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Tite-Live, Ab Urbe Condita, Livre XXXIV

Chapitres 1-5

  Chapitres 1-5

[34,0] LIVRE XXXIV. [34,0] LIBER XXXIV.
[34,1] (1) Au milieu des préoccupations que causaient tant de guerres importantes, à peine terminées ou sur le point d'éclater, survint une affaire, qui, malgré sa futilité, divisa les esprits et souleva de grands débats. (2) Les tribuns M. Fundanius et L. Valérius proposèrent au peuple l'abrogation de la loi Oppia. (3) Cette loi, portée par le tribun C. Oppius, sous le consulat de Q. Fabius et de Ti. Sempronius, au fort de la guerre punique, défendait "aux femmes d'avoir plus d'une demi-once d'or, de porter des vêtements de diverses couleurs, et de faire usage de voitures à Rome, ou dans d'autres villes, ou à un mille de leur enceinte, sauf le cas de sacrifices publics." (4) Les tribuns Marcus et Publius Junius Brutus voulaient la maintenir, et ils avaient déclaré qu'ils ne la laisseraient pas abroger. Plusieurs citoyens des plus nobles familles se portaient défenseurs ou adversaires de la loi. Le Capitole était rempli d'une foule d'hommes partagés aussi en deux camps. (5) Les dames elles-mêmes, sans se laisser arrêter par aucune autorité ni par la pudeur, ni par les ordres de leurs maris, sortaient de leurs maisons; on les voyait assiéger toutes les rues de la ville, toutes les avenues du forum, et conjurer les hommes qui s'y rendaient de consentir à ce qu'on ne privât point les femmes de leurs parures, dans un moment où la république était si florissante et où la fortune des particuliers s'augmentait de jour en jour. (6) Ces rassemblements de femmes devenaient chaque jour plus considérables; il en arrivait des places et bourgs du voisinage. (7) Déjà même elles osaient s'adresser aux consuls, aux préteurs, aux autres magistrats, et les fatiguer de leurs sollicitations. Mais elles trouvèrent dans l'un des deux consuls, M. Porcius Caton, un adversaire inflexible, qui prononça le discours suivant en faveur de la loi qu'on proposait d'abroger. [34,1] Inter bellorum magnorum aut uixdum finitorum aut imminentium curas intercessit res parua dictu sed quae studiis in magnum certamen excesserit. M- Fundanius et L- Valerius tribuni plebi ad plebem tulerunt de Oppia lege abroganda. tulerat eam C- Oppius tribunus plebis Q- Fabio Ti- Sempronio consulibus in medio ardore Punici belli, ne qua mulier plus semunciam auri haberet neu uestimento uersicolori uteretur neu iuncto uehiculo in urbe oppidoue aut propius inde mille passus nisi sacrorum publicorum causa ueheretur. M- et P- Iunii Bruti tribuni plebis legem Oppiam tuebantur nec eam se abrogari passuros aiebant; ad suadendum dissuadendumque multi nobiles prodibant; Capitolium turba hominum fauentium aduersantiumque legi complebatur. matronae nulla nec auctoritate nec uerecundia nec imperio uirorum contineri limine poterant, omnes uias urbis aditusque in forum obsidebant, uiros descendentes ad forum orantes ut florente re publica, crescente in dies priuata omnium fortuna matronis quoque pristinum ornatum reddi paterentur. augebatur haec frequentia mulierum in dies; nam etiam ex oppidis conciliabulisque conueniebant. iam et consules praetoresque et alios magistratus adire et rogare audebant; ceterum minime exorabilem alterum utique consulem M- Porcium Catonem habebant, qui pro lege quae abrogabatur ita disseruit:
