|
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| [31]
(1) César voyait que ses troupes ne pouvaient combattre avec plus de bravoure; et que pourtant
elles faisaient peu de progrès à cause du désavantage du terrain. S'étant aperçu que la partie la
plus élevée du camp ennemi était dégarnie de troupes, soit parce qu'elle se défendait
d'elle-même, soit parce que les uns, par curiosité, les autres par le désir de combattre, l'avaient
abandonnée pour courir au lieu où se passait l'action, il ordonna aux cohortes de tourner le
camp et de gagner cette hauteur: il avait mis à leur tête Carfulénus, homme non moins distingué
par son grand coeur, que par ses talents militaires. (2) Dès qu'elles furent arrivées, comme
elles trouvèrent peu de résistance et qu'elles combattirent avec vigueur, les Alexandrins,
effrayés par les cris qui s'élevaient de divers points, et par cette attaque inopinée, se mirent à
fuir partout dans le camp. (3) Animés par ce désordre, les nôtres forcèrent presque en même
temps tous les quartiers; déjà la hauteur avait été enlevée, et nos gens, tombant de là sur les
ennemis, en avaient fait un grand carnage. (4) La plupart des Alexandrins, pour fuir le péril,
se précipitèrent en foule du haut des remparts du côté qui joignait le fleuve. (5) Les premiers,
ayant été écrasés en grand nombre dans le fossé, facilitèrent la fuite des autres. (6) Il est certain
que le roi lui-même prit la fuite, et se jeta dans un vaisseau; mais la quantité de ceux qui
gagnaient à la nage les navires les plus rapprochés, fit couler à fond ce vaisseau, et le roi périt.
| [31] Caesar cum uideret milites acrius proeliari non posse nec tamen multum
profici propter locorum difficultatem, cumque animum aduerteret excelsissimum
locum castrorum relictum esse ab Alexandrinis, quod et per se munitus esset et
studio partim pugnandi partim spectandi decucurrissent in eum locum in quo
pugnabatur, cohortis illo circumire castra et summum locum aggredi iussit eisque
Carfulenum praefecit, et animi magnitudine et rei militaris scientia uirum
praestantem. Quo ut uentum est, paucis defendentibus munitionem, nostris contra
militibus acerrime pugnantibus, diuerso clamore et proelio perterriti
Alexandrini trepidantes in omnis partis castrorum discurrere coeperunt. Quorum
perturbatione nostrorum animi adeo sunt incitati ut paene eodem tempore ex
omnibus partibus, primi tamen editissimum castrorum locum caperent; ex quo
decurrentes magnam multitudinem hostium in castris interfecerunt. Quod periculum
plerique Alexandrini fugientes aceruatim se de uallo praecipitarunt in eam
partem quae flumini erat adiuncta. Horum primis in ipsa fossa munitionis magna
ruina oppressis ceteri faciliorem fugam habuerunt. Constat fugisse ex castris
regem ipsum receptumque in nauem multitudine eorum qui ad proximas nauis
adnatabant demerso nauigio perisse.
| | [32]
(1) Après un si prompt et si heureux succès, César, comptant sur l'effet d'une pareille victoire,
se rendit à Alexandrie avec sa cavalerie, par le plus court chemin de terre, et entra en vainqueur
par le côté que l'ennemi occupait. (2) Et il ne se trompa point dans l'idée qu'il eut, qu'après la
nouvelle de ce combat, les ennemis ne penseraient plus à la guerre. (3) Il recueillit à son
arrivée le digne fruit de son courage et de sa grandeur d'âme; car tous les habitants ayant jeté
leurs armes, abandonné leurs retranchements, pris des habits de suppliants comme font ceux
qui veulent implorer la grâce du vainqueur, et précédés de ce qu'ils avaient de plus sacré,
comme quand ils voulaient apaiser la juste colère de leurs rois, vinrent au devant de César,
et se livrèrent entre ses mains. (4) César, après avoir accepté leur soumission et les avoir
rassurés, se rendit à travers les retranchements ennemis dans les quartiers de ses troupes,
lesquelles se réjouissaient non seulement de sa victoire qui terminait la guerre, mais aussi de
son heureux retour.
| [32] Re felicissime celerrimeque gesta Caesar magnae uictoriae fiducia proximo
terrestri itinere Alexandream cum equitibus contendit atque ea parte oppidi
uictor introiit quae praesidio hostium tenebatur. Neque eum consilium suum
fefellit quin hostes eo proelio audito nihil iam de bello essent cogitaturi.
