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Du texte à l'hypertexte

Tite-Live, Ab Urbe Condita, Livre XXXIX

Chapitres 36-40

  Chapitres 36-40

[39,36] (1) Avant qu'on ouvrît la délibération, les Achéens étaient déjà frappés de terreur; ils sentaient que la discussion prendrait une tournure fâcheuse, (2) parce qu'ils voyaient avec les commissaires Aréus et Alcibiade, condamnés à mort dans leur dernière assemblée. Nul d'entre eux n'osait prendre la parole. (3) Appius déclara que le sénat désapprouvait les violences dont les Lacédémoniens s'étaient plaints à lui, c'est-à-dire le massacre des malheureux que Philopoemen avait mandés pour entendre leur justification; (4) puis, à la suite de cet acte de barbarie exercé sur les hommes, les cruautés commises, pour compléter leur vengeance, contre Sparte elle-même, cette ville fameuse, dont ils avaient détruit les murailles, renversé les antiques lois, et anéanti la célèbre constitution donnée par Lycurgue. (5) Quand Appius eut fini de parler, Lycortas répondit en sa qualité de préteur, et comme l'un des partisans de Plilopoemen, auteur de tout ce qui s'était fait à Lacédémone: (6) "Ap. Claudius, dit-il, notre rôle est plus embarrassant ici, devant vous, qu'il ne le fut naguère à Rome, devant le sénat. (7) Alors en effet nous avions à répondre aux accusations des Lacédémoniens; aujourd'hui c'est vous-même qui nous accusez, et vous qui nous jugerez. (8) Cette position, toute défavorable qu'elle soit, nous l'acceptons pourtant dans l'espoir que vous nous écouterez avec l'impartialité d'un juge, et que vous oublierez l'acharnement que vous venez de montrer contre nous. Pour moi du moins, en répondant aux griefs que les Lacédémoniens ont allégués contre nous, soit ici devant Q. Caecilius, votre prédécesseur, soit à Rome devant le sénat, et que vous venez vous- même de reproduire, c'est à eux et non à vous que je croirai m'adresser. (9) Vous nous objectez le massacre des malheureux que Philopoemen avait mandés pour entendre leur justification. Ce reproche, Romains, vous n'auriez dû ni l'articuler, ni le laisser articuler devant vous. Et pourquoi? Parce qu'une des clauses du traité conclu avec vous interdisait aux Lacédémoniens toute attaque contre les cités maritimes. (10) Au moment où ils prirent les armes et où ils s'emparèrent par surprise, pendant la nuit, des villes qu'ils devaient respecter, si T. Quinctius, si une armée romaine s'étaient trouvés dans le Péloponnèse, comme auparavant, c'est à leur protection sans doute qu'auraient eu recours les victimes de cette violence. (11) Mais puisque vous étiez loin d'eux, à qui ces opprimés pouvaient-ils mieux s'adresser qu'à vos alliés, à ceux qu'ils avaient vus secourir Gythium, et faire, de concert avec vous, et pour les mêmes motifs, le siège de Lacédémone? (12) C'est donc pour vous que nous avons entrepris une guerre légitime et sainte. Tous les peuples de la Grèce nous ont approuvés, et les Lacédémoniens mêmes ont mauvaise grâce à s'en plaindre; car les dieux ont pris soin de nous justifier en nous accordant la victoire. Comment donc peut-on remettre en question des procédés que les lois de la guerre autorisent? Encore sommes-nous entièrement étrangers à la plus grande partie de ce qui a été fait. (13) Ce qui nous appartient, c'est d'avoir fait comparaître devant nous, pour entendre leur justification, ceux qui avaient soulevé la multitude, forcé les villes maritimes, livré tout au pillage et massacré les principaux citoyens. (14) Mais si ces coupables, en arrivant à notre camp, y ont trouvé la mort, c'est à vous qu'il