Itinera Electronica
Du texte à l'hypertexte

Tite-Live, Ab Urbe Condita, Livre XXXVIII

Chapitres 51-55

  Chapitres 51-55

[38,51] (1) Les tribuns du peuple firent revivre les vieilles accusations de mollesse dans les quartiers d'hiver de Syracuse, et les troubles excités à Locres par les soldats de Pléminius; quant au crime de vénalité, ils le fondèrent sur des soupçons plutôt que sur des preuves. (2) "Son fils, prisonnier, lui avait été rendu sans rançon, et, dans toutes les occasions, c'était à Scipion seul, comme s'il eût été constitué par Rome unique dépositaire de la paix et de la guerre, qu'Antiochus avait fait sa cour; (3) c'était un dictateur et non un lieutenant que le consul avait eu en lui; et s'il avait suivi son frère, c'était uniquement pour faire comme autrefois en Espagne, en Gaule, en Sicile, en Afrique, pour persuader aux rois, aux nations, à tout l'Orient, (4) qu'un seul homme était l'âme, la colonne de l'empire romain; qu'à l'ombre de Scipion vivait la république, maîtresse du monde; qu'un regard de Scipion tenait lieu des décrets du sénat, des ordres du peuple." Ainsi, ne pouvant le trouver criminel, on s'évertuait à le rendre suspect: (5) on parla jusqu'à la nuit, et la cause fut ajournée. (6) Au jour marqué, dès le matin, les tribuns siègent à la tribune. L'accusé est appelé. Au milieu d'un nombreux cortège d'amis et de clients, il traverse la foule, arrive à la tribune et l'on fait silence. (7) "C'est à pareil jour, dit-il, tribuns du peuple, et vous citoyens, qu'en face d'Hannibal et des Carthaginois, j'ai bien et heureusement combattu en Afrique. (8) Ce jour doit donc faire surseoir aux procès et aux différends; et je vais de ce pas au Capitole offrir à Jupiter très bon, très grand, à Junon et à Minerve, à toutes les divinités tutélaires du Capitole et de la citadelle, l'hommage de ma reconnaissance; (9) je vais leur rendre grâce pour m'avoir, en ce jour et en plusieurs autres, donné les moyens de bien mériter de la république. (10) Et vous, que vos occupations laissent libres, venez avec moi, citoyens, et priez les dieux de vous donner des chefs qui me ressemblent. (11) Oui, car si depuis l'âge de dix-sept ans jusqu'à la vieillesse, vos honneurs ont toujours prévenu mon âge; c'est que mes services prévenaient vos honneurs." (12) Et descendant de la tribune, il monte au Capitole. Toute la foule se retourne à la fois et suit les pas de Scipion, greffiers, huissiers, tout le monde, et les tribuns restent seuls avec leurs esclaves et le héraut qui citait l'accusé du haut de la tribune. (13) Scipion ne s'en tint pas au Capitole et parcourut tous les temples de la ville, suivi du peuple romain. (14) Ce jour fit éclater la faveur des hommes, et leur juste estime pour la vraie grandeur, plus encore peut-être que celui où Scipion sur son char de triomphe rentra dans Rome, vainqueur du roi Syphax et des Carthaginois. [38,51] Tribuni uetera luxuriae crimina Syracusanorum hibernorum et Locris Pleminianum tumultum cum ad fidem praesentium criminum retulissent, suspicionibus magis quam argumentis pecuniae captae reum accusarunt: filium captum sine pretio redditum, omnibusque aliis rebus Scipionem, tamquam in eius unius manu pax Romana bellumque esset, ab Antiocho cultum; dictatorem eum consuli, non legatum in prouincia fuisse; nec ad aliam rem eo profectum, quam ut, id quod Hispaniae Galliae Siciliae Africae iam pridem persuasum esset, hoc Graeciae Asiaeque et omnibus ad orientem uersis regibus gentibusque appareret, unum hominem caput columenque imperii Romani esse, sub umbra Scipionis ciuitatem