Dignum adueniens fructum uirtutis et animi magnitudinis tulit: omnis enim
multitudo oppidanorum armis proiectis munitionibusque suis relictis, ueste ea
sumpta qua supplices dominantis deprecari consuerunt, sacrisque omnibus prolatis
quorum religione precari offensos iratosque animos regum erant soliti,
aduenienti Caesari occurrerunt seque ei dediderunt. Caesar in fidem receptos
consolatus per hostium munitiones in suam partem oppidi magna gratulatione uenit
suorum, qui non tantum bellum ipsum ac dimicationem sed etiam talem aduentum
eius felicem fuisse laetabantur.
| | [33]
(1) César, maître de l'Égypte et d'Alexandrie, y établit pour rois ceux que Ptolémée avait
désignés par son testament, en suppliant le peuple romain de n'y rien changer. (2) En effet, le
roi, qui était l'aîné des deux fils, étant mort, il donna la couronne au plus jeune et à l'aînée
des filles, Cléopâtre, qui, fidèle au parti de César, n'avait point quitté le quartier qu'il occupait.
À l'égard d'Arsinoé, la plus jeune, sous le nom de laquelle Ganymède, ainsi que nous l'avons
rapporté, avait longtemps exercé une cruelle tyrannie, il résolut de la faire sortir du royaume,
dans la crainte que les séditieux ne se servissent d'elle pour exciter de nouveaux troubles avant
que l'autorité des deux rois eût eu le temps de s'affermir. (3) Ne prenant avec lui que la sixième
légion composée de vétérans, il laissa les autres en Égypte pour mieux assurer le pouvoir des
rois que leur dévouement à César rendait peu agréables à leurs sujets, et qui, établis rois
depuis si peu de jours, n'avaient pas encore ce prestige qui ne s'attache qu'à une autorité
ancienne. (4) Il pensait aussi qu'il était de notre dignité et de notre intérêt de les soutenir avec
nos troupes s'ils demeuraient fidèles, ou de les réprimer avec ces mêmes troupes, s'ils étaient
ingrats. (5) Après avoir ainsi tout terminé et arrangé, César prit par terre le chemin de la Syrie.
| [33] Caesar Aegypto atque Alexandrea potitus reges constituit quos Ptolomaeus
testamento scripserat atque obtestatus erat populum Romanum ne mutarentur. Nam
maiore ex duobus pueris, rege, amisso minori tradidit regnum maiorique ex duabus
filiis, Cleopatrae, quae manserat in fide praesidiisque eius; minorem, Arsinoen,
cuius nomine diu regnasse impotenter Ganymeden docuimus, deducere ex regno
statuit, ne qua rursus noua dissensio, prius quam diuturnitate confirmarentur
regibus imperia, per homines seditiosos nasceretur. Legiones ibi ueterana sexta
secum reducta ceteras reliquit, quo firmius esset eorum regum imperium, qui
neque amorem suorum habere poterant, quod fideliter permanserant in Caesaris
amicitia, neque uetustatis auctoritatem, paucis diebus reges constituti. Simul
ad imperi nostri dignitatem utilitatemque publicam pertinere existimabat, si
permanerent in fide reges, praesidiis eos nostris esse tutos; si essent ingrati,
posse isdem praesidiis coerceri. Sic rebus omnibus confectis et collocatis ipse
{itinere terrestri} profectus est in Syriam.
| [34]
(1) Tandis que ces choses se passent en Égypte, le roi Déjotarus vient trouver Domitius
Calvinus, à qui César avait donné le gouvernement de l'Asie et des provinces voisines, et le
prie de ne pas permettre que Pharnace retienne et dévaste la Petite-Arménie, son royaume, et
la Cappadoce, royaume d'Ariobarzane; représentant que si on ne les met à couvert de ces
hostilités, il leur sera impossible d'exécuter les ordres de César et de fournir l'argent qu'ils ont
promis. (2) Domitius ne pensait pas seulement que cet argent était indispensable pour les frais
de la guerre; il jugeait aussi qu'il serait honteux au peuple romain et à César, et déshonorant
pour lui-même, que les états de rois nos alliés et nos amis fussent usurpés par un prince étranger.