faut l'imputer, Aréus et Alcibiade, à vous seuls, qui venez aujourd'hui, justes dieux! nous en accuser. (15) Ce sont les bannis de Lacédémone, et vous étiez du nombre, qui, se trouvant alors auprès de nous, et se croyant menacés parce qu'ils avaient choisi pour retraite les villes maritimes, se sont jetés sur ceux dont la haine les avait fait chasser de leur patrie et semblait vouloir leur ravir même la consolation de terminer paisiblement leurs jours dans l'exil. (16) Ainsi ce sont les Lacédémoniens et non les Achéens qui ont égorgé les Lacédémoniens; ce meurtre a-t-il été légitime ou illégal? c'est une question oiseuse." [39,36] Priusquam agerent quicquam, terror Achaeis iniectus erat et cogitatio, quam non ex aequo disceptatio futura esset, quod Areum et Alcibiadem capitis ab se concilio proximo damnatos cum legatis uidebant; nec hiscere quisquam audebat. Appius ea, quae apud senatum questi erant Lacedaemonii, displicere senatui ostendit: caedem primum ad Compasium factam eorum, qui a Philopoemene ad causam dicendam euocati uenissent; deinde cum in homines ita saeuitum esset, ne ulla parte crudelitas eorum cessaret, muros dirutos urbis nobilissimae esse, leges uetustissimas abrogatas, inclutamque per gentes disciplinam Lycurgi sublatam. haec cum Appius dixisset, Lycortas, et quia praetor et quia Philopoemenis, auctoris omnium quae Lacedaemone acta fuerant, factionis erat, ita respondit. 'difficilior nobis, Ap- Claudi, apud uos oratio est quam Romae nuper apud senatum fuit. tunc enim Lacedaemoniis accusantibus respondendum erat: nunc a uobis ipsis accusati sumus, apud quos causa est dicenda. quam iniquitatem condicionis subimus illa spe, iudicis animo te auditurum esse, posita contentione qua paulo ante egisti. ego certe, cum ea, quae et hic antea apud Q- Caecilium et postea Romae questi sunt Lacedaemonii, a te paulo ante relata sint, non tibi sed illis me apud te respondere credam. caedem obicitis eorum, qui a Philopoemene praetore euocati ad causam dicendam interfecti sunt. hoc ego crimen non modo a uobis, Romani, sed ne apud uos quidem nobis obiciendum fuisse arbitror. quid ita? quia in uestro foedere erat, ut maritimis urbibus abstinerent Lacedaemonii. quo tempore armis captis urbes, a quibus abstinere iussi erant, nocturno impetu occupauerunt, si T- Quinctius, si exercitus Romanus, sicut antea, in Peloponneso fuisset, eo nimirum capti et oppressi confugissent. cum uos procul essetis, quo alio nisi ad nos, socios uestros, quos antea Gytheo opem ferentes, quos Lacedaemonem uobiscum simili de causa oppugnantes uiderant, confugerent? pro uobis igitur iustum piumque bellum suscepimus. quod cum alii laudent, reprehendere ne Lacedaemonii quidem possint, dii quoque ipsi comprobauerint, qui nobis uictoriam dederunt, quonam modo ea, quae belli iure acta sunt, in disceptationem ueniunt? quorum tamen maxima pars nihil pertinet ad nos. nostrum est, quod euocauimus ad causam dicendam eos, qui ad arma multitudinem exciuerant, qui expugnauerant maritima oppida, qui diripuerant, qui caedem principum fecerant. quod uero illi uenientes in castra interfecti sunt, uestrum est, Areu et Alcibiade, qui nunc nos, si diis placet, accusatis, non nostrum. exsules Lacedaemoniorum, quo ex numero hi quoque duo fuerunt, et tunc nobiscum erant, et quod domicilio sibi delegerant maritima oppida, se petitos credentes, in eos, quorum opera patria extorres ne in tuto quidem exsilio posse consenescere se indignabantur, impetum fecerunt. Lacedaemonii igitur Lacedaemonios, non Achaei interfecerunt; nec iure an iniuria caesi sint, argumentari refert.
