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Bulteel, Miscellanea (Cycle à Louise)

Poème 9

  Poème 9

[4,1] LE POETE SOUFFRE DE L'ABSENCE DE SON AMIE.


(1) Allez-vous en, légères élégies, jadis objet de mon soin, adieu !
Moi désormais je ne vous utiliserai plus comme avant.
Allez-vous en, délaissées, et cherchez, après cela, un autre poète :
Une vaine déclamation ne convient pas à mes larmes,
(5) Et je n'ai pas le loisir de conduire aux sources les tendres Muses,
Depuis que ma vie se perd dans l'anxiété.
Ma belle a emporté mon esprit avec elle, et seule est laissée
Une ombre au logis, la meilleure part de moi est loin de la ville.
Mon corps reste en ville, mon âme erre dans les champs paisibles,

(10) Et apprête des couronnes florales pour ma Maîtresse qui vient.
Ma Maîtresse aime les couronnes imitant ses couleurs vives,
Les lys d'un blanc éclatant mêlés aux roses rouges.
Les fleurs pourpres sont, des lèvres de ma Maîtresse, les images
Rivales - ces lèvres qui si bien aux miennes se pressent.
(15) Mais vous aussi, ô lys, celui qui vous a créés si blancs,
Celui-là aura pris exemple sur ma Maîtresse.
Il avait vu, certainement, plus blancs que la neige fraîche,
Ou ton cou ou tes doigts, ô blonde Louise.
Douce est l'odeur de la rose, mais la plus douce de toutes,

(20) C'est pour nous, belle Louise, le parfum de ta bouche.
Comme elles siéront bien à ma Maîtresse, les belles couronnes
Et les roses qu'elle posera de la main sur sa tête charmante !
Mais à quoi bon déraisonner ? Nous sommes trop loin d'elle,
Et c'est une image qui, de diverses façons, dupe notre esprit.
(25) O Dieux (si les vœux et prières vous touchent en quelque manière),
Je vous en prie, qu'enfin un terme soit mis à mes larmes !
Ou s'il n'est pas de terme aux larmes, et que vous ne laissez pas
Ma plainte vous fléchir, mettez, je vous prie, un terme à ma vie !
Car pour moi, vivre sans ma Maîtresse, ce n'est pas vivre.

(30) Elle est, à mon avis, l'unique cause de ma vie.
Qu'elle soit présente, et les destins ne pourront rien contre moi;
Absente, et Jupiter lui-même ne me viendrait pas en aide.
J'en fis assez l'expérience récemment, quand par son retour
Elle m'a rendu mes forces et ma vigueur d'esprit.
(35) La Mort avait presque plongé ma tête dans le sombre Orcus,
Et la préparation de mon tombeau était déjà quasi finie;
La cause du mal, la maladie des maladies, n'était que la longue
Absence de ma Maîtresse, tant elle a de poids pour moi.
J'avais indiqué par écrit mes volontés, et mes suprêmes paroles,

(40) Je les avais couchées sur papier, destinées à durer.
Arrive celle qui fut la cause de mon mal et de tant de douleur,
Dans le passé - et la vie et le salut me sont accordés.
En effet, à peine m'est-elle apparue et a-t-elle, de mes yeux,
Ecarté les ténèbres et la ruine qui les enveloppaient,
(45) Qu'aussitôt, comme si je fusse rappelé des ondes infernales,
J'ai dévié les traits, déjà tout proches, de la mort.
Et " Tu es venue enfin, ma chérie, mon unique plaisir ?",
Ai-je dit, " Tu es désormais la seconde cause de ma vie."
Et sans délai la force s'ajouta à mes membres et à mon âme le courage

(50) Qui à présent, vois ! est presque noyé dans de nouveaux maux.
Mais vous, ô Dieux d'en haut, si ces heures ne sont point
Les dernières de ma vie, je vous en prie, rendez-moi à ma vie !
Si par contre le jour fixé par le destin vient de briller pour nous,
Et que je dois, triste, être englouti dans les eaux infernales,
(55) Qu'elle, je vous en prie, vive heureuse, sans perdre jamais le souvenir
De nous, et qu'elle sache combien je lui fus fidèle en tout lieu.
Et lorsque mon âme sera partie, et ce corps placé dans un tombeau,
Que ces deux vers soient gravés en grands caractères :
Ci-gît un homme mort dans la fleur de sa première jeunesse :

(60) Il n'a pas supporté la longue absence de sa Maîtresse.

