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César (?), Commentaires sur la Guerre d'Afrique

Chap. LXXXI-XC

  Chap. LXXXI-XC

[81] (1) César, à son arrivée, trouva l'armée de Scipion rangée en bataille à la tête de ses retranchements, les éléphants sur les deux ailes, tandis qu'une partie des troupes travaillait avec ardeur à fortifier le camp. Il rangea lui-même son armée sur trois lignes, plaça la dixième et la seconde légions à l'aile droite, la huitième et la neuvième à la gauche, et cinq légions au centre. Il plaça, en quatrième ligne, à la tête de ses deux ailes, cinq cohortes qu'il opposa aux éléphants, distribua sur les mêmes points ses archers et ses frondeurs, et entremêla sa cavalerie d'infanterie armée à la légère. Après cela, il parcourut à pied tous les rangs, rappelant aux vétérans leurs anciens combats et leurs exploits et les appelant avec bonté par leur nom; par là, il excitait les courages. (2) Quant aux troupes de nouvelles levées, dont c'était la première bataille, il les exhortait à rivaliser de valeur avec les vétérans, et à obtenir, par la victoire, la même renommée et les mêmes honneurs. [81] Quo postquam Caesar peruenit et animaduertit aciem pro uallo Scipionis contra elephantis dextro sinistroque cornu collocatis, et nihilo minus partem militum castra non ignauiter munire, ipse acie triplici collocata, legione X secundaque dextro cornu, VIII et VIIII sinistro oppositis, quinque legiones in quarta acie ad ipsa cornua quinis cohortibus contra bestias collocatis, sagittariis funditoribus in utrisque cornibus dispositis, leuique armatura inter equites interiecta, ipse pedibus circum milites concursans uirtutesque ueteranorum proeliaque superiora commemorans blandeque appellans animos eorum excitabat. Tirones autem qui numquam in acie dimicassent, hortabatur ut ueteranorum uirtutem aemularentur eorumque famam locum nomen uictoria parta cuperent possidere.
[82] (1) Tandis qu'il parcourait ainsi son armée, il aperçut dans le camp ennemi des mouvements qui marquaient de la terreur: les soldats, éperdus, allaient çà et là, tantôt rentrant par les portes, tantôt sortant en tumulte. (2) Comme plusieurs avaient observé la même chose, les lieutenants et les volontaires le conjurèrent de ne pas balancer à donner le signal, l'assurant que les dieux immortels lui présageaient ainsi la victoire. (3) Tandis que César hésitait, qu'il résistait à leurs désirs, en leur déclarant que cette façon d'attaquer ne lui plaisait pas, et qu'il s'efforçait de tout son pouvoir de les contenir, tout à coup, à l'aile droite, sans attendre son ordre, un trompette, forcé par les soldats, sonne la charge. (4) Aussitôt toutes les cohortes s'ébranlèrent et marchèrent à l'ennemi, malgré les centurions qui tâchaient vainement de retenir les soldats de force, en les conjurant de ne pas engager le combat sans l'ordre du général. [82] Itaque in circumeundo exercitu animaduertit hostes circa uallum trepidare atque ultro citroque pauidos concursare et modo se intra portas recipere, modo inconstanter immoderateque prodire. Cum idem a pluribus animaduerti coeptum esset, subito legati euocatique obsecrare Caesarem ne dubitaret signum dare: uictoriam sibi propriam a dis immortalibus portendi. Dubitante Caesare atque eorum studio cupiditatique resistente sibique eruptione pugnari non placere clamitante, etiam atque etiam aciem sustentante, subito dextro cornu iniussu Caesaris tubicen a militibus coactus canere coepit. Quo facto ab uniuersis cohortibus signa in hostem coepere inferri, cum centuriones pectore aduerso resisterent uique continerent milites ne iniussu imperatoris concurrerent, nec quicquam proficerent.