[34,2] (1) "Romains, si chacun de nous avait eu soin de conserver à l'égard de son épouse ses droits et sa dignité de mari, nous n'aurions pas affaire aujourd'hui à toutes les femmes. (2) Mais après avoir, par leur violence, triomphé de notre liberté dans l'intérieur de nos maisons, elles viennent jusque dans le forum l'écraser et la fouler aux pieds; et, pour n'avoir pas su leur résister à chacune en particulier, nous les voyons toutes réunies contre nous. (3) Je l'avoue, j'avais toujours regardé comme une fable inventée à plaisir cette conspiration formée par les femmes de certaine île contre les hommes dont elles exterminèrent toute la race. (4) Mais il n'est pas une classe de personnes qui ne vous fasse courir les plus grands dangers, lorsqu'on tolère ses réunions, ses complots et ses cabales secrètes. En vérité, je ne saurais décider ce qui est le plus dangereux de la chose en elle-même ou de l'exemple que donnent les femmes. (5) De ces deux points, l'un nous regarde nous autres consuls et magistrats; l'autre, Romains, est plus spécialement de votre ressort. C'est à vous en effet à déclarer par le suffrage que vous porterez si la proposition qui vous est soumise est avantageuse on non à la république. (6) Quant à ce rassemblement tumultueux de femmes, qu'il ait été spontané ou que vous l'ayez excité, M. Fundanius et L. Valérius, il est certain qu'on doit en rejeter la faute sur les magistrats; mais je ne sais si c'est à vous, tribuns, ou à vous autres, consuls, que la honte en appartient. (7) Elle est pour vous, si vous en êtes venus à prendre les femmes pour instruments de vos séditions tribunitiennes; pour nous, si la retraite des femmes nous fait, comme autrefois celle du peuple, adopter la loi. (8) Je l'avoue, ce n'est pas sans rougir que j'ai traversé tout à l'heure une légion de femmes pour arriver au forum; et si, par égard et par respect pour chacune d'elles en particulier plutôt que pour toutes en général, je n'eusse voulu leur épargner la honte d'être apostrophées par un consul, je leur aurais dit: (9) Quelle est cette manière de vous montrer ainsi en publie, d'assiéger les rues et de vous adresser à des hommes qui vous sont étrangers? Ne pourriez-vous, chacune dans vos maisons, faire cette demande à vos maris? (10) Comptez-vous plus sur l'effet de vos charmes en public qu'en particulier, sur des étrangers que sur vos époux? Et même, si vous vous renfermiez dans les bornes de la modestie qui convient à votre sexe, devriez-vous dans vos maisons vous occuper des lois qui sont adoptées on abrogées ici? (11) Nos aïeux voulaient qu'une femme ne se mêlât d'aucune affaire, même privée, sans une autorisation expresse; elle était sous la puissance du père, du frère ou du mari. Et nous, grands dieux!, nous leur permettons de prendre en main le gouvernement des affaires, de descendre au forum, de se mêler aux discussions et aux comices.(12) Car aujourd'hui, en parcourant les rues et les places, que font- elles autre chose que d'appuyer la proposition des tribuns et de faire abroger la loi? (13) Lâchez la bride aux caprices et aux passions de ce sexe indomptable, et flattez-vous ensuite de le voir; à défaut de vous-mêmes, mettre des bornes à son emportement. (14) Cette défense est la moindre de celles auxquelles les femmes souffrent impatiemment d'être astreintes par les moeurs ou par les lois. Ce qu'elles veulent, c'est la liberté la plus entière, ou plutôt la licence, s'il faut appeler les choses par leur nom. Qu'elles triomphent aujourd'hui, et leurs prétentions n'auront plus de terme!" [34,2] 'Si in sua quisque nostrum matre familiae, Quirites, ius et maiestatem uiri retinere instituisset, minus cum uniuersis feminis negotii haberemus: nunc domi uicta libertas nostra impotentia muliebri hic quoque in foro obteritur et calcatur, et quia singulas sustinere non potuimus uniuersas horremus. equidem fabulam et fictam rem ducebam esse uirorum omne genus in aliqua insula coniuratione muliebri ab stirpe sublatum esse; ab nullo genere non summum periculum est si coetus et concilia et secretas consultationes esse sinas. atque ego uix statuere apud animum meum possum utrum peior ipsa res an peiore exemplo agatur; quorum alterum ad nos consules reliquosque magistratus, alterum ad uos, Quirites, magis pertinet. nam utrum e re publica sit necne id quod ad uos fertur, uestra existimatio est qui in suffragium ituri estis. haec consternatio muliebris, siue sua sponte siue auctoribus uobis, M- Fundani et L- Valeri, facta est, haud dubie ad culpam magistratuum