dominam orbis terrarum latere, nutum eius pro decretis patrum, pro populi iussis esse. Infamia intactum inuidia, qua possunt, urgent. Orationibus in noctem perductis prodicta dies est. Vbi ea uenit, tribuni in Rostris prima luce consederunt; citatus reus magno agmine amicorum clientiumque per mediam contionem ad Rostra subiit silentioque facto 'hoc' inquit 'die, tribuni plebis uosque, Quirites, cum Hannibale et Carthaginiensibus signis collatis in Africa bene ac feliciter pugnaui. Itaque, cum hodie litibus et iurgiis supersederi aequum sit, ego hinc extemplo in Capitolium ad Iouem optimum maximum Iunonemque et Mineruam ceterosque deos, qui Capitolio atque arci praesident, salutandos ibo, hisque gratias agam, quod mihi et hoc ipso die et saepe alias egregie gerendae rei publicae mentem facultatemque dederunt. Vestrum quoque quibus commodum est, Quirites, ite mecum, et orate deos, ut mei similes principes habeatis, ita, si ab annis septemdecim ad senectutem semper uos aetatem meam honoribus uestris anteistis, ego uestros honores rebus gerendis praecessi.' Ab Rostris in Capitolium ascendit. Simul se uniuersa contio auertit et secuta Scipionem est, adeo ut postremo scribae uiatoresque tribunos relinquerent, nec cum iis praeter seruilem comitatum et praeconem qui reum ex Rostris citabat, quisquam esset. Scipio non in Capitolio modo, sed per totam urbem omnia templa deum cum populo Romano circumiit. Celebratior is prope dies fauore hominum et aestimatione uera magnitudinis eius fuit, quam quo triumphans de Syphace rege et Carthaginiensibus urbem est inuectus.
[38,52] (1) Ce fut là le dernier beau jour de P. Scipion. Ne prévoyant désormais qu'attaques de la jalousie, que débats avec les tribuns, il profita de l'ajournement et se retira à Literne, avec la ferme résolution de ne point comparaître pour répondre. (2) La nature lui avait donné une âme trop élevée; la fortune, l'habitude d'un rôle trop brillant, pour qu'il pût se résigner à celui d'accusé et descendre jusqu'à la justification. (3) Le jour de l'assignation venu, l'accusé fit défaut, et L. Scipion rejeta son absence sur la maladie. (4) Cette excuse ne fut point reçue des deux tribuns, et ils accusèrent ce silence d'être un effet de ce même orgueil qui lui avait fait quitter le tribunal, les tribuns du peuple, l'assemblée entière, (5) pour enlever à ses juges le droit et la liberté de le juger, pour les traîner en quelque sorte à sa suite, pour triompher du peuple romain, et faire dans le Capitole une retraite séditieuse contre les tribuns. (6) "Voilà, criaient-ils, le prix de votre aveugle entraînement. (7) Pour le suivre, pour lui obéir, vous nous avez abandonnés; il vous abandonne à votre tour. Déplorable abaissement de l'esprit public! Quoique cet homme fût à la tête d'une armée et d'une flotte, nous avons osé envoyer en Sicile des tribuns du peuple et un édile pour l'arrêter, pour le ramener à Rome; et, simple particulier, nous n'osons le faire arracher de sa campagne, pour le faire traduire devant ses juges! " Les tribuns du peuple, à qui L. Scipion en appela, déclarèrent ( 8) "que si la maladie était une excuse, ils acceptaient cette excuse et voulaient que leurs collègues ajournassent." (9) Parmi les tribuns du peuple se trouvait alors Ti. Sempronius Gracchus, ennemi personnel de P. Scipion. Il refusa de signer le décret de ses collègues, et, lorsque tout le monde s'attendait à le voir conclure pour la rigueur, il déclara (10) "que puisque L. Scipion assurait que la maladie était le motif de son frère, il se tenait satisfait de cette excuse; pour