[83] (1) Alors César, voyant qu'il n'y avait aucun moyen d'arrêter l'élan des soldats, donna pour mot d'ordre le mot bonheur, poussa son cheval, et marcha contre l'ennemi à la tête des légions. (2) Cependant, à l'aile droite, les frondeurs et les archers accablent les éléphants d'une grêle de traits; ces animaux, effrayés du sifflement des frondes et des pierres, se retournent contre leurs propres gens qui se pressent derrière eux, les écrasent sous leurs pieds, et se précipitent en foule vers les portes du camp non encore achevées. (3) Les cavaliers maures, placés à la même aile que les éléphants, se voyant abandonnés par ces auxiliaires, prennent les premiers la fuite. (4) Après avoir promptement cerné ces animaux, nos légions enlevèrent les retranchements des ennemis: quelques-uns furent tués en se défendant avec courage; les autres se sauvèrent en désordre vers le camp qu'ils avaient quitté la veille. [83] Quod postquam Caesar intellexit incitatis militum animis resisti nullo modo posse, signo Felicitatis dato equo admisso in hostem inter principes ire contendit. A dextro interim cornu funditores sagittariique concita tela in elephantos frequenter iniciunt. Quo facto bestiae stridore fundarum, lapidum plumbique itata perterritae sese conuertere et suos post se frequentes stipatosque proterere et in portas ualli semifactas ruere contendunt. Item Mauri equites qui in eodem cornu elephantis erant praesidio, deserti praecipites fugiunt. Ita celeriter bestiis circumitis legiones uallo hostium sunt potitae, et paucis acriter repugnantibus interfectisque reliqui concitati in castra, unde pridie erant egressi, confugiunt.
[84] (1) Je ne dois pas, ce me semble, oublier ici l'action courageuse d'un vétéran de la cinquième légion. À l'aile gauche, un éléphant blessé, et que le mal rendait furieux, s'était jeté sur un valet d'armée, l'avait mis sous son pied, le pressait de son genou, et, tenant sa trompe haute en mugissant, il écrasait ce malheureux du poids de sa masse. Le soldat ne put soutenir ce spectacle, et marcha sur la bête ses armes à la main. (2) Alors l'éléphant, le voyant venir le javelot levé, quitte le cadavre, et, enveloppant le soldat de sa trompe, l'enlève tout armé. (3) Mais le vétéran, conservant son sang-froid dans cet étrange péril, ne cesse de frapper de toutes ses forces avec son épée la trompe dont il est enveloppé, jusqu'à ce que l'animal, vaincu par la douleur, lâche prise, et s'enfuie en poussant de grands cris vers les autres éléphants. [84] Non uidetur esse praetermittendum de uirtute militis ueterani V legionis. Nam cum in sinistro cornu elephans uulnere ictus et dolore concitatus in lixam inermem impetum fecisset eumque sub pede subditum dein genu innixus pondere suo proboscide erecta uibrantique stridore maximo premeret atque enecaret, miles hic non potuit pati quin se armatus bestiae offerret. Quem postquam elephans ad se telo infesto uenire animaduertit, relicto cadauere militem proboscide circumdat atque in sublime extollit. Armatus qui in eiusmodi periculo constanter agendum sibi uideret, gladio proboscidem qua erat circumdatus, caedere quantum uiribus poterat non destitit. Quo dolore adductus elephans milite abiecto maximo cum stridore cursuque conuersus ad reliquas bestias se recepit.