[39,37] (1) "Mais, dira-t-on, c'est au moins vous, Achéens, qui avez aboli les lois et l'antique constitution de Lycurgue, qui avez renversé les murailles de Sparte. (2) Comment ce double reproche peut-il nous être adressé par les mêmes personnes? Les murailles de Sparte n'ont pas été construites par Lycurgue; elles l'ont été il y a peu d'années, et dans le but d'anéantir la constitution de Lycurgue. (3) C'est un rempart et une sauvegarde que les tyrans ont fait élever tout récemment, moins pour la sûreté de la ville, que dans leur propre intérêt. Et si Lycurgue sortait aujourd'hui des enfers, il applaudirait à leur ruine; il reconnaîtrait sa patrie, son antique Sparte. (4) Au lieu d'attendre Philopoemen et les Achéens, vous auriez dû vous-mêmes, Lacédémoniens, renverser de vos propres mains et détruire de fond en comble tous ces monuments de la tyrannie. (5) C'étaient comme de honteuses cicatrices qui attestaient votre servitude. Après avoir vécu pendant près de huit cents ans libres et sans murailles, après avoir souvent même commandé à la Grèce, vous vous êtes laissé enfermer dans une enceinte de murailles, comme des esclaves qu'on charge de fers, et vous êtes restés asservis tout un siècle. (6) Quant à la perte de vos lois, ce sont, à mon avis, vos tyrans qui vous en ont dépouillés. Nous, loin d'ôter à Sparte des lois qu'elle n'avait plus, nous lui avons donné les nôtres. (7) Nous n'avons pas travaillé contre ses intérêts, lorsque nous l'avons fait entrer dans notre ligue, lorsque nous avons admis les Lacédémoniens parmi nous, de manière à réunir en un seul corps et en une vaste confédération tous les peuples du Péloponnèse. (8) Ah! si nous vivions nous-mêmes sous l'empire de lois différentes de celles que nous leur avons imposées, je comprendrais qu'ils eussent le droit de se plaindre de notre injustice, et de faire éclater leur indignation. (9) Je sais, Ap. Claudius, que jusqu'à présent j'ai parlé, non comme un allié qui s'adresse à son allié, ni comme le représentant d'un peuple libre, mais comme un esclave qui se justifie devant son maître; (10) mais si la proclamation du héraut qui donna la liberté aux Achéens avant toutes les autres nations de la Grèce ne fut pas un mensonge, si le traité conclu n'est pas un leurre, si l'alliance et l'amitié qui nous lient reposent sur la plus parfaite égalité de droits, ne pourrais-je pas vous demander, Romains, ce que vous avez fait après avoir pris Capoue, comme vous nous demandez compte à nous autres Achéens de notre conduite envers Lacédémone que nous avons vaincue? (11) Il y a eu quelques victimes, supposez que ce soit par notre ordre. Eh quoi! n'avez-vous pas, vous, fait tomber sous la hache la tête des sénateurs de Capoue? (12) Nous avons renversé les murs de Sparte; et vous, n'avez-vous pas ôté aux Campaniens et leurs remparts, et leur ville, et leur territoire? (13) C'est pour la forme, direz-vous, que nous avons traité d'égal à égal avec les Achéens; ils n'ont réellement qu'une liberté précaire, et tout le pouvoir appartient aux Romains. (14) Je le sais, Appius, et quelque injuste que cela soit, je m'y résigne; mais, si grande que soit la différence qui existe entre les Romains et les Achéens, je vous en conjure, ne traitez pas vos ennemis et les nôtres sur le même pied que vous nous traitez, nous vos alliés; que dis-je? ne leur montrez pas plus de faveur. (15) Car nous leur avons assuré les mêmes avantages qu'à nous, en leur donnant nos lois, en les faisant entrer dans la ligue achéenne. Mais ce qui suffit aux vainqueurs est trop peu de chose pour les vaincus; les ennemis demandent plus que n'ont les alliés. (16) Des engagements sacrés, inviolables, confirmés par la foi du serment, que nous avons gravés sur le marbre pour en perpétuer le souvenir, et que nous ne pouvons enfreindre sans parjure, ils veulent les anéantir. (17) Nous vous respectons, Romains, nous vous craignons même, si vous le voulez, mais nous respectons et nous craignons encore plus les dieux immortels." (18) La plus grande partie de l'assemblée applaudit à ce discours; on