lui, tant que P. Scipion ne serait pas de retour à Rome, il ne souffrirait pas qu'il fût mis en cause; et, alors même, si l'accusé en appelait à lui, il lui prêterait son appui pour le dispenser de répondre. (11) Telle était la place à laquelle, par ses exploits, par les honneurs obtenus du peuple romain, par les suffrages réunis des dieux et des hommes, s'était élevé P. Scipion, que le traîner au pied de la tribune, l'exposer aux emportements des jeunes gens, était une honte pour le peuple romain plutôt que pour l'accusé." [38,52] Hic speciosus ultimus dies P- Scipioni illuxit. Post quem cum inuidiam et certamina cum tribunis prospiceret, die longiore prodicta in Literninum concessit certo consilio, ne ad causam dicendam adesset. Maior animus et natura erat ac maiori fortunae adsuetus, quam ut reus esse sciret et summittere se in humilitatem causam dicentium. Vbi dies uenit citarique absens est coeptus, L- Scipio morbum causae esse, cur abesset, excusabat. Quam excusationem cum tribuni, qui diem dixerant, non acciperent, et ab eadem superbia non uenire ad causam dicendam arguerent, qua iudicium et tribunos plebis et contionem reliquisset, et, quibus ius sententiae de se dicendae et libertatem ademisset, his comitatus, uelut captos trahens, triumphum de populo Romano egisset secessionemque eo die in Capitolium a tribunis plebis fecisset: - 'habetis ergo temeritatis illius mercedem; quo duce et auctore nos reliquistis, ab eo ipsi relicti estis, et tantum animorum in dies nobis decrescit, ut, ad quem ante annos septemdecim exercitum et classem habentem tribunos plebis aedilemque mittere in Siciliam ausi sumus, qui prenderent eum et Romam reducerent, ad eum priuatum ex uilla sua extrahendum ad causam dicendam mittere non audeamus' - ; tribuni plebis appellati ab L- Scipione ita decreuerunt: si morbi causa excusaretur, sibi placere accipi eam causam diemque a collegis prodici. Tribunus plebis eo tempore Ti- Sempronius Gracchus erat, cui inimicitiae cum P- Scipione intercedebant. Is, cum uetuisset nomen suum decreto collegarum adscribi, tristioremque omnes sententiam expectarent, ita decreuit: cum L- Scipio excusasset morbum esse causae fratri, satis id sibi uideri; se P- Scipionem, priusquam Romam redisset, accusari non passurum; tum quoque, si se appellet, auxilio ei futurum, ne causam dicat: ad id fastigium rebus gestis, honoribus populi Romani P- Scipionem deorum hominumque consensu peruenisse, ut sub Rostris reum stare et praebere aures adolescentium conuiciis populo Romano magis deforme quam ipsi sit.
[38,53] (1) Il ajouta avec indignation: "Voir à vos pieds, tribuns, le vainqueur de l'Afrique, Scipion! (2) N'a-t-il donc battu, chassé quatre illustres généraux carthaginois en Espagne, n'a-t-il fait prisonnier Syphax, terrassé Hannibal, rendu Carthage notre tributaire, (3) rejeté Antiochus (car L. Scipion reconnaît son frère pour son collègue de gloire) au-delà du mont Taurus, que pour succomber sous la haine des Pétillius, que pour vous faire une couronne du déshonneur de P. Scipion l'Africain? (4) Quoi! ni les services, ni les honneurs mérités, n'assureront donc jamais aux grands hommes un asile inviolable et sacré, où ils ne puissent, sinon entourés d'hommages, du moins respectés, reposer leur vieillesse? " (5) Cette déclaration, les paroles qui l'accompagnèrent, tout fit impression, et sur l'assemblée, et sur les accusateurs eux-mêmes. Ils répondirent qu'ils réfléchiraient sur ce qu'exigeaient d'eux le droit et le devoir. (6) L'assemblée du peuple congédiée, le sénat se réunit, et l'ordre en corps, les