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| [0] DISCOURS DE M. T. CICÉRON,
POUR SA MAISON, DEVANT LES PONTIFES.
| [0] DE DOMO SVA AD PONTIFICES ORATIO.
| | [1] I. Dans ce grand nombre de sages institutions
que les dieux inspirèrent à nos ancêtres, il n'en
est point, vénérables pontifes, de plus belle que
cet usage qui veut que vous soyez à la fois les
premiers ministres de la religion et de l'État, et
que les plus illustres, les plus nobles citoyens,
pontifes en même temps, par la prudence de leur
gouvernement et la sagesse de leurs réponses sur
la religion, maintiennent la sûreté de l'État. Que
si jamais cause importante fut soumise au jugement
et à l'autorité des pontifes du peuple romain,
c'est assurément celle-ci, puisque la dignité de
l'empire, la vie, les droits, la liberté, les autels,
les foyers, les dieux domestiques, les biens, la
fortune, le domicile de tous les citoyens, semblent
à la fois remis et confiés à votre sagesse, à
votre pouvoir, à votre justice. Vous avez à décider
aujourd'hui si vous aimerez mieux désormais
priver les magistrats insensés et corrompus de
l'appui des citoyens pervers et vendus au crime,
ou si vous armerez encore leurs bras de l'autorité
sainte des dieux immortels. Si cet homme, l'opprobre
et le fléau de la république, peut couvrir
du manteau de la religion son funeste et pernicieux
tribunat, que les lois humaines refusent de
protéger, il nous faudra chercher d'autres autels,
d'autres ministres des dieux, d'autres interprètes
de leur culte. Votre sagesse, au contraire, et
votre autorité faisant disparaître enfin les traces
de la fureur des méchants contre la république
opprimée par les uns, abandonnée ou trahie par
les autres, nous aurons lieu d'applaudir à la prudence
qu'ont montrée nos ancêtres en choisissant
les plus considérables personnages de l'État pour
remplir les fonctions du sacerdoce.
Mais comme cet insensé a cru qu'il attirerait
votre attention en déclamant contre l'avis que j'ai
ouvert, il y a quelques jours, dans le sénat, je
dérogerai pour cette fois à l'ordre que j'ai coutume
de suivre, et je répondrai d'abord, non pas au
discours d'un furieux, car de quel discours est-il
capable? mais à ses invectives, genre d'éloquence
où il excelle, grâce à une hardiesse insolente,
et encore plus à une longue impunité.
| [1] I. (1) Cum multa diuinitus, pontifices, a maioribus nostris inuenta atque instituta
sunt, tum nihil praeclarius quam quod eosdem et religionibus deorum immortalium
et summae rei publicae praeesse uoluerunt, ut amplissimi et clarissimi ciues rem
publicam bene gerendo religiones, religiones sapienter interpretando rem
publicam conseruarent. Quod si ullo tempore magna causa in sacerdotum populi
Romani iudicio ac potestate uersata est, haec profecto tanta est ut omnis rei
publicae dignitas, omnium ciuium salus, uita, libertas, arae, foci, di penates,
bona, fortunae, domicilia uestrae sapientiae, fidei, potestati commissa
creditaque esse uideantur.
(2) Vobis hodierno die constituendum est utrum
posthac amentis ac perditos magistratus improborum ac sceleratorum ciuium
praesidio nudare, an etiam deorum immortalium religione armare malitis. Nam si
illa labes ac flamma rei publicae suum illum pestiferum et funestum tribunatum,
quem aequitate humana tueri non potest, diuina religione defenderit, aliae
caerimoniae nobis erunt, alii antistites deorum immortalium, alii interpretes
religionum requirendi; sin autem uestra auctoritate sapientiaque, pontifices, ea
quae furore improborum in re publica ab aliis oppressa, ab aliis deserta, ab
aliis prodita gesta sunt rescinduntur, erit causa cur consilium maiorum in
amplissimis uiris ad sacerdotia deligendis iure ac merito laudare possimus.