trouvait que Lycortas avait parlé avec la dignité qui convenait à sa haute magistrature. Il était facile de voir que les Romains ne pouvaient faiblir sans se compromettre. (19) Aussi Appius répliqua- t-il qu'il conseillait fort aux Achéens de se faire un mérite d'une soumission volontaire, pendant qu'ils le pouvaient, de peur d'y être bientôt forcés et contraints. (20) Ces mots excitèrent un murmure général; mais on n'osa pas se refuser à obéir. (21) On se borna donc à prier les Romains d'ordonner eux-mêmes ce qu'ils jugeraient à propos en faveur des Lacédémoniens, mais de ne pas obliger les Achéens à faire violence à leurs scrupules religieux en annulant des actes dont ils avaient juré le maintien. Appius ne fit que casser la sentence portée naguère contre Aréus et Alcibiade. [39,37] At enim illa certe uestra sunt, Achaei, quod leges disciplinamque uetustissimam Lycurgi sustulistis, quod muros diruistis. quae utraque ab iisdem obici qui possunt, cum muri Lacedaemoniis non ab Lycurgo, sed paucos ante annos ad dissoluendam Lycurgi disciplinam exstructi sint? tyranni enim nuper eos arcem et munimentum sibi, non ciuitati parauerunt; et si exsistat hodie ab inferis Lycurgus, gaudeat ruinis eorum, et nunc se patriam et Spartam antiquam agnoscere dicat. non Philopoemenem exspectare nec Achaeos, sed uos ipsi Lacedaemonii, uestris manibus amoliri et diruere omnia uestigia tyrannidis debuistis. uestrae enim illae deformes ueluti notae seruitutis erant, et cum sine muris per octingentos prope annos liberi, aliquando etiam principes Graeciae fuissetis, muris uelut compedibus circumdatis uincti per centum annos seruistis. quod ad leges ademptas attinet, ego antiquas Lacedaemoniis leges tyrannos ademisse arbitror; nos non suas ademisse, quas non habebant, sed nostras leges dedisse; nec male consuluisse ciuitati, cum concilii nostri eam fecerimus et nobis miscuerimus, ut corpus unum et concilium totius Peloponnesi esset. tunc, ut opinor, si aliis ipsi legibus uiueremus, alias istis iniunxissemus, queri se iniquo iure esse et indignari possent. scio ego, Ap- Claudi, hanc orationem, qua sum adhuc usus, neque sociorum apud socios neque liberae gentis esse, sed uere seruorum disceptantium apud dominos. nam si non uana illa uox praeconis fuit, qua liberos esse omnium primos Achaeos iussistis, si foedus ratum est, si societas et amicitia ex aequo obseruatur, cur ego, quid Capua capta feceritis Romani, non quaero, uos rationem reposcitis, quid Achaei Lacedaemoniis bello uictis fecerimus? interfecti aliqui sunt, finge, a nobis: quid? uos senatores Campanos securi non percussistis? at muros diruimus: uos non muros tantum sed urbem agrosque ademistis. specie, inquis, aequum est foedus: re apud Achaeos precaria libertas, apud Romanos etiam imperium est. sentio, Appi, et, si non oportet, non indignor: sed oro uos, quantumlibet intersit inter Romanos et Achaeos, modo ne in aequo hostes uestri nostrique apud uos sint ac nos socii, immo ne meliore iure sint. nam ut in aequo essent nos fecimus, cum leges iis nostras dedimus, cum, ut Achaici concilii essent, effecimus parum est uictis, quod uictoribus satis est; plus postulant hostes quam socii habent. quae iureiurando, quae monumentis litterarum in lapide insculptis in aeternam memoriam sancta atque sacrata sunt, ea cum periurio nostro tollere parant. ueremur quidem uos, Romani, et si ita uultis, etiam timemus: sed plus et ueremur et timemus deos immortales.' cum adsensu maximae partis est auditus, et locutum omnes pro maiestate magistratus censebant, ut facile appareret molliter agendo dignitatem suam tenere Romanos non posse. tum Appius suadere se magnopere Achaeis dixit, ut, dum liceret uoluntate sua facere, gratiam inirent, ne mox inuiti et coacti facerent. haec uox audita quidem cum omnium gemitu est, sed metum iniecit imperata recusandi. id modo petierunt, ut Romani, quae uiderentur, de Lacedaemoniis mutarent nec Achaeos religione obstringerent irrita ea, quae iureiurando sanxissent, faciendi. damnatio tantum Arei et Alcibiadis, quae nuper facta erat, sublata est.
