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| [71]
(1) Pharnace promit tout sans hésiter, espérant que César, pressé de partir, se hâterait d'ajouter foi à ses promesses, et saisirait une occasion honorable pour aller au plus tôt terminer des affaires plus importantes; car personne n'ignorait que bien des raisons le rappelaient à Rome. Il se met donc à l'oeuvre lentement, demandant des délais, sollicitant de nouvelles conditions, cherchant en un mot à éluder ses engagements. (2) César reconnut le stratagème et fit alors, par nécessité, ce que, dans la plupart des circonstances, il faisait par goût, c'est-à-dire qu'il en vint aux mains beaucoup plus tôt qu'on ne s'y attendait.
| [71] At Pharnaces liberaliter omnia pollicitus, cum festinantem ac praecurrentem
Caesarem speraret libentius etiam crediturum suis promissis quam res pateretur,
quo celerius honestiusque ad res magis necessarias proficisceretur - nemini enim
erat ignotum plurimis de causis ad urbem Caesarem reuocar - , lentius agere,
decedendi diem postulare longiorem, pactiones interponere, in summa frustrari
coepit. Caesar cognita calliditate hominis, quod aliis temporibus natura facere
consueuerat tunc necessitate fecit adductus, ut celerius omnium opinione manum
consereret.
| | [72]
(1) Il y a dans le Pont une ville nommée Zéla, assez forte par sa position, bien que située dans une plaine. Car un tertre naturel et qu'on dirait fait de main d'homme en soutient les murailles de tous côtés. (2) Tout autour de la ville sont un grand nombre de hautes collines entrecoupées de vallons. La plus haute d'entre elles, qui est presque jointe à la ville par des chemins élevés qui vont de l'une à l'autre, est fameuse dans le pays par la victoire que Mithridate remporta sur Triarius, et par l'échec de notre armée: elle n'est guère éloignée de Zéla que de trois mille pas. (3) Ce fut là que Pharnace vint camper avec toutes ses troupes, et il releva les anciennes fortifications de ce poste qui avait été si avantageux à son père.
| [72] Zela est oppidum in Ponto positum, ipsum ut in plano loco satis munitum:
tumulus enim naturalis, uelut manu factus, excelsiore undique fastigio sustinet
murum. Circumpositi sunt huic oppido magni multique intercisi uallibus colles;
quorum editissimus unus, qui propter uictoriam Mithridatis et infelicitatem
T-riari detrimentumque exercitus nostri magnam in illis partibus habet
nobilitatem, superioribus locis atque itineribus paene coniunctus {est} oppido
nec multo longius milibus passuum III abest ab Zela. Hunc locum Pharnaces
ueteribus paternorum felicium castrorum refectis operibus copiis suis omnibus
occupauit.
| [73]
(1) César plaça son camp à cinq mille pas de l'ennemi. Voyant que les vallons qui défendaient
le camp du roi défendraient aussi le sien à la même distance, pourvu que l'ennemi, qui en était
plus rapproché, ne s'en emparât pas le premier, il fit porter des fascines dans les retranchements.
(2) Cet ordre ayant été promptement exécuté, la nuit suivante, à la quatrième veille, laissant tout
son bagage dans le camp, il part avec toutes ses légions, et, au point du jour, sans que l'ennemi
en eût aucun soupçon, il occupa les mêmes lieux où Mithridate avait eu l'avantage sur Triarius.
(3) Il y lit alors transporter par les valets de l'armée, les fascines amassées dans le camp; afin
qu'aucun soldat ne quittât les travaux, le nouveau camp n'étant séparé de l'ennemi que par un
vallon qui n'avait pas plus de mille pas.
| [73] Caesar cum ab hoste milia passuum V castra posuisset uideretque eas uallis
quibus regia castra munirentur eodem interuallo sua castra munituras, si modo ea
loca hostes priores non cepissent quae multo erant propiora regis castris,
aggerem comportari iubet intra munitiones. Quo celeriter collato proxima nocte
uigilia quarta legionibus omnibus expeditis impedimentisque in castris relictis
prima luce neque opinantibus hostibus eum ipsum locum cepit, in quo Mithridates
secundum proelium aduersus T-riarium fecerat. Huc omnem comportatum aggerem ex
castris seruitia +agerentur+ iussit, ne quis ab opere miles discederet, cum
spatio non amplius passuum mille intercisa uallis castra hostium diuideret ab
opere incepto Caesaris castrorum.
