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| [81] (1) César, à son arrivée, trouva l'armée de Scipion rangée en
bataille à la tête de ses retranchements, les éléphants sur les
deux ailes, tandis qu'une partie des troupes travaillait avec
ardeur à fortifier le camp. Il rangea lui-même son armée sur trois
lignes, plaça la dixième et la seconde légions à l'aile droite, la
huitième et la neuvième à la gauche, et cinq légions au centre. Il
plaça, en quatrième ligne, à la tête de ses deux ailes, cinq
cohortes qu'il opposa aux éléphants, distribua sur les mêmes
points ses archers et ses frondeurs, et entremêla sa cavalerie
d'infanterie armée à la légère. Après cela, il parcourut à pied
tous les rangs, rappelant aux vétérans leurs anciens combats et
leurs exploits et les appelant avec bonté par leur nom; par là, il
excitait les courages. (2) Quant aux troupes de nouvelles levées,
dont c'était la première bataille, il les exhortait à rivaliser de
valeur avec les vétérans, et à obtenir, par la victoire, la même
renommée et les mêmes honneurs.
| [81] Quo postquam Caesar peruenit et animaduertit aciem pro uallo Scipionis
contra elephantis dextro sinistroque cornu collocatis, et nihilo minus partem
militum castra non ignauiter munire, ipse acie triplici collocata, legione X
secundaque dextro cornu, VIII et VIIII sinistro oppositis, quinque legiones in
quarta acie ad ipsa cornua quinis cohortibus contra bestias collocatis,
sagittariis funditoribus in utrisque cornibus dispositis, leuique armatura inter
equites interiecta, ipse pedibus circum milites concursans uirtutesque
ueteranorum proeliaque superiora commemorans blandeque appellans animos eorum
excitabat. Tirones autem qui numquam in acie dimicassent, hortabatur ut
ueteranorum uirtutem aemularentur eorumque famam locum nomen uictoria parta
cuperent possidere.
| | [82] (1) Tandis qu'il parcourait ainsi son armée, il aperçut dans
le camp ennemi des mouvements qui marquaient de la terreur: les
soldats, éperdus, allaient çà et là, tantôt rentrant par les
portes, tantôt sortant en tumulte. (2) Comme plusieurs avaient
observé la même chose, les lieutenants et les volontaires le
conjurèrent de ne pas balancer à donner le signal, l'assurant que
les dieux immortels lui présageaient ainsi la victoire. (3) Tandis
que César hésitait, qu'il résistait à leurs désirs, en leur
déclarant que cette façon d'attaquer ne lui plaisait pas, et qu'il
s'efforçait de tout son pouvoir de les contenir, tout à coup, à
l'aile droite, sans attendre son ordre, un trompette, forcé par
les soldats, sonne la charge. (4) Aussitôt toutes les cohortes
s'ébranlèrent et marchèrent à l'ennemi, malgré les centurions qui
tâchaient vainement de retenir les soldats de force, en les
conjurant de ne pas engager le combat sans l'ordre du général.
| [82] Itaque in circumeundo exercitu animaduertit hostes circa uallum trepidare
atque ultro citroque pauidos concursare et modo se intra portas recipere, modo
inconstanter immoderateque prodire. Cum idem a pluribus animaduerti coeptum
esset, subito legati euocatique obsecrare Caesarem ne dubitaret signum dare:
uictoriam sibi propriam a dis immortalibus portendi. Dubitante Caesare atque
eorum studio cupiditatique resistente sibique eruptione pugnari non placere
clamitante, etiam atque etiam aciem sustentante, subito dextro cornu iniussu
Caesaris tubicen a militibus coactus canere coepit. Quo facto ab uniuersis
cohortibus signa in hostem coepere inferri, cum centuriones pectore aduerso
resisterent uique continerent milites ne iniussu imperatoris concurrerent, nec
quicquam proficerent.