(3) Sed quoniam ille demens, si ea quae per hos dies ego in senatu de re publica
sensi uituperasset, aliquem se aditum ad auris uestras esse habiturum putauit,
omittam ordinem dicendi meum: respondebo hominis furiosi non orationi, qua ille
uti non potest, sed conuicio, cuius exercitationem cum intolerabili petulantia
tum etiam diuturna impunitate muniuit.
| | [2] II. Et d'abord, dis-moi, homme aveugle et
emporté, quel remords vengeur de tes infamies
et de tes crimes a pu te faire croire que de tels
hommes, dont les conseils gouvernent Rome, et
dont la dignité est son appui, sont irrités contre
moi, parce qu'en donnant mon opinion je n'ai
point séparé notre salut de la gloire de Pompée,
et qu'ils penseront aujourd'hui, sur une grande
question religieuse, autrement qu'avant mon retour ?
Les pontifes, dit-il, vous ont une fois donné
la victoire; mais aujourd'hui que vous êtes passé
dans le parti populaire, vous serez vaincu. Quoi!
le vice qu'on reproche le plus à une multitude
ignorante, la légèreté, l'inconstance, les changements
d'opinion, aussi fréquents que les variations
de l'air, tu oses l'imputer à ce collége auguste,
que son caractère grave met à l'abri de
l'inconstance, que les principes immuables de la
religion, les exemples de l'antiquité, l'autorité
des archives et des monuments, éloignent de tout
avis passionné! C'est donc là, dit-il, le citoyen dont
le sénat n'a pu se passer, que tous les gens de bien
ont pleuré, que la république a regretté, et dont
le rétablissement semblait être celui de l'autorité
du sénat! il revient pour la trahirl Je ne parle
point encore de mon avis; je vais d'abord confondre
ton impudence.
| [2] II. Ac primum illud a te, homine uesano ac furioso, requiro, quae te tanta poena
tuorum scelerum flagitiorumque uexet ut hos talis uiros, - qui non solum
consiliis suis sed etiam specie ipsa dignitatem rei publicae sustinent, - quod
ego in sententia dicenda salutem ciuium cum honore Cn- Pompei coniunxerim mihi
esse iratos, et aliud de summa religione hoc tempore sensuros ac me absente
senserint arbitrere?
(4) 'Fuisti,' inquit, 'tum apud pontifices superior, sed
iam, quoniam te ad populum contulisti, sis inferior necesse est.' Itane uero?
quod in imperita multitudine est uitiosissimum, uarietas et inconstantia et
crebra tamquam tempestatum sic sententiarum commutatio, hoc tu ad hos
transferas, quos ab inconstantia grauitas, a libidinosa sententia certum et
definitum ius religionum, uetustas exemplorum, auctoritas litterarum
monumentorumque deterret? 'Tune es ille,' inquit, 'quo senatus carere non
potuit, quem boni luxerunt, quem res publica desiderauit, quo restituto senatus
auctoritatem restitutam putabamus quam primum adueniens prodidisti?' Nondum de
mea sententia dico: impudentiae primum respondebo tuae.
| | [3] III. Il est donc vrai, peste publique, que par
le glaive et par le poignard, par la terreur d'une
armée, par la scélératesse des consuls, par les
menaces d'une bande d'audacieux, par des levées
d'esclaves; il est donc vrai qu'en assiégeant nos
temples, en envahissant le forum, en opprimant
le sénat, tu réduisis à quitter sa maison et sa
patrie, pour ne point mettre les bons aux prises
avec les méchants, un citoyen que le sénat, que
tous les gens de bien, que l'Italie entière, ont,
de ton aveu, regretté, redemandé, rappelé pour
sauver l'État?
Mais vous ne deviez point aller au sénat, ni
entrer dans le Capitole en ce jour de trouble. Je
n'y allai point, et je me tins chez moi tant que le
trouble dura, tant que je sus que tes esclaves,
préparés au pillage, au massacre des gens de
bien, et accompagnés de cette bande de tes criminels
satellites, t'avaient suivi en armes au Capitole.
