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[1,11] I,11. J'avais pris les devants sur vos deux lettres si bien raisonnées et si touchantes. De
plus, Salluste était là qui me pressait aussi d'opérer à toute force votre réconciliation avec
Luccéius. Malheureusement j'ai tout tenté, et je n'ai réussi ni à nous le ramener, ni même à lui
arracher le secret de son obstination. Il revient toujours sur l'arbitrage et sur les autres griefs
que je connaissais avant votre départ; mais j'imagine qu'il y a quelque autre chose qui lui tient
au coeur. Ce que vous écririez, et tout ce que je pourrai dire, feront bien moins que votre
présence. Une parole de vous, un regard, et tout est effacé; vous n'avez qu'à m'en croire,
c'est-à-dire, qu'à le vouloir et il le faut ainsi, ne fût-ce que pour ne point démentir votre
caractère de bienveillance. Ne soyez pas surpris de me voir désespérer de mes efforts après
vous avoir affirmé si positivement le contraire. Il est difficile d'imaginer à quel point
sa tête est montée, et son ressentiment, profond. Mais votre arrivée arrangera tout; sinon, de
quelque côté que soient les torts, il se préparerait bien des regrets. - A l'heure qu'il est,
dites-vous dans votre dernière lettre, je suis désigné : apprenez qu'à Rome aujourd'hui il
n'y a pas de gens plus ballottés que les candidats, et qu'on ne sait pas même quand auront
lieu les comices. Au surplus, Philadelphe vous tiendra au courant. - Envoyez-moi, je vous
prie, sans plus attendre, tout ce que vous avez acheté pour mon académie. C'est merveille
que le charme de cette retraite pour moi, rien seulement que d'y penser. Ayez soin aussi
de ne pas vous défaire de votre bibliothèque. Conservez-la-mai, vous me levez promis.
Mon goût pour les livres est égal à mon dégoût pour le reste; car vous ne sauriez croire à
quel point vous trouverez tout empiré, après une si courte absence.
| [1,11] I.XI (7) Cicero Attico Sal-
Et mea sponte faciebam antea et post duabus epistulis tuis perdiligenter in
eandem rationem scriptis magno opere sum commotus. Eo accedebat hortator
adsiduus Sallustius, ut agerem quam diligentissime cum Lucceio de uestra uetere
gratia reconcilianda. Sed cum omnia fecissem, non modo eam uoluntatem eius quae
fuerat erga te, recuperare non potui, uerum ne causam quidem elicere immutatae
uoluntatis. Tametsi iactat ille quidem illud suum arbitrium, et ea. quae iam
tum, cum aderas, offendere eius animum intellegebam, tamen habet quiddam
profecto, quod magis in animo eius insederit, quod neque epistulae tuae neque
nostra adlegatio tam potest facile delere, quam tu praesens non modo oratione,
sed tuo uultu illo familiari tolles, si modo tanti putaris, id quod, si me
audies et si humanitati tuae constare uoles, certe putabis. Ac, ne illud mirere,
cur, cum ego antea significarim tibi per litteras me sperare illum in nostra
potestate fore, nunc idem uidear diffidere, incredibile est, quanto mihi
uideatur illius uoluntas obstinatior et in hac iracundia offirmatior. Sed haec
aut sanabuntur, cum ueneris, aut ei molesta erunt, in utro culpa erit.
Quod in epistula tua scriptum erat me iam arbitrari designatum esse, scito nihil
tam exercitum esse nunc Romae quam candidatos omnibus iniquitatibus, nec, quando
futura sint comitia, sciri. Verum haec audies de Philadelpho.
Tu uelim, quae Academiae nostrae parasti, quam primum mittas. Mire quam illius
loci non modo usus, sed etiam cogitatio delectat. Libros uero tuos caue cuiquam
tradas; nobis eos, quem ad modum scribis, conserua. Summum me eorum studium
tenet sicut odium iam ceterarum rerum; quas tu incredibile est quam breui
tempore quanto deteriores offensurus sis, quam reliquisti.
| [1,12] I,12. Rien ne finit avec votre Troyenne, et Cornélius n'a pas reparu chez Térentia.
Il nous faudra donc, je pense, recourir à Considius, Axus ou Sélicius. Je ne parle pas de
Cécilius; ses plus proches n'en tireraient pas un sou, à moins d'un pour cent par mois.