| | [83] (1) Alors César, voyant qu'il n'y avait aucun moyen d'arrêter
l'élan des soldats, donna pour mot d'ordre le mot bonheur, poussa
son cheval, et marcha contre l'ennemi à la tête des légions. (2)
Cependant, à l'aile droite, les frondeurs et les archers accablent
les éléphants d'une grêle de traits; ces animaux, effrayés du
sifflement des frondes et des pierres, se retournent contre leurs
propres gens qui se pressent derrière eux, les écrasent sous leurs
pieds, et se précipitent en foule vers les portes du camp non
encore achevées. (3) Les cavaliers maures, placés à la même aile
que les éléphants, se voyant abandonnés par ces auxiliaires,
prennent les premiers la fuite. (4) Après avoir promptement cerné
ces animaux, nos légions enlevèrent les retranchements des
ennemis: quelques-uns furent tués en se défendant avec courage;
les autres se sauvèrent en désordre vers le camp qu'ils avaient
quitté la veille.
| [83] Quod postquam Caesar intellexit incitatis militum animis resisti nullo modo
posse, signo Felicitatis dato equo admisso in hostem inter principes ire
contendit. A dextro interim cornu funditores sagittariique concita tela in
elephantos frequenter iniciunt. Quo facto bestiae stridore fundarum, lapidum
plumbique itata perterritae sese conuertere et suos post se frequentes
stipatosque proterere et in portas ualli semifactas ruere contendunt. Item Mauri
equites qui in eodem cornu elephantis erant praesidio, deserti praecipites
fugiunt. Ita celeriter bestiis circumitis legiones uallo hostium sunt potitae,
et paucis acriter repugnantibus interfectisque reliqui concitati in castra, unde
pridie erant egressi, confugiunt.
| | [84] (1) Je ne dois pas, ce me semble, oublier ici l'action
courageuse d'un vétéran de la cinquième légion. À l'aile gauche,
un éléphant blessé, et que le mal rendait furieux, s'était jeté
sur un valet d'armée, l'avait mis sous son pied, le pressait de
son genou, et, tenant sa trompe haute en mugissant, il écrasait ce
malheureux du poids de sa masse. Le soldat ne put soutenir ce
spectacle, et marcha sur la bête ses armes à la main. (2) Alors
l'éléphant, le voyant venir le javelot levé, quitte le cadavre,
et, enveloppant le soldat de sa trompe, l'enlève tout armé. (3)
Mais le vétéran, conservant son sang-froid dans cet étrange péril,
ne cesse de frapper de toutes ses forces avec son épée la trompe
dont il est enveloppé, jusqu'à ce que l'animal, vaincu par la
douleur, lâche prise, et s'enfuie en poussant de grands cris vers
les autres éléphants.
| [84] Non uidetur esse praetermittendum de uirtute militis ueterani V legionis.
Nam cum in sinistro cornu elephans uulnere ictus et dolore concitatus in lixam
inermem impetum fecisset eumque sub pede subditum dein genu innixus pondere suo
proboscide erecta uibrantique stridore maximo premeret atque enecaret, miles hic
non potuit pati quin se armatus bestiae offerret. Quem postquam elephans ad se
telo infesto uenire animaduertit, relicto cadauere militem proboscide circumdat
atque in sublime extollit. Armatus qui in eiusmodi periculo constanter agendum
sibi uideret, gladio proboscidem qua erat circumdatus, caedere quantum uiribus
poterat non destitit. Quo dolore adductus elephans milite abiecto maximo cum
stridore cursuque conuersus ad reliquas bestias se recepit.
| | [85] (1) Cependant les soldats qui étaient en garnison à Thapsus
firent une sortie du côté de la mer, soit pour secourir les leurs,
soit pour abandonner la ville et chercher leur salut dans la
fuite. Ils entrèrent dans l'eau jusqu'à la ceinture, et tâchèrent
ainsi de gagner la terre. (2) Mais les valets de l'armée et les
esclaves qui étaient dans le camp les repoussèrent en leur lançant
des pierres et des traits, et les forcèrent à rentrer dans la
place. (3) Les troupes de Scipion, ayant été mises en déroute, et
fuyant de tous côtés dans la plaine, nos légions les poursuivirent
sans leur donner le temps de se reformer. (4) Arrivées à leur
dernier camp, où elles s'étaient réfugiées avec l'espoir de
pouvoir encore s'y retrancher et s'y défendre, elles cherchèrent
un chef qui pût les commander et les conduire. N'y voyant
personne, elles jetèrent leurs armes et s'enfuirent au camp du
roi. (5) Mais en y arrivant, elles le trouvèrent déjà occupé par
les troupes de César. Désespérant alors de se sauver, elles
s'arrêtèrent sur une hauteur, mirent bas les armes, et firent le
salut d'usage dans la guerre. Mais cette soumission ne servit pas
beaucoup à ces malheureux; (6) car nos vétérans, transportés de
fureur et de rage, non seulement ne purent d'aucune façon se
résoudre à leur pardonner; mais ils tuèrent même ou blessèrent
plusieurs personnages considérables qu'ils accusaient de favoriser
les ennemis. (7) De ce nombre fut Tullius Rufus, ancien questeur,
qui mourut percé d'un javelot par un soldat; et Pompéius Rufus,
qui, déjà blessé au bras d'un coup d'épée, n'échappa à la mort
qu'en courant se réfugier auprès de César. (8) Effrayés de ces
actes, plusieurs sénateurs et plusieurs chevaliers romains
s'empressèrent de se retirer pour n'être pas les victimes des
soldats qui, après une si grande victoire, se croyaient tout
permis, et s'imaginaient que leurs exploits leur assuraient
l'impunité. (9) Aussi les soldats de Scipion, quoiqu'ils
implorassent la clémence de César, et que César lui-même demandât
grâce pour eux, furent tous massacrés en sa présence jusqu'au
dernier.