[85] (1) Cependant les soldats qui étaient en garnison à Thapsus firent une sortie du côté de la mer, soit pour secourir les leurs, soit pour abandonner la ville et chercher leur salut dans la fuite. Ils entrèrent dans l'eau jusqu'à la ceinture, et tâchèrent ainsi de gagner la terre. (2) Mais les valets de l'armée et les esclaves qui étaient dans le camp les repoussèrent en leur lançant des pierres et des traits, et les forcèrent à rentrer dans la place. (3) Les troupes de Scipion, ayant été mises en déroute, et fuyant de tous côtés dans la plaine, nos légions les poursuivirent sans leur donner le temps de se reformer. (4) Arrivées à leur dernier camp, où elles s'étaient réfugiées avec l'espoir de pouvoir encore s'y retrancher et s'y défendre, elles cherchèrent un chef qui pût les commander et les conduire. N'y voyant personne, elles jetèrent leurs armes et s'enfuirent au camp du roi. (5) Mais en y arrivant, elles le trouvèrent déjà occupé par les troupes de César. Désespérant alors de se sauver, elles s'arrêtèrent sur une hauteur, mirent bas les armes, et firent le salut d'usage dans la guerre. Mais cette soumission ne servit pas beaucoup à ces malheureux; (6) car nos vétérans, transportés de fureur et de rage, non seulement ne purent d'aucune façon se résoudre à leur pardonner; mais ils tuèrent même ou blessèrent plusieurs personnages considérables qu'ils accusaient de favoriser les ennemis. (7) De ce nombre fut Tullius Rufus, ancien questeur, qui mourut percé d'un javelot par un soldat; et Pompéius Rufus, qui, déjà blessé au bras d'un coup d'épée, n'échappa à la mort qu'en courant se réfugier auprès de César. (8) Effrayés de ces actes, plusieurs sénateurs et plusieurs chevaliers romains s'empressèrent de se retirer pour n'être pas les victimes des soldats qui, après une si grande victoire, se croyaient tout permis, et s'imaginaient que leurs exploits leur assuraient l'impunité. (9) Aussi les soldats de Scipion, quoiqu'ils implorassent la clémence de César, et que César lui-même demandât grâce pour eux, furent tous massacrés en sa présence jusqu'au dernier. [85] Interim Thapso qui erant praesidio, ex oppido eruptionem porta maritima faciunt, et siue ut suis subsidio occurrerent, siue ut oppido deserto fuga salutem sibi parerent, egrediuntur, atque ita per mare umbilici fine ingressi terram petebant. Qui a seruitiis puerisque qui in castris erant, lapidibus pilisque prohibiti terram attingere rursus se in oppidum receperunt. Interim Scipionis copiis prostratis passimque toto campo fugientibus confestim Caesaris legiones consequi spatiumque se non dare colligendi. Qui postquam ad ea castra quae petebant perfugerunt, ut refecti castris rursus sese defenderent ducemque aliquem requirerent quem respicerent, cuius auctoritate imperioque rem gererent: - qui postquam animaduerterunt neminem ibi esse praesidio, protinus armis abiectis in regia castra fugere contendunt. Quo postquam peruenerunt, ea quoque ab Iulianis teneri uident. Desperata salute in quodam colle consistunt atque armis demissis salutationem more militari faciunt. Quibus miseris ea res paruo praesidio fuit. Namque milites ueterani ira et dolore incensi non modo ut parcerent hosti non poterant adduci sed etiam ex suo exercitu inlustres urbanos quos auctores appellabant, compluris aut uulnerarunt aut interfecerunt; in quo numero fuit Tullius Rufus quaestorius qui pilo traiectus consulto a milite interiit; item Pompeius Rufus brachium gladio percussus, nisi celeriter ad Caesarem accucurrisset, interfectus esset. Quo facto complures equites Romani senatoresque perterriti ex proelio se receperunt, ne a militibus qui ex tanta uictoria licentiam sibi adsumpsissent immoderate peccandi impunitatis spe propter maximas res gestas, ipsi quoque interficerentur. Itaque ii omnes Scipionis milites cum fidem Caesaris implorarent, inspectante ipse Caesare et a militibus deprecante uti eis parcerent, ad unum sunt interfecti.
[86] (1) César, maître des trois camps des ennemis, après leur avoir tué dix mille hommes et mis le reste en fuite, se retira dans ses retranchements, avec une perte de cinquante hommes et quelques blessés; de là il vint se présenter devant Thapsus, en faisant marcher à la tête des troupes soixante-quatre éléphants armés en guerre et chargés de tours, qu'il avait pris sur les ennemis, pour voir si ces preuves de leur défaite ne rendraient pas Vergilius et les siens plus dociles. (2) Ensuite il appela lui-même Vergilius, et l'engagea à se rendre, en lui faisant tout espérer de sa douceur et de sa clémence. (3) Ne recevant aucune réponse, il s'éloigna de la ville. Le lendemain, après les sacrifices, il assembla les soldats à la vue des assiégés, loua leur valeur, fit des largesses à tous les vétérans, et, du haut de son tribunal, distribua les récompenses aux plus braves, selon leur mérite. Ensuite, laissant le proconsul Rébilus avec trois légions au siège de Thapsus, et Cn. Domitius avec deux autres au siège de Thysdra, où Considius commandait, il marcha sur Utique, après avoir envoyé devant M. Messala avec la cavalerie. [86] Caesar trinis castris potitus occisisque hostium X milibus fugatisque compluribus se recepit L militibus amissis, paucis sauciis in castra, ac statim ex itinere ante oppidum Thapsum constitit elephantosque LXIIII ornatos armatosque cum turribus ornamentisque capit, captos ante oppidum instructos constituit. Id hoc consilio, si posset Vergilius quique cum eo obsidebantur, rei male gestae suorum indicio a pertinacia deduci. Deinde ipse Vergilium appellauit inuitauitque ad deditionem suamque lenitatem et clementiam commemorauit. Quem postquam animaduertit responsum sibi non dare, ab oppido discessit. Postero die diuina re facta contione aduocata in conspectu oppidanorum milites collaudat totumque exercitum ueteranum donauit, praemia fortissimo cuique ac bene merenti pro suggestu tribuit, ac statim inde digressus Rebilo proconsule cum III ad Thapsum legionibus et Cn- Domitio cum duabus Thysdrae ubi Considius praeerat ad obsidendum relictis, M- Messala Uticam ante praemisso cum equitatu, ipse eodem iter facere contendit.