J'en reviens à ce que j'ai dit : il n'y a rien de plus imprudent, de plus fourbe, de plus
impatientant que votre Troyenne : «j'envoie un affranchi, dit-elle; j'ai donné les ordres à
Titus.» Bagatelles et vaines paroles! Mais peut-être sera-ce pour moi un coup de fortune :
les coureurs de Pompée m'annoncent que son intention est de demander le remplacement
d'Antoine, et que concurremment le préteur en fera la proposition au peuple. Dans
cette occurrence, je ne saurais honorablement, aux yeux des gens de bien ni aux yeux du
peuple, me faire le défenseur de l'homme. Puis, je ne m'en soucie pas; cela tranche tout,
car il faut que je vous parle d'un incident que vous aurez à tirer au clair, je vous en prie.
J'ai un mauvais sujet d'affranchi, nommé Hilarus, qui a tenu vos livres, et dont vous êtes le
patron. Or voici ce que Valérius, l'interprète, me rapporte comme fait, et Chilius, comme
ouï-dire. Ce misérable serait près d'Antoine, et Antoine insinuerait qu'il est là, parce que
nous partageons ensemble l'argent qu'il lève, et que je suis bien aise d'avoir près de lui
un homme de confiance pour surveiller mes intérêts. Je n'ai pas été maître de moi, en
apprenant cette infamie. Je lie veux pas y croire; mais il est certain qu'il en a couru
quelque chose. Remontez à la source, je vous prie; informez-vous, approfondissez; et
surtout que ce drôle ne reste pas là-bas, si vous pouvez le faire revenir. Valérius nomme
Cn. Plancius comme son auteur. Je vous dis tout, afin de vous mettre en état de bien
éclaircir cette intrigue. - Pompée est de mes amis, cela est constant. On l'approuve de
s'être séparé de Mucia. Vous savez sans doute l'histoire de P. Clodius, fils d'Appius :
on l'a surpris déguisé en femme dans la maison de César, pendant qu'on célébrait un
sacrifice pour le peuple; il n'a dû la vie qu'à une petite esclave qui l'a fait évader.
C'est une abomination; je ne doute pas que vous n'en soyez profondément affligé.
Rien autre chose à vous dire. Je suis moi-même tout triste : je viens de perdre un enfant
charmant, Sosithée, mon lecteur; et j'en ai plus de chagrin peut-être qu'on n'en devrait
avoir pour la mort d'un esclave. Écrivez-moi souvent, je vous prie; si vous n'avez rien
d'important à me mander, écrivez-moi ce qui vous passera par la tête.
| [1,12] I.XII (12) Cicero Attico Sal-
g-Teukris illa lentum sane negotium, neque Cornelius ad Terentiam postea rediit.
Opinor, ad Considium, Axium, Selicium confugiendum est; nam a Caecilio propinqui
minore centesimis nummum mouere non possunt. Sed ut ad prima illa redeam, nihil
ego illa impudentius, astutius, lentius uidi. " Libertum mitto,
Tito mandaui."g-Skehpseis atque g-anabolai sed nescio an g-tautomaton g-hehmohn. Nam mihi
Pompeiani g-prodromoi nuntiant aperte Pompeium acturum Antonio succedi oportere,
eodemque tempore aget praetor ad populum. Res eius modi est, ut ego nec per
bonorum nec per popularem existimationem honeste possim hominem defendere, nec
mihi libeat, quod uel maximum est. Etenim accidit hoc, quod totum cuius modi
sit, mando tibi, ut perspicias. Libertum ego habeo sane nequam hominem, Hilarum
dico, ratiocinatorem et clientem tuum. De eo mihi Valerius interpres nuntiat,
Thyillusque se audisse scribit haec, esse hominem cum Antonio; Antonium porro in
cogendis pecuniis dictitare partem mihi quaeri et a me custodem communis
quaestus libertum esse missum. Non sum mediocriter commotus neque tamen credidi,
sed certe aliquid sermonis fuit. Totum inuestiga, cognosce, perspice et
nebulonem illum, si quo pacto potes, ex istis locis amoue. Huius sermonis
Valerius auctorem Cn- Plancium nominabat. Mando tibi plane totum, ut uideas
cuius modi sit.
Pompeium nobis amicissimum constat esse. Diuortium Muciae uehementer probatur.
P- Clodium, Appi f-, credo te audisse cum ueste muliebri deprehensum domi C-
Caesaris, cum pro populo fieret, eumque per manus seruulae seruatum et eductum;
rem esse insigni infamia. Quod te moleste ferre certo scio.