Il envoya donc sans retard des députés à Pharnace, afin qu'il eût à se retirer de l'Arménie et de
la Cappadoce, et à ne pas profiter des embarras de la guerre civile pour porter atteinte aux
droits et à la majesté du peuple romain. (3) Persuadé que cette injonction aurait plus de poids
s'il se rapprochait encore de ce pays avec son armée, il alla rejoindre ses légions, mena avec
lui la trente-sixième, et envoya les deux autres en Égypte à César qui les avait demandées:
toutefois, l'une d'elles n'arriva pas à temps pour la guerre d'Alexandrie, parce qu'elle avait pris
le chemin de terre par la Syrie. (4) À la trente-sixième légion Domitius en joignit deux de
celles de Déjotarus, qui étaient, depuis plusieurs années, dressées et armées selon notre usage.
Il y ajouta cent cavaliers et en reçut autant d'Ariobarzane. (5) Il envoya P. Sestius au questeur
C. Plétorius, avec ordre de lui amener la légion qu'il avait levée à la hâte dans le royaume de
Pont; et Q. Patisius en Cilicie pour en faire venir des secours. Toutes ces troupes, par l'ordre
de Domitius, se réunirent promptement à Comane.
| [34] Dum haec in Aegypto geruntur, rex Deiotarus ad Domitium Caluinum, cui
Caesar Asiam finitimasque prouincias administrandas tradiderat, uenit oratum ne
Armeniam minorem, regnum suum, neue Cappadociam, regnum Ariobarzanis, possideri
uastarique pateretur a Pharnace; quo malo nisi liberarentur, imperata se facere
pecuniamque promissam Caesari non posse persoluere. Domitius, non tantum ad
explicandos sumptus rei militaris cum pecuniam necessariam esse iudicaret, sed
etiam turpe populo Romano et C- Caesari uictori sibique infame esse statueret
regna sociorum atque amicorum ab externo rege occupari, nuntios confestim ad
Pharnacem misit, Armenia Cappadociaque decederet neue occupatione belli ciuilis
populi Romani ius maiestatemque temptaret. Hanc denuntiationem cum maiorem uim
habituram existimaret, si propius eas regiones cum exercitu accessisset, ad
legiones profectus unam ex tribus, XXXVI, secum ducit, duas in Aegyptum ad
Caesarem mittit litteris eius euocatas; quarum altera bello Alexandrino non
occurrit, quod itinere terrestri per Syriam erat missa. Adiungit Cn- Domitius
legioni XXXVI duas ab Deiotaro, quas ille disciplina atque armatura nostra
compluris annos constitutas habebat, equitesque C, totidemque ab Ariobarzane
sumit. Mittit P. Sestium ad C- Plaetorium quaestorem, ut legionem adduceret quae
ex tumultuariis militibus in Ponto confecta erat, Quintumque Patisium in
Ciliciam ad auxilia arcessenda. Quae copiae celeriter omnes iussu Domiti Comana
conuenerunt.
| | [35]
(1) Cependant des envoyés de Pharnace vinrent annoncer qu'il avait quitté la Cappadoce; que
s'il avait retenu la Petite-Arménie, c'est que son père lui avait transmis ses droits sur ce pays;
qu'au reste il demandait que la décision entière de ce différend fut remise à César; qu'il était
prêt à se soumettre à son jugement. (2) Domitius vit bien que si Pharnace avait évacué la
Cappadoce, ce n'était que par nécessité et non de bon gré, jugeant sans doute plus facile de
défendre l'Arménie, qui était voisine de ses états, que la Cappadoce qui en était plus éloignée,
et croyant que Domitius amènerait avec lui trois légions, mais qu'ayant appris qu'il en avait
envoyé deux à César, cette nouvelle l'avait enhardi à garder l'Arménie. C'est pourquoi Domitius
persista à exiger qu'il sortît également de ce royaume, parce qu'il n'avait pas plus de droit sur
l'un que sur l'autre; lui faisant dire qu'il n'était pas juste de demander qu'on laissât la question
indécise jusqu'à l'arrivée de César; car il fallait d'abord remettre les choses dans leur état
primitif. (3) Après cette réponse, il se mit en marche pour l'Arménie avec les troupes dont j'ai
parlé ci-dessus, et prit la route par les hauteurs; car, en partant du Pont, on trouve, depuis
Comane, une haute montagne boisée, qui s'étend jusqu'à la Petite-Arménie et la sépare de la
Cappadoce. Cette route par les hauteurs avait ce double avantage qu'elle garantissait l'armée
contre une attaque subite de l'ennemi, et que la Cappadoce, située au pied des montagnes,
devait lui fournir abondamment des vivres.