| [85] Interim Thapso qui erant praesidio, ex oppido eruptionem porta maritima
faciunt, et siue ut suis subsidio occurrerent, siue ut oppido deserto fuga
salutem sibi parerent, egrediuntur, atque ita per mare umbilici fine ingressi
terram petebant. Qui a seruitiis puerisque qui in castris erant, lapidibus
pilisque prohibiti terram attingere rursus se in oppidum receperunt. Interim
Scipionis copiis prostratis passimque toto campo fugientibus confestim Caesaris
legiones consequi spatiumque se non dare colligendi. Qui postquam ad ea castra
quae petebant perfugerunt, ut refecti castris rursus sese defenderent ducemque
aliquem requirerent quem respicerent, cuius auctoritate imperioque rem
gererent: - qui postquam animaduerterunt neminem ibi esse praesidio, protinus
armis abiectis in regia castra fugere contendunt. Quo postquam peruenerunt, ea
quoque ab Iulianis teneri uident. Desperata salute in quodam colle consistunt
atque armis demissis salutationem more militari faciunt. Quibus miseris ea res
paruo praesidio fuit. Namque milites ueterani ira et dolore incensi non modo ut
parcerent hosti non poterant adduci sed etiam ex suo exercitu inlustres urbanos
quos auctores appellabant, compluris aut uulnerarunt aut interfecerunt; in quo
numero fuit Tullius Rufus quaestorius qui pilo traiectus consulto a milite
interiit; item Pompeius Rufus brachium gladio percussus, nisi celeriter ad
Caesarem accucurrisset, interfectus esset. Quo facto complures equites Romani
senatoresque perterriti ex proelio se receperunt, ne a militibus qui ex tanta
uictoria licentiam sibi adsumpsissent immoderate peccandi impunitatis spe
propter maximas res gestas, ipsi quoque interficerentur. Itaque ii omnes
Scipionis milites cum fidem Caesaris implorarent, inspectante ipse Caesare et a
militibus deprecante uti eis parcerent, ad unum sunt interfecti.
| | [86] (1) César, maître des trois camps des ennemis, après leur
avoir tué dix mille hommes et mis le reste en fuite, se retira
dans ses retranchements, avec une perte de cinquante hommes et
quelques blessés; de là il vint se présenter devant Thapsus, en
faisant marcher à la tête des troupes soixante-quatre éléphants
armés en guerre et chargés de tours, qu'il avait pris sur les
ennemis, pour voir si ces preuves de leur défaite ne rendraient
pas Vergilius et les siens plus dociles. (2) Ensuite il appela
lui-même Vergilius, et l'engagea à se rendre, en lui faisant tout
espérer de sa douceur et de sa clémence. (3) Ne recevant aucune
réponse, il s'éloigna de la ville. Le lendemain, après les
sacrifices, il assembla les soldats à la vue des assiégés, loua
leur valeur, fit des largesses à tous les vétérans, et, du haut de
son tribunal, distribua les récompenses aux plus braves, selon
leur mérite. Ensuite, laissant le proconsul Rébilus avec trois
légions au siège de Thapsus, et Cn. Domitius avec deux autres au
siège de Thysdra, où Considius commandait, il marcha sur Utique,
après avoir envoyé devant M. Messala avec la cavalerie.