Quod praeterea ad te scribam, non habeo, et me hercule eram in scribendo
conturbatior. Nam puer festiuus anagnostes noster Sositheus decesserat, meque
plus quam serui mors debere uidebatur, commouerat. Tu uelim saepe ad nos
scribas. Si rem nullam habebis, quod in buccam uenerit, scribito. Kal- Ianuariis
M- Messalla, M- Pisone coss-.
| [1,13] I,13. J'ai déjà reçu de vous trois lettres, l'une par M. Cornelius, à qui vous l'avez
remise, si je ne me trompe, aux Trois Tavernes; la seconde par votre hôte de Canusium ;
et je vois que la dernière est datée de votre vaisseau, l'ancre déjà levée. Elles sont toutes
trois de main de maître, d'un tour élégant, d'une grâce piquante, et pleines surtout des
sentiments les plus affectueux. La provocation est irrésistible, et si je tarde à y répondre,
ce n'est que par l'embarras de trouver un messager fidèle. Car qui se fait scrupule, si vous
le chargez d'une lettre de quelque poids, de s'alléger en en lisant le contenu? D'ailleurs,
je ne sais où m'enquérir des gens qui vont en Épire. Je m'imagine de plus qu'après
avoir sacrifié dans votre Amalthée, vous êtes parti pour votre expédition contre Sicyone.
Enfin j'ignore quand vous comptez aller trouver Antoine, et combien de temps vous resterez
en Epire. J'hésite donc à écrire avec quelque liberté, quand il faut remettre mes lettres à des
Achéens ou à des Épirotes. - Il s'est passé, depuis votre départ, des événements qui méritent
de vous être rapportés. Mais je ne veux pas exposer ma correspondance au triple péril d'être
perdue, indiscrètement ouverte ou interceptée. Sachez d'abord qu'on ne m'a pas fait opiner
le premier, et que le pacificateur des Allobroges (C. Pison) a eu le pas sur moi, ce qui a fait
murmurer le sénat, mais ne m'a pas trop déplu. Me voilà dispensé d'égards envers un méchant
homme, et libre de tenir mon rang dans l'État, en dépit de sa malveillanee. D'ailleurs, en fait
d'autorité, le second votant égale presque le premier, et il est bien moins engagé envers le
consul. Catulus a voté le troisième, et, si vous êtes curieux de le savoir, Hortensius après lui.
Le consul est un esprit étroit et envieux; de ces plaisants moroses, sans trait, sans gaieté, et
dont la face fait rire plus que les facéties; sans consistance dans le peuple, sans contact avec
les grands; dont il n'y a rien de bon à attendre pour la république, parce qu'il n'a pas la
volonté du bien ; dont il n'y a rien de mauvais à craindre, parce qu'il n'a pas le courage du
mal. Son collègue, au contraire, me distingue on ne peut davantage; il aime et soutient le bon
parti. Aussi commencent-ils déjà à n'être pas trop bien ensemble. - Il y a ici une vilaine affaire,
et je crains bien que le mal n'aille plus loin. Vous savez, je le suppose, qu'un homme
déguisé en femme s'est introduit dans la maison de César, pendant le sacrifice qu'on offrait
pour le peuple; que les vestales ont dû recommencer le sacrifice, et que Cornificius a déféré
ce scandale au sénat; Cornificius, entendez-vous, pour que vous n'alliez pas croire qu'aucun
des nôtres ait pris l'initiative. Renvoi du sénat aux pontifes. Les pontifes déclarent qu'il y a
sacrilége; là-dessus, et en vertu d'un sénatus-consulte, les consuls publient leur réquisitoire
pour informer; et César répudie sa femme. Or voilà que Pison, qui ne voit que son amitié
pour Clodius, manoeuvre pour faire rejeter par le peuple le réquisitoire qu'il a présenté
lui-même, et par ordre du sénat, dans un intérêt sacré. Messalla, au contraire, jusqu'ici se
prononce fortement pour la sévérité. Mais à force de supplications, Clodius éloigne les
gens de bien du tribunal. Il s'assure en même temps main-forte. Moi-même, vrai Lycurgue
d'abord, je sens que je mollis de jour en jour. Caton reste ferme, et crie justice. Enfin que
vous dirai-je? Je tremble que, grâce à l'indifférence des bons et à l'activité des méchants, cette
affaire ne devienne la source de bien des maux pour la république. - Votre ami, savez-vous
qui je veux dire? (Pompée) cet ami dont vous m'écriviez qu'il me louait n'osant me blâmer,
cet ami-là, à voir ses démonstrations, est plein d'attachement, de déférence et de tendresse
pour moi. En public, il m'exalte; mais sous main il me dessert, de façon toutefois que ce
n'est un secret pour personne. Jamais de droiture ni de candeur. Pas un mobile honorable
dans sa politique. Rien d'élevé, de fort, de généreux. Je vous écrirai plus à fond sur
tout cela un autre jour. Il y a des choses que je ne sais pas bien encore. Puis, je n'ose confier
de telles réflexions à un je ne sais qui. - Les préteurs n'ont pas encore tiré leurs provinces
au sort. Les choses en sont toujours au point où vous les avez laissées. Selon votre désir,
je ferai entrer la description de Misène et de Pouzzol dans mon discours. Oui, je me suis
trompé de date en mettant le 3 des nones de décembre; je m'en étais aperçu. Ce que vous
louez dans mes harangues, je le trouvais très bien aussi, je vous le jure; mais je n'osais le
dire. Votre approbation me les rendra plus attiques encore.
