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Du texte à l'hypertexte

Baudri de Bourgueil (vers 1060-1130), Poèmes, VII et VIII

Poème VII: Vers 1-49

  Poème VII: Vers 1-49

[7,0] Pâris à Hélène Si la renommée, qui a répandu votre nom dans le vaste univers, vous a un jour susurré à l'oreille le mien, vous savez parfaitement qui est Pâris Alexandre, l'arbitre des beautés : c'est son sceau qui clôt cette lettre. A écrire ces mots m'ont contraint bien des divinités : Jupiter, maître des destins, Phébus qui est devin et les pénates Phrygiens, mais plus encore Vénus qui me seconde et qui sait l'avenir - la déesse préside (le contraire ne se peut) aux voeux de fiançailles : les amours qu'elle inspire sont toujours légitimes et (10) il n'y a nul désaccord entre Cypris et Hyménée. Venue de l'inconnu, une voix portée par les airs, ou les dieux favorables, n'ont pu, j'en suis sûr, me tromper, car jamais leur oracle n'a trompé personne. Or, bien souvent ils m'ont adressé leurs conseils sur ce point et ils m'ont déclaré : "l'Achéenne épousera le Teucrien, la fille de Léda épousera Alexandre de Troie; cette femme puissante, née de la race grecque, la fleur de la noblesse pélasge, conduira toute seule Mycènes l'argienne jusqu'à Troie; pendant bien des années régnera un unique royaume; par-delà les mers Argos étendu jusqu'à Tyr se mêlera à elle". (22) Averti de la sorte par les prédictions des dieux, je te dévoile aujourd'hui les propos de l'augure Apollon, les présages que, par ma bouche, t'adressent les oracles divins, et le destin que, si je ne me trompe, ton coeur aussi devine déjà. C'est quelque chose d'imposant, de voir les dieux vaticiner pour toi, quelque chose d'admirable, de les voir t'adresser leurs prophéties. Soumets-toi donc aux destins et ne retarde pas leur accomplissement par tes hésitations. A celle que les destins réclament avec obstination, (30) que les dieux appellent sans trêve, que le Délien lui-même annonce dans ses prophéties, que la Cithéréenne supplie, que tous les astres nomment, ils promettent une bien haute destinée. Redoute donc de faire offense, toi toute seule, à tous les dieux - car ils sont offensés, si on traîne à leur obéir. Si d'aventure (...), tu peux retarder, mais non empêcher le destin. Dans leur miséricorde, les dieux sont patients et sursoient à l'avènement des choses futures; mais on ne fait pas attendre impunément l'accomplissement de leur vouloir : abuser de leur patience est s'exposer à un surcroît de châtiment. Choisis donc d'obéir aux destins et aux dieux plutôt que de les irriter d'abord et puis d'avoir ensuite peine à les apaiser. (41) Si c'était ma cause à moi que je plaidais avec instance devant toi, je serais différent, j'adopterais un tour d'éloquence plus noble; j'aurais bien soin d'entremêler mon texte d'autres couleurs de rhétorique pour qu'il te charme : ainsi, ce bariolage saurait me conquérir ton affection et la saveur du récit te séduirait en ma faveur. Je ne manquerais pas non plus de joindre à mon poème de ces petits cadeaux par lesquels nous savons bien toucher le coeur des jeunes filles. L'affaire présente s'exige rien de tel, rien de cela n'est ici nécessaire : [7,0] VII. Paris Helene
Quae uestrum nomen latum uulgauit in orbem,
Si qua fama meum uestram spirauit in aurem,
Quis sit Alexander Paris est res cognita uobis,
Formarum iudex, quem signat epistola praesens.
5 Scribere quod scripsi deitas me multa coegit :
Fata Iouis, uates Phoebus Frigiique Penates,
Immo coadiutrix Venus et praesaga futuri,
Quae dea uotiuis nequit esse iugalibus absens;
Quippe Venus semper iustos dispensat amores
10 Et nichil est Cipridem quod disparet atque Hymeneum.
Ex aditis igitur uel uox delata sub auras
Vel dii presentes nec enim me fallere possunt :
Nam nec adhuc aliquem cortina fefellit eorum.
Sepe quidem numero super hoc me commonuerunt :
15 Hi michi dixerunt quia Teucro nubet Achiua,
Nubet Alexandro Troiano filia Ledae,
Quae deducta potens a gentis origine Graiae,
Femina praepollens a nobilitate Pelasga,
Transferet Argiuas ad Troiam sola Micenas
20 Et multis annis regno regnabitur uno :
Vltro continuus Tirio miscebitur Argus.
Ergo, premonitus diis uaticinantibus, ecce
Ipse tibi pando quod rettulit augur Apollo,
Quod tibi portendunt per me responsa deorum
25 Et tibi, ni fallor, mens iam diuinat idipsum.
Digna quidem res est, ut dii tibi uaticinentur,
Et decet, ut tecum praesagia diua loquantur.
Ergo, faue fatis neque fata morando retardes :
Ad maiora uocant quam sedulo fata reposcunt,
30 Quam superi uocitant, quam Delius augurat ipse,
Quam Citherea rogat, quam sidera cuncta loquuntur.
Ergo, deos omnes metuas offendere sola :
Offenduntur enim, si quis dilator oboedit.
Si fortasse situ diurno constitit, ipsa
35 Tu tardare potes, sed non auertere fata.
Parcendo tolerant dii prolongantque futura;
Nam neque differtur ipsorum impune uoluntas,
Sed cumulat poenas tolerantia longa deorum.
Ergo, uelis potius fatisque deisque fauere
40 Quam prius iratos uix tandem pacificare.
Ad te si pro me supplex orator adessem,
Ipse perorandi genus altius alter adissem
Atque meis alios intermiscere colores
Curarem scriptis, ut possent scripta placere,
45 Quatenus insertus color affectare ualeret
Alliceretque michi te carminis ordo saporus.
Addere carminibus quaedam munuscula nossem,
Corda puellarum quibus attemptare solemus.
Non modo res rogat haec, modo non sunt ista necesse :


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Dernière mise à jour : 21/02/2008