|
 |
| [33,41] (1) Ces contestations duraient depuis plusieurs jours,
lorsqu'un bruit vague de la mort de Ptolémée empêcha les conférences
d'avoir aucun résultat. (2) De part et d'autre on feignit de ne pas
connaître cette nouvelle. L. Cornélius, chargé d'une mission auprès
des deux rois, Antiochus et Ptolémée, demanda un délai de quelques
jours pour avoir le temps de se rendre à la cour de Ptolémée; (3) il
voulait en réalité arriver en Égypte, avant que l'avènement d'un
nouveau roi n'eût amené quelque changement. Antiochus de son côté se
flattait de réduire l'Égypte en sa puissance, s'il profitait de
l'occasion. (4) Il prit donc congé des Romains, laissa son fils
Séleucus à la tête de son armée de terre, pour rebâtir Lysimachia,
comme il l'avait résolu, et (5) fit voile avec toute sa flotte vers
Éphèse. Des ambassadeurs allèrent de sa part donner à Quinctius de
fausses assurances qu'il ne changerait rien, pendant que lui-même
longeait la celte de l'Asie et arrivait en Lycie. Ayant appris à
Patara que Ptolémée vivait encore, il renonça à son projet de passer
en Égypte; (6) néanmoins il se dirigea vers l'île de Chypre. Il
venait de doubler le cap Chélidonien, lorsqu'une révolte de ses
équipages le força de s'arrêter quelque temps en Pamphylie à
l'embouchure de l'Eurymédon. (7) Il remit bientôt à la voile; mais,
à la hauteur des rochers du fleuve Sarus, il fut assailli par une
violente tempête, qui faillit le faire périr avec toute sa flotte.
Plusieurs de ses vaisseaux furent égarés; d'autres coulèrent à fond
sans qu'il en pût échapper un seul homme. (8) Antiochos perdit dans
ce désastre un grand nombre de rameurs et de simples soldats, et
même quelques-uns des principaux de sa cour. (9) Lorsqu'il eut
rassemblé les débris du naufrage, ne se trouvant plus en état de
faire une tentative sur l'île de Chypre, il retourna à Séleucie avec
une suite moins brillante que celle qu'il avait emmenée à son
départ. Il y fit mettre sa flotte à sec, car la mauvaise saison
approchait; et il alla prendre ses quartiers d'hiver à Antioche.
Telle était la situation des deux rois.
| [33,41] His disceptationibus per dies aliquot habitis rumor sine ullo satis certo
auctore allatus de morte Ptolomaei regis ut nullus exitus imponeretur sermonibus
effecit. nam et dissimulabat pars utraque se audisse et L- Cornelius, cui
legatio ad duos reges Antiochum Ptolomaeumque mandata erat, spatium modici
temporis ad conueniendum Ptolomaeum petebat, ut priusquam moueretur aliquid in
noua possessione regni praeueniret in Aegyptum, et Antiochus suam fore Aegyptum,
si tum occupasset, censebat. itaque dimissis Romanis relictoque Seleuco filio
cum terrestribus copiis ad restituendam ut instituerat Lysimachiam, ipse omni
classe nauigat Ephesum, legatis ad Quinctium missis qui ad fidem faciendam nihil
nouaturum regem de societate agerent. oram Asiae legens peruenit in Lyciam,
Patarisque cognito uiuere Ptolomaeum nauigandi quidem in Aegyptum omissum
consilium est. Cyprum nihilo minus petens, cum Chelidoniarum promunturium
superasset, paulisper seditione remigum est retentus in Pamphylia circa
Eurymedontem amnem. inde profectum eum ad capita quae uocant Sari fluminis foeda
tempestas adorta prope cum omni classe demersit: multae fractae, multae naues
eiectae, multae ita haustae mari ut nemo in terram enarit. magna uis hominum ibi
interiit, non remigum modo militumque ignotae turbae sed etiam insignium regis
amicorum. conlectis reliquiis naufragii, cum res non in eo essent ut Cyprum
temptaret, minus opulento agmine quam profectus erat Seleuciam rediit. ibi
subduci nauibus iussis - iam enim et hiems instabat - ipse in hiberna Antiochiam
concessit. in hoc statu regum erant res.
| | [33,42] (1) Rome vit, cette année, pour la première fois établir des
triumvirs épulons: ce furent le tribun C. Licinius Lucullus, auteur
de la loi qui créait cette magistrature nouvelle, P. Manlius et P.