Oui, à la nouvelle de tes violences, je restai
chez moi, et je ne voulus point vous donner,
à tes gladiateurs et à toi, l'occasion de recommencer
le carnage. Mais quand je fus instruit que
le peuple romain, menacé et craignant de manquer
de blé, s'était rassemblé au Capitole, et que
les ministres de tes forfaits, épouvantés à la vue
de cette multitude, s'étaient enfuis chacun de son
côté, laissant leurs armes sur la place, les uns
de gré, les autres de force; alors je m'y rendis,
sans escorte, sans gardes, et seulement avec quelques
amis. Eh quoi! lorsque le consul P. Lentulus,
qui avait si bien mérité de la république et
de moi, et Q. Métellus qui, bien que mon ennemi
et ton parent, avait souscrit à mon retour malgré
nos dissensions et tes prières, m'engageaient
à venir au sénat; lorsque cette foule de citoyens,
dont le bienfait était si récent, me pressaient nommément
de leur en rendre grâce, je ne serais pas
venu, sûr que j'étais de ta disparition du champ
de bataille avec ton armée de fugitifs! Et tu as
encore osé me traiter d'ennemi du Capitole, moi,
le gardien, le défenseur et du Capitole et de tous
nos temples, parce que je m'y rendais dans le
temps que les consuls y réunissaient le sénat!
Est-il quelque circonstance où il soit honteux
de se rendre au sénat? ou bien s'agissait-il d'une
proposition que je dusse rejeter, en condamnant
ceux qui s'en occupaient?
| [3] III. (5) Hunc igitur, funesta rei publicae pestis, hunc tu ciuem ferro et armis et exercitus
terrore et consulum scelere et audacissimorum hominum minis, seruorum dilectu, obsessione
templorum, occupatione fori, oppressione curiae domo et patria, ne cum improbis
boni ferro dimicarent, cedere coegisti, quem a senatu, quem a bonis omnibus,
quem a cuncta Italia desideratum, arcessitum, reuocatum conseruandae rei
publicae causa confiteris? 'At enim in senatum uenire in Capitolium turbulento
illo die non debuisti.'
(6) Ego uero neque ueni et domo me tenui quam diu
turbulentum tempus fuit, cum seruos tuos, a te iam pridem ad bonorum caedem
paratos, cum illa tua consceleratorum ac perditorum manu armatos in Capitolium
tecum uenisse constabat; quod cum mihi nuntiaretur, scito me domi mansisse et
tibi et gladiatoribus tuis instaurandae caedis potestatem non fecisse. Postea
quam mihi nuntiatum est populum Romanum in Capitolium propter metum atque
inopiam rei frumentariae conuenisse, ministros autem scelerum tuorum perterritos
partim amissis gladiis, partim ereptis diffugisse, ueni non solum sine ullis
copiis ac manu, uerum etiam cum paucis amicis.
(7) An ego, cum P- Lentulus
consul optime de me ac de re publica meritus, cum Q- Metellus, qui cum meus
inimicus esset, frater tuus, et dissensioni nostrae et precibus tuis salutem ac
dignitatem meam praetulisset, me arcesserent in senatum, cum tanta multitudo
ciuium tam recenti officio suo me ad referendam gratiam nominatim uocaret, non
uenirem, cum praesertim te iam illinc cum tua fugitiuorum manu discessisse
constaret? Hic tu me etiam, custodem defensoremque Capitoli templorumque omnium,
'hostem Capitolinum' appellare ausus es, quod, cum in Capitolio senatum duo
consules haberent, eo uenerim? Vtrum est tempus aliquod quo in senatum uenisse
turpe sit, an ea res erat illa de qua agebatur ut rem ipsam repudiare et eos qui
agebant condemnare deberem?
| | [4] IV. Je soutiens premièrement qu'il est du devoir
d'un bon sénateur d'être assidu au sénat, et
je ne suis pas du sentiment de ceux qui se font
une règle de n'y pas venir dans les temps difficiles,
sans songer que, leur absence a fait beaucoup
de plaisir à ceux qu'ils prétendaient mortifier.
Mais, diras-tu, quelques-uns s'en sont absentés
par crainte, ne croyant pas y être en sûreté. Je
ne blâme personne, et n'examine point s'il y avait
quelque chose à craindre : il faut, je crois, laisser
chacun libre de craindre s'il veut. Mais moi,
pourquoi n'ai-je pas craint? Tu le demandes?
c'est que je te savais éloigné. Pourquoi, voyant
des gens de bien qui ne se croyaient pas en sûreté
dans le sénat, n'ai-je pas pensé comme eux?