| [86] Caesar trinis castris potitus occisisque hostium X milibus fugatisque
compluribus se recepit L militibus amissis, paucis sauciis in castra, ac statim
ex itinere ante oppidum Thapsum constitit elephantosque LXIIII ornatos
armatosque cum turribus ornamentisque capit, captos ante oppidum instructos
constituit. Id hoc consilio, si posset Vergilius quique cum eo obsidebantur, rei
male gestae suorum indicio a pertinacia deduci. Deinde ipse Vergilium appellauit
inuitauitque ad deditionem suamque lenitatem et clementiam commemorauit. Quem
postquam animaduertit responsum sibi non dare, ab oppido discessit. Postero die
diuina re facta contione aduocata in conspectu oppidanorum milites collaudat
totumque exercitum ueteranum donauit, praemia fortissimo cuique ac bene merenti
pro suggestu tribuit, ac statim inde digressus Rebilo proconsule cum III ad
Thapsum legionibus et Cn- Domitio cum duabus Thysdrae ubi Considius praeerat ad
obsidendum relictis, M- Messala Uticam ante praemisso cum equitatu, ipse eodem
iter facere contendit.
| | [87] (1) Cependant la cavalerie de Scipion qui s'était sauvée de
la bataille, avait pris la route d'Utique, et était arrivée à la
ville de Parada. (2) Les habitants, instruits par la renommée de
la victoire de César, ayant refusé de la recevoir, elle entra de
force, dressa un bûcher au milieu de la place, y jeta tous les
meubles des habitants, et, après y avoir mis le feu, les y
précipita eux-mêmes vivants et garrottés, sans distinction d'âge
ni de sexe, les faisant ainsi périr du plus affreux supplice. De
là elle se rendit en toute hâte à Utique. (3) Peu auparavant, M.
Caton, qui ne croyait pas cette ville fort dévouée à son parti, à
cause des privilèges qui lui avaient été accordés par la loi
Julia, en avait fait sortir la populace désarmée, et l'avait
forcée à demeurer hors de la porte Belica, dans un camp entouré
d'un faible retranchement, autour duquel il avait mis des gardes;
mais, pour le sénat, il le retenait dans la ville. (4) La
cavalerie de Scipion, n'ignorant pas que ce peuple favorisait le
parti de César, attaque leur camp dès son arrivée, afin de venger,
par leur mort, la honte de sa défaite; (5) mais ceux d'Utique,
enhardis par la victoire de César, s'armèrent de pierres et de
bâtons, et la repoussèrent. (6) Alors, désespérant de s'emparer du
camp, elle se jeta dans Utique, massacra un grand nombre
d'habitants, pilla et ravagea leurs maisons. (7) En vain Caton
s'efforça d'empêcher ce désordre et d'engager les cavaliers à se
joindre à lui pour défendre la place, et à s'abstenir du meurtre
et du pillage: il vit ce qu'ils voulaient, et, pour les
satisfaire, leur distribua à chacun cent sesterces. (8) Faustus
Sylla leur en donna autant de son propre argent, et partit
d'Utique avec eux pour se rendre dans le royaume de Juba.
| [87] Equites interim Scipionis qui ex proelio fugerant, cum Uticam uersus iter
facerent, perueniunt ad oppidum Paradae. ubi cum ab incolis non reciperentur,
ideo quod fama de uictoria Caesaris praecucurrisset, ui oppido potiti in medio
foro lignis coaceruatis omnibusque rebus eorum congestis ignem subiciunt atque
eius oppidi incolas cuiusque generis aetatisque uiuos constrictosque in flammam
coiciunt atque ita acerbissimo adficiunt supplicio. Deinde protinus Uticam
perueniunt. Superiore tempore M- Cato, quod in Uticensibus propter beneficium
legis Iuliae parum suis partibus praesidii esse existimauerat, plebem inermem
oppido eiecerat et ante portam Belicam castris fossaque paruula dumtaxat
muniuerat ibique custodiis circumdatis habitare coegerat; senatum autem oppidi
custodia tenebat. Eorum castra ei equites adorti expugnare coeperunt, ideo quod
eos Caesaris partibus fauisse sciebant, ut eis interfectis eorum pernicie
dolorem suum ulciscerentur. Uticenses animo addito ex Caesaris uictoria
lapidibus fustibusque equites reppulerunt. Itaque posteaquam castra non
potuerant potiri, Uticam se in oppidum coniecerunt atque ibi multos Uticenses
interfecerunt domosque eorum expugnauerunt ac diripuerunt. Quibus cum Cato
persuadere nulla ratione quiret, ut secum oppidum defenderent et caede
rapinisque desisterent, et quid sibi uellent sciret, sedandae eorum
importunitatis gratia singulis C diuisit. Idem Sulla Faustus fecit ac de sua
pecunia largitus est unaque cum his ab Utica proficiscitur atque in regnum ire
intendit.
| | [88] (1) Cependant les fuyards ne cessaient d'arriver à Utique.