| | [74]
(1) Lorsque le jour parut, Pharnace, s'étant aperçu de ce qui se passait, rangea toutes ses troupes en bataille devant son camp; mais le chemin qui le séparait de nous était si difficile que César ne vit d'abord, dans ce mouvement, qu'une manoeuvre indifférente, qui n'avait d'autre but que de retarder nos travaux en nous obligeant à tenir plus de monde sous les armes, ou de nous faire voir que le roi ne comptait pas moins, pour défendre son poste, sur la valeur des siens que sur ses fortifications. (2) Ainsi, sans s'étonner, il fit continuer les travaux par la plus grande partie de ses troupes, en mettant la première ligne en bataille devant ses retranchements. (3) Mais Pharnace, soit qu'il fût encouragé par le bonheur de ce poste, ou animé par les auspices et les augures favorables, comme nous l'apprîmes dans la suite; soit qu'il nous crût moins nombreux que nous n'étions et qu'il prît pour autant de soldats cette multitude de valets occupés au travail journalier de transporter des fascines; soit encore qu'il fût plein de confiance dans ses vieilles troupes, qui, comme ses députés l'avaient dit avec jactance, avaient livré vingt-deux batailles et remporté autant de victoires; soit enfin qu'il méprisât une armée que lui-même avait repoussée lorsqu'elle était conduite par Domitius, il résolut de combattre, et commença à descendre la montagne. (4) À ce spectacle, César ne put s'empêcher de rire de cette vaine bravade, de ces troupes entassées dans un poste où jamais homme sage n'eût pensé à s'engager. Cependant Pharnace, descendu dans le vallon, commença à remonter du même pas la colline opposée avec ses troupes en bon ordre.
| [74] Pharnaces, cum id repente prima luce animaduertisset, copias suas omnis pro
castris instruxit. Quas interposita tanta locorum iniquitate consuetudine magis
peruulgata militari credebat instrui Caesar uel ad opus suum tardandum, quo
plures in armis tenerentur, uel ad ostentationem regiae fiduciae, ne munitione
magis quam manu defendere locum Pharnaces uideretur. Itaque deterritus non est
quo minus prima acie pro uallo instructa reliqua pars exercitus opus faceret. At
Pharnaces impulsus siue loci felicitate siue auspiciis et religionibus inductus,
quibus obtemperasse eum postea audiebamus, siue paucitate nostrorum qui in armis
erant comperta, cum more operis cotidiani magnam illam seruorum multitudinem
quae aggerem portabat militum esse credidisset, siue etiam fiducia ueterani
exercitus sui, quem bis et uicies in acie conflixisse et uicisse legati eius
gloriabantur, simul contemptu exercitus nostri, quem pulsum a se Domitio duce
sciebat, inito consilio dimicandi descendere praerupta ualle coepit. Cuius
aliquamdiu Caesar irridebat inanem ostentationem et eo loco militum
coartationem, quem in locum nemo sanus hostis subiturus esset: cum interim
Pharnaces eodem gradu quo in praeruptam descenderat uallem ascendere aduersus
arduum collem instructis copiis coepit.
| | [75]
(1) César, frappé d'une témérité ou d'une audace si incroyable, se voyant attaqué au dépourvu, rappelle en même temps les soldats du travail, leur fait prendre les armes, place en avant les légions, range l'armée en bataille; ce qui, dans la surprise, effraya les nôtres. (2) Nos rangs ne sont pas encore bien formés, que déjà les chariots du roi, armés de faux, y portent le désordre; mais bientôt nous les accablons sous une grêle de traits. (3) Ces chariots étaient suivis de l'armée ennemie. Le combat s'engage avec de grands cris; nous y fûmes heureusement servis par la disposition du terrain, et surtout par la protection des dieux immortels, qui ne se montre jamais mieux, à la guerre, que dans les occasions où la prudence ne peut rien.
| [75] Caesar incredibili eius uel temeritate uel fiducia commotus neque opinans
imparatusque oppressus eodem tempore milites ab opere reuocat, arma capere
iubet, legiones opponit aciemque instruit; cuius rei subita trepidatio magnum
terrorem attulit nostris. Nondum ordinibus instructis falcatae regiae quadrigae
permixtos milites perturbant; quae tamen celeriter multitudine telorum
opprimuntur. Insequitur has acies hostium, et clamore sublato confligitur multum
adiuuante natura loci, plurimum deorum immortalium benignitate; qui cum omnibus
casibus bellicis intersunt, tum praecipue eis quibus nihil ratione potuit
administrari.
| | [76]
(1) Après une lutte animée et opiniâtre, l'aile droite, où était la sixième légion, composée de vétérans, commença la victoire, et culbuta les ennemis sur la pente du coteau. Beaucoup plus tard, mais toujours à l'aide de ces mêmes dieux, l'aile gauche et le centre défirent toutes les troupes du roi, lesquelles furent chassées de ce poste (2) avec autant de promptitude et de facilité qu'elles en avaient mis à le gravir: le désavantage de la position aida à les accabler. Beaucoup de soldats furent tués, et beaucoup d'autres écrasés par les leurs dans la déroute; et ceux qui purent se sauver en fuyant et regagner la hauteur, ayant jeté leurs armes dans la fuite, se trouvèrent sans défense. Quant aux nôtres, animés par le succès, ils n'hésitèrent pas à gravir ce coteau dangereux et à attaquer les retranchements. (3) Comme ils n'étaient défendus que par les cohortes qu'y avait laissées Pharnace, le camp fut bientôt enlevé. Tout fut tué ou pris. Pour Pharnace, il s'enfuit avec quelques cavaliers; (4) et si l'attaque de son camp ne lui eût pas donné le loisir de s'échapper, il serait tombé vivant au pouvoir de César.