pertinens, nescio uobis, tribuni, an consulibus magis sit deformis: uobis, si feminas ad concitandas tribunicias seditiones iam adduxistis; nobis, si ut plebis quondam sic nunc mulierum secessione leges accipiendae sunt. equidem non sine rubore quodam paulo ante per medium agmen mulierum in forum perueni. quod nisi me uerecundia singularum magis maiestatis et pudoris quam uniuersarum tenuisset, ne compellatae a consule uiderentur, dixissem: "qui hic mos est in publicum procurrendi et obsidendi uias et uiros alienos appellandi? istud ipsum suos quaeque domi rogare non potuistis? an blandiores in publico quam in priuato et alienis quam uestris estis? quamquam ne domi quidem uos, si sui iuris finibus matronas contineret pudor, quae leges hic rogarentur abrogarenturue curare decuit." maiores nostri nullam, ne priuatam quidem rem agere feminas sine tutore auctore uoluerunt, in manu esse parentium, fratrum, uirorum: nos, si diis placet, iam etiam rem publicam capessere eas patimur et foro prope et contionibus et comitiis immisceri. quid enim nunc aliud per uias et compita faciunt quam rogationem tribunorum plebi suadent, quam legem abrogandam censent? date frenos impotenti naturae et indomito animali et sperate ipsas modum licentiae facturas: nisi uos facietis, minimum hoc eorum est quae iniquo animo feminae sibi aut moribus aut legibus iniuncta patiuntur. omnium rerum libertatem, immo licentiam, si uere dicere uolumus, desiderant. quid enim, si hoc expugnauerint, non temptabunt?
[34,3] (1) "Rappelez-vous toutes les lois par lesquelles nos aïeux ont enchaîné leur audace et tenté de les soumettre à leurs maris: avec toutes ces entraves à peine pouvez-vous les contenir. (2) Que sera-ce si vous leur permettez d'attaquer ces lois l'une après l'autre, de vous arracher tout ce qu'elles veulent, en un mot, de s'égaler aux hommes? Pensez-vous que vous pourrez les supporter? Elles ne se seront pas plutôt élevées jusqu'à vous qu'elles voudront vous dominer. (3) Mais, dira-t-on, elles se bornent à demander qu'on ne porte pas contre elles de nouvelles lois: ce n'est, pas la justice, é'est l'injustice qu'elles repoussent. (4) Non, Romains, ce qu'elles veulent, c'est que vous abrogiez une loi adoptée par vous, consacrée par vos suffrages et sanctionnée par une heureuse expérience de plusieurs années, c'est-à-dire qu'en détruisant une seule loi vous ébranliez toutes les autres. (5) Il n'y a pas de loi qui ne froisse aucun intérêt; on ne consulte ordinairement pour les faire que l'utilité du plus grand nombre et le bien de l'état. Si chacun détruit et renverse celles qui le gênent personnellement, à quoi bon voter des lois en assemblée générale, pour les voir bientôt abroger au gré de ceux contre qui elles ont été faites? (6) Je voudrais savoir cependant pour quel motif les dames romaines parcourent ainsi la ville tout éperdues, pourquoi elles pénètrent presque au forum et dans l'assemblée? (7) Viennent-elles demander le rachat de leurs pères, de leurs maris, de leurs enfants ou de leurs frères faits prisonniers par Hannibal? Ces malheurs sont loin de nous, et puissent-ils ne jamais se renouveler! Pourtant, lorsqu'ils nous accablaient, vous avez refusé cette faveur à leurs pieuses instances. (8) Mais à défaut de cette piété filiale, de cette tendre sollicitude pour leurs proches, c'est sans doute un motif religieux qui les rassemble? Elles vont sans doute au-devant de la déesse Mère de l'Ida qui nous arrive de Pessinonte, en Phrygie? car enfin quel prétexte peut-on faire valoir pour excuser cette émeute de femmes? (9) On me répond: Nous voulons être brillantes d'or et de pourpre; et nous promener par la ville, les jours de fêtes et autres, dans des chars de triomphe, comme pour étaler la victoire que nous remportons sur la loi abrogée, sur vos suffrages surpris et arrachés; nous voulons qu'on ne mette plus de bornes à nos dépenses, à notre luxe." [34,3] Recensete omnia muliebria iura quibus licentiam earum adligauerint