Caton les ayant tous assemblés, ainsi que les trois cents citoyens
qui avaient fourni de l'argent à Scipion pour faire la guerre, les
exhorta à mettre les esclaves en liberté et à défendre la ville.
(2) Voyant que quelques-uns seulement goûtaient cet avis, et que
les autres, effrayés et consternés, ne songeaient qu'à fuir, il
laissa là sa proposition, et leur donna des vaisseaux pour aller
où ils voudraient. (3) Pour lui, après avoir mis ordre à tout, et
avoir recommandé ses enfants à L. César, qui était alors son
questeur, il se retira dans sa chambre comme pour prendre du
repos, sans que rien sur son visage ni dans ses discours pût
éveiller les soupçons; et, ayant emporté secrètement son épée, il
s'en traversa le corps. (4) Comme il ne mourut pas du coup et
qu'il tomba par terre, le bruit de sa chute fit accourir son
médecin et ses domestiques qui n'étaient pas sans pressentiments.
Ils voulurent fermer et bander sa plaie; mais lui-même arracha
cruellement les bandes de ses propres mains et se fit mourir en
conservant toute sa présence d'esprit. (5) Les habitants d'Utique
lui rendirent les honneurs funèbres: ils le détestaient à cause du
parti qu'il avait embrassé; mais ils agirent ainsi en
considération de son extrême probité qui le rendait si différent
des autres chefs, et parce qu'ils lui devaient les fortifications
magnifiques de leur ville, et les tours qu'il y avait ajoutées.
(6) Après sa mort, L. César voulant tirer avantage de cet
accident, assembla le peuple, le harangua, et l'exhorta à ouvrir
ses portes à César, l'assurant qu'il espérait tout de sa clémence.
(7) En conséquence les portes furent ouvertes, et lui-même sortit
d'Utique et alla au devant de César. Messala, conformément à
l'ordre qu'il avait reçu, arriva en ce moment même et mit des
gardes à toutes les portes.
| [88] Complures interim ex fuga Uticam perueniunt. Quos omnes Cato conuocatos una
cum CCC, qui pecuniam Scipioni ad bellum faciendum contulerant, hortatus ut
seruitia manu mitterent oppidumque defenderent. Quorum cum partem adsentire,
partem animum mentemque perterritam atque in fugam destinatam habere
intellexisset, amplius de ea re agere destitit nauesque his attribuit, ut in
quas quisque partes uellet proficisceretur. Ipse omnibus rebus diligentissime
constitutis, liberis suis L- Caesari qui tum ei pro quaestore fuerat
commendatis, et sine suspicione, uultu atque sermone quo superiore tempore usus
fuerat dum dormitum isset, ferrum intro clam in cubiculum tulit atque ita se
traiecit. Qui cum anima nondum exspirata concidisset, et impetu facto in
cubiculum ex suspicione medicus familiaresque continere atque uolnus obligare
coepissent, ipse suis manibus uulnus crudelissime diuellit atque animo praesenti
se interemit. Quem Uticenses quamquam oderant partium gratia, tamen propter eius
singularem integritatem et quod dissimillimus reliquorum ducum fuerat quodque
Uticam mirificis operibus munierat turribusque auxerat, sepultura adficiunt. Quo
interfecto L- Caesar ut aliquid sibi ex ea re auxilii pararet conuocato populo
contione habita cohortatus omnes ut portae aperirentur: se in C- Caesaris
clementia magnam spem habere. Itaque portis patefactis Utica egressus Caesari
imperatori obuiam proficiscitur. Messala, ut erat imperatum, Uticam peruenit
omnibusque portis custodias ponit.
