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| [37,56] (1) Ils eurent plein pouvoir pour toutes les affaires qui
exigeraient une solution pressée. La base de leurs opérations fut
posée par le sénat: (2) "La Lycaonie entière, les deux Phrygies, la
Mysie, les forêts royales, toutes les places de la Lydie et de
l'Ionie, à la réserve de celles qui se trouvaient libres le jour de
la bataille contre le roi Antiochus, et nommément Magnésie du Sypile
et Carie surnommée Hydréta, (3) avec la partie de son territoire qui
s'étend vers la Phrygie, les châteaux et les bourgs situés au-delà
du Méandre, toutes les places, (4) à la réserve de celles qui
étaient libres avant la guerre, entre autres Telmesse, et les forts
de son territoire qui avait appartenu précédemment à Ptolémée le
Telmissien, toutes ces possessions devaient être cédées à Eumène.
(5) Les Rhodiens devaient avoir la Lycie, à l'exception de cette
même ville de Telmesse, de ses forts et de son territoire qui
avaient appartenu à Ptolémée le Telmissien; on ne les donnait ni à
Eumène ni aux Rhodiens. (6) Ces derniers devaient encore avoir la
partie de la Carie voisine de l'île de Rhodes, au-delà du Méandre,
les places, les bourgs, les châteaux et les terres qui s'étendent
vers la Pisidie, toujours à la réserve de celles de ces places qui
étaient libres la veille de la bataille. (7) Les Rhodiens, après
avoir rendu grâces au sénat de ces faveurs, réclamèrent pour la
ville de Soles en Cilicie. "Elle était, disaient-ils, comme Rhodes,
originaire d'Argos: cette parenté avait établi entre les peuples une
affection fraternelle. Ils demandaient comme une grâce
extraordinaire qu'on voulût bien la soustraire au despotisme du
roi." (8) On fit appeler les envoyés d'Antiochus et on leur
communiqua la requête. Mais on ne put rien obtenir d'Antipater qui
invoquait la foi des traités et accusait les Rhodiens de les
enfreindre en réclamant non seulement la ville de Soles, mais encore
la Cilicie et en franchissant le mont Taurus. (9) Le sénat rappela
les Rhodiens et leur fit connaître la résistance opiniâtre de
l'ambassadeur syrien, et ajouta que si les Rhodiens y croyaient
l'honneur de leur république intéressé, le sénat emploierait tout
son crédit pour vaincre l'obstination des envoyés d'Antiochus. (10)
Les Rhodiens renouvelèrent alors avec plus de chaleur leurs
protestations de reconnaissance, et déclarèrent qu'ils aimaient
mieux céder à l'orgueil d'Antipater, que d'être cause d'une rupture.
Ainsi rien ne fut changé à la situation de Soles.
| [37,56] His, quae praesentis disceptationis essent, libera mandata; de summa rerum
senatus constituit. Lycaoniam omnem et Phrygiam utramque et Mysiam {quam Prusia
rex ademerat, restituit} regi et Milyas et Lydiam Ioniamque extra ea oppida,
quae libera fuissent, quo die cum rege Antiocho pugnatum est, et nominatim
Magnesiam ad Sipylum, et Cariam, quae Hydrela appellatur, agrumque Hydrelitanum
ad Phrygiam uergentem, et castella uicosque ad Maeandrum amnem et oppida, nisi
quae libera ante bellum fuissent, Telmessum item nominatim et castra Telmessium,
praeter agrum, qui Ptolemaei Telmessii fuisset. haec omnia, quae supra sunt
scripta, regi Eumeni iussa dari. Rhodiis Lycia data extra eundem Telmessum et
castra Telmessium et agrum, qui Ptolemaei Telmessii fuisset; hic et ab Eumene et
Rhodiis exceptus. ea quoque iis pars Cariae data, quae propior Rhodum insulam
trans Maeandrum amnem est, oppida, uici, castella, agri, qui ad Pisidiam
uergunt, nisi quae eorum oppida in libertate fuissent pridie, quam cum Antiocho
rege in Asia pugnatum est. pro his cum gratias egissent Rhodii, de Solis urbe,
quae in Cilicia est, egerunt: Argis et illos, sicut sese, oriundos esse; ab ea
germanitate fraternam sibi cum iis caritatem esse; petere hoc extraordinarium
munus, ut eam ciuitatem ex seruitute regia eximerent. uocati sunt legati regis
Antiochi, actumque cum iis est nec quicquam impetratum testante foedera
Antipatro, aduersus quae ab Rhodiis non Solos, sed Ciliciam peti et iuga Tauri
transcendi. reuocatis in senatum Rhodiis, cum quanto opere tenderet legatus
regius, exposuissent, adiecerunt, si utique eam rem ad ciuitatis suae dignitatem
pertinere censerent Rhodii, senatum omni modo expugnaturum pertinaciam
legatorum. tum uero impensius quam ante Rhodii gratias egerunt, cessurosque sese
potius arrogantiae Antipatri, quam causam turbandae pacis praebituros dixerunt.