J'ai fait quelques additions au discours contre Metellus. Vous en aurez une copie, puisque
pour l'amour de moi vous êtes devenu si amateur d'éloquence. - Que vous dirai-je encore?
quoi? Messalla vient d'acheter la maison d'Autronius quatre cent trente-sept mille sesterces.
Que vous importe? me direz-vous. Cet achat prouve que j'ai fait une bonne affaire, et finira
peut-être par faire comprendre aux gens qu'il est bien permis de recourir à la bourse de ses
amis pour une acquisition qui peut faire honneur dans le monde. La Troyenne ne termine rien.
Je ne désespère pas cependant. Finissez-en de tous ces ennuis. Comptez sur une prochaine
lettre tout à fait à coeur ouvert. Le 6 des kal. de février, M. Messalla et M. Pison, consuls.
| [1,13] I.XIII (13) Cicero Attico Sal-
Accepi tuas tres iam epistulas, unam a M- Cornelio, quam Tribus Tabernis, ut
opinor, ei dedisti, alteram, quam mihi Canusinus tuus hospes reddidit, tertiam,
quam, ut scribis, ancora soluta de phaselo dedisti; quae fuerunt omnes, ut
rhetorum pueri loquuntur, cum humanitatis sparsae sale tum insignes amoris
notis. Quibus epistulis sum equidem abs te lacessitus ad rescribendum; sed
idcirco sum tardior, quod non inuenio fidelem tabellarium. Quotus enim quisque
est, qui epistulam paulo grauiorem ferre possit, nisi eam pellectione releuarit
? Accedit eo, quod mihi non est notum ut quisque in Epirum proficiscitur. Ego
enim te arbitror caesis apud Amaltheam tuam uictimis, statim esse ad Sicyonem
oppugnandum profectum, neque tamen id ipsum certum habeo, quando ad Antonium
proficiscare, aut quid in Epiro temporis ponas. Ita neque Achaicis hominibus
neque Epiroticis paulo liberiores litteras committere audeo.
