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| [38,56] (1) Sur une foule de particularités des dernières années de
Scipion, de sa mise en jugement, de sa mort, de ses funérailles, de
sa sépulture, les traditions varient à l'infini, et je ne sais qui
croire, à quel livre m'en rapporter. (2) On n'est pas d'accord sur
le nom de son accusateur: les uns disent M. Naevius, les autres les
Pétillius; même embarras sur l'époque de cette accusation, sur
l'année de sa mort, sur le lieu de son décès et de son inhumation.
(3) C'est à Rome, suivant les uns, à Literne, suivant les autres,
qu'il mourut et qu'il fut enseveli: dans l'un et l'autre endroit, on
fait voir son tombeau et sa statue. Le fait est qu'à Literne se
trouve son tombeau, et sur ce tombeau une statue que le temps a
renversée: je l'ai vue moi-même, il n'y a pas longtemps. (4) À Rome,
également, hors de la porte Capène, sur le monument des Scipions
s'élèvent trois statues (5) qui sont, dit-on, les deux premières de
P. et de L. Scipion, la, troisième du poète Q. Ennius. Si les
historiens diffèrent sur les faits, dans les discours attribués à P.
Scipion et à Ti. Gracchus, se trouve la même contradiction. (6) En
tête du discours de P. Scipion est porté le nom de M. Naevius,
tribun du peuple, et dans le corps même du discours, le nom de
l'accusateur ne se trouve point: fourbe, misérable brouillon, il
n'est pas désigné autrement. (7) Le discours même de Gracchus ne dit
pas un mot des Pétillius, comme accusateurs de l'Africain, pas un
mot de sa mise en jugement. (8) Il faut forger une tout autre fable
pour avoir la clef du discours de Gracchus, et suivre les historiens
qui prétendent que lors de l'accusation et de la condamnation de L.
Scipion pour crime de péculat, l'Africain se trouvait en qualité de
lieutenant en Étrurie. (9) À la nouvelle du coup qui frappait son
frère, laissant là sa mission, il serait accouru à Rome, serait allé
tout droit au Forum en apprenant qu'on traînait son frère en prison,
aurait repoussé le licteur et, par un mouvement fort bon dans un
frère, mais fort mauvais dans un citoyen, porté la main sur les
tribuns qui faisaient leurs fonctions. (10) Voilà sans doute
pourquoi Gracchus se plaint lui-même qu'un simple citoyen ait violé
la puissance tribunitienne. Vers la fin de son discours, en
promettant son appui à L. Scipion, il ajoute que l'exemple serait
moins dangereux si c'était un tribun, et non un simple particulier,
qui avait remporté cette espèce de victoire sur la puissance
tribunitienne et sur la république. (11) Mais tout en s'élevant avec
force contre ce délit, le seul qu'ait commis Scipion, tout en
l'accusant de s'être si fort oublié lui-même, il cite, comme
compensation, tous les éloges éclatants prodigués anciennement à sa
modestie, à sa retenue. (12) Scipion avait autrefois blâmé le
peuple, disait-il, de vouloir le faire consul et dictateur à vie; il
s'était opposé à ce qu'on lui élevât des statues sur la place des
Comices, devant la tribune, dans le sénat, dans le Capitole, sur
l'autel de Jupiter; (13) il n'avait pas voulu qu'un décret ordonnât
que son image sortît dans tout l'appareil du triomphe du temple de
Jupiter très bon, très grand.
| [38,56] Multa alia in Scipionis exitu maxime uitae dieque dicta, morte, funere,
sepulcro, in diuersum trahunt, ut, cui famae, quibus scriptis adsentiar, non
habeam. Non de accusatore conuenit: alii M- Naeuium, alii Petillios diem dixisse
scribunt, non de tempore, quo dicta dies sit, non de anno, quo mortuus sit, non
ubi mortuus aut elatus sit; alii Romae, alii Literni et mortuum et sepultum.