ita nihil de Solis mutatum est.
| | [37,57] (1) Vers le même temps une ambassade des Marseillais vint
annoncer que le préteur L. Baebius, parti pour sa province
d'Espagne, avait été surpris en route par les Ligures; (2) qu'une
grande partie de ses troupes avait péri, et que, blessé lui-même, il
s'était réfugié avec une faible escorte et sans licteurs à
Marseille, où il était mort trois jours après. (3) À cette nouvelle,
le sénat ordonna par un décret à P. Junius Brutus, propréteur
d'Étrurie, de remettre son gouvernement et son armée à l'un de ses
lieutenants, à son choix, pour se rendre lui-même dans l'Espagne
ultérieure et se mettre à la tête de cette province. (4) Ce sénatus-
consulte fut envoyé en Étrurie par le préteur Sp. Postumius avec un
message de sa main, (5) et le propréteur P. Junius Brutus partit
pour l'Espagne. Quelque temps avant son arrivée, Paul-Émile qu'il
allait remplacer, et qui s'illustra plus tard par la défaite du roi
Persée, avait voulu venger ses défaites de l'année précédente, et,
rassemblant à la hâte une armée, il livra bataille aux Lusitaniens,
(6) les vainquit et les mit en déroute, leur tua dix-huit mille
hommes, leur fit deux mille trois cents prisonniers et força leur
camp. Le bruit de cette victoire rétablit le calme en Espagne. (7)
La même année, trois jours avant les calendes de janvier, une
colonie latine fut conduite à Bologne par les triumvirs L. Valérius
Flaccus, M. Atilius Serranus et L. Valérius Tappus. (8) Elle se
composait de trois mille personnes; les chevaliers reçurent
soixante-dix arpents et les autres colons cinquante. Ces terres
avaient été enlevées aux Gaulois Boïens, qui eux-mêmes les avaient
conquises sur les Étrusques. (9) La même année, la censure fut
briguée par plusieurs personnages de distinction, et leur
candidature, qui était déjà par elle-même une cause de débats assez
vifs, excita une contestation encore plus sérieuse. (10) Les
candidats étaient T. Quinctius Flamininus, P. Cornélius Scipio, fils
de Cnéius, L. Valérius Flaccus, M. Porcius Caton, M. Claudius
Marcellus et M. Acilius Glabrion, le vainqueur des Thermopyles. (11)
Ce dernier, qui par de nombreuses distributions avait mis dans ses
intérêts un grand nombre de citoyens, était surtout l'objet de la
faveur du peuple. (12) Les nobles, indignés de se voir préférer un
homme nouveau, le firent accuser par les tribuns P. Sempronius
Gracchus et C. Sempronius Rutilus, de n'avoir pas fait porter devant
lui à son triomphe, ni versé dans le trésor public, une partie de
l'argent et du butin pris dans le camp d'Antiochus. (13) Les
lieutenants et les tribuns des soldats firent des dépositions
contradictoires. À la tête des témoins on remarquait Caton; mais sa
candidature diminuait l'autorité de sa parole ordinairement si
respectée à cause de sa conduite irréprochable. (14) Il attestait
n'avoir pas vu au triomphe les vases d'or et d'argent qu'après la
prise du camp ennemi il avait distingués au milieu des autres
dépouilles. (15) Enfin Glabrion renonça à sa candidature afin de
faire retomber tout l'odieux sur son accusateur; il déclara qu'il
laissait le champ libre à un compétiteur, homme nouveau comme lui,
qui, pour réussir, avait recours à un monstrueux parjure, sans
provoquer comme lui l'indignation des nobles.