| [35] Interim legati a Pharnace responsa referunt: Cappadocia se decessisse,
Armeniam minorem recepisse, quam paterno nomme iure obtinere deberet. Denique
eius regni causa integra Caesari seruaretur: paratum enim se facere quod is
statuisset. Cn- Domitius cum animaduerteret eum Cappadocia decessisse non
uoluntate adductum sed necessitate, quod facilius Armeniam defendere posset
subiectam suo regno quam Cappadociam longius remotam, quodque omnis tris
legiones adducturum Domitium putasset, ex quibus cum duas ad Caesarem missas
audisset, audacius in Armenia substitisse, perseuerare coepit, ut eo quoque
regno decederet; neque enim aliud ius esse Cappadociae atque Armeniae, nec iuste
eum postulare ut in Caesaris aduentum res integra differretur; id enim esse
integrum quod ita esset ut fuisset. His responsis datis cum eis copiis quas
supra scripsi profectus est in Armeniam locisque superioribus iter facere
instituit: nam ex Ponto a Comanis iugum editum siluestre est, pertinens in
Armeniam minorem, quo Cappadocia finitur ab Armenia; cuius itineris has esse
certas opportunitates {uidit}, quod in locis superioribus nullus impetus
repentinus accidere hostium poterat, et quod Cappadocia his iugis subiecta
magnam commeatus copiam erat sumministratura.
| | [36]
(1) Pendant ce temps, Pharnace envoya à Domitius de nombreux messagers, chargés de traiter
de la paix avec lui et de lui offrir de riches présents; (2) mais Domitius les refusa toujours, en
répondant aux députés qu'il n'avait rien plus à coeur que de maintenir la dignité du peuple
romain et le pouvoir des rois nos alliés. (3) Après une marche longue et non interrompue, il
arriva à Nicopolis, ville de la Petite-Arménie, située dans une plaine, mais ayant sur deux de
ses côtés de hautes montagnes assez éloignées de la ville. Il posa son camp environ à sept
mille pas de Nicopolis. (4) Comme il fallait, au sortir du camp, traverser des défilés étroits
et difficiles, Pharnace mit là en embuscade l'élite de son infanterie et presque toute sa cavalerie,
en faisant répandre dans ces gorges grand nombre de bestiaux, et en commandant aux habitants
de la ville et de la campagne d'y rester comme à l'ordinaire, (5) afin que, si Domitius s'avançait
en ami, il n'eût aucun soupçon en voyant les troupeaux et les hommes errer çà et là dans les
campagnes, comme à l'arrivée d'un ami; et que, s'il entrait en ennemi, ses soldats se
débandassent pour piller, et qu'ainsi dispersés, il fût aisé de les tailler en pièces.
| [36] Compluris interim legationes Pharnaces ad Domitium mittit quae de pace
agerent regiaque munera Domitio ferrent. Ea constanter omnia aspernabatur nec
sibi quicquam fore antiquius quam dignitatem populi Romani et regna sociorum
reciperare legatis respondebat. Magnis et continuis itineribus confectis cum
aduentaret ad Nicopolim, quod oppidum positum in Armenia minore est plano ipso
loco, montibus tamen altis ab duobus lateribus obiectis satis magno interuallo
ab oppido remotis, castra posuit longe a Nicopoli circiter milia passuum VII.
