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| [91] (1) Cependant le roi Juba, qui s'était sauvé du combat,
fuyait avec M. Pétréius, ne marchant que la nuit, et se cachant le
jour dans les habitations isolées. Enfin il arriva dans son
royaume. II se présenta d'abord à Zama, où il résidait d'habitude,
où étaient ses femmes, ses enfants, ses trésors et tout ce qu'il
avait de plus précieux, et où il avait fait, dès le commencement
de la guerre, des fortifications considérables. (2) Mais les
habitants, qui, à leur grande satisfaction, venaient d'apprendre
la victoire de César, lui fermèrent leurs portes, parce que Juba,
après avoir déclaré la guerre au peuple romain, avait fait dresser
sur la place de la ville un bûcher immense, dans le dessein, s'il
était vaincu, de les y jeter tous, avec tous leurs biens, après
les avoir égorgés, de se tuer lui-même sur leurs cadavres et de se
brûler comme eux avec ses femmes, ses enfants, ses sujets et tous
ses trésors. (3) Il resta longtemps devant les portes de Zama à
menacer les habitants, mais voyant qu'il n'obtenait rien, il eut
recours aux prières, et les supplia de lui permettre de revoir ses
dieux pénates. Comme ils persistaient dans leur refus, et que ni
menaces ni prières ne pouvaient les engager à le recevoir, il
demanda qu'au moins on lui rendit ses femmes et ses enfants pour
les emmener avec lui. (4) N'ayant pas obtenir la moindre réponse,
il s'éloigna de Zama et se rendit à sa maison de plaisance avec M.
Pétréius et quelques cavaliers.
| [91] Rex interim Iuba ut ex proelio fugerat, una cum Petreio interdiu in uillis
latitando tandem nocturnis itineribus confectis in regnum peruenit atque ad
oppidum Zamam, ubi ipse domicilium coniuges liberosque habebat, quo ex cuncto
regno omnem pecuniam carissimasque res comportauerat quodque inito bello
operibus maximis muniuerat, accedit. Quem antea oppidani rumore exoptato de
Caesaris uictoria audito ob has causas oppido prohibuerunt quod bello contra
populum Romanum suscepto in oppido Zamae lignis congestis maximam in medio foro
pyram construxerat, ut si forte bello foret superatus, omnibus rebus eo
coaceruatis, dein ciuibus cunctis interfectis eodemque proiectis igne subiecto
tum demum se ipse insuper interficeret atque una cum liberis coniugibus ciuibus
cunctaque gaza regia cremaretur. Postquam Iuba ante portas diu multumque primo
minis pro imperio egisset cum Zamensibus, dein cum se parum proficere
intellexisset, precibus orasset uti se ad suos deos penates admitterent, ubi eos
perstare in sententia animaduertit nec minis nec precibus suis moueri quo magis
se reciperent, tertio petit ab eis, ut sibi coniuges liberosque redderent ut
secum eos asportaret. Postquam sibi nihil omnino oppidanos responsum reddere
animaduertit, nulla re ab his impetrata ab Zama discedit atque ad uillam suam
cum M- Petreio paucisque equitibus confert se.
| | [92] (1) Cependant ceux de Zama envoient des députés vers César, à
Utique, pour l'informer de l'état des choses, et le conjurer de
leur envoyer du secours avant que Juba ait rassemblé des forces
pour venir les attaquer: tant qu'ils vivront, eux et leur ville
seront à ses ordres. (2) Après les avoir loués de leur zèle, César
les renvoie chez eux annoncer sa prochaine arrivée. En effet, dès
le lendemain, il sort d'Utique, et marche avec sa cavalerie vers
le royaume de Juba. (3) Sur la route, plusieurs chefs ennemis
viennent vers César et le prient de leur pardonner. (4) Il cède à
leurs prières. Il arrive à Zama. Le bruit de sa douceur et de sa
clémence, répandu partout, attire auprès de lui presque tous les
cavaliers du royaume; il les rassure et les met à couvert de tout
péril.
| [92] Zamenses interim legatos de his rebus ad Caesarem Uticam mittunt, petuntque
ab eo uti antequam rex manum colligeret seseque oppugnaret, sibi auxilium
mitteret: se tamen paratos esse, sibi quoad uita suppeteret, oppidum seque ei
reseruare. Legatos collaudatos Caesar domum iubet antecedere ac suum aduentum
praenuntiare. Ipse postero die Utica egressus cum equitatu in regnum ire
contendit. Interim in itinere ex regiis copiis duces complures ad Caesarem
ueniunt orantque ut sibi ignoscat. Quibus supplicibus uenia data Zamam
perueniunt. Rumore interim perlato de eius lenitate clementiaque propemodum
omnes regni equites Zamam perueniunt ad Caesarem ab eoque sunt metu periculoque
liberati.