| [37,57] Per eos dies, quibus haec gesta sunt, legati Massiliensium nuntiarunt L-
Baebium praetorem in prouinciam Hispaniam proficiscentem ab Liguribus
circumuentum, magna parte comitum caesa uulneratum ipsum cum paucis sine
lictoribus Massiliam perfugisse et intra triduum exspirasse. senatus ea re
audita decreuit, uti P- Iunius Brutus, qui propraetor in Etruria esset,
prouincia exercituque traditis uni, cui uideretur, ex legatis, ipse in
ulteriorem Hispaniam proficisceretur, eaque ei prouincia esset. hoc senatus
consultum litteraeque a Sp. Postumio praetore in Etruriam missae sunt,
profectusque in Hispaniam est P- Iunius propraetor. in qua prouincia prius
aliquanto, quam successor ueniret, L- Aemilius Paulus, qui postea regem Persea
magna gloria uicit, cum priore anno haud prospere rem gessisset, tumultuario
exercitu collecto signis collatis cum Lusitanis pugnauit. fusi fugatique hostes;
caesa decem octo milia armatorum; duo milia trecenti capti et castra expugnata.
huius uictoriae fama tranquilliores in Hispania res fecit. eodem anno ante diem
tertium Kal- Ianuarias Bononiam Latinam coloniam ex senatus consulto L- Valerius
Flaccus M- Atilius Serranus L- Valerius Tappo triumuiri deduxerunt. tria milia
hominum sunt deducta; equitibus septuagena iugera, ceteris colonis quinquagena
sunt data. ager captus de Gallis Bois fuerat; Galli Tuscos expulerant.
eodem anno censuram multi et clari uiri petierunt. quae res, tamquam in se parum
magni certaminis causam haberet, aliam contentionem multo maiorem excitauit.
petebant T- Quinctius Flamininus P- Cornelius Cn- F. Scipio L- Valerius Flaccus
M- Porcius Cato M- Claudius Marcellus M- Acilius Glabrio, qui Antiochum ad
Thermopylas Aetolosque deuicerat. in hunc maxime, quod multa congiaria
distribuerat, quibus magnam partem hominum obligarat, fauor populi se
inclinabat. id cum aegre paterentur tot nobiles, nouum sibi hominem tantum
praeferri, P- Sempronius Gracchus et C- Sempronius Rutilus, {tribuni plebis,} ei
diem dixerunt, quod pecuniae regiae praedaeque aliquantum captae in Antiochi
castris neque in triumpho tulisset, neque in aerarium rettulisset. uaria
testimonia legatorum tribunorumque militum erant. M- Cato ante alios testis
conspiciebatur; cuius auctoritatem perpetuo tenore uitae partam toga candida
eleuabat. is testis, quae uasa aurea atque argentea castris captis inter aliam
praedam regiam uidisset, ea se in triumpho negabat uidisse. postremo in huius
maxime inuidiam desistere se petitione Glabrio dixit, quando, quod taciti
indignarentur nobiles homines, id aeque nouus competitor intestabili periurio
incesseret.
| | [37,58] (1) Une amende de cent mille as avait été prononcée contre
Glabrion. L'affaire fut débattue à deux reprises. À la troisième,
l'accusé s'étant désisté de sa demande, le peuple ne voulut point
sanctionner l'amende, et les tribuns abandonnèrent la poursuite. (2)
Les censeurs nommés furent T. Quinctius Flamininus et M. Claudius
Marcellus. (3) À la même époque L. Aemilius Régillus, qui avait
vaincu sur mer l'amiral d'Antiochus, eut audience du sénat, hors de
la ville, dans le temple d'Apollon. Il rendit compte de ses
exploits, fit connaître la force des flottes qu'il avait eues à
combattre, le nombre des vaisseaux qu'il avait pris ou coulés à
fond, et presque tous les sénateurs lui décernèrent le triomphe
naval. (4) Il triompha aux calendes de février. Dans cette cérémonie
il fit porter devant lui quarante-neuf couronnes d'or, mais une
somme bien modique comparativement à la puissance du roi vaincu:
cette somme n'était que de trente-quatre mille sept cents
tétradrachmes attiques, et cent trente et un mille trois cents
cistophores. (5) Le sénat décréta ensuite des supplications pour les
succès de L. Aemilius en Espagne. (6) Peu de jours après, L. Scipion
revint à Rome, et, pour rivaliser de gloire avec son frère, se fit
donner le surnom d'Asiatique. (7) Il rendit compte de sa conduite au
sénat et devant le peuple. On fit observer qu'on avait donné à cette
guerre beaucoup plus d'importance qu'elle n'offrait réellement de
difficultés, qu'une seule bataille rangée avait suffi pour la
terminer; d'ailleurs la gloire de ce succès avait été déflorée
d'avance par la victoire des Thermopyles. (8) À vrai dire, c'étaient
les Étoliens qu'on avait combattus aux Thermopyles, plutôt que le
roi. Antiochus n'y avait engagé qu'une très faible partie de ses
forces. En Asie, au contraire, Scipion avait eu à lutter contre
toutes les forces de l'Asie, contre les auxiliaires des nations
diverses, appelés du fond de l'Orient.