consulaires et les anciens surtout, adressèrent de grands éloges à Ti. Gracchus, pour avoir sacrifié ses inimitiés personnelles à l'intérêt général: (7) les Pétillius furent accablés de reproches amers pour avoir cherché à briller en décriant autrui, à triompher de l'Africain, et à se parer de ses dépouilles. (8) Dès lors on ne parla plus de l'Africain. Il acheva sa vie à Literne, sans regretter la ville. Il mourut à la campagne en ordonnant, dit-on, de l'ensevelir sur le lieu même, et d'y élever son monument, pour qu'une ingrate patrie n'eût point ses cendres. (9) Homme à jamais illustre, il fut néanmoins plus grand dans la guerre que dans la paix: la première partie de sa vie éclipsa la seconde, parce que sa jeunesse se passa tout entière dans les camps; avec la vieillesse tout se ternit autour de lui, et son génie manqua d'aliment. (10) Que fut par rapport à son premier consulat le second, y compris même sa censure? cette lieutenance d'Asie, rendue inutile par le mauvais état ale sa santé, tristement marquée par le malheur de son fils, et, après son retour, par la nécessité de subir un jugement et de rompre avec sa patrie? (11) Au moins la gloire d'avoir terminé la seconde guerre punique, la plus importante, la plus dangereuse des guerres que les Romains aient jamais soutenue, lui appartient à lui seul. [38,53] Adiecit decreto indignationem: 'sub pedibus uestris stabit, tribuni, domitor ille Africae Scipio? Ideo quattuor nobilissimos duces Poenorum in Hispania, quattuor exercitus fudit fugauitque; ideo Syphacem cepit, Hannibalem deuicit, Carthaginem uectigalem nobis fecit, Antiochum - recipit enim fratrem consortem huius gloriae L- Scipio - ultra iuga Tauri emouit, ut duobus Petilliis succumberet? Vos de P- Africano palmam peti feretis? Nullisne meritis suis, nullis nostris honoribus umquam in arcem tutam et uelut sanctam clari uiri peruenient, ubi, si non uenerabilis, inuiolata saltem senectus eorum considat?' Mouit et decretum et adiecta oratio non ceteros modo, sed ipsos etiam accusatores, et deliberaturos se, quid iuris sui et officii esset, dixerunt. Senatus deinde concilio plebis dimisso haberi est coeptus. Ibi gratiae ingentes ab uniuerso ordine, praecipue a consularibus senioribusque, Ti- Graccho actae sunt, quod rem publicam priuatis simultatibus potiorem habuisset, et Petillii uexati sunt probris, quod splendere aliena inuidia uoluissent et spolia ex Africani triumpho peterent. Silentium deinde de Africano fuit. Vitam Literni egit sine desiderio urbis; morientem rure eo ipso loco sepeliri se iussisse ferunt monumentumque ibi aedificari, ne funus sibi in ingrata patria fieret. Vir memorabilis, bellicis tamen quam pacis artibus memorabilior. {nobilior} prima pars uitae quam postrema fuit, quia in iuuenta bella adsidue gesta, cum senecta res quoque defloruere, nec praebita est materia ingenio. Quid ad primum consulatum secundus, etiam si censuram adicias? Quid Asiatica legatio, et ualetudine aduersa inutilis et filii casu deformata et post reditum necessitate aut subeundi iudicii aut simul cum patria deserendi? Punici tamen belli perpetrati, quo nullum neque maius neque periculosius Romani gessere, unus praecipuam gloriam tulit.
