[1,9] IX. Mais que dis-je? espérer que rien brise ton inflexible caractère ! que tu reviennes jamais
de ta perversité! que tu aies conçu l'idée de fuir! que tu penses à t'exiler! Ah ! que les dieux ne
t'en ont-ils inspiré la résolution? Je ne l'ignore pas; si la terreur de mes discours te force à l'exil,
tous les orages de la haine, suspendus peut-être quelque temps par la mémoire encore présente
de tes crimes, éclateront tôt ou tard sur ma tête.
Eh bien , je me dévoue à tous les périls, pourvu que les malheurs qui fondront sur moi épargnent
la république. Mais que tu aies horreur de tes déportements, que tu redoutes la vengeance des
lois, que tu fasses à la patrie le plus léger sacrifice, c'est ce qu'il ne faut pas te demander. Non,
Catilina, il n'est pas croyable que la honte puisse t'arracher au crime, ni la crainte t'éloigner du
danger, ni la raison désarmer ta fureur. Ainsi, je te le répète encore, pars; et puisque tu m'appelles
ton ennemi, si tu veux soulever contre moi toutes les haines, va droit en exil. Alors je
soutiendrai à peine les clameurs de l'envie ; alors tout l'odieux de ton bannissement pèsera sur le
consul qui ose l'ordonner. Mais si tu aimes mieux servir les intérêts de ma gloire, sors avec la foule
impie de tes complices; rends-toi auprès de Mallius; rassemble tous les mauvais citoyens, sépare-toi
des bons; fais la guerre à ta patrie; arbore en triomphant l'étendard du brigandage. On ne
dira pas alors que je t'ai chassé dans une terre étrangère : je n'aurai fait que t'inviter à rejoindre les tiens.
Mais qu'ai-je besoin de t'y inviter, quand je sais que déjà tu as fait partir des gens armés pour t'attendre
sur la voie Aurélia ; que le jour est arrêté; que tu en es convenu avec Mallius ? quand je sais que tu as envoyé
devant toi cette aigle d'argent qui, je l'espère, te sera fatale, ainsi qu'à tous les tiens; cette aigle à laquelle tu
as consacré dans ta maison un sanctuaire, où tu lui offrais le crime pour encens? Eh quoi ! tu resterais plus
longtemps éloigné de cet objet de ton culte, auquel tu ne manquas jamais d'adresser ton hommage sacrilége
en partant pour un assassinat, et dont tu as si souvent quitté les autels pour aller tremper tes mains dans le sang
des citoyens !
| [1,9] Quamquam quid loquor? te ut ulla res frangat, tu ut umquam te
corrigas, tu ut ullam fugam meditere, tu ut ullum exilium cogites? Utinam
tibi istam mentem di inmortales duint! tametsi uideo, si mea uoce
perterritus ire in exilium animum induxeris quanta tempestas inuidiae
nobis, si minus in praesens tempus recenti memoria scelerum tuorum, at in
posteritatem impendeat. Sed est tanti, dum modo ista sit priuata calamitas
et a rei publicae periculis seiungatur. Sed tu ut uitiis tuis commoueare,
ut legum poenas pertimescas, ut temporibus rei publicae cedas, non est
postulandum. Neque enim is es, Catilina, ut te aut pudor umquam a
turpitudine aut metus a periculo aut ratio a furore reuocarit.
Quam ob rem, ut saepe iam dixi, proficiscere ac, si mihi inimico, ut
praedicas, tuo conflare uis inuidiam, recta perge in exilium; uix feram
sermones hominum, si id feceris, uix molem istius inuidiae, si in exilium
iussu consulis ieris, sustinebo. Sin autem seruire meae laudi et gloriae
mauis, egredere cum inportuna sceleratorum manu, confer te ad Manlium,
concita perditos ciues, secerne te a bonis, infer patriae bellum, exsulta
impio latrocinio, ut a me non eiectus ad alienos, sed inuitatus ad tuos
isse uidearis.
Quamquam quid ego te inuitem, a quo iam sciam esse praemissos, qui
tibi ad Forum Aurelium praestolarentur armati, cui iam sciam pactam et
constitutam cum Manlio diem, a quo etiam aquilam illam argenteam, quam tibi
ac tuis omnibus confido perniciosam ac funestam futuram, cui domi tuae
sacrarium {scelerum tuorum} constitutum fuit, sciam esse praemissam? Tu ut
illa carere diutius possis, quam uenerari ad caedem proficiscens solebas, a
cuius altaribus saepe istam impiam dexteram ad necem ciuium transtulisti?
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