[39,38] (1) À Rome, au commencement de cette année, lorsqu'il avait été question de régler la destination des consuls et des préteurs, on avait assigné la Ligurie aux deux consuls, parce que nulle part ailleurs il n'y avait de guerre. (2) Parmi les préteurs, C. Décimius Flavus obtint du sort la juridiction de la ville, P. Cornélius Céthégus, celle des étrangers; (3) C. Sempronius Blaesus, la Sicile; Q. Naevius Matho, la Sardaigne, avec mission de faire une enquête contre les empoisonneurs; A. Térentius Varro, l'Espagne citérieure; P. Sempronius Longus, l'Espagne ultérieure. (4) Vers le même temps arrivèrent de ces deux dernières provinces les lieutenants L. Juventius Talna et T. Quintilius Varus. (5) Ils rendirent compte au sénat des avantages décisifs obtenus en Espagne, et demandèrent qu'en reconnaissance de ces heureux succès on offrît des prières aux dieux immortels, et qu'on permît aux préteurs de ramener leurs troupes à Rome. (6) Le sénat décréta deux jours de supplications; mais il renvoya l'affaire du rappel des troupes à l'époque où l'on réglerait la répartition des armées consulaires et prétoriennes. (7) Peu de jours après, on assigna aux consuls pour la Ligurie, les deux légions qui avaient été sous les ordres d'Ap. Claudius et de M. Sempronius. (8) La destination des armées d'Espagne occasionna de grands débats entre les nouveaux préteurs et les amis des préteurs absents, Calpurnius et Quinctius. (9) Des deux côtés se trouvaient un consul et des tribuns du peuple. Les uns menaçaient de s'opposer au sénatus-consulte, si l'on décrétait le rappel des armées; les autres annonçaient que, si cette opposition avait lieu, ils ne laisseraient décider rien autre chose. (10) Le parti des absents eut enfin le dessous, et un sénatus-consulte ordonna que les préteurs lèveraient quatre mille hommes d'infanterie romaine et quatre cents chevaux, cinq mille hommes d'infanterie latine et cinq cents chevaux, pour les emmener en Espagne; (11) qu'après avoir incorporé ces recrues dans les quatre légions de la province, ils licencieraient tous les hommes qui, dans chaque légion, excéderaient le nombre de cinq mille fantassins et de trois cents cavaliers, (12) en commençant par ceux qui seraient désignés par Calpurnius et Quinctius, comme s'étant le plus distingués par leur courage. [39,38] Romae principio eius anni, cum de prouinciis consulum et praetorum actum est, consulibus Ligures, quia bellum nusquam alibi erat, decreti. praetores C- Decimius Flauus urbanam, P- Cornelius Cethegus inter ciues et peregrinos sortiti sunt, C- Sempronius Blaesus Siciliam, Q- Naeuius Matho Sardiniam et ut idem quaereret de ueneficiis, A- Terentius Varro Hispaniam citeriorem, P- Sempronius Longus Hispaniam ulteriorem. de iis duabus prouinciis legati per id fere tempus L- Iuuentius Talna et T- Quinctilius Varus uenerunt, qui, quantum bellum iam profligatum in Hispania esset, senatu edocto postularunt simul, ut pro rebus tam prospere gestis diis immortalibus haberetur honos et ut praetoribus exercitum deportare liceret. supplicatio in biduum decreta est: de legionibus deportandis, cum de consulum praetorumque exercitibus ageretur, rem integram referri iusserunt. paucos post dies consulibus in Ligures binae legiones, quas Ap- Claudius et M- Sempronius habuerant, decretae sunt. de Hispaniensibus exercitibus magna contentio fuit inter nouos praetores et amicos absentium, Calpurnii Quinctiique. utraque causa tribunos plebis, utraque consulem habebat. hi se intercessuros senatus consulto, si deportandos censerent exercitus, denuntiabant: illi, si haec intercessio fieret, nullam rem aliam se decerni passuros. uicta postremo absentium gratia est et senatus consultum factum, ut praetores quattuor milia peditum Romanorum scriberent, trecentos equites, et quinque milia peditum sociorum Latini nominis, quingentos equites, quos secum in Hispaniam portarent. cum ea quattuor milia {in} legiones discripsissent, quo plus quam quina milia peditum, treceni equites in singulis legionibus esset, dimitterent, eos primum, qui emerita stipendia haberent, deinde ut cuiusque fortissima opera Calpurnius et Quinctius in proelio usi essent.