[38,54] (1) La mort de l'Africain enhardit les ennemis: à leur tête se distinguait M. Porcius Coton, qui, même de son vivant, n'avait cessé de crier contre sa grandeur.(2) Ce fut, dit-on, à son instigation que les Pétillius l'attaquèrent pendant sa vie, et, après sa mort, firent une proposition ainsi conçue: (3) "Voulez- vous, ordonnez-vous qu'il soit fait une enquête sur l'argent pris, enlevé, extorqué au roi Antiochus et aux peuples de sa dépendance, (4) et que sur la portion qui n'en a point été versée dans le trésor public, Ser. Sulpicius, préteur de la ville, fasse son rapport au sénat? ensuite, que le sénat nomme à son choix, pour poursuivre l'affaire, l'un des préteurs actuels? " (5) Cette proposition fut d'abord combattue par Q. et L. Mummius: que le sénat se contentât de rechercher les détenteurs des deniers publics, comme cela s'était toujours fait, ils ne trouvaient rien de plus juste. (6) Les Pétillius s'élevaient contre le rang éminent, le règne des Scipions dans le sénat. Le consulaire L. Furius Purpurion, l'un des dix commissaires d'Asie, (7) voulait étendre davantage la proposition: ce n'était pas, selon lui, sur l'argent tiré d'Antiochus seulement, mais de tous les rois et peuples de l'Orient, que devait porter l'enquête. C'était à Cn. Manlius qu'il en voulait. (8) L. Scipion, qui semblait devoir plus songer à se défendre qu'à attaquer la loi, se présenta pour la combattre. "C'était après la mort de son père l'Africain, le plus illustre des hommes, qu'on venait proposer une pareille enquête, s'écriait-il douloureusement! (9) C'était peu d'avoir laissé mourir Publius l'Africain sans faire son éloge à la tribune: il fallait encore le calomnier! Les Carthaginois s'étaient bornés à exiler Hannibal; (10) et le peuple romain n'en avait pas assez de la mort de P. Scipion! Il fallait qu'il descendît, la calomnie à la bouche, jusque dans son tombeau; il fallait que son père partageât avec lui les coups de l'envie et devînt sa seconde victime." (11) M. Caton fit passer la proposition (nous avons encore son discours sur l'argent du roi Antiochus), et l'autorité de sa parole en imposa aux Mummius qui se désistèrent de leur opposition. (12) L'obstacle étant donc levé, toutes les tribus votèrent l'enquête. [38,54] Morte Africani creuere inimicorum animi, quorum princeps fuit M- Porcius Cato, qui uiuo quoque eo adlatrare magnitudinem eius solitus erat. Hoc auctore existimantur Petillii et uiuo Africano rem ingressi et mortuo rogationem promulgasse. Fuit autem rogatio talis: 'uelitis iubeatis, Quirites, quae pecunia capta ablata coacta ab rege Antiocho est quique sub imperio eius fuerunt, quod eius in publicum relatum non est, uti de ea re Ser. Sulpicius praetor urbanus ad senatum referat, quem eam rem uelit senatus quaerere de iis, qui praetores nunc sunt.' Huic rogationi primo Q- et L- Mummii intercedebant, senatum quaerere de pecunia non relata in publicum, ita ut antea semper factum esset, aequum censebant. Petillii nobilitatem et regnum in senatu Scipionum accusabant. L- Furius Purpureo consularis, qui in decem legatis in Asia fuerat, latius rogandum censebat, non quae ab Antiocho modo pecuniae captae forent, sed quae ab aliis regibus gentibusque, Cn- Manlium inimicum incessens. Et L- Scipio, quem magis pro se quam aduersus legem dicturum apparebat, dissuasor processit. Is morte P- Africani fratris, uiri omnium fortissimi clarissimique, eam exortam rogationem est conquestus; parum enim fuisse non laudari pro Rostris P- Africanum post mortem, nisi etiam accusaretur; et Carthaginienses exilio Hannibalis contentos esse, populum Romanum ne morte quidem P- Scipionis exsatiari, nisi et ipsius fama sepulti laceretur et frater insuper, accessio inuidiae, mactetur. M- Cato suasit rogationem - exstat oratio eius de pecunia regis Antiochi - et Mummios tribunos auctoritate deterruit, ne aduersarentur rogationi. Remittentibus ergo his intercessionem omnes tribus uti rogassent iusserunt.