Vtrobique monumenta ostenduntur et statuae; nam et Literni monumentum
monumentoque statua superimposita fuit, quam tempestate deiectam nuper uidimus
ipsi, et Romae extra portam Capenam in Scipionum monumento tres statuae sunt,
quarum duae P- Et L- Scipionum dicuntur esse, tertia poetae Q- Ennii. Nec inter
scriptores rerum discrepat solum, sed orationes quoque, si modo ipsorum sunt
quae feruntur, P- Scipionis et Ti- Gracchi abhorrent inter se. Index orationis
P- Scipionis nomen M- Naeuii tribuni plebis habet, ipsa oratio sine nomine est
accusatoris; modo nebulonem, modo nugatorem appellat. Ne Gracchi quidem oratio
aut Petilliorum accusatorum Africani aut diei dictae Africano ullam mentionem
habet. Alia tota serenda fabula est Gracchi orationi conueniens, et illi
auctores sequendi sunt, qui, cum L- Scipio et accusatus et damnatus sit pecuniae
captae ab rege legatum in Etruria fuisse Africanum tradunt; qua post famam de
casu fratris adlatam relicta legatione cucurrisse eum Romam et, cum a porta
recta ad forum se contulisset, quod in uincula duci fratrem dictum erat,
reppulisse a corpore eius uiatorem, et tribunis retinentibus magis pie quam
ciuiliter uim fecisse. Haec enim ipsa Ti- Gracchus queritur dissolutam esse a
priuato tribuniciam potestatem, et ad postremum, cum auxilium L- Scipioni
pollicetur, adicit tolerabilioris exempli esse a tribuno plebis potius quam a
priuato uictam uideri et tribuniciam potestatem et rem publicam esse. Sed ita
hanc unam impotentem eius iniuriam inuidia onerat, ut increpando, quod
degenerarit tantum a se ipse, cumulatas ei ueteres laudes moderationis et
temperantiae pro reprehensione praesenti reddat; castigatum enim quondam ab eo
populum ait, quod eum perpetuum consulem et dictatorem uellet facere;
prohibuisse statuas sibi in comitio, in Rostris, in curia, in Capitolio, in
cella Iouis poni; prohibuisse, ne decerneretur, ut imago sua triumphali ornatu e
templo Iouis optimi maximi exiret.
| | [38,57] (1) Ces faits, même dans un panégyrique, montreraient une
grandeur d'âme admirable dans cette modération qui ne veut pas
sortir de l'égalité républicaine; dans la bouche d'un ennemi qui
accuse, c'est le plus glorieux témoignage. (2) C'est à ce même
Gracchus que Scipion, de l'aveu de tous les historiens, donna en
mariage sa fille cadette: l'aînée avait épousé P. Cornélius Nasica,
c'est un fait constant. (3) Ce qui est moins avéré, c'est de savoir
si elle ne fut fiancée et mariée à Gracchus qu'après la mort de son
père, ou bien s'il faut croire à l'anecdote suivante. Gracchus, au
moment où L. Scipion était conduit en prison, ne voyant aucun de ses
collègues venir à son secours, s'écria: (4) "Je jure que depuis
longtemps ennemi des Scipion, je le suis encore, et que je ne
cherche nullement à me faire ici un mérite auprès d'eux; mais la
prison où j'ai vu l'Africain conduire des rois et des généraux
ennemis, ne se fermera pas sur son frère. Je ne le souffrirai point!
(5) Le sénat, qui ce jour-là, par hasard, dînait au Capitule, se
levant en corps, pressa l'Africain d'accorder au milieu du repas sa
fille à Gracchus; (6) la promesse se fit donc au milieu de cette
cérémonie, et Scipion, de retour chez lui, annonça à sa femme
Aemilia qu'il avait promis la main de sa fille cadette. (7) Elle
s'emporta comme s'emportent les femmes, se plaignit de n'avoir pas
été consultée sur le sort de sa fille, ajoutant que, fût-ce à Ti.
