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Du texte à l'hypertexte

CATON l'Ancien, De l'agriculture

Préface & chapitre 1

  Préface & chapitre 1

[0] DE L4AGRICULTURE - PRÉFACE. Le négoce serait une carrière lucrative, si elle n'était pas si chanceuse; il en serait de même de l'usure, si ce métier était aussi honnête qu'il est avantageux. Les lois de nos ancêtres condamnaient le voleur à l'amende du double, tandis qu'elles imposaient celle du quadruple à l'usurier. Cette disposition nous montre combien l'usurier était à leurs yeux un citoyen plus pernicieux que le voleur. Lorsqu'ils voulaient louer un bon citoyen, ils lui donnaient les titres de bon agriculteur, de bon fermier : ces expressions étaient pour eux la dernière limite de la louange. Pour moi, j'estime un négociant actif, désireux d'accroître sa fortune ; mais, comme je l'al dit, cette carrière est semée d'écueils et de périls. C'est parmi les cultivateurs que naissent les meilleurs citoyens et les soldats les plus courageux ; que les bénéfices sont honorables, assurés, et nullement odieux : ceux qui se vouent à la culture n'ourdissent point de dangereux projets. Maintenant j'arrive à mon but, et ces réflexions sont les préliminaires de l'ouvrage que j'ai promis. [0] DE AGRI CULTURA - PRAEFATIO. Est interdum praestare mercaturis rem quaerere ni tam periculosum siet; et item foenerari, si tam honestum siet. Maiores nostri hoc sic habuerunt, et ita in legibus posuerunt, furem dupli condemnari, foeneratorem quadrupli. Quanto peiorem ciuem existimarint foeneratorem quam furem, hinc licet existimare. Et uirum bonum cum laudabant, ita laudabant, bonum agricolam bonumque colonum. Amplissime laudari existimabatur, qui ita laudabatur. Mercatorem autem strenuum studiosumque rei quaerendae existimo; uerum (ut supra dixi) periculosum et calamitosum. At ex agricolis et uiri fortissimi et milites strenuissimi gignuntur, maximeque pius quaestus stabilissimusque consequitur, minimeque inuidiosus : minimeque male cogitantes sunt, qui in eo studio occupati sunt. Nunc (ut ad rem redeam) quod promisi institutum principium hoc erit.
[1] Achat et disposition du domaine. Lorsque vous vous décidez à faire l'acquisition d'un domaine, gardez-vous de l'acheter à tout prix; n'épargnez pas les visites, et ne vous contentez pas de l'explorer une fois. Plus vous le verrez, plus vous lui trouverez de charmes s'il est fertile. Examinez soigneusement les apparences extérieures des voisins ; elles sont brillantes dans une bonne contrée. Lorsque vous y entrez, ménagez-vous les moyens d'en sortir : choisissez un ciel serein, peu troublé par les tempêtes; que le sol soit excellent, et renferme en lui-même toutes ses qualités. Autant que possible, il sera au pied d'une montagne, il regardera le midi; la situation en sera saine; il sera entouré d'une population laborieuse, auprès d'une eau salutaire, non loin d'une ville populeuse, au bord d'une mer ou d'une rivière navigable et renommée. Le domaine sera de ceux qui changent rarement de propriétaires, qu'on vend à regret, et qui possèdent des bâtiments commodes. On recherchera pour prédécesseur un homme qui mette beaucoup de sagacité dans ses cultures et dans ses constructions. Quand vous ferez vos visites, portez votre attention sur le nombre des pressoirs et des futailles : s'ils sont en petit nombre, vous pouvez en conclure que le rendement est modique. Regardez moins la quantité que l'arrangement convenable des attirails. Rejetez également la pénurie et le luxe dans le nombre des instruments. Souvenez-vous qu'un champ très productif, comme un homme prodigue, est ruineux, s'il occasionne un excès de dépense. Si vous me demandez quel est le meilleur domaine, je vous répondrai : Sur un domaine de cent arpents et bien situé, la vigne est la meilleure récolte, si elle est productive : je place ensuite un potager arrosable ; au troisième rang, une oseraie; au quatrième, l'olivier; au cinquième, une prairie; au sixième, les céréales ; au septième, un taillis; puis un verger, et enfin une forêt de chênes. [1] I. Quomodo agrum emi pararique oporteat. Praedium quum parare cogitabis, sic in animo habeto, uti ne cupide emas, neue opera tua parcas uisere et ne satis habeas semel circumire. Quoties ibis, toties magis placebit, quod bonum erit. Vicini quo pacto niteant, id animum aduertito: in bona regione bene nitere oportebit : et uti eo introeas et circumspicias, uti inde exiri possit : uti bonum caelum habeat, ne calamitosum siet. Solo bono, sua uirtute ualeat. Si poteris, sub radice montis siet, in meridiem spectet, loco salubri, operariorum copia siet, bonumque aquarium, oppidum ualidum prope siet, aut mare, aut amnis, qua naues ambulant, aut uia bona, celebrisque. Siet in iis agris, qui non saepe dominos mutant: qui in his agris praedia uendiderint, quos pigeat uendidisse. Uti bene aedificatum siet. Caueto alienam disciplinam temere contemnas. De domino bono colono, bonoque aedificatore melius emetur. Ad uillam cum uenies, uideto uasa torcula et dolia multane sient. Ubi non erunt, scito pro ratione fructum esse. Instrumenti ne magni siet, loco bono siet. Videto quam minimi instrumenti, sumptuosusque ager ne siet. Scito idem agrum quod hominem, quamuis quaestuosus siet, si sumptuosus erit, relinqui non multum. Praedium quod primum siet, si me rogabis, sic dicam. De omnibus agris, optimoque loco si emeris iugera agri centum, uinea est prima, si uino bono et multo siet;, secundo loco hortus inriguus, tertio salictum, quarto oletum, quinto pratum, sexto campus frumentarius, septimo silua caedua, octauo arbustum, nono glandaria silua.


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Dernière mise à jour : 8/12/2006