maiores uestri per quaeque subiecerint uiris; quibus omnibus constrictas uix tamen continere potestis. quid? si carpere singula et extorquere et exaequari ad extremum uiris patiemini, tolerabiles uobis eas fore creditis? extemplo simul pares esse coeperint, superiores erunt. at hercule ne quid nouum in eas rogetur recusant, non ius sed iniuriam deprecantur: immo ut quam accepistis iussistis suffragiis uestris legem, quam usu tot annorum et experiendo comprobastis, hanc ut abrogetis, id est, ut unam tollendo legem ceteras infirmetis. nulla lex satis commoda omnibus est: id modo quaeritur, si maiori parti et in summam prodest. si quod cuique priuatim officiet ius, id destruet ac demolietur, quid attinebit uniuersos rogare leges quas mox abrogare in quos latae sunt possint? uolo tamen audire quid sit propter quod matronae consternatae procucurrerint in publicum ac uix foro se et contione abstineant? ut captiui ab Hannibale redimantur parentes, uiri, liberi, fratres earum? procul abest absitque semper talis fortuna rei publicae; sed tamen, cum fuit, negastis hoc piis precibus earum. at non pietas nec sollicitudo pro suis sed religio congregauit eas: matrem Idaeam a Pessinunte ex Phrygia uenientem accepturae sunt. quid honestum dictu saltem seditioni praetenditur muliebri? "ut auro et purpura fulgamus" inquit, "ut carpentis festis profestisque diebus, uelut triumphantes de lege uicta et abrogata et captis ereptis suffragiis uestris, per urbem uectemur: ne ullus modus sumptibus, ne luxuriae sit."
[34,4] (1) "Romains, vous m'avez souvent entendu déplorer les dépenses des femmes et des hommes, celles des simples citoyens comme celles des magistrats; (2) souvent j'ai répété que deux vices contraires, le luxe et l'avarice, minaient la république. Ce sont des fléaux qui ont causé la ruine de tous les grands empires. (3) Aussi, plus notre situation devient heureuse et florissante, plus notre empire s'agrandit, et plus je les redoute. Déjà nous avons pénétré dans la Grèce et dans l'Asie, où nous avons trouvé tous les attraits du plaisir; déjà même nous tenons dans nos mains les trésors des rois. Ne dois-je pas craindre qu'au lieu d'être les maîtres de ces richesses, nous n'en devenions les esclaves? (4) C'est pour le malheur de Rome, vous pouvez m'en croire, qu'on a introduit dans ses murs les statues de Syracuse. Je n'entends que trop de gens vanter et admirer les chefs-d'œuvre de Corinthe et d'Athènes, et se moquer des dieux d'argile qu'on voit devant nos temples. (5) Pour moi, je préfère ces dieux qui nous ont protégés, et qui nous protégeront encore, je l'espère, si nous les laissons à leur place. (6) Du temps de nos pères, Cinéas, envoyé à Rome par Pyrrhus, essaya de séduire par des présents les hommes et même les femmes. Il n'y avait pas encore de loi Oppia pour réprimer le luxe des femmes; et pourtant aucune n'accepta. (7) Quelle fut, à votre avis, la cause de ces refus? La même qui avait engagé nos aïeux à ne point établir de loi à ce sujet. Il n'y avait pas de luxe à réprimer. (8) De même que les maladies sont nécessairement connues avant les remèdes qui peuvent les guérir, de même les passions naissent avant les lois destinées à les contenir. (9) Pourquoi la loi Licinia a-t-elle défendu de posséder plus de cinq cents arpents? Parce qu'on ne songeait qu'à étendre sans cesse ses propriétés. Pourquoi la loi Cincia a-t-elle prohibé les cadeaux et les présents? Parce que le sénat s'habituait à lever des impôts et des tributs sur les plébéiens.