Sunt autem post discessum a me tuum res dignae litteris nostris, sed non
committendae eius modi periculo, ut aut interire aut aperiri aut intercipi
possint. Primum igitur scito primum me non esse rogatum sententiam
praepositumque esse nobis pacificatorem Allobrogum, idque admurmurante senatu
neque me inuito esse factum. Sum enim et ab obseruando homine peruerso liber et
ad dignitatem in re publica retinendam contra illius uoluntatem solutus, et ille
secundus in dicendo locus habet auctoritatem paene principis et uoluntatem non
nimis deuinctam beneficio consulis. Tertius est Catulus, quartus, si etiam hoc
quaeris, Hortensius. Consul autem ipse paruo animo et prauo tamen cauillator
genere illo moroso, quod etiam sine dicacitate ridetur, facie magis quam
facetiis ridiculus, nihil agens cum re publica, seiunctus ab optimatibus, a quo
nihil speres boni rei publicae, quia non uult, nihil speres mali, quia non
audet. Eius autem collega et in me perhonorificus et partium studiosus ac
defensor bonarum. Qui nunc leuiter inter se dissident. Sed uereor, ne hoc, quod
infectum est, serpat longius. Credo enim te audisse, cum apud Caesarem pro
populo fieret, uenisse eo muliebri uestitu uirum, idque sacrificium cum uirgines
instaurrassent, mentionem a Q- Cornificio in senatu tactam (is fuit princeps, ne
tu forte aliquem nostrum putes); postea rem ex senatus consulto ad uirgines
atque ad pontifices relatam idque ab iis nefas esse decretum; diende ex senatus
consulto consules rogationem promulgasse; uxori Caesarem nuntium re misisse. In
hac causa Piso amicitia P- Clodi ductus operam dat, ut ea rogatio, quam ipse
fert et fert ex senatus consulto et de religione, antiquetur. Messalla
uehementer adhuc agit seuere. Boni uiri precibus Clodi remouentur a causa,
operae comparantur, nosmet ipsi, qui Lycurgei a principio fuissemus, cotidie
demitigamur, instat et urget Cato. Quid multa ? Vereor, ne haec neglecta a
bonis, defensa ab improbis magnorum rei publicae malorum causa sit. Tuus autem
ille amicus (scin, quem dicam?), de quo tu ad me scripsisti, posteaquam non
auderet reprehendere, laudare coepisse, nos, ut ostendit, admodum diligit,
amplectitur, amat, aperte laudat, occulte, sed ita, ut perspicuum sit, inuidet.
Nihil come, nihil simplex, nihil g-en g-tois g-politikois illustre, nihil honestum,
nihil forte, nihil liberum. Sed haec ad te scribam alias subtilius; nam neque
adhuc mihi satis nota sunt, et huic terrae filio nescio cui committere epistulam
tantis de rebus non audeo.
Prouincias praetores nondum sortiti sunt. Res eodem est loci, quo reliquisti.
g-Topothesia, quam postulas, Miseni et Puteolorum, includam orationi meae. "A- d.
III Non. Decembr." mendose fuisse animaduerteram. Quae laudas ex orationibus,
mihi crede, ualde mihi placebant, sed non audebam antea dicere; nunc uero, quod
a te probata sunt, multo mi g-attikohtera uidentur. In illam orationem Metellinam
addidi quaedam. Liber tibi mittetur, quoniam te amor nostri g-philorehtora reddidit.
Noui tibi quidnam scribam? quid? etiam. Messalla consul Autronianam domum emit
HS (134000). " Quid id ad me ?" inquies. Tantum, quod ea emptione et nos bene
emisse iudicati sumus, et homines intellegere coeperunt licere amicorum
facultatibus in emendo ad dignitatem aliquam peruenire. Teucris illa lentum
negotium est, sed tamen est in spe. Tu ista confice. A nobis liberiorem
epistulam exspecta. VI Kal- Febr- M- Messalla, M- Pisone coss- .
| [1,14] I,14. Je crains qu'il n'y ait de la fatuité à le dire; mais, en vérité, je suis si occupé,
que ce peu de mots j'ai à peine le temps de vous l'écrire; et encore est-ce un temps dérobé
aux plus importantes affaires. Je vous ai déjà dit ce qu'était le premier discours de Pompée :
peu touchant pour les malheureux, vide contre les méchants, sans grâce pour les riches, et
au fond sans portée pour les bons. Aussi est-on resté froid. Mais ne voilà-t-il pas qu'à
l'instigation du consul Pison, un étourdi de tribun, nommé Fufius, s'est avisé d'appeler
Pompée à la tribune! On était dans le cirque de Flaminius; c'était jour de marché; la foule
était grande. Il l'a interpellé en lui demandant s'il était d'avis que le préteur formât le