[39,39] (1) Cette contestation était à peine terminée qu'il s'en éleva une autre à l'occasion de la mort du préteur C. Décimius. (2) Cn. Sicinius et L. Pupius, édiles de l'année précédente, C. Valérius, flamine de Jupiter et Q. Fulvius Flaccus se mirent sur les rangs pour le remplacer: ce dernier, qui avait été désigné édile curule, ne portait point la robe blanche, mais il était le plus passionné des quatre candidats, (3) et son principal compétiteur était le flamine. La balance, d'abord égale entre eux, ayant paru pencher en sa faveur, une partie des tribuns s'opposa à sa candidature, (4) parce que la loi ne permettait pas à un seul citoyen de briguer ni d'exercer à la fois deux magistratures curules. Les autres furent d'avis de le dispenser des lois, afin de laisser au peuple la faculté de choisir pour préteur qui bon lui semblerait. (5) Le consul L. Porcius était d'abord décidé à ne pas admettre son nom; (6) ensuite voulant s'appuyer de l'autorité du sénat, il convoqua les Pères Conscrits et leur exposa qu'un édite curule, violant toutes les lois, et donnant un exemple funeste pour la liberté, briguait la préture; que pour lui, il était résolu, à moins que les sénateurs n'en décidassent autrement, de tenir les comices conformément à la loi. (7) Le sénat engagea L. Porcius à s'entendre avec Q. Fulvius pour obtenir qu'il n'apportât point quelque irrégularité dans l'élection qui avait pour but de donner un successeur à C. Décimius. (8) Le consul se conforma au décret du sénat, et Flaccus lui répondit qu'il ne ferait rien qui fût indigne de lui. Cette réponse équivoque, interprétée par les sénateurs suivant leurs désirs, leur fit espérer qu'il se soumettrait à leur volonté. (9) Mais aux comices, il montra encore plus d'animosité; il accusa le consul et le sénat de vouloir lui ravir les bienfaits du peuple romain, et de lui prêter l'intention odieuse de cumuler les deux charges, comme s'il n'était pas évident que, du moment où il serait désigné préteur, il renoncerait à l'édilité. (10) Le consul, voyant l'obstination croissante du candidat et les dispositions de plus en plus prononcées du peuple en sa faveur, rompit l'assemblée et convoqua les sénateurs. La plupart furent d'avis qu'on s'entendît avec Flaccus en présence du peuple, puisque l'autorité du sénat n'avait eu aucun empire sur lui. (11) Le consul réunit donc de nouveau les comices, et s'expliqua avec Flaccus; mais ce candidat, loin de se désister de ses prétentions, rendit grâces au peuple de l'empressement avec lequel il l'avait honoré de ses suffrages, toutes les fois qu'il avait été mis en demeure de se prononcer, (12) et il déclara qu'il ne voulait point trahir la confiance de ses concitoyens. Ces paroles, qui montraient toute l'opiniâtreté de son caractère, échauffèrent tellement les esprits en sa faveur, qu'il eût été indubitablement nommé préteur, si le consul eût voulu admettre son nom. (13) Les tribuns eurent entre eux et avec