(10) Il ne faut donc pas s'étonner qu'on n'eût besoin ni de la loi Oppia, ni d'aucune autre pour limiter les dépenses des femmes, à une époque où elles refusaient et la pourpre et l'or qu'on venait leur offrir. (11) Aujourd'hui, que Cinéas parcoure la ville, il les trouvera toutes dans les rues et disposées à recevoir. (12) J'avoue qu'il y a des caprices que je ne puis expliquer et dont je cherche en vain la raison. Qu'une chose fût permise à l'une et défendue à l'autre, il y aurait peut-être là de quoi éprouver un sentiment naturel de honte ou de colère. Mais quand l'ajustement est le même pour toutes, quelle humiliation chacune de vous peut-elle redouter? (13) C'est une faiblesse condamnable que de rougir de son économie ou de sa pauvreté; mais la loi vous met également à l'abri de ce double écueil, en vous défendant d'avoir ce que vous n'aurez pas. (14) Eh bien! dira cette femme riche, c'est cette inégalité même que je ne puis souffrir. Pourquoi ne m'est-il pas permis de me vêtir d'or et de pourpre? Pourquoi la pauvreté des autres se cache- t-elle si bien à l'ombre de cette loi qu'on pourrait les croire en état d'avoir ce qu'elles n'ont pas, n'était la défense qui existe? (15) Romains, répondrais-je, voulez-vous établir entre vos femmes une rivalité de luxe, qui pousse les riches à se donner des parures que nulle autre ne pourra avoir, et les pauvres à dépenser au-delà de leurs ressources pour éviter une différence humiliante? (16) Croyez-moi, si elles se mettent à rougir de ce qui n'est pas honteux, elles ne rougiront plus de ce qui l'est réellement. Celle qui en aura le moyen, achètera des parures; celle qui ne le pourra pas, demandera de l'argent à son mari. (17) Malheur alors au mari qui cédera et à celui qui ne cédera pas! Ce qu'il aura refusé sera donné par un autre. (18) Ne les voit-on pas déjà s'adresser à des hommes qui leur sont étrangers, et, qui pis est, solliciter une loi, des suffrages, réussir même auprès de quelques-uns, sans s'inquiéter de vos intérêts ni de ceux de votre patrimoine et de vos enfants? Dès que la loi cessera de limiter leurs dépenses, vous n'y parviendrez jamais. (19) Romains, n'allez pas croire que les choses en resteront au point où elles étaient avant la proposition de la loi, Il est moins dangereux de ne pas accuser un coupable que de l'absoudre; de même le luxe serait plus supportable, si on ne l'avait jamais attaqué; mais à présent, il aura toute la fureur d'une bête féroce que les liens ont irritée et qu'on a ensuite déchaînée. (20) Mon avis est donc qu'il ne faut point abroger la loi Oppia. Fassent les dieux que votre décision, quelle qu'elle soit, tourne à votre avantage!" [34,4] Saepe me querentem de feminarum, saepe de uirorum nec de priuatorum modo sed etiam magistratuum sumptibus audistis, diuersisque duobus uitiis, auaritia et luxuria, ciuitatem laborare, quae pestes omnia magna imperia euerterunt. haec ego, quo melior laetiorque in dies fortuna rei publicae est, quo magis imperium crescit - et iam in Graeciam Asiamque transcendimus omnibus libidinum inlecebris repletas et regias etiam adtrectamus gazas - , eo plus horreo, ne illae magis res nos ceperint quam nos illas. infesta, mihi credite, signa ab Syracusis inlata sunt huic urbi. iam nimis multos audio Corinthi et Athenarum ornamenta laudantes mirantesque et antefixa fictilia deorum Romanorum ridentes. ego hos malo propitios deos et ita spero futuros, si in suis manere sedibus patiemur. patrum nostrorum memoria per legatum Cineam Pyrrhus non uirorum modo sed etiam mulierum animos donis temptauit. nondum lex Oppia ad coercendam luxuriam muliebrem lata erat; tamen nulla accepit. quam causam fuisse censetis? eadem fuit quae maioribus nostris nihil de hac re lege sanciundi: nulla erat luxuria quae coerceretur. sicut ante morbos necesse est cognitos esse quam remedia eorum, sic cupiditates prius natae sunt quam leges quae iis modum facerent. quid legem Liciniam excitauit de quingentis iugeribus nisi ingens cupido agros continuandi? quid legem Cinciam de donis et muneribus nisi quia uectigalis iam et stipendiaria plebs esse senatui coeperat? itaque minime mirum est nec Oppiam nec aliam ullam tum legem desideratam esse quae modum sumptibus mulierum faceret, cum aurum et purpuram data et oblata ultro non accipiebant. si nunc cum illis donis Cineas urbem circumiret, stantes in publico inuenisset quae acciperent. atque ego nonnullarum