tribunal, et quelle était dans ce cas, suivant lui, la marche à suivre. Notez que tout cela a
été réglé par le sénat lors du sacrilège de Clodius. Pompée a très aristocratiquement
répondu qu'en toute chose l'autorité du sénat lui paraissait souveraine; qu'il l'avait toujours
considérée comme telle; et il s'est longuement étendu sur ce texte. Depuis, le consul
Messalla lui a demandé dans le sénat ce qu'il pensait du sacrilège et du réquisitoire des
consuls. Il a répondu encore par des généralités et des éloges donnés, sans restriction,
à tous les actes de l'auguste assemblée. En s'asseyant, il me dit qu'il pensait avoir été
suffisamment explicite sur toutes ces vilaines affaires. - Un peu après, Crassus voyant
qu'on avait applaudi Pompée, parce qu'on appliquait ses paroles aux actes de mon
consulat, se leva, et ne tarit pas d'éloges sur mon compte. Il alla jusqu'à dire que s'il était
sénateur, citoyen, homme libre; que s'il vivait encore, c'était à moi qu'il en était redevable;
qu'il voyait dans sa femme, dans ses enfants, dans sa patrie, autant de témoignages de mes
bienfaits. Que vous dirai-je? Ces peintures que j'ai tant de fois et sous tant de formes
reproduites dans ces discours dont vous êtes l'aristarque, le fer, la flamme (lieux communs
bien rebattus pour vous), il les a mêlées d'une manière solennelle à sa harangue. J'étais tout
près de Pompée. Je vis son trouble : il se demandait sans doute si Crassus avait voulu se
faire bien venir de moi, en saisissant un à-propos que lui-même venait de laisser échapper;
ou si les actions que j'ai faites sont en effet assez grandes pour mériter tant de faveur
de la part du sénat et tant d'éloges, surtout de la part d'un homme qui peut dire que j'ai
toujours loué Pompée à ses dépens. Quoi qu'il en soit, cette séance m'a tout à fait conquis
à Crassus. Je n'ai pas laissé que de prendre pour moi, de très bonne grâce, ce que Pompée
prétend avoir dit implicitement à ma louange. Quand vint mon tour, bons dieux! combien
je me glorifiai devant Pompée, alors présent pour la première fois ! Si jamais périodes et
figures, arguments et preuves me vinrent à propos, ce fut certes ce jour-là. Aussi
quelles acclamations! Au fait, je parlais de la sagesse de l'ordre, de l'union des chevaliers,
des restes de la conjuration éteinte, de l'abondance et du calme rétablis dans Rome.
Vous savez comme, en pareil cas, mes paroles résonnent; et si je ne vous en dis pas plus long,
c'est que les échos de ce grand bruit sont infailliblement parvenus à vos oreilles. - Voici la
situation : le sénat est un aréopage : impossible d'avoir plus de tenue, de vigueur, de fermeté.
Le jour choisi pour le réquisitoire prescrit par le sénatus-consulte, on vit se répandre dans la
ville des bandes de jeunes barbes, tout le train de Catilina, et à la tête Curion, véritable poupée.
Ils suppliaient chacun de mettre "A{ntiquo}". Le consul Pison lui-même, l'auteur du réquisitoire,
était le premier à travailler le peuple. Les gens de main de Clodius s'étaient emparés de tous les
ponts, et ils distribuaient si bien leurs bulletins, qu'il n'y aurait peut-être pas eu un seul
"U{t} R{ogas}". Caton voit ces manœuvres, court aux rostres, interpelle Pison, et éclate contre
lui en invectives, si l'on peut appeler toutefois invectives le langage qui porte toujours avec lui
la sagesse, l'autorité, le salut. Après Caton, vint Hortensius, puis une foule de gens de bien ;
Favonius surtout fut remarquable. Devant ce concours imposant, on rompt les comices; le sénat
s'assemble; il y avait foule, et, en dépit de Pison, en dépit de Clodius tombant lâchement tour à
tour aux pieds de chaque sénateur, on signifie aux consuls qu'ils aient à s'employer pour faire
passer le réquisitoire. Quinze voix demandèrent, avec Curion, qu'on ne fit pas de décret. Il y
en eut, haut la main, quatre cents pour. Le décret passa. Le tribun Fufius prit le parti de se
retirer. Clodius se lamentait devant le peuple, et chargeait d'injures Hortensius, Lucullus ,
C. Pison et le consul Messalla. Quant à moi, ce sont toujours mes découvertes qu'il me jette à
la tête. La décision du sénat est qu'on ne s'occupe ni du partage des provinces, ni des légations,
ni d'aucune affaire enfin, avant celle-là.