[4,1] DOLET ABSENTEM AMICAM

(1) Ite, leues Elegi, quondam mea cura, ualete,
Non ego, iam uobis utar, ut ante, magis.
Ite, alium posthac desertae quaerite uatem,
Non facit ad lacrumas carmen inane meas,
(5) Nec uacat ad fontes teneras deducere Musas,
Postquam sollicito est perdita uita mihi.
Illa habet ingenium secum tantumque relicta est
Umbra domi, potior pars mei ab urbe procul.
Corpus in urbe manet, placidis mens errat in agris

(10) Venturae et Dominae florea serta parat.
Serta placent Dominae uiuos imitata colores,
Candida cum rubeis lilia mixta rosis.
Purpurei flores Dominae sunt aemula labris
Signa, labris quae sunt tam bene pressa meis.
(15) Sed qui, uos etiam tam candida lilia finxit,
Exemplum a Domina sumpserit ille mea.
Viderat ille equidem niue candidiora recenti
Aut colla aut digitos, flaua Loysa, tuos.
Floris gratus odor rosei gratissimus usque est

(20) Oris odor nobis, pulcra Loysa, tui.
Quam bene conuenient Dominae, cum pulcra decenti
Imponet capiti serta rosasque manu ?
Sed quid stultus ago ? nimium distamus ab illa,
Et mentem uariis ludit imago modis.
(25) O Superi (si quid uos tangunt uota precesque)
Iam tandem lacrumis sit modus, oro, meis.
Vel si nec modus est lacrumis, nec murmure flecti
Vos sinitis, uitae sit modus, oro, meae.
Viuere namque mihi Domina sine, uiuere non est.

(30) Illa mihi uitae est unica caussa meae.
Praesentem facias, nihil in me fata ualebunt,
Absit, opem mihi nec Iuppiter ipse ferat.
Id satis expertus nuper, quando illa reuersa
Restituit uires ingeniumque mihi.
(35) Mors prope nigranti caput hoc immerserat Orco
Curaque erat tumuli iam quasi facta mei,
Caussa mali morbus morbique absentia nostrae
Longa fuit Dominae, tam grauis illa mihi est.
Signaram tabulis mentem supremaque uerba

(40) Condideram chartis firma futura suis.
Ecce uenit, quae caussa mali tantique doloris
Ante erat, et uita est facta salusque mihi.
Nam simul ac conspecta mihi est oculisque tenebras
Discussit circum perniciemque mihi,
(45) Illicet, infernis tanquam reuocatus ab undis,
Disieci mortis proxima tela mihi.
Et mea uenisti tandem, mea sola uoluptas ?
Inquam, iam uitae es caussa secunda meae.
Nec mora uis membris animoque est addita uirtus,

(50) Quae nunc, ecce, nouis prope mersa malis.
Sed uos, o Superi, si non haec ultima uitae
Tempora sunt, uitae me date quaeso meae.
At si nostra dies dudum praefixa reluxit
Et mergi infernis debeo moestus aquis,
(55) Illa, precor, uiuat felix, non immemor unquam
Nostri et quam fuerim fidus ubique sciat.
Et cum mens abiit parsque haec imposta sepulcro est,
Signentur magnis carmina bina notis :
Qui iacet hic, primae discessit flore iuuentae,

(60) Absentis Dominae non tulit ille moram.


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Dernière mise à jour : 4/02/2003