Gracchus qu'il l'accordât, la voix d'une mère ne devait pas être
dédaignée. (8) Scipion, enchanté de celte heureuse coïncidence de
choix, répondit que Gracchus était précisément le fiancé. Tout ce
qui s'attache à un si grand homme, malgré les différences de la
tradition et de l'histoire, doit être recueilli.
| [38,57] Haec uel in laudatione posita ingentem magnitudinem animi moderantis ad
ciuilem habitum honoribus significarent, quae exprobrando inimicus fatetur. Huic
Graccho minorem ex duabus filiis - nam maior P- Cornelio Nasicae haud dubie a
patre collocata erat - nuptam fuisse conuenit. Illud parum constat, utrum post
mortem patris et desponsa sit et nupserit, an uerae illae opiniones sint,
Gracchum, cum L- Scipio in uincula duceretur, nec quisquam collegarum auxilio
esset, iurasse sibi inimicitias cum Scipionibus, quae fuissent, manere, nec se
gratiae quaerendae causa quicquam facere, sed, in quem carcerem reges et
imperatores hostium ducentem uidisset P- Africanum, in eum se fratrem eius duci
non passurum. Senatum eo die forte in Capitolio cenantem consurrexisse et
petisse, ut inter epulas Graccho filiam Africanus desponderet. Quibus ita inter
publicum sollemne sponsalibus rite factis cum se domum recepisset, Scipionem
Aemiliae uxori dixisse filiam se minorem despondisse. Cum illa, muliebriter
indignabunda nihil de communi filia secum consultatum, adiecisset non, si Ti-
Graccho daret, expertem consilii debuisse matrem esse, laetum Scipionem tam
concordi iudicio ei ipsi desponsam respondisse. Haec de tanto uiro quam et
opinionibus et monumentis litterarum uariarent, proponenda erant.
| | [38,58] (1) Le procès terminé par le préteur Q. Térentius, Hostilius
et Furius, condamnés tous deux, fournirent cautionnement le même
jour aux questeurs de la ville. (2) Scipion protesta que tout ce
qu'il avait reçu d'argent, il l'avait versé dans le trésor; qu'il
n'avait pas détourné un seul denier public, et l'ordre fut donné de
le conduire en prison. (3) P. Scipion Nasica en appela aux tribuns
et prononça un discours plein de l'éloge mérité non seulement de la
famille Cornélia en général, mais de sa propre branche en
particulier. (4) "P. Scipion l'Africain, et L. Scipion, qu'on allait
traîner en prison, avaient eu, ainsi que lui, pour pères Cn. et P.
Scipion, deux noms illustres. (5) Ces bons citoyens, pendant
plusieurs années dans les Espagnes, avaient combattu une foule
d'armées et de généraux carthaginois, avaient rehaussé l'éclat du
nom romain, et, après avoir montré leur courage à la guerre, (6) ils
avaient fait admirer dans cette contrée la modération et la bonne
foi romaine; ils avaient fini tous deux par mourir pour la
république. (7) Rester seulement dignes de ce bel héritage était
déjà une gloire pour leurs enfants; et P. Scipion l'Africain avait
encore tellement surpassé la gloire paternelle, qu'il s'était fait
regarder, non comme le fils d'un mortel, mais comme un rejeton de la
race divine. (8) L. Scipion, l'accusé, sans parler de ses exploits
en Espagne, en Afrique, sous les ordres de son frère, consul, avait
été jugé digne par le sénat, sans que le sort eût été consulté,
d'aller commander en Asie, d'aller combattre le roi Antiochus; et
son frère, après deux consulats; après la censure et le triomphe,
avait eu une assez haute opinion de lui pour ne pas dédaigner
d'aller lui servir de lieutenant en Asie. (9) Il était à craindre
que la grandeur, que la gloire du lieutenant n'éclipsât celle du
consul: le hasard voulut que le jour où L. Scipion triomphait à
Magnésie du roi Antiochus, la maladie retînt P. Scipion à Élée, à
plusieurs jours de voyage du théâtre de l'action. (10) Or l'armée
royale n'était pas inférieure à celle qu'avait Hannibal à la grande
bataille en Afrique; ce même Hannibal était l'un des nombreux
généraux du roi, Hannibal, l'âme de la guerre punique. Et pourtant
la guerre fut conduite de manière à ce que nul ne pût dire: grâce à
la fortune! (11) C'est donc sur la paix que se rejette la calomnie:
c'est là qu'elle voit une vente. Comme si ce n'était pas impliquer
dans l'accusation les dix commissaires de l'avis desquels la paix
avait été conclue! (11) Bien mieux, parmi ces dix commissaires, il
s'en était trouvé pour accuser Cn. Manlius, ce qui, loin d'ébranler
l'opinion, n'avait même pu retarder le triomphe du général.