| [76] Magno atque acri proelio comminus facto dextro cornu, quo ueterana legio
sexta erat collocata, initium uictoriae natum est. Ab ea parte cum in procliue
detruderentur hostes, multo tardius, sed tamen isdem dis adiuuantibus sinistro
cornu mediaque acie totae profligantur copiae regis. Quae quam facile subierant
iniquum locum, tam celeriter gradu pulsae premebantur loci iniquitate. Itaque
multis militibus partim interfectis partim suorum ruina oppressis, qui
uelocitate effugere poterant, armis tamen proiectis uallem transgressi nihil ex
loco superiore inermi proficere poterant. At nostri uictoria elati subire
iniquum locum munitionesque aggredi non dubitarunt. Defendentibus autem eis
cohortibus castra quas Pharnaces praesidio reliquerat, celeriter castris hostium
sunt potiti. Interfecta multitudine omni suorum aut capta Pharnaces cum paucis
equitibus profugit; cui nisi castrorum oppugnatio facultatem attulisset liberius
profugiendi, uiuus in Caesaris potestatem adductus esset.
| | [77]
(1) César, tant de fois vainqueur, ressentit de cette victoire une joie incroyable. En effet, il avait terminé rapidement une guerre importante, et le souvenir du péril le charmait d'autant plus que la difficulté même de réussir lui avait facilité la victoire. (2) Après avoir ainsi reconquis le Pont, et abandonné tout le butin aux soldats, il part le lendemain avec ses cavaliers équipés à la légère, ordonne à la sixième légion de se rendre en Italie pour y recevoir les récompenses et les honneurs qu'elle mérite, renvoie à Déjotarus ses troupes, et laisse dans le Pont deux légions sous le commandement de Coelius Vinicianus.
| [77] T-ali uictoria totiens uictor Caesar incredibili est laetitia adfectus, quod
maximum bellum tanta celeritate confecerat, +quodque subiti periculi
recordatione laetior quod+ uictoria facilis ex difficillimis rebus acciderat.
Ponto recepto praeda omni regia militibus condonata postero die cum expeditis
equitibus ipse proficiscitur, legionem sextam decedere ad praemia atque honores
accipiendos in Italiam iubet, auxilia Deiotari domum remittit, duas legiones cum
Caelio Viniciano in Ponto relinquit.
| | [78]
(1) De là il traverse la Gallo-Grèce et la Bithynie pour se rendre en Asie, décidant les différends de toutes ces provinces, et réglant les droits des tétrarques, des rois et des villes. (2) Quant à Mithridate de Pergame, qui, comme on l'a vu, nous avait secondés en Égypte avec tant de zèle et de bonheur, prince d'ailleurs de race royale, et qui avait reçu une éducation de roi, car Mithridate, roi de toute l'Asie, l'avait tiré de Pergame bien jeune encore, et l'avait gardé avec lui, dans son camp, pendant plusieurs années, César l'établit roi du Bosphore, auparavant possédé par Pharnace, et assura ainsi la tranquillité des provinces romaines contre les insultes des Barbares et des rois nos ennemis, en plaçant entre eux et elles un roi tout dévoué. (3) Il lui adjugea pareillement la tétrarchie de la Gallo-Grèce, comme lui revenant d'après les lois du pays et par le droit de sa naissance, quoique Déjotarus en fût en possession depuis plusieurs années. (4) Du reste, il ne s'arrêta nulle part plus longtemps que les troubles intérieurs de Rome ne semblaient le lui permettre; et, après avoir tout terminé avec autant de bonheur que de célérité, il arriva en Italie plus tôt qu'on ne l'attendait.
| [78] Ita per Gallograeciam Bithyniamque in Asiam iter facit omniumque earum
prouinciarum de controuersiis cognoscit et statuit; iura in tetrarchas, reges,
ciuitates distribuit. Mithridaten Pergamenum, a quo rem feliciter celeriterque
gestam in Aegypto supra scripsimus, regio genere ortum, disciplinis etiam regiis
educatum - nam eum Mithridates, rex Asiae totius, propter nobilitatem Pergamo
paruulum secum asportauerat in castra multosque retinuerat annos - regem Bosphori
constituit, quod sub imperio Pharnacis fuerat, prouinciasque populi Romani a
barbaris atque inimicis regibus interposito amicissimo rege muniuit. Eidem
tetrarchian {legibus} Gallograecorum iure gentis et cognationis adiudicauit
occupatam et possessam paucis ante annis a Deiotaro. Neque tamen usquam diutius
moratus est quam necessitas urbanarum seditionum pati uidebatur. Rebus
felicissime celerrimeque confectis in Italiam celerius omnium opinione uenit.
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