| | [93] (1) Tandis que ces choses se passaient, Considius, qui
commandait à Thysdra, avec toute sa maison, des gladiateurs et une
troupe de Gétules, ayant appris la défaite de son parti et
redoutant l'arrivée de Domitius et des légions, désespéra de
pouvoir garder la place, en sortit secrètement avec quelques
Barbares en emportant ses trésors, et s'enfuit vers le royaume de
Juba; (2) mais les Gétules qui l'accompagnaient le tuèrent en
chemin, pour avoir son argent, et se retirèrent chacun où ils
purent. (3) Pour C. Vergilius, quand il vit qu'enfermé dans
Thapsus par mer et par terre il était hors d'état de rien
entreprendre; que tous les siens étaient morts ou en fuite; que M.
Caton s'était tué lui-même à Utique; que Juba était errant,
abandonné, méprisé; que Sabura avait été défait avec ses troupes
par Sitius; que César avait été reçu à Utique sans opposition;
qu'enfin d'une si grande armée il ne restait personne pour le
défendre lui et les siens, il se rendit au proconsul C. Caninius
qui l'assiégeait, et, sur sa parole, lui livra la ville et tous
ses biens.
| [93] Dum haec utrobique geruntur, Considius qui Thysdrae cum familia sua
gladiatoria manu Gaetulisque praeerat, cognita caede suorum Domitiique et
legionum aduentu perterritus desperata salute oppidum deserit seque clam cum
paucis barbaris pecunia onustus subducit atque in regnum fugere contendit. Quem
Gaetuli sui comites in itinere praedae cupidi concidunt seque in quascumque
potuere partes conferunt. C- Interim Vergilius postquam terra marique clausus se
nihil proficere intellexit suosque interfectos aut fugatos, M- Catonem Uticae
sibi ipsum manus attulisse, regem uagum ab suisque desertum ab omnibus
aspernari, Saburram eiusque copias ab Sittio esse deletas, Uticae Caesarem sine
mora receptum, de tanto exercitu reliquias esse nullas, ipse sibi suisque
liberis a C- Caninio proconsule qui eum obsidebat, fide accepta seque et sua
omnia et oppidum proconsuli tradit.
| | [94] Cependant le roi Juba, repoussé de toutes les villes,
désespéra de se sauver. Après avoir soupé avec Pétréius, voulant
tous deux paraître mourir avec courage, ils prirent chacun une
épée et se battirent. Comme Juba avait plus de force que Pétréius,
il le tua sans peine. Il essaya ensuite de se percer de son épée;
mais, ne pouvant y réussir, il pria un de ses esclaves de le tuer;
ce qu'il obtint.
| [94] Rex interim ab omnibus ciuitatibus exclusus desperata salute, cum iam
cenatus esset, cum Petreio, ut cum uirtute interfecti esse uiderentur, ferro
inter se depugnant, atque firmior imbecilliorem Iubam Petreius facile ferro
consumpsit. Deinde ipse sibi cum conaretur gladio traicere pectus nec posset,
precibus a seruo suo impetrauit ut se interficeret, idque obtinuit.
| | [95] (1) Dans le même temps, P. Sittius, après avoir défait et tué
Saburra, lieutenant de Juba, venait rejoindre César à travers la
Mauritanie avec une troupe peu nombreuse, lorsqu'il rencontra par
hasard Faustus et Afranius à la tête de ces cavaliers qui avaient
pillé Utique: ils se dirigeaient vers l'Espagne au nombre
d'environ quinze cents. (2) Sittius, leur ayant dressé une
embuscade pendant la nuit, les attaqua à la pointe du jour; et, à
la réserve de quelques cavaliers de l'avant-garde qui
s'échappèrent, tous furent tués ou faits prisonniers: Faustus et
Afranius eux-mêmes furent pris, avec la femme et les enfants du
premier. (3) Quelques jours après dans une émeute de l'armée, on
massacra Faustus et Afranius. César accorda à Pompéia, épouse de
Faustus, et à ses enfants, la vie et tous leurs biens.
| [95] P- Sittius interim pulso exercitu Saburrae praefecti Iubae ipsoque
interfecto cum iter cum paucis per Mauretaniam ad Caesarem faceret, forte
incidit in Faustum Afraniumque qui eam manum habebant qua Uticam diripuerant,
iterque in Hispaniam intendebant et erant numero circiter mille. Itaque
celeriter nocturno tempore insidiis dispositis eos prima luce adortus praeter
paucos equites qui ex primo agmine fugerant, reliquos aut interfecit aut in
deditionem accepit, Afranium et Faustum cum coniuge et liberis uiuos capit.