Porcius Laeca. La loi leur donna, comme aux pontifes, le droit de
porter la robe prétexte. (2) Un grand débat eut lieu cette même
année entre le collège tout entier des prêtres, et les questeurs de
la ville, Q. Fabius Labéo et L. Aurélius. (3) On avait besoin
d'argent, la résolution ayant été prise de rembourser aux citoyens
le dernier terme des avances qu'ils avaient faites pour la guerre.
(4) Les questeurs demandaient aux augures et aux pontifes leur
contribution qu'ils n'avaient pas fournie pendant la guerre. Les
prêtres en appelèrent vainement aux tribuns; on exigea d'eux toutes
les sommes annuelles qu'ils n'avaient pas payées. (5) La même année
deux pontifes moururent; ils furent remplacés, l'un, Sempronius
Tuditanus, qui était mort préteur en Espagne, par le consul M.
Marcellus; l'autre, M. Cornélius Cethegus, par L. Valérius Flaccus.
(6) L'augure Q. Fabius Maximus mourut aussi fort jeune et avant
d'avoir exercé aucune magistrature; on ne lui donna point de
successeur cette année. (7) Le consul M. Marcellus tint ensuite les
comices consulaires: on nomma consuls, L. Valérius Flaccus et M.
Porcius Cato. Puis on choisit pour préteurs C. Fabricius Luscinus,
C. Atinius Labéo, Cn. Manlius Vulso, Ap. Claudius Néron, P. Manlius,
P. Porcius Laeca. (8) Les édiles curules, M. Fulvius Nobilior et
Flaminius, distribuèrent au peuple un million de boisseaux de blé au
prix de deux as. Ces provisions avaient été envoyées à Rome par les
Siciliens comme témoignage de leur estime pour C. Flaminius et pour
son père. Flaminius fit partager à »n collègue l'honneur de la
distribution. (9) Les jeux romains furent célébrés avec un
magnifique appareil, et renouvelés trois fois en entier. (10) Les
édiles plébéiens Cn. Domitius Ahenobarbus et C. Scribonius Curio
citèrent devant le peuple plusieurs fermiers des pâturages. Trois de
ces accusés furent condamnés, et les amendes qu'ils payèrent
servirent à la construction dans l'île d'un temple du dieu Faune.
(11) Les jeux plébéiens furent représentés pendant deux jours; il y
eut un repas public à cette occasion.
| [33,42] Romae eo primum anno tresuiri epulones facti C- Licinius Lucullus tribunus
plebis, qui legem de creandis his tulerat, et P- Manlius et P- Porcius Laeca;
iis triumuiris item ut pontificibus lege datum est togae praetextae habendae
ius. sed magnum certamen cum omnibus sacerdotibus eo anno fuit quaestoribus
urbanis Q- Fabio Labeoni et L- Aurelio. pecunia opus erat, quod ultimam
pensionem pecuniae in bellum conlatae persolui placuerat priuatis. quaestores ab
auguribus pontificibusque quod stipendium per bellum non contulissent petebant.
ab sacerdotibus tribuni plebis nequiquam appellati, omniumque annorum per quos
non dederant exactum est. eodem anno duo mortui pontifices nouique in eorum
locum suffecti, M- Marcellus consul in locum C- Semproni Tuditani, qui praetor
in Hispania decesserat, et L- Valerius Flaccus in locum M- Corneli Cethegi. et
Q- Fabius Maximus augur mortuus est admodum adulescens, priusquam ullum
magistratum caperet; nec eo anno augur in eius locum est suffectus.
Comitia inde consularia habita a M- Marcello consule. creati consules L-
Valerius Flaccus et M- Porcius Cato. praetores inde facti Cn- Manlius Volso Ap.