Pourquoi aussi, quand j'ai cru que je ne pouvais
plus être en sûreté dans Rome, n'ont-ils pas
pensé comme moi? Sera-t-il donc permis aux autres,
et avec raison, de ne craindre rien pour
eux, quand je crains tout pour moi? moi seul
me faudra-t-il nécessairement craindre, et pour
moi, et pour les autres?
Me blâmera-t-on de n'avoir point condamné,
par mon avis, les deux consuls? Moi, condamner
ceux-là même qui venaient d'empêcher par
une loi que, sans aucune condamnation, je ne
subisse, pour prix de mes services, toutes les
peines des condamnés? Et quand je devrais, ainsi
que tous les gens de bien, excuser jusqu'à leurs
fautes en faveur de leur zèle admirable pour
mon salut, ce serait moi qui aurais rejeté avec
mépris et combattu leur excellent avis par un
avis contraire, quand ils venaient de me rendre
tous mes droits? Mais quel avis ai-je donné? D'abord,
celui que les discours mêmes du peuple
avaient imprimé dans nos esprits, ensuite celui
qu'on avait agité dans le sénat les jours précédents;
enfin, celui que tout le sénat a suivi en
se rangeant de mon côté : je n'ai donc proposé
rien de nouveau ni d'imprévu; et si cet avis est
défectueux, la faute en est moins à celui qui l'a
proposé, qu'à l'ordre entier qui l'a suivi.
Le sénat, dit-on, n'était pas libre, et la crainte
enchainait les opinions. Si vous prétendez que
ceux qui se retirèrent avaient peur, convenez que
ceux qui restèrent ne craignaient rien. Direz-vous
qu'il ne pouvait y avoir de décret libre en l'absence
des premiers? Pourtant, quand l'assemblée
fut au complet, quelqu'un voulant parler d'annuler
le sénatus-consulte, on se récria tout d'une voix.
| [4] IV. (8) Primum dico senatoris esse boni semper in senatum uenire, nec cum his sentio
qui statuunt minus bonis temporibus in senatum ipsum non uenire, non intellegentes hanc suam
nimiam perseuerantiam uehementer iis quorum animum offendere uoluerint et gratam et iucundam
fuisse. At enim non nulli propter timorem, quod se in senatu tuto non esse
arbitrabantur, discesserunt. Non reprehendo, nec quaero fueritne aliquid
pertimescendum: puto suo quemque arbitratu timere oportere. Cur ego non timuerim
quaeris? quia te illinc abisse constabat. Cur, cum uiri boni non nulli putarint
tuto se in senatu esse non posse, ego non idem senserim? Cur, cum ego me
existimassem tuto omnino in ciuitate esse non posse, illi remanserunt? An aliis
licet, et recte licet, in meo metu sibi nihil timere: mihi uni necesse erit et
meam et aliorum uicem pertimescere?
(9) An quia non condemnaui sententia mea duo consules, sum reprehendendus? Eos
igitur ego potissimum damnare debui quorum lege perfectum est ne ego, indemnatus
atque optime de re publica meritus, damnatorum poenam sustinerem? Quorum etiam
delicta propter eorum egregiam in me conseruando uoluntatem non modo me sed
omnis bonos ferre oporteret, eorum optimum consilium ego potissimum per eos in
meam pristinam dignitatem restitutus meo consilio repudiarem? At quam sententiam
dixi? Primum eam quam populi sermo in animis nostris iam ante defixerat, deinde
eam quae erat superioribus diebus agitata in senatu, denique eam quam senatus
frequens tum cum mihi est adsensus secutus est: ut neque adlata sit a me res
inopinata ac recens, nec, si quod in sententia uitium est, maius sit eius qui
dixerit quam omnium qui probarint.
(10) At enim liberum senatus iudicium propter
metum non fuit. Si timuisse eos facis qui discesserunt, concede non timuisse eos
qui remanserunt; sin autem sine iis qui tum afuerunt nihil decerni libere
potuit, cum omnes adessent, coeptum est referri de inducendo senatus consulto;
ab uniuerso senatu reclamatum est.
| | [5] V. Mais, je le demande, que trouve-t-on à redire
dans cet avis, que j'ai le premier ouvert et soutenu?
