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[1,6] 6. LE SOLEIL ET LES GRENOUILLES.
Ésope vit grande foule aux noces d'un voleur de son
voisinage. Aussitôt le voilà qui se met à faire ce récit
Un jour que le soleil voulait prendre femme, les grenouilles
en poussèrent des cris jusqu'au ciel. Tout ému de
ce vacarme, Jupiter s'informe du motif de leurs plaintes.
« Maintenant, dit alors une habitante des étangs, un soleil
suffit pour brûler et vider jusqu'au fond tous les marais
et nous faire périr misérablement de mort lente dans nos
demeures desséchées. Que sera-ce, s'il vient à avoir des enfants?
| [1,6] VI. Ranae ad Solem
Vicini furis celebres uidit nuptias
Aesopus, et continuo narrare incipit -
Uxorem quondam Sol cum uellet ducere,
clamorem ranae sustulere ad sidera.
Conuicio permotus quaerit Iuppiter
causam querellae. Quaedam tum stagni incola
'Nunc' inquit 'omnes unus exurit lacus,
cogitque miseras arida sede emori.
Quidnam futurum est si crearit liberos?'
| [1,7] 7. LE RENARD ET LE MASQUE DE TRAGÉDIE.
Un renard vit par hasard un masque de tragédie : Belle
tête, dit-il, mais de cervelle point. »
Ce mot s'applique à certaines gens à qui la fortune a
donné les honneurs et la gloire, mais refusé le sens commun.
| [1,7] VII. Vulpes ad Personam Tragicam
Personam tragicam forte uulpes uiderat;
quam postquam huc illuc semel atque iterum uerterat,
'O quanta species' inquit 'cerebrum non habet!'
Hoc illis dictum est quibus honorem et gloriam
Fortuna tribuit, sensum communem abstulit.
| [1,8] 8. LE LOUP ET LA GRUE.
Attendre des méchants le prix d'un service, c'est commettre
double faute : d'abord on aide des gens qui ne
le méritent pas; ensuite on ne peut plus se tirer d'affaire
sans dommage.
Un loup avait gloutonnement avalé un os qui lui était
resté dans le gosier. Vaincu par une vive douleur, il se
mit à tenter tour à tour les uns et les autres en offrant
de l'argent, pour qu'on lui retirât la cause de son mal.
Une grue se laissa enfin persuader par ses serments et,
risquant dans la gueule du loup son long cou, elle lui fit
cette dangereuse opération. Comme ensuite elle demandait
pour ce service la récompense convenue : « Tu es
ingrate, lui dit-il, tu as retiré de ma gueule ta tête
saine et sauve et tu réclames encore un salaire ! »
| [1,8] VIII. Lupus et Gruis
Qui pretium meriti ab improbis desiderat,
bis peccat: primum quoniam indignos adiuuat,
impune abire deinde quia iam non potest.
Os deuoratum fauce cum haereret lupi,
magno dolore uictus coepit singulos
inlicere pretio ut illud extraherent malum.
Tandem persuasa est iureiurando gruis,
gulae quae credens colli longitudinem
periculosam fecit medicinam lupo.
Pro quo cum pactum flagitaret praemium,
'Ingrata es' inquit 'ore quae nostro caput
incolume abstuleris et mercedem postules'.
| [1,9] 9. LE LIÈVRE ET LE MOINEAU.
Négliger de se garder soi-même en le conseillant à
d'autres, c'est sottise : nous allons le montrer en quelques vers.
Un lièvre surpris par un aigle poussait des gémissements
pénibles à entendre. Cependant un moineau le gourmandait :
« Où est donc, lui disait-il, cette fameuse rapidité?
pourquoi tes pieds se sont-ils ainsi ralentis? » Mais pendant
qu'il parlait, un épervier l'enlève lui-même à l'improviste
et le tue malgré ses plaintes et ses cris répétés. Le
lièvre expirant lui dit pour se consoler de mourir : « Tout
à l'heure tu te croyais en sûreté et tu te riais de mon malheur;
voilà que tu gémis à ton tour et que tu déplores
ta triste destinée. »
| [1,9] IX. Passer ad Leporem Consiliator
Sibi non cauere et aliis consilium dare
stultum esse paucis ostendamus uersibus.
Oppressum ab aquila, fletus edentem graues,
leporem obiurgabat passer 'Ubi pernicitas
nota' inquit 'illa est? Quid ita cessarunt pedes?'
Dum loquitur, ipsum accipiter necopinum rapit
questuque uano clamitantem interficit.
Lepus semianimus 'Mortis en solacium:
qui modo securus nostra inridebas mala,
simili querella fata deploras tua'.
| [1,10] 10. LE LOUP ET LE RENARD JUGÉS PAR LE SINGE.
Quiconque s'est fait connaître une fois par une tromperie
éshonorante, même s'il dit la vérité, ne trouve
plus créance. C'est ce qu'atteste une courte fable d'Ésope.
Un loup accusait un renard de l'avoir volé. Le renard
soutenait qu'il n'était pas coupable. Un singe siégea comme
juge dans leur procès. Quand ils eurent l'un et l'autre
achevé de plaider leur cause, le singe prononça, dit-on,
cette sentence : «« Toi, tu ne me sembles pas avoir perdu
ce que tu réclames; et toi, je te crois coupable du vol que
tu nies si bien. »
| [1,10] X. Lupus et Vulpes Iudice Simio
Quicumque turpi fraude semel innotuit,
etiam si uerum dicit, amittit fidem.
Hoc adtestatur breuis Aesopi fabula.
Lupus arguebat uulpem furti crimine;
negabat illa se esse culpae proximam.
Tunc iudex inter illos sedit simius.
Uterque causam cum perorassent suam,
dixisse fertur simius sententiam:
'Tu non uideris perdidisse quos petis;
te credo subripuisse quod pulchre negas'.
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