alumne dies, roseam quo lampada primum
Magnaque siderei uidimus ora dei,
Si te rure coli uiridisque pudebit ad aras,
Qui fueras Latia cultus in urbe mihi:
5 Da ueniam, seruire meis quod nolo Kalendis,
Et qua sum genitus, uiuere luce uolo.
Natali pallere suo, ne calda Sabello
Desit; et ut liquidum potet Alauda merum,
Turbida sollicito transmittere Caecuba sacco;
10 Atque inter mensas ire, redire suas;
Excipere hos illos, et tota surgere cena
Marmora calcantem frigidiora gelu:
Quae ratio est, haec sponte sua perferre patique,
Quae te si iubeat rex dominusque, neges?
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