Claudius Nero P- Porcius Laeca C- Fabricius {Luscinus C- Atinius} Labeo P-
Manlius. eo anno aediles curules M- Fuluius Nobilior et C- Flaminius tritici
deciens centena milia binis aeris populo discripserunt. id C- Flamini honoris
causa ipsius patrisque aduexerant Siculi Romam: Flaminius gratiam eius
communicauerat cum collega. ludi Romani et apparati magnifice sunt et ter toti
instaurati. aediles plebis Cn- Domitius Ahenobarbus et C- Scribonius Curio
{maximus} multos pecuarios ad populi iudicium adduxerunt: tres ex his condemnati
sunt; ex eorum multaticia pecunia aedem in insula Fauni fecerunt. ludi plebei
per biduum instaurati, et epulum fuit ludorum causa.
| | [33,43] (1) L. Valérius Flaccus et M. Porcius proposèrent,, le jour
même de leur entrée en charge, la répartition des provinces an
sénat. Les Pères conscrits décrétèrent que (2) "comme la guerre
devenait assez grave en Espagne, pour nécessiter la présence d'un
consul et d'une armée consulaire, ils assignaient aux consuls pour
départements l'Espagne citérieure et l'Italie, en les priant de se
les partager à l'amiable ou par la voie du sort. (3) Celui des deux
qui obtiendrait l'Espagne emmènerait avec lui deux légions, cinq
mille alliés du nom latin et cinq cents cavaliers, et aurait une
flotte de vingt vaisseaux longs. (4) L'autre consul devait enrôler
deux légions: on jugeait ces forces suffisantes pour contenir la
Gaule, depuis que les succès de l'année précédente avaient abattu le
courage des Insubres et des Boïens. (5) Caton eut l'Espagne,
Valérius l'Italie. Les préteurs tirèrent ensuite leurs départements
au sort. C. Fabricius Luscinus obtint la juridiction de la ville; C.
Atinius Labéo, celle des étrangers; Cn. Manlius Vulso, la Sicile;
Ap. Claudius Néron, l'Espagne ultérieure; P. Porcius Laeca, la ville
de Pise, pour menacer les Ligures par derrière; P. Manlius fut
chargé d'aller dans l'Espagne citérieure seconder les opérations du
consul. (6) Comme on se défiait d'Antiochus et des Étoliens, et même
du tyran Nabis, T. Quinctius fut prorogé pour un an dans son
commandement, et on lui accorda deux légions. Les consuls eurent
ordre de faire des levées et d'envoyer en Macédoine tous les
renforts nécessaires pour compléter ces légions. (7) App. Claudius
reçut la légion de Q. Fabius et fut en outre autorisé à lever deux
mille hommes d'infanterie et deux cents chevaux. (8) On accorda à
Manlius, pour l'Espagne citérieure, le même nombre de fantassins et
de cavaliers nouveaux; on y ajouta la légion qui avait été sous les
ordres du préteur Minucius. (9) P. Porcius Laeca, dirigé vers
l'Etrurie, aux environs de Pise, devait prendre deux mille hommes
d'infanterie et cinq cents chevaux dans l'armée de la Gaule.
Sempronius Longus fut maintenu dans le commandement de la Sardaigne.
| [33,43] L- Valerius Flaccus et M- Porcius Cato consules idibus Martiis, quo die
magistratum inierunt, de prouinciis cum ad senatum rettulissent, patres
censuerunt, quoniam in Hispania tantum glisceret bellum ut iam consulari et duce
et exercitu opus esset, placere consules Hispaniam citeriorem Italiamque
prouincias aut comparare inter se aut sortiri: utri Hispania prouincia
euenisset, eum duas legiones et quindecim milia socium Latini nominis et
octingentos equites secum portare et naues longas uiginti ducere; alter consul
duas scriberet legiones: iis Galliam obtineri prouinciam satis esse fractis
proximo anno Insubrum Boiorumque animis. Cato Hispaniam, Valerius Italiam est
sortitus. praetores deinde prouincias sortiti, C- Fabricius Luscinus urbanam, C-
Atinius Labeo peregrinam, Cn- Manlius Volso Siciliam, Ap. Claudius Nero
Hispaniam ulteriorem, P- Porcius Laeca Pisas, ut ab tergo Liguribus esset; P-
Manlius in Hispaniam citeriorem adiutor consuli datus. T- Quinctio, suspectis
non solum Antiocho et Aetolis sed iam etiam Nabide Lacedaemoniorum tyranno,
prorogatum in annum imperium est, duas legiones ut haberet: in eas si quid
supplementi opus esset, consules scribere et mittere in Macedoniam iussi. Ap.