le consul un grand débat à cette occasion. Enfin L. Porcius convoqua le sénat et fit décréter (14) que, puisque l'obstination de Q. Flaccus et l'aveugle partialité de la multitude ne permettaient pas de procéder légalement au remplacement du préteur, on se contenterait des préteurs qu'on avait; (15) que P. Cornélius réunirait les deux juridictions à Rome, et qu'il ferait représenter les jeux d'Apollon. [39,39] Hac sedata contentione alia subinde C- Decimii praetoris morte exorta est. Cn- Sicinius et L- Pupius, qui aediles proximo anno fuerant, et C- Valerius flamen Dialis et Q- Fuluius Flaccus - is quia aedilis curulis designatus erat, sine toga candida, sed maxima ex omnibus contentione - petebant; certamenque ei cum flamine erat. et postquam primo aequare, mox superare etiam est uisus, pars tribunorum plebis negare rationem eius habendam esse, quod duos simul unus magistratus, praesertim curules, neque capere posset nec gerere; pars legibus eum solui aequum censere, ut quem uellet praetorem creandi populo potestas fieret. L- Porcius consul primo in ea sententia esse, ne nomen eius acciperet; deinde, ut ex auctoritate senatus idem faceret, conuocatis patribus referre se ad eos dixit, quod nec iure ullo nec exemplo tolerabili liberae ciuitati aedilis curulis designatus praeturam peteret; sibi, nisi quid aliud iis uideretur, in animo esse e lege comitia habere. patres censuerunt, uti L- Porcius consul cum Q- Fuluio ageret, ne impedimento esset, quo minus comitia praetoris in locum C- Decimii subrogandi e lege haberentur. agenti consuli ex senatus consulto respondit Flaccus nihil, quod se indignum esset, facturum. medio responso spem ad uoluntatem interpretantibus fecerat cessurum patrum auctoritati esse. comitiis acrius etiam quam ante petebat criminando, extorqueri sibi a consule et senatu populi Romani beneficium, et inuidiam fieri geminati honoris, tamquam non appareret, ubi designatus praetor esset, extemplo aedilitate se abdicaturum. consul cum et pertinaciam petentis crescere et fauorem populi magis magisque in eum inclinari cerneret, dimissis comitiis senatum uocauit. censuerunt frequentes, quoniam Flaccum auctoritas patrum nihil mouisset, ad populum cum Flacco agendum. contione aduocata cum egisset consul, ne tum quidem de sententia motus gratias populo Romano egit, quod tanto studio, quotienscumque declarandae uoluntatis potestas facta esset, praetorem se uoluisset facere: ea sibi studia ciuium suorum destituere non esse in animo. haec uero tam obstinata uox tantum ei fauorem accendit, ut haud dubius praetor esset, si consul accipere nomen uellet. ingens certamen tribunis et inter se ipsos et cum consule fuit, donec senatus a consule est habitus decretumque: quoniam praetoris subrogandi comitia ne legibus fierent, pertinacia Q- Flacci et praua studia hominum impedirent, senatum censere satis praetorum esse; P- Cornelius utramque in urbe iurisdictionem haberet, Apollinique ludos faceret.