cupiditatium ne causam quidem aut rationem inire possum. nam ut quod alii liceat tibi non licere aliquid fortasse naturalis aut pudoris aut indignationis habeat, sic aequato omnium cultu quid unaquaeque uestrum ueretur ne in se conspiciatur? pessimus quidem pudor est uel parsimoniae uel paupertatis; sed utrumque lex uobis demit cum id quod habere non licet non habetis. "hanc" inquit "ipsam exaequationem non fero" illa locuples. "cur non insignis auro et purpura conspicior? cur paupertas aliarum sub hac legis specie latet, ut quod habere non possunt habiturae, si liceret, fuisse uideantur?" uultis hoc certamen uxoribus uestris inicere, Quirites, ut diuites id habere uelint quod nulla alia possit, pauperes ne ob hoc ipsum contemnantur, supra uires se extendant? ne {eas} simul pudere quod non oportet coeperit, quod oportet non pudebit. quae de suo poterit, parabit: quae non poterit, uirum rogabit. miserum illum uirum, et qui exoratus et qui non exoratus erit, cum quod ipse non dederit datum ab alio uidebit. nunc uolgo alienos uiros rogant et, quod maius est, legem et suffragia rogant et a quibusdam impetrant. aduersus te et rem tuam et liberos tuos exorabilis es: simul lex modum sumptibus uxoris tuae facere desierit, tu nunquam facies. nolite eodem loco existimare, {Quirites,} futuram rem quo fuit antequam lex de hoc ferretur. et hominem improbum non accusari tutius est quam absolui, et luxuria non mota tolerabilior esset quam erit nunc, ipsis uinculis sicut ferae bestiae inritata, deinde emissa. ego nullo modo abrogandam legam Oppiam censeo: uos quod faxitis, deos omnes fortunare uelim.'
[34,5] (1) Après ce discours, les tribuns du peuple, qui avaient annoncé leur résolution d'intervenir, ajoutèrent quelques mots dans le même sens. L. Valérius prit alors la. parole en faveur de sa proposition: "S'il ne s'était présenté, dit-il, que de simples particuliers pour appuyer ou combattre la loi que nous proposons, j'aurais, moi aussi, gardé le silence, persuadé qu'on avait assez discuté de part et d'autre, et j'aurais attendu vos suffrages, (2) Mais à présent qu'un personnage aussi considérable que le consul M. Porcius vient d'attaquer notre projet non seulement par l'autorité de son nom, dont l'influence eût été assez grande même sans qu'il eût parlé, mais encore par un long discours étudié, il est nécessaire que nous lui opposions une courte réponse. (3) Après tout, il s'est plus attaché à censurer les dames qu'à combattre notre proposition, et même on ne saurait dire s'il attribue à un mouvement spontané de leur part, ou bien à nos conseils, la démarche qu'il blâme en elles. (4) Je défendrai donc le fond de la cause, sans chercher à nous justifier, car les imputations du consul sont plutôt des conjectures que des faits. (5) Il a parlé de cabales, d'émeutes, de retraite de femmes, parce que les dames se sont montrées en public pour vous prier d'abroger, aujourd'hui que la république est heureuse et florissante au sein de la paix, une loi portée contre elles pendant la guerre au milieu de circonstances difficiles. (6) Ce sont là de grands mots prodigués à dessein pour grossir les choses; on pourrait en trouver d'autres encore, je le sais; et nous savons tous aussi que Caton est un orateur sévère, quelquefois même un peu farouche, bien qu'il soit naturellement doux. (7) Car enfin qu'y a-t-il d'étrange à voir les dames romaines se réunir en masse dans les rues pour une affaire qui leur est personnelle? Ne les y a-t-on jamais vues jusqu'ici? J'en appelle contre vous, Caton, à vos 'Origines'. (8) Vous y apprendrez combien de fois la chose est arrivée, et. toujours pour le bien de l'état. Dès nos premiers temps, sous le règne de Romulus, lorsque les Sabins, maîtres du Capitole, étaient venus livrer bataille dans le Forum, ne sont-ce pas les dames qui, en se jetant au milieu de la mêlée, séparèrent les combattants? (9) Plus tard après l'expulsion des rois, quand les Volsques, sous la conduite de