Paucis post diebus dissensione in exercitu orta Faustus et Afranius
interficiuntur; Pompeiae cum Fausti liberis Caesar incolumitatem suaque omnia
concessit.
| | [96] (1) Cependant Scipion s'était embarqué sur ses galères avec
Damasippus, Torquatus et Plétorius Rustianus, dans le dessein de
passer en Espagne. Après avoir été longtemps le jouet des flots,
ils furent enfin déportés vers Hippone Royale, où était alors la
flotte de P. Sittius. (2) Leurs vaisseaux, peu nombreux, furent
enveloppés et coulés à fond par ceux de Sittius, qui étaient plus
grands: Scipion périt avec ceux que j'ai nommés tout à l'heure.
| [96] Scipio interim cum Damasippo et Torquato et Plaetorio Rustiano nauibus
longis diu multumque iactati cum Hispaniam peterent, ad Hipponem Regium
deferuntur, ubi classis P. Sitti ad id tempus erat. A qua pauciora ab
amplioribus circumuenta nauigia deprimuntur, ibique Scipio cum quos paulo ante
nominaui interiit.
| | [97] (1) César fit à Zama la vente publique des biens de Juba et
de ceux des citoyens romains qui avaient porté les armes contre la
république, récompensa les habitants de la ville qui avaient
conseillé d'en fermer les portes au roi, et, après avoir réduit la
province en royaume, il y laissa Crispus Sallustius, en qualité de
proconsul. De là il se rendit à Utique (2) où il vendit les biens
de tous ceux qui avaient eu des commandements sous Juba et
Pétréius. De même il imposa la ville de Thapsus à deux millions de
sesterces, et son territoire à trois millions; la ville
d'Hadrumète à trois millions, et à cinq son territoire: à ces
conditions, ces villes et le pays furent exempts du pillage. (3)
Ceux de Leptis, dont Juba avait, les années précédentes, ravagé
les terres, et pour qui, sur leurs plaintes, le sénat avait nommé
des arbitres auxquels ils avaient dû la restitution de leurs
biens, furent condamnés à fournir tous les ans trois cent mille
livres d'huile, parce que, dans le principe, par suite de la
division des chefs, ils s'étaient alliés à Juba et lui avaient
donné des armes, des soldats et de l'argent. (4) Quant à la ville
de Thysdra, comme elle était peu considérable, elle fut seulement
taxée à une certaine quantité de blé.
| [97] Caesar interim Zamae auctione regia facta bonisque eorum uenditis qui ciues
Romani contra populum Romanum arma tulerant, praemiisque Zamensibus qui de rege
excludendo consilium ceperant tributis, uectigalibusque regiis irrogatis ex
regnoque prouincia facta atque ibique Sallustio pro consule cum imperio relicto
ipse Zama egressus Uticam se recepit. Ibi bonis uenditis eorum qui sub Iuba
Petreioque ordines duxerant, Thapsitanis HS XX, conuentui eorum HS XXX, itemque
Hadrumetinis HS XXX, conuentui eorum HS L multae nomine imponit; ciuitates
bonaque eorum ab omni iniuria rapinisque defendit. Leptitanos quorum
superioribus annis bona Iuba diripuerat, et ad senatum questi per legatos atque
arbitris a senatu datis sua receperant, XXX centenis milibus pondo olei in annos
singulos multat, ideo quod initio per dissensionem principum societatem cum Iuba
inierant eumque armis militibus pecunia iuuerant. Thysdritanos propter
humilitatem ciuitatis certo numero frumenti multat.
| | [98] (1) Après tout ce que nous venons de raconter, César
s'embarqua à Utique, aux ides de juin, et trois jours après, il
arrive à Caralis en Sardaigne. (2) Là, il condamne les habitants
de Sulci à une amende de dix millions de sesterces, pour avoir
reçu la flotte de Nasidius dans leur port et lui avoir fourni des
troupes. Au lieu du dixième qu'ils payaient, il les taxe au
huitième, et fait vendre les biens de quelques-uns. Enfin, le
troisième jour des calendes de juillet, il remonta sur sa flotte,
et, de Caralis, il côtoya les terres; mais les vents contraires
l'ayant retenu dans les ports, il n'arriva à Rome que le vingt-
huitième jour.
| [98] His rebus gestis Idibus Iun- Uticae classem conscendit et post diem tertium
Caralis in Sardiniam peruenit. Ibi Sulcitanos quod Nasidium eiusque classem
receperant copiisque iuuerant, HS C multat et pro decumis octauas pendere iubet
bonaque paucorum uendit et ante diem IIII Kal- Quint. nauis conscendit et a
Caralibus secundum terram prouectus duodetricensimo die, ideo quod tempestatibus
in portibus cohibebatur, ad urbem Romam uenit.
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