| [38,58] Iudiciis a Q- Terentio praetore perfectis, Hostilius et Furius damnati
praedes eodem die quaestoribus urbanis dederunt; Scipio cum contenderet omnem
quam accepisset pecuniam in aerario esse, nec se quicquam publici habere, in
uincula duci est coeptus. P- Scipio Nasica tribunos appellauit orationemque
habuit plenam ueris decoribus non communiter modo Corneliae gentis, sed proprie
familiae suae. Parentes suos et P- Africani ac L- Scipionis, qui in carcerem
duceretur, fuisse Cn- Et P- Scipiones, clarissimos uiros. Eos, cum per aliquot
annos in terra Hispania aduersus multos Poenorum Hispanorumque et duces et
exercitus nominis Romani famam auxissent non bello solum, sed quod Romanae
temperantiae fideique specimen illis gentibus dedissent, ad extremum ambo pro
republica mortem occubuisse. Cum illorum gloriam tueri posteris satis esset, P-
Africanum tantum paternas superiecisse laudes, ut fidem fecerit non sanguine
humano sed stirpe diuina satum se esse. L- Scipionem, de quo agatur, ut, quae in
Hispania, quae in Africa, cum legatus fratris esset, gessisset, praetereantur,
consulem et ab senatu dignum habitum, cui extra sortem Asia prouincia et bellum
cum Antiocho rege decerneretur, et a fratre, cui post duos consulatus
censuramque et triumphum legatus in Asiam iret. Ibi ne magnitudo et splendor
legati laudibus consulis officeret, forte ita incidisse, ut, quo die ad
Magnesiam signis collatis L- Scipio Antiochum deuicisset, aeger P- Scipio Elaeae
dierum aliquot uia abesset. Non fuisse minorem eum exercitum quam Hannibalis,
cum quo in Africa esset pugnatum; Hannibalem eundem fuisse inter multos alios
regios duces, qui imperator Punici belli fuerit. Et bellum quidem ita gestum
esse, ut ne fortunam quidem quisquam criminari possit; in pace crimen quaeri;
eam dici uenisse. Hic decem legatos simul argui, quorum ex consilio data pax
esset; quamquam exstitissent ex decem legatis, qui Cn- Manlium accusarent, tamen
non modo ad criminis fidem, sed ne ad moram quidem triumphi eam accusationem
ualuisse.