| [37,58] Centum milium multa irrogata erat; bis de ea certatum est; tertio, cum de
petitione destitisset reus, nec populus de multa suffragium ferre uoluit, et
tribuni eo negotio destiterunt censores T- Quinctius Flamininus M- Claudius
Marcellus creati.
Per eos dies L- Aemilio Regillo, qui classe praefectum Antiochi regis deuicerat,
extra urbem in aede Apollinis cum senatus datus esset, auditis rebus gestis
eius, quantis cum classibus hostium dimicasset, quot inde naues demersisset aut
cepisset, magno consensu patrum triumphus naualis est decretus. triumphauit Kal.
Februariis. in eo triumpho undequinquaginta coronae aureae translatae sunt,
pecunia nequaquam {tanta} pro specie regii triumphi, tetrachma Attica triginta
quattuor milia ducenta, cistophori centum triginta duo milia trecenti.
supplicationes deinde fuerunt ex senatus consulto, quod L- Aemilius in Hispania
prospere rem publicam gessisset.
Haud ita multo post L- Scipio ad urbem uenit; qui ne cognomini fratris cederet,
Asiaticum se appellari uoluit. et in senatu et in contione de rebus ab se gestis
disseruit. erant qui fama id maius bellum quam difficultate rei fuisse
interpretarentur: uno memorabili proelio debellatum, gloriamque eius uictoriae
praefloratam ad Thermopylas esse. ceterum uere aestimanti Aetolicum magis ad
Thermopylas bellum quam regium fuit; quota enim parte uirium suarum ibi
dimicauit Antiochus? in Asia totius Asiae steterunt uires ab ultimis Orientis
finibus omnium gentium contractis auxiliis.
| | [37,59] (1) Ce fut donc avec raison que Rome rendit aux dieux
immortels les plus grands honneurs pour avoir facilité une victoire
si importante, et qu'elle décerna le triomphe au général. Il
triompha dans le mois intercalaire, la veille des calendes de Mars.
(2) La pompe qu'il déploya fut plus remarquable que n'avait été
celle du triomphe de l'Africain, son frère; mais si l'on considère
les faits, la grandeur des périls et la difficulté des opérations,
ce triomphe n'était pas plus comparable à l'autre, que l'Asiatique à
l'Africain, qu'Antiochus à Hannibal. (3) Lucius fit porter devant
lui deux cent trente-quatre drapeaux, cent trente-quatre effigies de
villes, douze cent trente et une dents d'éléphants, deux cent
trente-quatre couronnes d'or, (4) cent trente-sept mille quatre cent
vingt livres pesant d'argent, deux cent vingt-quatre mille
tétradrachmes attiques, trois cent trente et un mille soixante-dix
cistophores; cent quarante mille philippes d'or, (5) quatorze cent
vingt-quatre livres pesant d'argent en vases d'argent ciselés, et
mille vingt-quatre en vases d'or. Les généraux syriens, des
gouverneurs et des courtisans, au nombre de trente-deux, marchèrent
devant le char. (6) Les soldats reçurent chacun vingt-cinq deniers,
les centurions le double, les cavaliers le triple; la solde et la
ration de blé furent doublées: après le triomphe en Asie, on avait
distribué une double gratification. Lucius célébra ce triomphe
environ un an après l'expiration de son consulat.