- Voilà ce que j'avais à vous dire de Rome. Écoutez cependant encore, et c'est une chose sur
laquelle je ne comptais point. Messalla est un admirable consul. Il a de la décision, de la suite,
une activité qui pourvoit à tout. Il me loue, m'aime, et suit mes traces. Quant à l'autre, il
serait pire avec un vice de moins, c'est-à-dire, s'il n'était pas aussi paresseux, aussi dormeur,
aussi sot, aussi engourdi : mais en fait d'intentions, les siennes sont si mauvaises qu'il a pris
Pompée en haine depuis le jour où il l'a entendu louer le sénat. Aussi c'est merveille de voir
comme les honnêtes gens le fuient. Encore agit-il bien moins par amitié pour Clodius que par
mauvais instinct politique ou autre. A l'exception de Fufius, il n'y a heureusement parmi les
magistrats personne qui lui ressemble. Nous avons de bons tribuns du peuple; Cornélius
surtout est un autre Caton. Que me demanderez-vous encore? - Pour vous dire un mot de mes
affaires, la Troyenne s'est enfin exécutée. N'oubliez pas ce que vous m'avez promis. Mon frère,
qui a acheté les trois autres quarts des bâtiments d'Argilète pour sept cent vingt-cinq mille
sesterces, veut vendre Tusculum, et acheter, s'il se peut, la maison de Pacilius.
Réconciliez-vous avec Luccéius; il en meurt d'envie, je le vois. Je serai votre médiateur.
Soyez exact, je vous prie, à me donner de vos nouvelles, à me dire où vous êtes et où en
sont vos affaires. Aux ides de février.
| [1,14] I.XIV (14) Cicero Attico Sal-
Vereor, ne putidum sit scribere ad te, quam sim occupatus, sed tamen ita
distinebar, ut huic uix tantulae epistulae tempus habuerim atque id ereptum e
summis occupationibus. Prima contio Pompei qualis fuisset, scripsi ad te antea,
non iucunda miseris, inanis improbis, beatis non grata, bonis non grauis; itaque
frigebat. Tum Pisonis consulis impulsu leuissimus tribunus pl. Fufius in
contionem producit Pompeium. Res agebatur in circo Flaminio, et erat in eo ipso
loco illo die nundinarum g-panehguris. Quaesiuit ex eo, placeretne ei iudices a
praetore legi, quo consilio idem praetor uteretur. Id autem erat de Clodiana
religione ab senatu constitutum. Tum Pompeius g-mal' g-aristokratikohs locutus est
senatusque auctoritatem sibi omnibus in rebus maximam uideri semperque uisam
esse respondit et id multis uerbis. Postea Messalla consul in senatu de Pompeio
quaesiuit, quid de religione et de promulgata rogatione sentiret. Locutus ita
est in senatu, ut omnia illius ordinis consulta g-genikohs laudaret, mihique, ut
adsedit, dixit se putare satis ab se etiam "de istis rebus" esse responsum.
Crassus posteaquam uidit illum excepisse laudem ex eo, quod suspicarentur
homines ei consulatum meum placere, surrexit ornatissimeque de meo consulatu
locutus est, cum ita diceret, "se, quod esset senator, quod ciuis, quod liber,
quod uiueret, mihi acceptum referre; quotiens coniugem, quotiens domum, quotiens
patriam uideret, totiens se beneficium meum uidere." Quid multa? totum hunc
locum, quem ego uarie meis orationibus, quarum tu Aristarchus es, soleo pingere,
de flamma, de ferro (nosti illas g-lehkuthous) ualde grauiter pertexuit. Proximus
Pompeio sedebam. Intellexi hominem moueri, utrum Crassum inire eam gratiam, quam
ipse praetermisisset, an esse tantas res nostras, quae tam libenti senatu
laudarentur, ab eo praesertim, qui mihi laudem illam eo minus deberet, quod meis
omnibus litteris in Pompeiana laude perstrictus esset. Hic dies me ualde Crasso
adiunxit, et tamen ab illo aperte tecte quicquid est datum, libenter accepi. Ego
autem ipse, di boni! quo modo g-eneperpereusamehn nouo auditori Pompeio! Si umquam
mihi g-periodoi, si g-kampai, si g-enthumehmata, si g-kataskeuai suppeditauerunt, illo
tempore. Quid multa? clamores. Etenim haec erat g-hupothesis, de grauitate
ordinis, de equestri concordia, de consensione Italiae, de intermortuis
reliquiis coniurationis, de uilitate, de otio. Nosti iam in hac materia sonitus
nostros. Tanti fuerunt, ut ego eo breuior sim, quod eos usque istinc exauditos putem.