[38,55] (1) Ser. Sulpicius s'adressa alors au sénat pour savoir qui serait chargé de donner suite à la loi Pétillia. Le sénat désigna Q. Térentius Culléon. (2) Ce fut devant ce préteur, ami dévoué de la famille Cornélia (car aux funérailles de P. Scipion mort et enterré à Rome, d'après une autre tradition, le bonnet d'affranchi sur la tête, comme autrefois sur son char de triomphe, il marcha, dit-on, devant son cercueil, et fit, près de la porte Capène, distribuer du vin et du miel à tous ceux qui avaient accompagné le convoi, en reconnaissance de son rachat par ce général en Afrique), (3) ou bien ennemi acharné de cette famille (car une haine bien connue avait pu seule le faire choisir par la faction ennemie des Scipions, pour diriger les poursuites), (4) ce fut devant ce préteur, trop prévenu pour ou contre, que fut aussitôt traduit L. Scipion. Avec lui furent dénoncés et mis en cause ses lieutenants A. et L. Hostilius Caton, son questeur C. Furius Aculéon, (5) et pour que la contagion du péculat eût l'air de s'être fait sentir partout, jusqu'à ses deux greffiers et son huissier. L. Hostilius, les greffiers et l'huissier furent renvoyés de la plainte avant qu'on eût prononcé sur Scipion. Scipion et A. Hostilius, son lieutenant, furent condamnés. (6) "Pour accorder à Antiochus une paix avantageuse, disait l'arrêt, Scipion s'était fait donner six mille livres pesant d'or, et quatre cent quatre-vingts livres d'argent de plus qu'il n'avait versé au trésor; (7) A. Hostilius quatre-vingts livres pesant d'or, et quatre cent trois livres d'argent; Furius, le questeur, cent trente livres pesant d'or et deux cents livres d'argent. " (8) Tels sont les chiffres que je trouvé dans l'historien d'Antium. Pour ce qui concerne L. Scipion, j'aime à croire qu'il y a eu erreur de la part du copiste, plutôt que mensonge de la part de l'historien, dans le chiffre de la somme d'or et d'argent. (9) Car il est bien probable que la somme d'argent était plus forte que la somme d'or, et l'amende fut de quatre, et non de vingt-quatre millions de sesterces, (10) d'autant plus que c'est la même somme qui avait été, dit-on, réclamée de P. Scipion dans le sénat: (11) sur quoi Scipion avait fait apporter son livre de compte par son frère Lucius, et sous les yeux du sénat, l'avait de ses propres mains mis en pièces, indigné (12) qu'après avoir fait entrer dans le trésor public deux cents millions de sesterces, on vînt lui en réclamer quatre millions. (13) Toujours fort de sa conscience, et sachant bien que les questeurs n'oseraient tirer de l'argent du trésor contre la défense de la loi, il en demanda les clefs et dit qu'il allait ouvrir le trésor, lui qui l'avait fait fermer. [38,55] Ser. Sulpicio deinde referente, quem rogatione Petillia quaerere uellent, Q- Terentium Culleonem patres iusserunt. Ad hunc praetorem, adeo amicum Corneliae familiae, ut, qui Romae mortuum elatumque P- Scipionem - est enim ea quoque fama - tradunt, pilleatum, sicut in triumpho ierat, in funere quoque ante lectum isse memoriae prodiderint, et ad Portam Capenam mulsum prosecutis funus dedisse, quod ab eo inter alios captiuos in Africa ex hostibus receptus esset, aut adeo inimicum eundem, ut propter insignem simultatem ab ea factione, quae aduersa Scipionibus erat, delectus sit potissimum ad quaestionem exercendam - ; ceterum ad hunc nimis aequum aut iniquum praetorem reus extemplo factus L- Scipio. Simul et delata et recepta nomina legatorum eius, A- Et L- Hostiliorum Catonum, et C- Furii Aculeonis quaestoris et, ut omnia contacta societate peculatus uiderentur, scribae quoque duo et accensus. L- Hostilius et scribae et accensus, priusquam de Scipione iudicium fieret, absoluti sunt, Scipio et A- Hostilius legatus et C- Furius damnati: quo commodior pax Antiocho daretur, Scipionem sex milia pondo auri, quadringenta octoginta argenti plus accepisse, quam in aerarium retulerit, A- Hostilium octoginta pondo auri, argenti quadringenta tria, Furium quaestorem auri pondo centum triginta, argenti ducenta. Has ego summas auri et argenti relatas apud Antiatem inueni. In L- Scipione malim equidem librarii mendum quam mendacium scriptoris esse in summa auri atque argenti; similius enim ueri est argenti quam auri maius pondus fuisse, et potius quadragiens quam ducentiens quadragiens litem aestimatam, eo magis, quod tantae summae rationem etiam ab ipso P- Scipione requisitam esse in senatu tradunt, librumque rationis eius cum Lucium fratrem adferre iussisset, inspectante senatu suis ipsum manibus concerpsisse indignantem, quod, cum bis milliens in aerarium intulisset, quadragiens ratio ab se posceretur. Ab eadem fiducia animi, cum quaestores pecuniam ex aerario contra legem promere non auderent, poposcisse clauis et se aperturum aerarium dixisse, qui, ut clauderetur, effecisset.


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Dernière mise à jour : 22/03/2004