Quibus ex castris cum locus angustus atque impeditus esset transeundus,
Pharnaces in insidiis delectos pedites omnisque paene disposuit equites, magnam
autem multitudinem pecoris intra eas fauces dissipari iussit paganosque et
oppidanos in his locis obuersari, ut siue amicus Domitius eas angustias
transiret, nihil de insidiis suspicaretur, cum in agris et pecora et homines
animum aduerteret uersari tamquam amicorum aduentu, siue inimicus ut in hostium
finis ueniret, praeda diripienda milites dissiparentur dispersique caederentur.
| | [37]
(1) Tout en préparant ces pièges, il ne laissait pas d'envoyer des députés à Domitius pour lui
parler de paix et d'amitié, croyant par là le tromper plus aisément. (2) Mais, loin de là, l'espoir
d'un accommodement ne fit qu'engager Domitius à ne pas quitter son camp. Ainsi Pharnace,
voyant que l'occasion lui était échappée et craignant que son mauvais dessein ne fût découvert,
rappela ses troupes auprès de lui. (3) Le jour suivant, Domitius rapprocha son camp de
Nicopolis. Pendant que nos troupes se retranchaient, Pharnace rangea les siennes en bataille,
suivant leur ordre habituel, (4) c'est-à-dire sur une seule ligne avec trois corps de réserve aux
deux ailes. Le centre était disposé de la même façon; et, dans les deux intervalles, à droite et à
gauche, étaient plusieurs corps rangés aussi sur une seule ligne. (5) Domitius acheva ses
retranchements en couvrant les ouvrages d'une partie de ses troupes.
| [37] Haec cum administraret, numquam tamen intermittebat legatos de pace atque
amicitia mittere ad Domitium, cum hoc ipso crederet facilius eum decipi posse.
At contra spes pacis Domitio in isdem castris morandi attulit causam. Ita
Pharnaces, amissa proximi temporis occasione cum uereretur ne cognoscerentur
insidiae, suos in castra reuocauit. Domitius postero die propius Nicopolim
accessit castraque oppido contulit. Quae dum muniunt nostri, Pharnaces aciem
instruxit suo more atque instituto. In fronte enim simplici derecta acie cornua
trinis firmabantur subsidiis; eadem ratione haec media collocabantur acie duobus
dextra sinistraque interuallis simplicibus ordinibus instructis. Perfecit
inceptum castrorum opus Domitius parte copiarum pro uallo constituta.
| [38]
(1) La nuit suivante, Pharnace, ayant intercepté des courriers qui portaient à Domitius des
nouvelles d'Alexandrie, apprit que César était en grand péril, et pressait Domitius de lui
envoyer promptement des secours, et de s'approcher lui-même de cette ville par la Syrie.
(2) Alors il regarda comme une victoire de pouvoir gagner du temps, persuadé que Domitius
serait forcé de partir au plus tôt. (3) En conséquence, il fit élever deux retranchements, hauts
de quatre pieds et assez peu éloignés l'un de l'autre, du côté de la ville, par où nous pouvions
plus facilement l'approcher et l'attaquer: il se proposait de ne pas faire avancer ses troupes
au-delà de cet espace. (4) Il rangeait toujours son armée en bataille entre ces deux lignes;
seulement il plaçait toute sa cavalerie sur les ailes en dehors des retranchements. Elle ne
pouvait autrement lui être d'aucun usage; elle était d'ailleurs de beaucoup plus nombreuse que
la nôtre.
| [38] Proxima nocte Pharnaces interceptis tabellariis, qui de Alexandrinis rebus
litteras ad Domitium ferebant, cognoscit Caesarem magno in periculo uersari
flagitarique ab Domitio ut quam primum Caesari subsidia mitteret propiusque ipse
Alexandream per Syriam accederet. Qua cognita re Pharnaces uictoriae loco
ducebat, si trahere tempus posset, cum discedendum Domitio celeriter putaret.