N'était-ce pas le moment de prendre un
parti extraordinaire? n'était-ce pas à moi surtout
de l'indiquer? fallait-il prendre un autre parti?
Mais quelle circonstance, quelle raison plus pressante
qu'une famine, qu'une sédition, que vos
projets et ceux de vos gens, qui, dans une occasion
si propice aux soulèvements populaires, s'imaginèrent
que la disette vous servirait de prétexte
pour renouveler vos funestes brigandages?
Les provinces dont nous tirons nos blés, ou n'en
avaient pas, ou les avaient envoyés ailleurs, à
cause de la différence des prix, ou les tenaient
en réserve, pour faire mieux valoir leur service,
en venant à notre secours, au milieu d'une famine,
par des envois inattendus. Le mal n'était
pas douteux; il était certain, actuel; il frappait
tous les yeux : on n'avait plus à le prévoir, on
en souffrait. Le prix des vivres augmentant de
jour en jour, au point que l'on ne craignait plus
simplement une cherté, mais une disette et une
famine extrêmes, le temple de la Concorde se
trouva tout d'un coup environné pendant que le
consul Métellus y assemblait le sénat.
Que si ce mouvement fut l'effet du désespoir
de ce peuple affamé, assurément les consuls
pouvaient évoquer l'affaire, et le sénat prendre
des mesures. Si la cherté ne fut que le prétexte
d'une sédition dont vous étiez l'instigateur,
ne devions-nous pas nous réunir tous pour ôter
tout aliment à votre fureur? Enfin, si c'était
l'un et l'autre, si la famine avait aigri le peuple,
et que vous eussiez irrité le mal, comme l'ongle
envenime la blessure, ne fallait-il pas employer
des remèdes d'autant plus forts, pour guérir à la
fois et le mal interne, et celui que votre malice
y avait ajouté? Il y avait donc cherté actuelle
et famine inévitable : ce n'est pas tout, il y eut
des pierres jetées. Si la misère poussa le peuple
a cette extrémité, sans qu'il fût soulevé par
personne, c'était toujours un grand mal; si Clodius
s'en mêla, c'est un crime ordinaire à un
scélérat tel que lui; s'il était vrai tout à la fois, et
que la circonstance fût capable par elle-même
d'émouvoir la multitude, et qu'il se soit trouvé
là des gens en armes, tout prêts à se mettre à la
tête de la sédition, n'est-il pas évident que la
république elle-même implorait alors et le secours
du consul, et l'appui du sénat?
Or, il est clair que c'était l'un et l'autre. D'abord,
qu'il y ait eu rareté de vivres, disette
extrême de blé; qu'on ait craint, non seulement
une cherté prolongée, mais la famine : tout le
monde en convient; qu'ensuite cet homme, l'ennemi
déclaré de la paix et de la tranquillité publique,
fût tout disposé à saisir cette occasion
de piller, de tuer, de brûler, c'est ce que je ne
veux pas que vous vous borniez à soupçonner,
pontifes; il faut le voir. Qui sont ceux que C. Métellus,
votre beau-frère, a nommés, en plein
sénat, comme l'ayant poursuivi et même blessé à
coups de pierres? Un Sergius, un Lollius, voilà
ceux qu'il a nommés. Quel est ce Lollius? un
homme qui, maintenant même, auprès de vous,
n'est pas sans une arme; qui, pendant votre tribunat,
demanda pour lui la commission d'assassiner,
je ne veux pas dire moi, mais Cn. Pompée.
Quel est ce Sergius? l'écuyer de Catilina, aujourd'hui
votre satellite, le porte-enseigne des
factieux, le boute-feu des échoppes; un homme
condamné pour crime d'outrages; un assassin, un
jeteur de pierres, qui infeste le forum, qui assiégé
le sénat. Lorsque, avec de pareils chefs, durant la
cherté des vivres, vous vous prépariez à fondre,
au premier moment, sur les consuls , sur le sé-
nat, sur lesbiens et les fortunes des riches, sous
prétexte de défendre la multitude ignorante et
pauvre; lorsqu'il n'y avait plus de salut pour
vous dans la paix, que vous aviez une armée
de scélérats enrôlés et distribués par décuries,
sous des chefs désespérés; le sénat ne devait-il
donc pas éteindre ce brandon funeste qui aurait
bientôt allumé la sédition?