[87] (1) Cependant la cavalerie de Scipion qui s'était sauvée de la bataille, avait pris la route d'Utique, et était arrivée à la ville de Parada. (2) Les habitants, instruits par la renommée de la victoire de César, ayant refusé de la recevoir, elle entra de force, dressa un bûcher au milieu de la place, y jeta tous les meubles des habitants, et, après y avoir mis le feu, les y précipita eux-mêmes vivants et garrottés, sans distinction d'âge ni de sexe, les faisant ainsi périr du plus affreux supplice. De là elle se rendit en toute hâte à Utique. (3) Peu auparavant, M. Caton, qui ne croyait pas cette ville fort dévouée à son parti, à cause des privilèges qui lui avaient été accordés par la loi Julia, en avait fait sortir la populace désarmée, et l'avait forcée à demeurer hors de la porte Belica, dans un camp entouré d'un faible retranchement, autour duquel il avait mis des gardes; mais, pour le sénat, il le retenait dans la ville. (4) La cavalerie de Scipion, n'ignorant pas que ce peuple favorisait le parti de César, attaque leur camp dès son arrivée, afin de venger, par leur mort, la honte de sa défaite; (5) mais ceux d'Utique, enhardis par la victoire de César, s'armèrent de pierres et de bâtons, et la repoussèrent. (6) Alors, désespérant de s'emparer du camp, elle se jeta dans Utique, massacra un grand nombre d'habitants, pilla et ravagea leurs maisons. (7) En vain Caton s'efforça d'empêcher ce désordre et d'engager les cavaliers à se joindre à lui pour défendre la place, et à s'abstenir du meurtre et du pillage: il vit ce qu'ils voulaient, et, pour les satisfaire, leur distribua à chacun cent sesterces. (8) Faustus Sylla leur en donna autant de son propre argent, et partit d'Utique avec eux pour se rendre dans le royaume de Juba. [87] Equites interim Scipionis qui ex proelio fugerant, cum Uticam uersus iter facerent, perueniunt ad oppidum Paradae. ubi cum ab incolis non reciperentur, ideo quod fama de uictoria Caesaris praecucurrisset, ui oppido potiti in medio foro lignis coaceruatis omnibusque rebus eorum congestis ignem subiciunt atque eius oppidi incolas cuiusque generis aetatisque uiuos constrictosque in flammam coiciunt atque ita acerbissimo adficiunt supplicio. Deinde protinus Uticam perueniunt. Superiore tempore M- Cato, quod in Uticensibus propter beneficium legis Iuliae parum suis partibus praesidii esse existimauerat, plebem inermem oppido eiecerat et ante portam Belicam castris fossaque paruula dumtaxat muniuerat ibique custodiis circumdatis habitare coegerat; senatum autem oppidi custodia tenebat. Eorum castra ei equites adorti expugnare coeperunt, ideo quod eos Caesaris partibus fauisse sciebant, ut eis interfectis eorum pernicie dolorem suum ulciscerentur. Uticenses animo addito ex Caesaris uictoria lapidibus fustibusque equites reppulerunt. Itaque posteaquam castra non potuerant potiri, Uticam se in oppidum coniecerunt atque ibi multos Uticenses interfecerunt domosque eorum expugnauerunt ac diripuerunt. Quibus cum Cato persuadere nulla ratione quiret, ut secum oppidum defenderent et caede rapinisque desisterent, et quid sibi uellent sciret, sedandae eorum importunitatis gratia singulis C diuisit. Idem Sulla Faustus fecit ac de sua pecunia largitus est unaque cum his ab Utica proficiscitur atque in regnum ire intendit.