Coriolan, vinrent camper à cinq milles de Rome, ne sont-ce pas les dames qui détournèrent l'orage prêt à anéantir la ville? Quand Rome fut prise par les Gaulois, l'or qui servit à la racheter, ne fut-il pas, et de l'aveu de tous, fourni par les contributions volontaires des dames? (10) Sans aller chercher si loin des exemples, n'avons-nous pas vu dans la dernière guerre, lorsqu'on avait besoin d'argent, les veuves aider de leurs ressources le trésor épuisé? Enfin, quand on appela de nouveaux dieux au secours de la patrie en danger, ne sont-ce pas les dames qui allèrent en corps jusqu'au bord de la mer pour recevoir la déesse Mère de l'Ida? (11) Les cas sont différents, me répondra-t-on. Aussi n'ai-je pas l'intention de les assimiler; j'ai seulement voulu prouver que la démarche n'a rien de nouveau. (12) On ne s'est pas étonné de les voir intervenir dans des affaires qui intéressaient également tout le monde, hommes et femmes: doit-on s'étonner qu'elles agissent de même dans une circonstance qui ne regarde qu'elles? Et qu'ont-elles fait après tout? (13) Nous avons, en vérité, des oreilles bien délicates, si nous ne pouvons entendre qu'avec indignation les prières de femmes honnêtes, quand les maîtres ne dédaignent pas d'écouter les supplications de leurs esclaves." [34,5] Post haec tribuni quoque plebi qui se intercessuros professi erant, cum pauca in eandem sententiam adiecissent, tum L- Valerius pro rogatione ab se promulgata ita disseruit: 'si priuati tantummodo ad suadendum dissuadendumque id quod ab nobis rogatur processissent, ego quoque, cum satis dictum pro utraque parte existimarem, tacitus suffragia uestra expectassem: nunc cum uir clarissimus, consul M- Porcius, non auctoritate solum, quae tacita satis momenti habuisset, sed oratione etiam longa et accurata insectatus sit rogationem nostram, necesse est paucis respondere. qui tamen plura uerba in castigandis matronis quam in rogatione nostra dissuadenda consumpsit, et quidem ut in dubio poneret utrum id quod reprenderet matronae sua sponte an nobis auctoribus fecissent. rem defendam, non nos, in quos iecit magis hoc consul uerbo tenus quam ut re insimularet. coetum et seditionem et interdum secessionem muliebrem appellauit quod matronae in publico uos rogassent ut legem in se latam per bellum temporibus duris in pace et florenti ac beata re publica abrogaretis. uerba magna quae rei augendae causa conquirantur et haec et alia esse scio, et M- Catonem oratorem non solum grauem sed interdum etiam trucem esse scimus omnes, cum ingenio sit mitis. nam quid tandem noui matronae fecerunt, quod frequentes in causa ad se pertinente in publicum processerunt? nunquam ante hoc tempus in publico apparuerunt? tuas aduersus te Origines reuoluam. accipe quotiens id fecerint, et quidem semper bono publico. iam a principio, regnante Romulo, cum Capitolio ab Sabinis capto medio in foro signis conlatis dimicaretur, nonne intercursu matronarum inter acies duas proelium sedatum est? quid? regibus exactis cum Coriolano Marcio duce legiones Volscorum castra ad quintum lapidem posuissent, nonne id agmen quo obruta haec urbs esset matronae auerterunt? iam urbe capta a Gallis aurum quo redempta urbs est nonne matronae consensu omnium in publicum contulerunt? proximo bello, ne antiqua repetam, nonne et, cum pecunia opus fuit, uiduarum pecuniae adiuuerunt aerarium et, cum di quoque noui ad opem ferendam dubiis rebus accerserentur, matronae uniuersae ad mare profectae sunt ad matrem Idaeam accipiendam? dissimiles, inquis, causae sunt. nec mihi causas aequare propositum est: nihil noui factum purgare satis est. ceterum quod in rebus ad omnes pariter uiros feminas pertinentibus fecisse eas nemo miratus est, in causa proprie ad ipsas pertinente miramur fecisse? quid autem fecerunt? superbas, me dius fidius, aures habemus si, cum domini seruorum non fastidiant preces, nos rogari ab honestis feminis indignamur.


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