| | [89] (1) Cependant César qui était parti de Thapsus, arriva à
Uzitta où Scipion avait un fort approvisionnement de blé, d'armes,
et d'autres choses pour la guerre. Il n'y avait qu'une faible
garnison. (2) Aussi s'en rendit-il maître dès l'abord: ensuite il
marcha sur Hadrumète. Il y entra sans opposition, et, s'étant fait
donner un état de l'argent, des vivres et des armes, il fit grâce
de la vie à Q. Ligarius et à C. Considius, le fils, qui se
trouvaient alors dans cette ville; (3) il y laissa Livinéius
Régulus avec une légion, partit le même jour et marcha droit à
Utique. (4) En chemin, il rencontra L. César, qui d'abord se jeta
à ses pieds et lui demanda la vie pour toute grâce. (5) César,
naturellement porté à la clémence, la lui accorda sans peine,
selon sa coutume, ainsi qu'à Cécina, à C. Atéius, à P. Atrius, à
L. Ocella père et fils, à M. Eppius, à M. Aquinius, au fils de
Caton et aux enfants de Damasippus. Il arriva à Utique le soir aux
flambeaux et passa la nuit hors de la ville.
| [89] Caesar interim ab Thapso progressus Ussetam peruenit, ubi Scipio magnum
frumenti numerum armorum telorum ceterarumque rerum cum paruo praesidio
habuerat. Id adueniens potitur, deinde Hadrumetum peruenit. Quo cum sine mora
introisset, armis frumento pecuniaque considerata Q. Ligario C- Considio filio
qui tum ibi fuerant uitam concessit. Deinde eodem die Hadrumeto egressus
Liuineio Regulo cum legione ibi relicto Uticam ire contendit. Cui in itinere fit
obuius L- Caesar subitoque se ad genua proiecit uitamque sibi neque amplius
quicquam deprecatur. Cui Caesar facile et pro natura sua et instituto concessit,
item Caecinae, C- Ateio, P. Atrio, L- Cellae patri et filio, M- Eppio, M-
Aquinio, Catonis filio Damasippique liberis ex sua consuetudine tribuit
circiterque luminibus accensis Uticam peruenit atque extra oppidum ea nocte
mansit.
| | [90] (1) Le lendemain matin il entra dans la ville, convoqua les
habitants, les loua et les remercia de leur affection pour lui;
mais pour les citoyens romains et les trois cents qui avaient
fourni de l'argent à Varus et à Scipion, il les censura avec
sévérité et s'étendit longuement sur l'énormité de leur crime.
Toutefois, en finissant, il leur annonça qu'ils pouvaient se
montrer sans crainte. "Il consent à leur accorder la vie. Mais il
fera vendre leurs biens. Seulement ils pourront les racheter en
payant par forme d'amende, et pour leur grâce, la somme qui serait
provenue de la vente." (2) Ceux-ci, qui jusqu'alors, glacés de
frayeur, désespéraient d'échapper à la mort qu'ils avaient
méritée, voyant à quel prix on leur offrait la vie, acceptèrent la
condition sans balancer et avec joie, et prièrent César d'imposer
lui-même une somme sur tous les trois cents solidairement. (3) En
conséquence, César les taxa à deux millions de sesterces qu'ils
paieraient au peuple romain en trois années et en six paiements.
Bien loin de refuser, tous le remercièrent, disant que ce jour-là
César leur avait donné une seconde existence.
| [90] Postero die mane in oppidum introit contioneque aduocata Uticenses incolas
cohortatus gratias pro eorum erga se studio agit, ciues autem Romanos
negotiatores et eos qui inter CCC, pecunias contulerant Varo et Scipioni multis
uerbis accusat et de eorum sceleribus longiore habita oratione ad extremum ut
sine metu prodirent edicit: se eis dumtaxat uitam concessurum; bona quidem eorum
se uenditurum, ita tamen qui eorum ipse sua bona redemisset, se bonorum
uenditionem inducturum et pecuniam multae nomine relaturum, ut incolumitatem
retinere posset. Quibus metu exsanguibus de uitaque ex suo promerito
desperantibus subito oblata salute libentes cupidique condicionem acceperunt
petieruntque a Caesare ut uniuersis CCC uno nomine pecuniam imperaret. Itaque
bis miliens sestertio his imposito, ut per triennium sex pensionibus populo
Romano soluerent, nullo eorum recusante ac se eo demum die natos praedicantes
laeti gratias agunt Caesari.
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