[88] (1) Cependant les fuyards ne cessaient d'arriver à Utique. Caton les ayant tous assemblés, ainsi que les trois cents citoyens qui avaient fourni de l'argent à Scipion pour faire la guerre, les exhorta à mettre les esclaves en liberté et à défendre la ville. (2) Voyant que quelques-uns seulement goûtaient cet avis, et que les autres, effrayés et consternés, ne songeaient qu'à fuir, il laissa là sa proposition, et leur donna des vaisseaux pour aller où ils voudraient. (3) Pour lui, après avoir mis ordre à tout, et avoir recommandé ses enfants à L. César, qui était alors son questeur, il se retira dans sa chambre comme pour prendre du repos, sans que rien sur son visage ni dans ses discours pût éveiller les soupçons; et, ayant emporté secrètement son épée, il s'en traversa le corps. (4) Comme il ne mourut pas du coup et qu'il tomba par terre, le bruit de sa chute fit accourir son médecin et ses domestiques qui n'étaient pas sans pressentiments. Ils voulurent fermer et bander sa plaie; mais lui-même arracha cruellement les bandes de ses propres mains et se fit mourir en conservant toute sa présence d'esprit. (5) Les habitants d'Utique lui rendirent les honneurs funèbres: ils le détestaient à cause du parti qu'il avait embrassé; mais ils agirent ainsi en considération de son extrême probité qui le rendait si différent des autres chefs, et parce qu'ils lui devaient les fortifications magnifiques de leur ville, et les tours qu'il y avait ajoutées. (6) Après sa mort, L. César voulant tirer avantage de cet accident, assembla le peuple, le harangua, et l'exhorta à ouvrir ses portes à César, l'assurant qu'il espérait tout de sa clémence. (7) En conséquence les portes furent ouvertes, et lui-même sortit d'Utique et alla au devant de César. Messala, conformément à l'ordre qu'il avait reçu, arriva en ce moment même et mit des gardes à toutes les portes. [88] Complures interim ex fuga Uticam perueniunt. Quos omnes Cato conuocatos una cum CCC, qui pecuniam Scipioni ad bellum faciendum contulerant, hortatus ut seruitia manu mitterent oppidumque defenderent. Quorum cum partem adsentire, partem animum mentemque perterritam atque in fugam destinatam habere intellexisset, amplius de ea re agere destitit nauesque his attribuit, ut in quas quisque partes uellet proficisceretur. Ipse omnibus rebus diligentissime constitutis, liberis suis L- Caesari qui tum ei pro quaestore fuerat commendatis, et sine suspicione, uultu atque sermone quo superiore tempore usus fuerat dum dormitum isset, ferrum intro clam in cubiculum tulit atque ita se traiecit. Qui cum anima nondum exspirata concidisset, et impetu facto in cubiculum ex suspicione medicus familiaresque continere atque uolnus obligare coepissent, ipse suis manibus uulnus crudelissime diuellit atque animo praesenti se interemit. Quem Uticenses quamquam oderant partium gratia, tamen propter eius singularem integritatem et quod dissimillimus reliquorum ducum fuerat quodque Uticam mirificis operibus munierat turribusque auxerat, sepultura adficiunt. Quo interfecto L- Caesar ut aliquid sibi ex ea re auxilii pararet conuocato populo contione habita cohortatus omnes ut portae aperirentur: se in C- Caesaris clementia magnam spem habere. Itaque portis patefactis Utica egressus Caesari imperatori obuiam proficiscitur. Messala, ut erat imperatum, Uticam peruenit omnibusque portis custodias ponit.