Romanae autem se res sic habent. Senatus g-Areios g-pagos, nihil constantius, nihil
seuerius, nihil fortius. Nam, cum dies uenisset rogationi ex senatus consulto
ferendae, concursabant barbatuli iuuenes, totus ille grex Catilinae, duce
filiola Curionis et populum, ut antiquaret, rogabant. Piso autem consul lator
rogationis idem erat dissuasor. Operae Clodianae pontes occuparant, tabellae
ministrabantur ita, ut nulla daretur "VTI ROGAS." Hic tibi in rostra Cato
aduolat, commulcium Pisoni consuli mirificum facit, si id est commulcium, uox
plena grauitatis, plena auctoritatis, plena denique salutis. Accedit eodem etiam
noster Hortensius, multi praeterea boni; insignis uero opera Fauoni fuit. Hoc
concursu optimatium comitia dimittuntur, senatus uocatur. Cum decerneretur
frequenti senatu contra pugnante Pisone, ad pedes omnium singillatim accidente
Clodio, ut consules populum cohortarentur ad rogationem accipiendam, homines ad
quindecim Curioni nullum senatus consultum facienti adsenserunt, ex altera parte
facile CCCC fuerunt. Acta res est. Fufius tribunus tum concessit. Clodius
contiones miseras habebat, in quibus Lucullum, Hortensium, C- Pisonem, Messallam
consulem contumeliose laedebat; me tantum "comperisse" omnia criminabatur.
Senatus et de prouinciis praetorum et de legationibus et de ceteris rebus
decernebat, ut, antequam rogatio lata esset, ne quid ageretur.
Habes res Romanas. Sed tamen etiam illud, quod non speraram, audi. Messalla
consul est egregius, fortis, constans, diligens, nostri laudator, amator,
imitator. Ille alter uno uitio minus uitiosus, quod iners, quod somni plenus,
quod imperitus, quod g-apraktotatos sed uoluntate ita g-kachektehs, ut Pompeium post
illam contionem, in qua ab eo senatus laudatus est, odisse coeperit. Itaque
mirum in modum omnes a se bonos alienauit. Neque id magis amicitia Clodi
adductus fecit quam studio perditarum rerum atque partium. Sed habet sui similem
in magistratibus praeter Fufium neminem. Bonis utimur tribunis pl., Cornuto uero
Pseudocatone. Quid quaeris?
Nunc ut ad priuata redeam, g-Teukris promissa patrauit. Tu mandata effice, quae
rccepisti. Quintus frater, qui Argiletani aedificii reliquum dodrantem emit HS
(725000), Tusculanum uenditat, ut, si possit, emat Pacilianam domum. Cum
Lucceio in gratiam redii. Video hominem ualde petiturire. Nauabo operam. Tu quid
agas, ubi sis, cuius modi istae res sint, fac me quam diligentissime certiorem.
Idibus Febr-
| | [1,15] I,15. Déjà vous devez avoir appris que le sort a donné l'Asie à Quintus, mon bien-aimé
frère : car sans doute la renommée à devancé toutes nos lettres. Eh bien, puisque nous aimons
la gloire avec passion, puisque nous sommes plus que personne amis des Grecs, et connus pour
tels; enfin, puisque nous avons gagné au service de la république une foule d'inimitiés et de
haines : c'est maintenant qu'il faut montrer votre savoir-faire, et vous évertuer à nous créer
partout des partisans et des amis. Je développerai ce thème plus au long dans la lettre dont je
chargerai pour vous Quintus lui-même. Mandez-moi, je vous prie, où vous en êtes de mes
diverses recommandations et de vos propres affaires. Je n'ai pas reçu un mot de vous depuis
votre départ de Brindes. Je suis impatient de savoir de vos nouvelles. Aux ides de mars.
| [1,15] I.XV (15) Cicero Attico Sal-
Asiam Quinto, suauissimo fratri, obtigisse audisti. Non enim dubito, quin
celerius tibi hoc rumor quam ullius nostrum litterae nuntiarint. Nunc, quoniam
et laudis auidissimi semper fuimus et praeter ceteros philellenes et sumus et
habemur et multorum odia atque inimicitias rei publicae causa suscepimus,
pantoies aretes mimneskeo curaque, effice, ut ab omnibus et laudemur et amemur.
His de rebus plura ad te in ea epistula scribam, quam ipsi Quinto dabo. Tu me
uelim certiorem facias, quid de meis mandatis egeris atque etiam quid de tuo
negotio; nam, ut Brundisio profectus es, nullae mihi abs te sunt redditae
litterae. Valde aueo scire, quid agas. Idibus Martiis.
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