Claudio praeter legionem quam Q- Fabius habuerat, duo milia {peditum} et
ducentos equites nouos ut scriberet permissum. par numerus peditum equitumque
nouorum et P- Manlio in citeriorem Hispaniam decretus et legio eadem quae fuerat
sub Q- Minucio praetore data. et P- Porcio Laecae ad Etruriam circa Pisas decem
milia peditum et quingenti equites ex Gallico exercitu decreti. in Sardinia
prorogatum imperium Ti. Sempronio Longo.
| | [33,44] (1) Les provinces ainsi réparties, les consuls, avant de
quitter Rome, célébrèrent, d'après l'ordre des pontifes, le
printemps sacré, (2) que le préteur A. Cornélius Mammula avait voué
au nom du sénat et du peuple, sous le consulat de Cn. Servilius et
de C. Flaminius. Il y avait vingt et un ans que ce voeu avait été
fait. (3) Ce fut aussi à cette époque que C. Claudius Pulcher, fils
d'Appius, fut nommé et sacré augure à la place de Q. Fabius Maximus,
qui était mort l'année précédente. (4) On commençait à s'étonner de
ce que l'insurrection de l'Espagne semblait oubliée, lorsqu'on reçut
une lettre de Q. Minucius. Il annonçait qu'il avait livré bataille
près de Turda aux généraux espagnols Budar et Baesaso; qu'il les
avait vaincus et leur avait tué douze mille hommes; que Budar était
prisonnier, et que le reste des ennemis était en déroute. (5) La
lecture de cette dépêche diminua les craintes qu'on avait conçues
sur l'Espagne; on s'était attendu de ce côté à une guerre sérieuse.
Toute l'attention se reporta sur Antiochus, surtout après le retour
des dix commissaires. (6) Ceux-ci exposèrent d'abord ce qu'on avait
fait avec Philippe et à quelles conditions on lui avait accordé la
paix; ils déclarèrent ensuite qu'on était menacé d'avoir avec
Antiochus une guerre non moins dangereuse. (7) "Ce prince, dirent-
ils, venait de passer en Europe à la tête d'une flotte nombreuse et
d'une redoutable armée de terre. S'il ne s'était détourné, sur la
foi d'un vain bruit, dans le fol espoir de conquérir l'Égypte, la
Grèce serait déjà toute en feu. Car il ne fallait pas compter que
les Étoliens resteraient en repos avec le caractère remuant et le
ressentiment qui les animait contre Rome. (8) La Grèce nourrissait
aussi dans son propre sein un autre fléau destructeur: c'était
Nabis, aujourd'hui tyran de Lacédémone, mais qui le deviendrait
bientôt de toute la Grèce, si on le laissait faire, et qui égalait
en avarice et eu cruauté tous les tyrans fameux dans l'histoire. (9)
Si on lui permettait de garder Argos, cette espèce de citadelle d'où
il dominait le Péloponnèse, et si l'on rappelait en Italie les
armées romaines, c'est en vain qu'on aurait délivré la Grèce de
Philippe, puisqu'au lieu d'un roi qu'elle avait l'avantage de savoir
éloigné, elle tomberait sous le despotisme d'un tyran établi dans
son voisinage.
| [33,44] Prouinciis ita distributis consules, priusquam ab urbe proficiscerentur,
uer sacrum ex decreto pontificum iussi facere, quod A. Cornelius Mammula praetor
uouerat de senatus sententia populique iussu Cn- Seruilio C- Flaminio
consulibus. annis post uno et uiginti factum est quam uotum. per eosdem dies C-
Claudius Appi filius Pulcher augur in Q- Fabi Maximi locum, qui priore anno
mortuus erat, lectus inauguratusque est.