[89] (1) Cependant César qui était parti de Thapsus, arriva à Uzitta où Scipion avait un fort approvisionnement de blé, d'armes, et d'autres choses pour la guerre. Il n'y avait qu'une faible garnison. (2) Aussi s'en rendit-il maître dès l'abord: ensuite il marcha sur Hadrumète. Il y entra sans opposition, et, s'étant fait donner un état de l'argent, des vivres et des armes, il fit grâce de la vie à Q. Ligarius et à C. Considius, le fils, qui se trouvaient alors dans cette ville; (3) il y laissa Livinéius Régulus avec une légion, partit le même jour et marcha droit à Utique. (4) En chemin, il rencontra L. César, qui d'abord se jeta à ses pieds et lui demanda la vie pour toute grâce. (5) César, naturellement porté à la clémence, la lui accorda sans peine, selon sa coutume, ainsi qu'à Cécina, à C. Atéius, à P. Atrius, à L. Ocella père et fils, à M. Eppius, à M. Aquinius, au fils de Caton et aux enfants de Damasippus. Il arriva à Utique le soir aux flambeaux et passa la nuit hors de la ville. [89] Caesar interim ab Thapso progressus Ussetam peruenit, ubi Scipio magnum frumenti numerum armorum telorum ceterarumque rerum cum paruo praesidio habuerat. Id adueniens potitur, deinde Hadrumetum peruenit. Quo cum sine mora introisset, armis frumento pecuniaque considerata Q. Ligario C- Considio filio qui tum ibi fuerant uitam concessit. Deinde eodem die Hadrumeto egressus Liuineio Regulo cum legione ibi relicto Uticam ire contendit. Cui in itinere fit obuius L- Caesar subitoque se ad genua proiecit uitamque sibi neque amplius quicquam deprecatur. Cui Caesar facile et pro natura sua et instituto concessit, item Caecinae, C- Ateio, P. Atrio, L- Cellae patri et filio, M- Eppio, M- Aquinio, Catonis filio Damasippique liberis ex sua consuetudine tribuit circiterque luminibus accensis Uticam peruenit atque extra oppidum ea nocte mansit.
[90] (1) Le lendemain matin il entra dans la ville, convoqua les habitants, les loua et les remercia de leur affection pour lui; mais pour les citoyens romains et les trois cents qui avaient fourni de l'argent à Varus et à Scipion, il les censura avec sévérité et s'étendit longuement sur l'énormité de leur crime. Toutefois, en finissant, il leur annonça qu'ils pouvaient se montrer sans crainte. "Il consent à leur accorder la vie. Mais il fera vendre leurs biens. Seulement ils pourront les racheter en payant par forme d'amende, et pour leur grâce, la somme qui serait provenue de la vente." (2) Ceux-ci, qui jusqu'alors, glacés de frayeur, désespéraient d'échapper à la mort qu'ils avaient méritée, voyant à quel prix on leur offrait la vie, acceptèrent la condition sans balancer et avec joie, et prièrent César d'imposer lui-même une somme sur tous les trois cents solidairement. (3) En conséquence, César les taxa à deux millions de sesterces qu'ils paieraient au peuple romain en trois années et en six paiements. Bien loin de refuser, tous le remercièrent, disant que ce jour-là César leur avait donné une seconde existence. [90] Postero die mane in oppidum introit contioneque aduocata Uticenses incolas cohortatus gratias pro eorum erga se studio agit, ciues autem Romanos negotiatores et eos qui inter CCC, pecunias contulerant Varo et Scipioni multis uerbis accusat et de eorum sceleribus longiore habita oratione ad extremum ut sine metu prodirent edicit: se eis dumtaxat uitam concessurum; bona quidem eorum se uenditurum, ita tamen qui eorum ipse sua bona redemisset, se bonorum uenditionem inducturum et pecuniam multae nomine relaturum, ut incolumitatem retinere posset. Quibus metu exsanguibus de uitaque ex suo promerito desperantibus subito oblata salute libentes cupidique condicionem acceperunt petieruntque a Caesare ut uniuersis CCC uno nomine pecuniam imperaret. Itaque bis miliens sestertio his imposito, ut per triennium sex pensionibus populo Romano soluerent, nullo eorum recusante ac se eo demum die natos praedicantes laeti gratias agunt Caesari.


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Dernière mise à jour : 16/10/2003