Itaque ab oppido, qua facillimum accessum et aequissimum ad dimicandum nostris
uidebat, fossas duas derectas non ita magno medio interuallo relicto IIII pedum
altitudinis in eum locum deduxit quo longius constituerat suam non producere
aciem. Inter has fossas aciem semper instruebat, equitatum autem omnem ab
lateribus extra fossam collocabat; qui neque aliter utilis esse poterat et
multum numero anteibat nostrum equitatum.
| | [39]
(1) Domitius, plus inquiet du danger où se trouvait César que du sien propre, ne crut pas
cependant pouvoir se retirer en sûreté s'il acceptait les conditions qu'il avait rejetées d'abord,
ou s'il paraissait s'éloigner sans motif. Il fit donc sortir ses troupes de son camp, et les rangea
en bataille. (2) Il plaça la trente-sixième légion à l'aile droite, celle du Pont à l'aile gauche, et
celle de Déjotarus au centre, en laissant toutefois entre les ailes l'intervalle le plus étroit
possible. Le reste des cohortes fut placé en réserve. Les deux armées ainsi rangées, on marcha
au combat.
| [39] Domitius autem, cum Caesaris magis periculo quam suo commoueretur neque se
tuto discessurum arbitraretur, si condiciones quas reiecerat rursus appeteret
aut +sine causa+ discederet, ex propinquis castris in aciem exercitum eduxit;
XXXVI legionem in dextro cornu collocauit, Ponticam in sinistro, Deiotari
legiones in mediam aciem contulit, quibus tamen angustissimum interuallum
frontis reliquit reliquis cohortibus in subsidiis collocatis. Sic utrimque acie
instructa processum est ad dimicandum.
| | [40]
(1) Le signal ayant été donné des deux côtés en même temps, on court les uns contre les autres:
le combat s'engage avec une ardeur égale, mais avec des succès divers. D'une part, la
trente-sixième légion, qui était tombée sur la cavalerie du roi, en dehors de la tranchée,
combattit si heureusement, qu'elle parvint jusqu'aux murs de la ville, traversa le fossé et prit
l'ennemi à revers. (2) Mais, d'autre part, la légion du Pont ayant un peu plié, et la seconde ligne
ayant voulu tourner le retranchement pour prendre l'ennemi en flanc, elle fut accablée et
percée de traits au passage même du fossé. Quant aux légions de Déjotarus, c'est à peine si
elles soutinrent le premier choc; (3) de sorte que les troupes du roi, victorieuses à leur droite
et au centre, se portèrent sur la trente-sixième légion. Celle-ci soutint vaillamment l'attaque du
vainqueur, bien qu'enveloppée par des forces considérables; et, avec une rare présence d'esprit,
se formant en pelotons, elle gagna le pied des montagnes où Pharnace ne voulut pas la suivre à
cause des difficultés du terrain. (4) Ainsi, la légion du Pont ayant péri presque tout entière, et la
plus grande partie des soldats de Déjotarus ayant été tués, la trente-sixième légion se porta sur
les hauteurs sans avoir perdu plus de deux cent cinquante hommes. (5) Quelques chevaliers
romains, d'une grande illustration, périrent aussi dans ce combat, mais, malgré cet échec,
Domitius recueillit les débris de son armée et se retira tranquillement par la Cappadoce en
Asie.
| [40] Signo sub idem tempus ab utroque dato concurritur: acriter uarieque
pugnatur. Nam XXXVI legio, cum extra fossam in equites regis impetum fecisset,
adeo secundum proelium fecit ut moenibus oppidi succederet fossamque transiret
auersosque hostis aggrederetur. At Pontica ex altera parte legio, cum paulum
auersa hostibus cessisset, fossam autem circumire +acies secundo+ conata esset,
ut aperto latere aggrederetur hostem, in ipso transitu fossae confixa et
oppressa est. Deiotari uero legiones uix impetum sustinuerunt. Ita uictrices
regiae copiae cornu suo dextro mediaque acie conuerterunt se ad XXXVI legionem.
Quae tamen fortiter uincentium impetum sustinuit, magnis copiis hostium
circumdata praesentissimo animo pugnans in orbem se recepit ad radices montium;
quo Pharnaces insequi propter iniquitatem loci noluit. Ita Pontica legione paene
tota amissa, magna parte Deiotari militum interfecta XXXVI legio in loca se
superiora contulit non amplius CCL desideratis. Ceciderunt eo proelio splendidi
atque inlustres uiri non nulli, equites Romani. Quo tamen incommodo Domitius
accepto reliquias exercitus dissipati collegit itineribusque tutis per
Cappadociam se in Asiam recepit.
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