[39,40] (1) À ces comices, où la prudence et la fermeté du sénat avaient su triompher de la cabale, en succédèrent d'autres beaucoup plus orageux, et parce qu'il s'agissait d'une magistrature plus élevée, et parce que les compétiteurs étaient plus nombreux et plus puissants. (2) La censure était briguée avec beaucoup d'animosité par les patriciens L. Valérius Flaccus, les deux Scipions, Publius et Lucius, Cn. Manlius Vulso et L. Furius Purpurio (3) et les plébéiens M. Porcius Cato, M. Fulvius Nobilior, les deux Sempronius, Titus et Marcus, surnommés l'un Longus, l'autre Tuditanus. Mais tous les candidats, patriciens ou plébéiens, quelle que fût l'illustration de leurs familles, étaient éclipsés par le seul M. Porcius, (4) Ce célèbre personnage avait une grande force d'âme, une grande énergie de caractère, et dans quelque condition que le sort l'eût fait naître, il devait être lui-même l'artisan de sa fortune. Doué de tous les talents qui honorent le simple citoyen ou qui font l'habile politique, il possédait tout à la fois la science des affaires civiles et l'économie rurale. (5) Les uns se sont élevés au faîte des honneurs par leurs connaissances en droit, les autres par leur éloquence, d'autres enfin par l'éclat de leur gloire militaire. Caton avait un génie souple et flexible; il excellait dans tous les genres au point qu'on l'eût dit exclusivement né pour celui dont il s'occupait. (6) À la guerre, il payait courageusement de sa personne, et il se signala par plusieurs actions brillantes; parvenu au commandement suprême, ce fut un général consommé. En temps de paix, il se montra très habile jurisconsulte et très fameux orateur, (7) non pas de ceux dont le talent brille d'un vif éclat, pendant leur vie, et qui ne laissent après eux aucun monument de leur éloquence. Car la sienne lui a survécu, elle respire encore dans des écrits de tous les genres. (8) Nous avons un grand nombre de plaidoyers qu'il prononça soit pour lui-même, soit pour d'autres, soit contre ses adversaires; car il savait terrasser ses ennemis, non seulement en les accusant, mais en se défendant lui-même. (9) S'il fut en butte à trop de rivalités jalouses, il poursuivit aussi vigoureusement ses rivaux, et il serait difficile de décider si la lutte qu'il soutint contre la noblesse, fut plus fatigante pour elle que pour lui. (10) On peut, il est vrai, lui reprocher la rudesse de son caractère, l'aigreur de son langage et une franchise poussée jusqu'à l'excès; mais il résista victorieusement aux passions, et, dans sa rigide probité, il méprisa toujours l'intrigue et les richesses. (11) Économe, infatigable, intrépide, il avait une âme et un corps de fer. La vieillesse même, qui use tout, ne put le briser; (12) à l'âge de quatre-vingt-six ans il fut appelé en justice, composa et prononça lui-même son plaidoyer; à quatre-vingt-dix ans, il cita Ser. Galba devant le peuple. [39,40] His comitiis prudentia et uirtute senatus sublatis, alia maioris certaminis, quo et maiore de re et inter plures potentioresque uiros, sunt exorta. censuram summa contentione petebant L- Valerius Flaccus P- et L- Scipiones Cn- Manlius Vulso L- Furius Purpurio patricii, plebeii autem M- Porcius Cato M- Fuluius Nobilio Ti- et M- Sempronii, Longus et Tuditanus. sed omnes patricios plebeiosque nobilissimarum familiarum M- Porcius longe anteibat. in hoc uiro tanta uis animi ingeniique fuit, ut quocumque loco natus esset, fortunam sibi ipse facturus fuisse uideretur. nulla ars neque priuatae neque publicae rei gerendae ei defuit; urbanas rusticasque res pariter callebat. ad summos honores alios scientia iuris, alios eloquentia, alios gloria militaris prouexit: huic uersatile ingenium sic pariter ad omnia fuit, ut natum ad id unum diceres, quodcumque ageret: in bello manu fortissimus multisque insignibus clarus pugnis, idem postquam ad magnos honores peruenit, summus imperator, idem in pace, si ius consuleres, peritissimus, si causa oranda esset, eloquentissimus, nec is tantum, cuius lingua uiuo eo uiguerit, monumentum eloquentiae nullum exstet: uiuit immo uigetque eloquentia eius sacrata scriptis omnis generis. orationes et pro se multae et pro aliis et in alios: nam non solum accusando sed etiam causam dicendo fatigauit inimicos. simultates nimio plures et exercuerunt eum et ipse exercuit eas; nec facile dixeris, utrum magis presserit eum nobilitas, an ille agitauerit nobilitatem. asperi procul dubio animi et linguae acerbae et immodice liberae fuit, sed inuicti a cupiditatibus animi, rigidae innocentiae, contemptor gratiae, diuitiarum. in parsimonia, in patientia laboris periculique ferrei prope corporis animique, quem ne senectus quidem, quae soluit omnia, fregerit, qui sextum et octogesimum annum agens causam dixerit, ipse pro se orauerit scripseritque, nonagesimo anno Ser. Galbam ad populi adduxerit iudicium.


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Dernière mise à jour : 29/03/2004