| [8,100] Ils comprennent, ils administrent l'affaire de plus haut.
Nous n'avons pas le droit de leur obéir en traînant les pieds.
Ils répandront leur lumière sur le début, sur le milieu et sur la fin
de l'aventure.
D'ailleurs, on reconnaît que les dieux mêmes ont quelquefois
méfait : Junon, à ce qu'on croit, espionna Jupiter le très-haut -
espionnage qui lui permit de stigmatiser les fréquents adultères de
son mari (Argus en témoigne encore, qui veille à ce que Jupiter ne
s'égare). (107) Pour ce qui est de Ganymède, je préfère ne pas en dire un
mot. Le Soleil a surpris les étreintes illicites de Vénus et les
nymphes ont rarement fait des difficultés pour céder aux dieux. En
général, les divinités s'accordent les unes aux autres le pardon au
moment où elles s'accordent les unes aux autres leurs faveurs. Et
nous, c'est leur défense, c'est leur punition sévère qui nous
retiennent toujours, qui nous frappent de leur rigueur brutale. Mais
qu'est-ce que c'est que cette présomption qui m'anime contre les
dieux ? Nous devons accepter leurs actions avec sérénité. Quelle
que soit leur conduite, il ne nous revient pas de la blâmer. Aux
dieux le droit d'agir, à nous le droit de supporter. Nous-mêmes, ô
genre humain, préoccupons-nous de notre devoir ...
(118) Si, comme tu l'écris, Troie voit arriver une épouse étrangère,
l'épouse d'un autre homme, la fille d'une race orgueilleuse - si en
somme je viens à Troie, car c'est bien de moi que parle ta lettre -,
je serai un jour en butte à la fureur des tiens; à cause de moi,
ton peuple brûlera d'une colère ardente et ta famille, la longue
séquelle de tes parents, se dressera contre moi, lorsqu'ils
souffriront de la guerre, lorsqu'ils auront à supporter des malheurs
dont ils n'ont pas l'idée aujourd'hui. (126) Car l'immense orgueil de ma
race est notoire. C'est un peuple infrangible, une race absolument
invincible à la guerre, capable d'endurer une souffrance rigoureuse
autant qu'extrême, un peuple plein de ruse, très nombreux et très
riche. Les Grecs ne me laisseront pas placidement entrer dans le
lit de Pâris, fût-ce avec la bénédiction des dieux. Bien plus :
cette injure atroce, il leur faudra la venger. (133) Toute la Grèce se
coalisera à cause de moi. Car le roi sera enragé de douleur de
m'avoir ainsi perdue et cette noble douleur provoquera la
mobilisation générale; et si mon mari refuse, par une sorte de
dédain, de venger ce crime, qu'il cache et dissimule sa rage, son
frère, quant à lui, ne le laissera pas invengé, non plus que les
chefs des Cécropides, Ajax et le cruel Achille, Pyrrhus, dont le
courage évoque déjà celui de son père Achille, Thessandre,
Sthenelos, Palamède et Diomède, Ulysse aux ruses efficaces et aux
tromperies maléfiques, d'autres chefs encore, qu'il serait trop
long d'énumérer. (144) Tous ceux-là investiront Troie pour un long siège
et déchaîneront des combats sans trêve de leur bras féroce. C'est
alors, pour la première fois, que la jeunesse troyenne fera
l'apprentissage de la fuite devant l'ennemi; ceux que tu décris
comme rompus au métier des armes, invaincus et féroces au combat, tu
les verras pusillanimes et tu blâmeras leur inertie;
| [8,100] Ipsi discernunt, rem tractant altius ipsi,
Non debemus eis torpenti corde fauere;
Ipsi principium, medium finemque serenent.
Attamen et superos aliquid fecisse fatentur :
Iuno Ioui summo, si creditur, insidiata est;
105 Insidiata uirum de pelice sepe notauit :
Argus uiuit adhuc custos ne Iuppiter erret -
De Ganimede quidem penitus decerno tacere.
Illicitos Veneris complexus Sol reprehendit
Et nimphae faciles diis consensere frequenter;
110 Et sibi sepe fauent necnon sibi numina parcunt.
At nos censura, sua nos correctio dura
Continuo cohibet, quatit asperitate seuera.
Sed contra superos quae nos presumptio mouit ?
Aequanimi uoto patiamur facta deorum.
115 Quicquid agant etenim non est reprehendere nostrum :
Diis liceat facere, nobis liceat tolerare.
Nos quoque de nostris, homo, sollicitemur agendis.
Vt scribis, Troiam si uenerit hospita coniunx,
Coniunx alterius, coniunx de gente superba,
120 In quam si ueniam (quia de me carta profatur),
Infestabor ego quandoque furore tuorum :
Et tua plebs nimiam pro me feruescet in iram
Et tua progenies, tua copia magna parentum,
In me consurgent, cum bellis afficientur
125 Quae modo non sperant, incommoda cum patientur.
Namque meae gentis michi magna superbia nota est :
Sunt genus infractum, gens inuictissima bello,
Quae perferre queat duros nimiosque labores,
Prouida consilio, gens plurima, gens opulenta.
130 Nec thalamo Paridis patientur me sociari,
Dii licet annuerint, sedato pectore Grai.
Vlciscenda sibi superest iniuria tanta
Et coniurabit propter me Grecia tota :
Nam sic amissam rex efferus ipse dolebit
135 Et populos omnes dolor altus in arma ciebit.
Sique meus nolit quasi dedignando maritus
Hoc scelus ulcisci, tegat iram dissimuletque,
At non hoc eius frater pateretur inultum,
Cycropidaeue duces, Aiax et durus Achilles
140 Presignansque patris animum iam Pirrus Achillis,
Thessandrus, Stelenus, Palamedes et Diomedes,
Consiliis pollens et fraude malignus Vlixes
Atque duces alii, quorum dare nomina longum est.
Hii Troiam longa uallabunt obsidione
145 Atque manu dira miscebunt prelia multa.
Tunc dare terga prius discet Troiana iuuentus
Et quos assuetos armorum ferre laborem
Scribis et inuictos et diro Marte potentes
Imbelles uideas et uulgus inhers reprehendas;
|