| | [38,59] (1) "Mais quoi! dit-on, Scipion par le seul fait des
conditions si avantageuses qu'il a accordées à Antiochus, ne peut-il
être suspect? Il lui a conservé son royaume tout entier: on l'avait
laissé, après sa défaite, maître de tout ce qu'il possédait avant la
guerre. (2) Il avait d'immenses richesses: rien n'est entré au
trésor, tout a été détourné. (3) Mais tout le monde n'a-t-il pas vu
passer dans le triomphe de L. Scipion, des sommes d'or et d'argent
plus considérables que le produit réuni de dix autres triomphes? (4)
Quant à l'étendue des états d'Antiochus, qu'ai-je besoin de
répondre? L'Asie entière, toutes les côtes voisines de l'Europe
n'appartenaient-elles pas à Antiochus? (5) Et c'est une grande
partie du globe, que cette région qui va du mont Taurus à la mer
Égée, avec toutes les villes, que dis-je? toutes les nations qu'elle
embrasse, qui ne le sait? (6) Eh bien! toute cette région, de trente
journées de marche dans sa longueur, et de dix dans sa largeur entre
les deux mers, tout, jusqu'à la chaîne du mont Taurus, a été enlevé
à Antiochus; Antiochus a été relégué dans un coin du monde. (7)
Était-il possible, ne lui eût-on point fait acheter la paix, de lui
enlever davantage? Philippe vaincu a été laissé en possession de la
Macédoine; Nabis, de Lacédémone. On n'en a jamais fait un crime à
Quinctius: c'est qu'il n'avait pas pour frère Scipion l'Africain,
dont la gloire, au lieu de profiter à L. Scipion, n'a été pour lui
qu'un héritage de haine. (8) Mais les sommes qu'on accuse L. Scipion
d'avoir dans sa maison, tous ses biens vendus ne pourraient les
réaliser. L'or du roi? où donc est-il? Où sont tant de riches
héritages? (9) Dans une maison que le luxe n'a point ruiné, il
devrait se faire sentir un nouvel accroissement de fortune; mais
non: cette somme, que tous les biens de L. Scipion ne pourraient
représenter, c'est sur sa personne, c'est sur son corps, c'est par
les affronts et les outrages, que ses ennemis veulent la réaliser.
(10) On veut voir en prison, au milieu des voleurs de nuit et des
brigands, cet homme illustre; on veut le faire mourir entre quatre
mars, dans les ténèbres, pour voir ensuite son cadavre nu jeté à la
porte d'un cachot! (11) Non, c'est moins la famille Cornélia, que la
ville de Rome, qui doit rougir!"
| [38,59] At hercule in Scipione leges ipsas pacis, ut nimium accommodatas Antiocho,
suspectas esse; integrum enim ei regnum relictum; omnia possidere eum uictum,
quae ante bellum eius fuerint; auri et argenti cum uim magnam habuisset, nihil
in publicum relatum, omne in priuatum uersum; an praeter omnium oculos tantum
auri argentique in triumpho L- Scipionis, quantum non decem aliis triumphis, si
omne in unum conferatur, latum? Nam quid de finibus regni dicam? Asiam omnem et
proxima Europae tenuisse Antiochum. Ea quanta regio orbis terrarum sit, a Tauro
monte in Aegaeum usque prominens mare, quot non urbes modo sed gentes
amplectatur, omnes scire. Hanc regionem dierum plus triginta {iter} in
longitudinem, decem inter duo maria in latitudinem patentem usque ad Tauri
montis iuga Antiocho ademptam, expulso in ultimum angulum orbis terrarum. Quid,
si gratuita pax esset, plus adimi ei potuisse? Philippo uicto Macedoniam, Nabidi
Lacedaemonem relictam, nec Quinctio crimen quaesitum; non enim habuisse eum
Africanum fratrem; cuius {cum} gloria prodesse L- Scipioni debuisset, inuidiam
nocuisse. Tantum auri argentique iudicatum esse in domum L- Scipionis illatum,
quantum uenditis omnibus bonis redigi non posset. Vbi ergo esse regium aurum,
ubi tot hereditates acceptas? In domo, quam sumptus non exhauserint, exstare
debuisse nouae fortunae cumulum. At enim, quod ex bonis redigi non possit, ex
corpore et tergo per uexationem et contumelias L- Scipionis petituros inimicos,
ut in carcere inter fures nocturnos et latrones uir clarissimus includatur et in
robore et tenebris exspiret, deinde nudus ante carcerem proiciatur. Non id
Corneliae magis familiae quam urbi Romanae fore erubescendum.
| | [38,60] (1) Au discours de Nasica, le préteur Térentius opposa la
loi Pétillia, le sénatus-consulte et l'arrêt prononcé contre L.