| [37,59] Merito ergo et diis immortalibus, quantus maximus poterat, habitus est
honos, quod ingentem uictoriam facilem etiam fecissent, {et} imperatori
triumphus est decretus. triumphauit mense intercalario pridie Kal. Martias. qui
triumphus spectaculo oculorum maior quam Africani fratris eius fuit,
recordatione rerum et aestimatione periculi certaminisque non magis comparandus,
quam si imperatorem imperatori aut Antiochum ducem Hannibali conferres. tulit in
triumpho signa militaria ducenta uiginti quattuor, oppidorum simulacra centum
triginta quattuor, eburneos dentes mille ducentos triginta unum, aureas coronas
ducentas triginta quattuor, argenti pondo centum triginta septem milia
quadringenta uiginti, tetrachmum Atticorum ducenta uiginti quattuor milia,
cistophori trecenta uiginti unum milia septuaginta, nummos aureos Philippeos
centum quadraginta milia, uasorum argenteorum - omnia caelata erant - mille pondo
et quadringenta uiginti tria, aureorum mille pondo uiginti tria. et duces regii,
praefecti, purpurati duo et triginta ante currum ducti. militibus quini uiceni
denarii dati, duplex centurioni, triplex equiti. et stipendium militare et
frumentum duplex post triumphum datum; {iam} proelio in Asia facto duplex
dederat. triumphauit anno fere post, quam consulatu abiit.
| | [37,60] (1) Vers le même temps, le consul Cn. Manlius arrivait en
Asie, et le préteur Q. Fabius Labéo avait rejoint la flotte. (2) Les
Gallo-Grecs pouvaient exercer la valeur du consul, mais la mer était
libre depuis la défaite d'Antiochus. Fabius, après avoir cherché de
quel côté il tournerait ses armes, parce qu'il ne voulait pas rester
inactif dans sa préture, se décida à passer dans l'île de Crète. (3)
Cydonie était en guerre avec Gortyne et Cnossos, et grand nombre de
prisonniers romains ou italiens, étaient, disait-on, réduits à
l'esclavage dans toutes les parties de l'île. (4) Le préteur partit
d'Éphèse avec sa flotte, et, en abordant au rivage de Crète, il fit
ordonner aux villes de mettre bas les armes, de chercher tout ce
qu'il pouvait y avoir de prisonniers dans leurs murs et dans les
campagnes, et de les lui renvoyer avec des ambassadeurs qui
s'occuperaient avec lui des intérêts communs des Crétois et des
Romains. (5) Les Crétois ne s'effrayèrent pas beaucoup de ces
ordres. Gortyne fut la seule qui rendit ses prisonniers. (6)
Valérius Antias prétend que la crainte de la guerre fit renvoyer
quatre mille prisonniers de tous les points de l'île; et qu'à défaut
d'autre titre, cette seule considération détermina le sénat à
décerner le triomphe naval à Fabius. (7) De la Crète, Fabius
retourna à Éphèse: de là il détacha trois vaisseaux vers la côte de
Thrace pour chasser d'Aenos et de Maronée les garnisons d'Antiochus,
et rendre la liberté à ces deux villes.
| [37,60] Eodem fere tempore et Cn- Manlius consul in Asiam et Q- Fabius Labeo
praetor ad classem uenit. ceterum consuli non deerat cum Gallis belli materia.
mare pacatum erat deuicto Antiocho, cogitantique Fabio, cui rei potissimum
insisteret, ne otiosam prouinciam habuisse uideri posset, optimum uisum est in
Cretam insulam traicere. Cydoniatae bellum aduersus Gortynios Gnosiosque
gerebant, et captiuorum Romanorum atque Italici generis magnus numerus in
seruitute esse per totam insulam dicebatur. classe ab Epheso profectus cum
primum Cretae litus attigit, nuntios circa ciuitates misit, ut armis absisterent
captiuosque in suis quaeque urbibus agrisque conquisitos reducerent, et legatos
mitterent ad se, cum quibus de rebus ad Cretensis pariter Romanosque
pertinentibus ageret. nihil magnopere ea Cretenses mouerunt; captiuos praeter
Gortynios nulli reddiderunt. Valerius Antias quattuor milia captiuorum, quia
belli minas timuerint, ex tota insula reddita scripsit; eamque causam Fabio, cum
rem nullam aliam gessisset, triumphi naualis impetrandi ab senatu fuisse. a
Creta Ephesum Fabius redit; inde tribus nauibus in Thraciae oram missis ab Aeno
et Maronia praesidia Antiochi deduci iussit, ut in libertate eae ciuitates essent.
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