Mirantibus iam uolgo hominibus quod Hispania mouisset bellum neglegi, litterae a
Q- Minucio allatae sunt se ad Turdam oppidum cum Budare et Baesadine
imperatoribus Hispanis signis conlatis prospere pugnasse: duodecim milia hostium
caesa, Budarem imperatorem captum, ceteros fusos fugatosque. his litteris lectis
minus terroris ab Hispanis erat, unde ingens bellum expectatum fuerat. omnes
curae utique post aduentum decem legatorum in Antiochum regem conuersae. hi
expositis prius quae cum Philippo acta essent et quibus legibus data pax, non
minorem belli molem instare ab Antiocho docuerunt: ingenti classe, egregio
terrestri exercitu in Europam eum traicisse et, nisi auertisset uana spes ex
uaniore rumore orta Aegypti inuadendae, mox bello Graeciam arsuram fuisse; neque
enim ne Aetolos quidem quieturos, cum ingenio inquietam tum iratam Romanis
gentem. haerere et aliud in uisceribus Graeciae ingens malum, Nabim, nunc
Lacedaemoniorum, mox si liceat uniuersae Graeciae futurum tyrannum, auaritia et
crudelitate omnes fama celebratos tyrannos aequantem; cui si Argos uelut arcem
Peloponneso impositam tenere liceat, deportatis in Italiam Romanis exercitibus
nequiquam liberatam a Philippo Graeciam fore, pro rege si nihil aliud longinquo
uicinum tyrannum dominum habituram.
| | [33,45] (1) En entendant ce rapport de la bouche de personnages déjà
fort graves et qui ne racontaient d'ailleurs que ce qu'ils avaient
examiné par eux-mêmes, (2) les sénateurs, sans s'occuper pour le
moment d'Antiochus, qu'un motif quelconque avait rappelé en Syrie,
furent d'avis de délibérer incontinent sur Nabis. (3) Après avoir
discuté longtemps pour savoir si l'on se croyait assez fondé à lui
déclarer la guerre sur-le-champ, ou si on laisserait à Quinctius
toute liberté pour le faire, on s'en remit à la prudence de ce
général du soin de prendre, à l'égard du tyran de Lacédémone, le
parti qu'il jugerait le plus utile aux intérêts de la république.
(4) On pensa qu'il importait peu au peuple romain que cette
déclaration de guerre fût avancée ou différée. (5) Il était plus
urgent de s'inquiéter de la conduite que tiendraient Hannibal et les
Carthaginois, si l'on avait la guerre avec Antiochus. (6) Les
membres de la faction contraire aux Bartas écrivaient de temps en
temps, et chacun en particulier, aux principaux Romains, leurs amis,
"qu'Annibal avait envoyé des courriers et des messages au roi
Antiochus, et que ce prince lui avait à son tour député des
émissaires secrets. (7) Semblable à ces bêtes fauves qu'on ne peut
jamais apprivoiser, cet ennemi des Romains était implacable dans sa
haine. Il reprochait à ses concitoyens de languir dans le repos,
l'oisiveté et l'inaction; il disait que le bruit seul des armes
pouvait les tirer de leur léthargie." (8) Le souvenir de la guerre
précédente, que seul il avait soutenue, et dont il avait été le
principal moteur, donnait à ces rapports beaucoup de vraisemblance.
Hannibal avait en outre indisposé par un acte récent la plupart des
grands de Carthage.
| [33,45] Haec cum ab tam grauibus auctoribus, tum qui omnia per se ipsos explorata
adferrent, audirentur, maior res quod ad Antiochum attineret, maturanda magis,
quoniam rex quacumque de causa in Syriam concessisset, de tyranno consultatio
uisa est. cum diu disceptatum esset utrum satis iam causae uideretur cur
decerneretur bellum, an permitterent T- Quinctio, quod ad Nabim Lacedaemonium
attineret, faceret quod e re publica censeret esse, permiserunt, eam rem esse
rati quae maturata dilataue non ita magni momenti ad summam rem publicam esset:
magis id animaduertendum esse quid Hannibal et Carthaginienses, si cum Antiocho
bellum motum foret, acturi essent.
Aduersae Hannibali factionis homines principibus Romanis, hospitibus quisque
suis, identidem scribebant nuntios litterasque ab Hannibale ad Antiochum missas
et ab rege ad eum clam legatos uenisse: ut feras quasdam nulla mitescere arte,
sic immitem et implacabilem eius uiri animum esse; marcescere otii situ queri
ciuitatem et inertia sopiri nec sine armorum sonitu excitari posse. haec
probabilia memoria prioris belli per unum illum non magis gesti quam moti
faciebat. inritauerat etiam recenti facto multorum potentium animos.
| |  |