Scipion; (2) déclarant que, si on ne versait pas au trésor la somme
fixée par l'amende, il n'avait plus qu'à faire arrêter le condamné
et le faire conduire en prison. (3) Les tribuns se retirèrent pour
délibérer, et un moment après, C. Fannius vint annoncer en son nom
et au nom de ses collègues, hors Gracchus, "que les tribuns ne
faisaient point opposition contre le prêteur, et le laissaient libre
d'exercer ses fonctions." (4) Ti. Gracchus déclara: "Que, quant à la
vente des biens de L. Scipion pour réaliser l'amende prononcée, il
ne s'y opposait point; (5) mais que L. Scipion, après avoir vaincu
le monarque le plus puissant de la terre, reculé les bornes de
l'empire romain jusqu'aux dernières extrémités du monde, (6) attaché
à la république le roi Eumène, les Rhodiens, tant de villes d'Asie,
par des bienfaits au nom du peuple romain, traîné devant son char de
triomphe et enfermé dans les prisons une foule de généraux ennemis,
fût jeté dans un cachot, enchaîné au milieu des ennemis du peuple
romain, il ne le souffrirait pas; il ordonnait donc qu'il fût mis en
liberté." (7) Des applaudissements si unanimes accueillirent cette
déclaration, une joie si générale éclata en voyant L. Scipion remis
en liberté, qu'il était à peine croyable que ce fût dans cette même
ville que venait d'être prononcée la condamnation. (8) Le préteur
envoya ensuite des questeurs saisir au nom de l'état les biens de L.
Scipion: loin d'y trouver la moindre trace des largesses du roi, le
produit de la vente ne put même réaliser l'amende fixée. (9) Une
collecte se fit entre ses parents, ses amis et ses clients. S'il
l'avait acceptée, il se serait trouvé encore plus riche qu'avant le
coup qui l'avait frappé. (10) Il ne voulut rien recevoir, hors les
objets de première nécessité que lui rachetèrent ses plus proches
parents, et la haine qui avait poursuivi les Scipion retomba sur le
préteur, les juges et les accusateurs.
| [38,60] Aduersus ea Terentius praetor rogationem Petilliam et senatus consultum et
iudicium de L- Scipione factum recitauit; se, ni referatur pecunia in publicum,
quae iudicata sit, nihil habere quod faciat, nisi ut prendi damnatum et in
uincula duci iubeat. Tribuni cum in consilium secessissent, paulo post C-
Fannius ex sua collegarumque aliorum, praeter Gracchum, sententia pronuntiauit
praetori non intercedere tribunos, quo minus sua potestate utatur. Ti- Gracchus
ita decreuit, quo minus ex bonis L- Scipionis quod iudicatum sit redigatur, se
non intercedere praetori; L- Scipionem, qui regem opulentissimum orbis terrarum
deuicerit, imperium populi Romani propagauerit in ultimos terrarum fines, regem
Eumenem, Rhodios, alias tot Asiae urbes deuinxerit populi Romani beneficiis,
plurimos duces hostium in triumpho ductos carcere incluserit, non passurum inter
hostes populi Romani in carcere et uinculis esse, mittique eum se iubere. Tanto
adsensu auditum est decretum, adeo dimissum Scipionem laeti homines uiderunt, ut
uix in eadem ciuitate uideretur factum iudicium. In bona deinde L- Scipionis
possessum publice quaestores praetor misit. Neque in iis non modo uestigium
ullum comparuit pecuniae regiae, sed nequaquam tantum redactum est, quantae
summae damnatus fuerat. Collata ea pecunia a cognatis amicisque et clientibus
est L- Scipioni, ut, si acciperet eam, locupletior aliquanto esset, quam ante
calamitatem fuerat. Nihil accepit; quae necessaria ad cultum erant, redempta ei
a proximis cognatis sunt; uerteratque Scipionum inuidia in praetorem et
consilium eius et accusatores.
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