Il y avait donc sujet de prendre des mesures
extraordinaires. Voyez maintenant, pontifes, si
j'y avais plus d'intérêt que personne.
| [5] V. Sed quaero in ipsa sententia, quoniam princeps ego sum eius atque auctor, quid reprendatur.
Vtrum causa noui consili capiendi non fuit, an meae partes in ea causa non praecipuae fuerunt,
an alio potius confugiendum fuit nobis? Quae causa maior quam fames esse potuit, quam
seditio, quam consilia tua tuorumque, qui facultate oblata ad imperitorum animos
incitandos renouaturum te tua illis funesta latrocinia ob annonae causam
putasti?
(11) Frumentum prouinciae frumentariae partim non habebant, partim in
alias terras, credo, propter auaritiam uenditorum miserant, partim, quo gratius
esset tum cum in ipsa fame subuenissent, custodiis suis clausum continebant, ut
subito nouum mitterent. Res erat non in opinione dubia, sed in praesenti atque
ante oculos proposito periculo, neque id coniectura prospiciebamus, sed iam
experti uidebamus. Nam cum ingrauesceret annona, ut iam plane inopia ac fames
non caritas timeretur, concursus est ad templum Concordiae factus, senatum illuc
uocante Metello consule. Qui si uerus fuit ex dolore hominum et fame, certe
consules causam suscipere, certe senatus aliquid consili capere potuit; sin
causa fuit annona, seditionis quidem instimulator et concitator tu fuisti, nonne
id agendum nobis omnibus fuit ut materiem subtraheremus furori tuo?
(12) Quid?
si utrumque fuit, ut et fames stimularet homines et tu in hoc ulcere tamquam
inguen exsisteres, nonne fuit eo maior adhibenda medicina quae et illud natiuum
et hoc inlatum malum sanare posset? Erat igitur et praesens caritas et futura
fames; non est satis; facta lapidatio est. Si ex dolore plebei nullo incitante,
magnum malum; si P- Clodi impulsu, usitatum hominis facinerosi scelus; si
utrumque, ut et res esset ea quae sua sponte multitudinis animos incitaret, et
parati atque armati seditionis duces, uideturne ipsa res publica et consulis
auxilium implorasse et senatus fidem? Atquin utrumque fuisse perspicuum est;
difficultatem annonae summamque inopiam rei frumentariae, ut homines non iam
diuturnam caritatem, sed ut famem plane timerent, nemo negat: hanc istum oti et
pacis hostem causam arrepturum fuisse ad incendia caedis rapinas nolo,
pontifices, suspicemini, nisi uideritis.
(13) Qui sunt homines a Q- Metello,
fratre tuo, consule in senatu palam nominati, a quibus ille se lapidibus
adpetitum, etiam percussum esse dixit? L- Sergium et M- Lollium nominauit. Quis
est iste Lollius? qui sine ferro ne nunc quidem tecum est, qui te tribuno
plebis, nihil de me dicam, sed qui Cn- Pompeium interficiendum depoposcit. Quis
est Sergius? armiger Catilinae, stipator tui corporis, signifer seditionis,
concitator tabernariorum, damnatus iniuriarum, percussor, lapidator, fori
depopulator, obsessor curiae. His atque eius modi ducibus cum tu in annonae
caritate in consules, in senatum, in bona fortunasque locupletium per causam
inopum atque imperitorum repentinos impetus comparares, cum tibi salus esse in
otio nulla posset, cum desperatis ducibus decuriatos ac descriptos haberes
exercitus perditorum, nonne prouidendum senatui fuit ne in hanc tantam materiem
seditionis ista funesta fax adhaeresceret?
(14) Fuit igitur causa capiendi noui consili: uidete nunc fuerintne partes meae
paene praecipuae.
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